Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.
Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.
Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.
Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».
Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».
Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».
En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.
« Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »
Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.

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