Tag: violences

  • Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Avec l’arrêté préfectoral d’interdiction de la manifestation du 24 octobre, on ne savait pas trop à quoi s’attendre à Montpellier pour l’acte 2 contre la vie chère.

    Ce qu’on n’aurait pas imaginé, c’est que l’ultra droite et certaines forces de l’ordre agiraient de concert dans une volonté commune de réprimer le mouvement social.

    C’est en tout cas ce que semble prouver le rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM). Dévoilé le 28 octobre à la presse sur la base de vidéos, photos, de recherches sur les réseaux sociaux et avant tout d’un travail minutieux sur le terrain (3 équipes de 3 observateurs), le document est accablant.

    Il tend à démontrer qu’à plusieurs reprises en centre-ville, samedi 24 octobre, des groupes de jeunes proches de la mouvance ultra-droite, ont librement déambulé aux côtés de formations de CRS, provoqué et invectivé des manifestants, mais aussi participé à des interpellations et commis des violences sous les yeux de policiers, sans jamais être entravés, contrôlés, ni interpellés.

    Les jours précédents, l’influenceur d’extrême droite Ahpha_Rise avait lancé un appel sur les réseaux sociaux à former des groupes de protection soi disant pour protéger des commerces de potentielles dégradations et pillages (comme ceux survenus le 17 octobre en marge de l’acte 1). Sur les photos et vidéos compilées par l’OLM, plusieurs personnes semblent avoir répondu présentes, reconnaissables à leur foulard blanc noué autour du bras ou dépassant de la poche. Organisés en milice, ces individus ont sévi à plusieurs reprises, certains cagoulés, d’autres à visages découverts aisément identifiables.

    D’abord à 16h30 au bas de la rue de la Loge. Près d’une vingtaine de CRS à qui ils tournent le dos, une poignée de ces individus insultent et provoquent un groupe de manifestants qui leur font face côté Comédie. Pleuvent ensuite les projectiles et les coups. Aucune réaction du cordon de CRS qui observe la scène environ 20 mètres plus haut. Lorsque des manifestants se rebellent et que la milice en sous nombre paraît malmenée, les CRS se mettent à charger. On voit qu’ils évitent les membres au foulard blanc pour foncer sur les manifestants qu’ils matraquent. À aucun moment les miliciens ne sont inquiétés, ils déambulent librement au milieu des policiers. Un milicien se permet même des coups de pied à une personne à terre sans conséquence. Lors du repli des CRS, on semble distinguer le pouce levé d’un policier, probablement à l’attention d’un milicien qui se replie avec eux.

    Pour Sophie Mazas, la présidente héraultaise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), la scène illustre un « traitement différencié » avec une « passivité » vis-à-vis des actes répréhensibles du groupe d’ultra-droite mais aussi une « proximité opérationnelle » avec les CRS.

    L’ultra droite a déjà sévi

    Second exemple une heure plus tard sur l’Esplanade. Face à l’office de tourisme, trois jeunes miliciens traînent une personne au sol, la frappent et la remettent aux CRS qui l’interpellent. Les trois jeunes sans aucun brassard de policiers repartent tranquillement. L’un se permet même de toucher la hanche d’un policier. Enfin, à 19h55 devant l’arrêt de tram Observatoire, une scène interroge. Les images montrent deux voitures de la Brigade anticriminalité s’arrêter et un groupe de jeunes s’approcher en déployant des foulards blancs. Assiste-t-on à une sorte de congratulations ? Toujours est-il qu’aucun contrôle n’est opéré.

    Pour la LDH34, ces faits s’apparentent à une « action coordonnée », un « schéma organisé et répété », pas à des « actes isolés ». Des comportements « contraires au droit constitutionnel et aux droits fondamentaux », une milice qui travaillerait au maintien de l’ordre aux côtés de CRS s’inscrivant hors du cadre légal et républicain.

    À Montpellier, ce n’est pas la première fois que l’extrême droite s’en prend violemment au mouvement social. On se souvient du commando de la fac de droit en 2018 ou des violences des Beaux-Arts de septembre 2025.

    Par le passé, la préfecture avait tendance à réduire ce genre d’événements à des rixes entre bandes rivales. Pour la LDH qui s’apprête à saisir le procureur de la République et lui transmettre ses éléments, « cette rhétorique ne tient plus ». Pour l’heure, la préfecture de l’Hérault n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le procureur a ouvert une enquête.

  • Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    La réponse qui sera apportée sera de la plus grande fermeté » avec « un dispositif opérationnel robuste » face à « un risque de violences urbaines très élevé », a prévenu, dès ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Un peu plus tôt dans la journée, il avait adressé un télégramme aux préfets, les appelant à la vigilance pour le 31 octobre et leur demandant d’avoir « une attention toute particulière aux appels aux rassemblements sur toutes les places publiques à partir de 20 heures qui se multiplient, et aux risques de cortèges sauvages qui en découlent ».

    On prend donc les mêmes et on recommence… Si le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, se refuse à donner des détails sur le dispositif de sécurité prévu, les instructions de la direction générale de la police nationale (DGPN) sont claires : le taux de présence est monté à 75% pour l’acte III, contre 60% en temps normal, nous confie une source policière. Quitte à suspendre les repos et congés des policiers et gendarmes, a convenu Laurent Nuñez.

    Blindés et canons à eau

    Canons à eau, blindés « Centaure » et camions de CRS devraient de nouveau se positionner dans les rues marseillaises en nombre, ce week-end. Le Raid étant chargé de la protection des bâtiments publics. Des contrôles pourraient également avoir lieu dans les gares et sur les routes, comme préconisé par le ministre de l’Intérieur.

    Dans l’arrêté publié par le préfet des Bouches-du-Rhône, outre l’interdiction des manifestations et rassemblements non déclarés ce week-end, on retrouve l’établissement de couvre-feux chaque soir de 23h à 5h jusqu’au lundi matin, mais pour les mineurs uniquement et toujours dans des zones spécifiques dans les communes de Marseille, Aubagne, Miramas, Salon-de-Provence, Les Pennes Mirabeau et Arles. Sont particulièrement concernées les zones commerciales et le centre-ville marseillais.

    D’autres arrêtés interdisent le port d’équipement de protection individuelle de type casques, gants et lunettes, tout comme le transport de carburant, la vente, le port et le transport d’armes par destination.

  • Dans le Gard, un centre pour soigner les blessures invisibles

    Dans le Gard, un centre pour soigner les blessures invisibles

    Les blessures ne se voient pas toujours. Elles peuvent pourtant peser sur une vie entière. À Remoulins, sous les voûtes de l’ancien établissement thermal de Lafoux-les-Bains, la clinique du Pont du Gard vient d’ouvrir Hélios, un hôpital de jour consacré aux psychotraumatismes complexes. Son ambition : permettre aux patients de poursuivre leurs soins sans nouvelle hospitalisation complète.

    Violences sexuelles, maltraitances pendant l’enfance, violences conjugales, mais aussi négligences répétées : derrière ce terme médical se cachent des parcours marqués par des années d’insécurité. À la différence d’un traumatisme lié à un événement isolé, le psychotraumatisme complexe résulte d’expositions prolongées ou répétées. « Ces personnes vont essayer de s’adapter en se coupant de leur corps, de leurs émotions », explique le Dr Mehdi Ghozzi, médecin coordinateur de l’établissement. Plus tard peuvent surgir une estime de soi effondrée, des difficultés relationnelles, des douleurs chroniques ou des addictions. Des réactions que le psychiatre invite à comprendre comme des « mécanismes de survie, plutôt que comme des défaillances individuelles ».

    Depuis 2017, l’établissement, appartenant au groupe privé Emeis, développe une unité spécialisée d’hospitalisation complète. Quinze de ses 70 lits sont consacrés à ces troubles. Une prise en charge dont les besoins se sont accentués avec la libération de la parole des victimes. « Les demandes ont été particulièrement fortes lors du mouvement #MeToo », souligne le médecin. Mais le rétablissement ne suit pas le calendrier d’un séjour hospitalier. La stabilisation peut nécessiter plusieurs années, d’où ce nouveau dispositif pensé pour accompagner les patients dans la durée.

    Réapprendre à habiter son corps

    Lancé mi-septembre, Hélios a d’abord accueilli six patients, déjà connus des soignants. Le dispositif pourra en recevoir sept par cycle de cinq à six semaines, à raison de trois ou quatre demi-journées hebdomadaires. Dans les salles ouvertes sur un jardin, les ateliers collectifs mêlent psychoéducation, gestion des émotions, kinésithérapie, sophrologie, activité physique adaptée et expression artistique. L’objectif n’est pas de forcer le récit du passé, mais de trouver des points d’appui dans le présent.

    Au cœur de cette démarche, les exercices d’« ancrage » : reconnaître ce qui se passe en soi, reprendre contact avec ses sensations, retrouver un sentiment de sécurité lorsque des souvenirs traumatiques refont surface. « Ils apprennent ainsi à réguler leurs émotions et à faire face aux situations du quotidien », résume le Dr Ghozzi. Les notions sont reprises au fil des semaines, sans transformer une absence en échec. Les patients repartent avec des outils à réutiliser chez eux, dans leur quotidien.

    Ce soin à temps partiel ne remplace pas une psychothérapie individuelle. Il s’adresse à des personnes déjà suivies et suffisamment stabilisées pour participer à un groupe, surtout à proximité de Remoulins. Les professionnels espèrent ensuite associer les familles, développer des actions pour les jeunes adultes et former d’autres soignants. Autant de pistes pour faire reconnaître ces souffrances trop souvent invisibilisées. A.J.

    * Infos pratiques : Hôpital de jour Hélios, clinique du Pont du Gard, 2 avenue du Pont du Gard, à Remoulins. Renseignements au 04.66.37.66.37.

  • [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    [Unis contre le racisme] à Avignon, colère et émotion s’expriment après l’attentat

    Alors que plusieurs victimes de l’attentat de Trappes sont toujours hospitalisées, plus de 300 personnes se sont rassemblées sur la place de l’Horloge, à Avignon, pour « dire non au racisme et à l’islamophobie », comme l’explique la Ligue des droits de l’Homme (LDH), organisatrice de la mobilisation.

    Plusieurs représentants associatifs ont pris la parole. « Il y a un an, on était déjà rassemblés pour rendre hommage à Aboubakar, tué dans une mosquée. Comme Pengo (Bossio Wangi, tué à Trappes), son seul tort était d’avoir la carnation trop foncée », lance Sabah Boutahar, de l’association féministe vauclusienne Les Rési-liantes.

    Dans la plupart des interventions, les participants ont également dénoncé le traitement médiatique des manifestations du 17 octobre, ainsi que celui de cette affaire après l’annonce du placement du suspect en infirmerie psychiatrique. « C’est du terrorisme de représailles. On voit la différence de traitement quand, d’un côté, on demande à certains une responsabilité collective et, à d’autres, on trouve des circonstances atténuantes », poursuit-elle.

    Cavaillon mobilisée

    « J’ai peur pour moi, pour mon fils. Il est étudiant et je lui interdis d’aller en manifestation étudiante car j’ai peur pour lui », poursuit Nabila, de la LDH.

    Un second rassemblement se tenait également à Cavaillon à 17h. La FCPE, organisatrice, exige dans un communiqué que les « pouvoirs publics prennent des mesures fortes pour prévenir les violences racistes, protéger les personnes qui en sont la cible et combattre les discours de haine qui contribuent à les légitimer ».

  • Pour Emmanuel Macron, l’ordre et les regrets

    Pour Emmanuel Macron, l’ordre et les regrets

    Deux chaises brisées, un tag anarchiste et le buste de Marianne le nez brisé. En amont de la visite éclair d’Emmanuel Macron à Marseille ce lundi, les derniers vestiges de l’envahissement de l’hôtel de ville, en marge des violences du 17 octobre, ont été laissés en l’état, exposés au regard présidentiel. À son retour du Proche-Orient, une semaine après une allocution télévisée sans réelles promesses, le chef de l’État a en effet choisi la cité phocéenne pour s’exprimer sur un mouvement social qui ne faiblit pas.

    « C’est tout à fait vrai qu’à Marseille comme ailleurs, il n’y avait pas assez de forces de l’ordre le 17 octobre, parce que nous n’avions pas du tout anticipé ce qui s’est passé », a reconnu Emmanuel Macron, dans un rare mea-culpa jupitérien, après un échange en privé avec le maire (DVG) de Marseille. Un raté dans lequel Benoît Payan voit la conséquence ultime de la suppression d’une préfecture de police de plein exercice. « J’avais dit qu’on paierait un jour cette histoire, on l’a payé », souffle-t-il. En espérant un rapide retour en arrière. Mais l’Élysée avait annoncé un déplacement axé sur l’ordre, et c’est l’ordre que promet le président de la République. « Samedi [24 octobre, Ndlr], les manifestations se sont tenues dans tout le pays et l’ordre a été tenu », insiste-t-il.

    Dans la foulée, le chef de l’État assure que les dispositifs mis en place seront encore améliorés pour les prochaines mobilisations. Les préfets sont invités à maintenir les couvre-feux, en lien avec les municipalités, « dans des territoires où l’on sent encore des tensions ». « Nous continuerons d’avoir des tracés de mobilisation déclarés, demandés par les syndicats représentatifs, qui se feront en dehors des centres-villes », annonce aussi Emmanuel Macron en se félicitant que « le droit de manifester a été préservé ». Cela malgré les interdictions, parfois retoquées par la justice, malgré les changements de pied au dernier moment des préfectures. « On tient la République aujourd’hui sans l’état d’urgence mais cela ne veut pas dire que si les choses devaient se dégrader, c’est un interdit ou un tabou », menace-t-il.

    Réponses tardives

    Face aux journalistes qui insistent sur le bilan du 17 octobre, le chef de l’État finit par s’agacer. « J’ai plutôt un goût pour l’avenir », s’irrite le président en fin de règne. L’avenir immédiat, c’est réparer, en premier lieu pour les commerçants touchés. « Un fonds a été mis en place par l’État, abondé par les collectivités locales, par le privé aussi, et nous allons continuer en allant chercher les assureurs », esquisse-t-il en promettant d’accompagner les collectivités touchées. Sans aller jusqu’à l’indemnisation totale des dommages pour les commerçants, que le maire de Marseille avait réclamée par courrier au Premier ministre. « Des mesures complémentaires de l’État sont attendues pour soulager les commerçants. Mais cet engagement national doit se traduire par des démarches simples et des moyens rapidement mobilisables », réclame aussi le président (DVD) de Région, François de Canson.

    Après un mois entier de mobilisations lycéennes et face à un mouvement qui fait tache d’huile, le tempo n’est-il pas mauvais pour apporter des réponses ? « À coup sûr », reconnaît Emmanuel Macron. « J’ai demandé au gouvernement de répondre aux demandes légitimes qui sont à la racine de ce mouvement social », explique-t-il désormais en promettant « des annonces fortes et des avancées pour changer les choses et pouvoir enclencher des chantiers à très court terme » pour les lycéens. Celles-ci ont été déclinées par le gouvernement dans la soirée, avec des « évolutions fortes » sur Parcoursup et une marche arrière sur les suppressions de postes (lire par ailleurs).

    Face à la crise sociale qui s’enracine toujours plus profondément, « il y a une réponse politique et sociale, c’est le travail du gouvernement pour les jours à venir », annonce aussi Emmanuel Macron. En évoquant la « discussion » nécessaire entre représentants syndicaux et patronaux. Cela au moment même où le monde de la finance mise sur l’adoption par ordonnances d’un budget austéritaire, après deux mandats marqués par les baisses d’impôts des plus privilégiés.

    Besoin de justice fiscale

    « Le rétablissement de l’ordre n’est pas une politique », reproche de son côté Benoît Payan, à l’issue de la visite élyséenne. « À force de n’avoir pas entendu ce qui se passait dans le pays, nous avons un pays dans une situation catastrophique », appuie-t-il. Face à la presse, il reprend les propositions formulées à huis clos auprès du président de la République, de la suppression de Parcoursup à la mise en place d’un fonds pour la rénovation des établissements d’enseignement supérieur, l’embauche de professeurs. Face à la crise sociale, il propose une TVA réduite de 5,5% sur 50 produits, une augmentation immédiate du Smic de 100 euros. « Ça ne se finance pas avec de l’air ni des mots, il faut que la question de la justice fiscale soit remise au centre des débats », lance-t-il. Comme une plateforme programmatique qu’il partage, tout en rappelant qu’il ne vise aucunement l’Élysée. « Certains aspirent à occuper la magistrature suprême, il leur appartient de se montrer à la hauteur », lâche-t-il, après avoir réclamé depuis des jours une sortie politique à la crise.

    « Nous n’avons pas du tout anticipé ce qui s’est passé. »

  • Région Sud : une première séance face aux crises pour François de Canson

    Région Sud : une première séance face aux crises pour François de Canson

    Pour un baptême du feu, le nouveau président (DVD) de Région, François de Canson, a été servi. « Voilà dix jours que vous m’avez confié la présidence de cette institution, dix jours et déjà beaucoup d’évènements », euphémisait-il en ouverture de la première séance plénière qu’il présidait, ce vendredi matin, après une semaine marquée par les mobilisations lycéennes, les violences du 17 octobre et les inondations meurtrières.

    Alors en procédure d’urgence, l’hémicycle régional s’est prononcé pour des aides en faveur des commerçants victimes des pillages. « Derrière chaque vitrine brisée, c’est l’ouvrage d’une vie qui est détruit », évoque le président de Région avant de présenter ce fond déjà doté de 12 millions d’euros (5 millions de la Région et du Département, 1 million de la Métropole et de la CMA-CGM) pour des aides forfaitaires de 10 000 euros. Et d’en appeler à l’État pour « restaurer le calme et l’ordre » après avoir une nouvelle fois déploré la visite « presque en catimini » du ministre de l’Intérieur. « Je n’ose pas croire que la mairie de Marseille ne participera pas à ce fond régional », glisse de son côté le vice-président (LR) Ludovic Perney.

    Les mesures d’urgence concernent aussi les lycées. Au-delà des 3,1 millions d’euros du plan canicule, 6 millions d’euros de crédits sont votés pour réparer les établissements touchés par des violences qui « portent atteinte à un bien commun », rappelle la vice-présidente (Modem) Marie-Florence Bulteau-Rambaud.

    Motions concurrentes

    « L’émotion et la colère que suscitent ces actes ne doivent pas nous faire perdre de vue la parole des lycéens, les revendications doivent être écoutées et appellent à des réponses concrètes », insiste-t-elle. Sans pour autant que la majorité n’adopte la motion présentée par le comité représentatif du Rassemblement écologique et social, qui réclamait une conférence régionale sur les conditions d’étude.

    Mais dans l’opposition, l’extrême droite mise sur la surenchère, pour continuer à surfer sur les violences du 17 octobre. « Ce que nous avons vu, c’est l’islamo-gauchisme à l’œuvre », ose le député RN Franck Allisio en dénonçant « des hordes de sauvages ». Et de matraquer, comme les élus de son groupe : « Avec Marine Le Pen à l’Élysée, ce temps-là est bientôt révolu ». « Soyez prudents quand vous faites des annonces de l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, vous aviez fait la même annonce pour Marseille et Toulon », le cueille François de Canson.

    Mais au moment d’examiner les motions déposées, majorité et opposition se retrouvent cette fois en concurrence pour retirer les aides aux élèves sanctionnés. « Je souhaite que les sanctions les plus graves puissent avoir des conséquences sur l’accès à certaines aides régionales, dans le respect du droit », insistait le président de Région. Quand Franck Allisio dénonce des mesures « illégales ». « Votre motion est sans objet », répliquait Ludovic Perney après le vote du texte de la majorité. Assumant d’aller « bien plus loin » que le RN en matière de travaux d’intérêt général pour les lycéens condamnés.

    ET AUSSI

    Trois présidents sur les JO

    Les trois présidents successifs de la Région ne se sont pas privés de rappeler les conséquences de la perte des Jeux d’hiver 2030 pour Nice, alors que la collectivité réduit de 40 millions d’euros sa contribution à la Solideo. « Vous avez décidé de rayer d’un trait de plume le pôle glace », reprochait à l’extrême droite Christian Estrosi, face aux « retombées considérables » perdues. « La perte des Jeux à Nice vous incombe », surenchérissait François de Canson, quand Renaud Muselier appuyait : « C’est une occasion qui ne reviendra plus jamais dans votre vie ». Et de craindre, parmi les conséquences, des arbitrages négatifs sur la Ligne nouvelle, tandis que la collectivité votait de nouveaux crédits pour les lignes alpines. Pendant ce temps, des militants écologistes manifestaient contre les Jeux à l’extérieur, « une aberration par rapport au bouleversement climatique » dénonçait l’ex-adjoint marseillais Sébastien Barles.

    L’indignation de Jean-Laurent Félizia

    À la tête du comité représentatif du Rassemblement écologique et social, Jean-Laurent Félizia avait soigneusement préparé sa prise de parole, l’accord passé au moment du désistement de la gauche pour faire barrage à l’extrême droite aux régionales lui permettant d’intervenir une fois par an dans l’hémicycle. Mais la prise de parole lui a finalement été refusée, la collectivité indiquant à La Marseillaise que rien n’était prévu, hors la motion déposée et lue par la majorité régionale. « C’est un manquement à la parole politique donnée et un véritable déficit démocratique », dénonce Jean-Laurent Félizia dans un communiqué, rappelant que cette intervention lui est refusée « pour la troisième fois ». Il s’en est expliqué de vive voix avec le président de Région, qui selon lui aurait promis de faire différemment à l’avenir.

  • Le droit de manifester bafoué dans l’Hérault

    Le droit de manifester bafoué dans l’Hérault

    Le couperet est tombé jeudi en toute fin de journée. Au prétexte des violences du 17 octobre, la préfète de l’Hérault a décidé d’interdire les manifestations prévues samedi 24 octobre à Montpellier. Une annonce qui semble coordonnée au plus haut de l’État puisque c’est à la même heure que le préfet des Bouches-du-Rhône a communiqué lui aussi, annonçant une interdiction de manifester, cette fois-ci à Marseille. Idem dans le Var.

    Le chef de l’État avait donné le ton un peu plus tôt, jeudi, à l’issue d’un conseil de sécurité en affirmant que « la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir ». Les demandes formulées par « des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela » seront refusées, a-t-il prévenu. « Ce n’est pas le moment, parce que nous voulons un retour au calme. » Celles venant d’organisations syndicales se verront proposer des circuits alternatifs pour protéger « nos centres-villes et en particulier nos commerces et nos bâtiments », a indiqué Emmanuel Macron, qui devait par ailleurs effectuer un déplacement vendredi auprès des forces de l’ordre. Le chef de l’État avait convoqué l’ensemble des services de renseignement, accusés d’avoir mal anticipé la mobilisation du 17 octobre. Emmanuel Macron a réclamé « la plus grande dureté » contre les « actes de délinquance », ainsi que contre les groupes « d’ultragauche » ayant cherché, selon lui, à « faire tomber la République ». Rien de moins.

    Une manière d’ouvrir un peu plus le parapluie en kevlar après le fiasco du maintien de l’ordre de samedi dernier où les pillages, en marge des grandes manifestations pacifiques, n’ont pas été stoppés pendant des heures. Le gouvernement et le chef de l’État ont choisi la réponse ultra-sécuritaire. Le très décrié ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé lors des questions au gouvernement, mardi, qu’il déploiera « évidemment » les forces Sentinelle de l’armée. Elles auront pour objectif d’être « en substitution des forces de sécurité intérieure principalement sur des missions de sécurisation statique » afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l’ordre ». À côté de ces militaires, il y aura aussi la BRI, le GIGN, et le Raid. Les nouveaux blindés Centaure de la gendarmerie, des hélicos et les engins lanceurs d’eau pourront être mobilisés pour l’Acte II des manifestations contre la vie chère ce samedi. Les préfets sont donc au diapason.

    En visite ce jeudi à Toulon dans le Var, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a appelé les salariés et les jeunes à ne pas tomber dans le panneau de la provocation tendu par le gouvernement. « Ce qu’on veut, c’est qu’on parle de nos vies, qu’on parle de nos conditions de travail, de nos salaires, de nos retraites, de nos services publics », a-t-elle insisté. « On ne répond pas à une mobilisation sociale par de la répression. » a-t-elle affirmé. Sophie Binet condamne les dégradations survenues lors de précédentes manifestations, mais dénonce leur utilisation pour justifier les interdictions.

    Reçue mercredi à Matignon avec les autres responsables syndicaux, la responsable de la CGT est cinglante : « Le Premier ministre, le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications », a déclaré Sophie Binet, à l’issue d’une réunion d’environ 2 heures et demie.

    Elle a estimé que « l’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais » à partir du 5 novembre à l’occasion d’une nouvelle journée annoncée début octobre par l’intersyndicale.

  • Usés, les policiers craignent la suite

    Usés, les policiers craignent la suite

    Une présence sur le terrain accrue et le recours à toutes les unités demandé par le ministère de l’Intérieur, du Raid à la BRI en passant par le GIGN et même l’armée. Pour assurer le maintien de l’ordre après le naufrage du 17 octobre, le gouvernement sort les muscles. Une pression supplémentaire sur des agents sursollicités et qui ne veulent plus y aller, inquiets pour leur intégrité physique, témoigne-t-on au sein de la police marseillaise.

    « Il y a eu beaucoup de blessés chez les CRS et mobiliser des policiers qui ne sont pas employés habituellement pour ça, c’est les mettre en danger », alerte Arnaud Blaise, délégué du syndicat Unité Police à la Division Nord. Et de rappeler le rôle de chacun : « Le Raid doit intervenir sur des missions à haut risque, les enquêteurs, eux, sont dans les bureaux, travaillent avec les dossiers. Ils ne sont pas employés pour le maintien de l’ordre. »

    Le manque de moyens est aussi matériel. « On va manquer de casques », lâche le syndicaliste. Aucune leçon n’a été tirée du 17 octobre, analyse-t-il. « On nous envoie au feu. Des collègues n’avaient jamais vu ça en 25 ans de police, ils m’ont dit “c’est la guerre, ils veulent nous tuer“. Et faute d’organisation, on nous donne des instructions trop tard », déplore-t-il. Pour lui, la situation a atteint le niveau « de violences urbaines », où seuls les CRS sont à même d’intervenir, avec « les BAC, les BST (Brigade spécialisée de terrain), bref les unités de voie publique à condition que les agents fassent des stages régulièrement. Ce n’est pas le cas ». Arnaud Blaise dénonce la « com’ » du ministre Laurent Nunez. « Ce qu’on demande, ce sont des actes pour les policiers qui servent la République, qui protègent les Français et qui sont contre la violence. On ne rentre pas dans la police pour frapper les gens », assène-t-il. Jouer la dissuasion, avec du « bleu partout », n’empêchera pas, selon lui, les casseurs. Une minorité « à qui on laisse la possibilité de faire du bruit », s’indigne-t-il, loin des revendications des Gilets jaunes ou des lycéens. Et de glisser, au passage, que la police nationale, « comme toute la fonction publique », a des requêtes aussi… Pas de doute, pour le syndicaliste, la solution sera aussi « politique ».

  • Pour Benoît Payan, interdire « n’évite pas la casse »

    Pour Benoît Payan, interdire « n’évite pas la casse »

    À leur demande, les maires de Paris, Lyon et Marseille ont été reçus en fin de journée, ce jeudi, durant deux longues heures par le Premier ministre. L’édile de la cité phocéenne, venu réclamer des garanties de l’État pour encadrer une nouvelle manifestation, ce 24 octobre, n’est pas ressorti franchement serein. Même s’il a assuré que le Premier ministre était « conscient » de la situation, devant la caméra de BFMTV en milieu de soirée.

    Sur la décision du préfet des Bouches-du-Rhône d’interdire toute manifestation dans le département, de suspendre les transports et d’étendre le couvre-feu aux majeurs samedi soir, après la mise à sac du centre-ville, il n’est « pas sûr que ça serve à grand-chose ». Benoît Payan réclamait des comptes, dénonçant un dispositif dépassé par les événements au point qu’il envisage de mobiliser toute sa police municipale le 24, bien que cela ne soit pas son rôle. « Le risque zéro n’existe pas. Pour moi, l’attention est maximale. L’attention avec deux orthographes, vous comprenez » ; a-t-il déclaré, estimant qu’« on doit être focus sur la journée de l’acte II. Mais comme on peut être aussi focus sur la journée du 31, sur la journée du 5…
    En attendant, il faut aussi des réponses politiques
    . »

    Au sujet des conditions de sécurité, « il y a évidemment besoin d’éviter les casses, les pillages », estime-t-il, avant de s’indigner : « Je ne veux plus vivre en tant que maire ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu, la semaine dernière. » Il a assuré avoir eu néanmoins « des garanties sur des nombres conséquents de policiers en plus par rapport à la semaine dernière ».

    Pour autant, Benoît Payan souhaite également « qu’on puisse manifester en sécurité dans ce pays », estimant que « l’État de droit », « fondement du pacte républicain », devait être « préservé à tout prix ». « J’ai entendu parler de “quoi qu’il en coûte” dans ma vie. Je crois que ce qui est le plus important et que le “quoi qu’il en coûte” le plus important, c’est la République », assène l’élu. Il insiste : « Ce n’est pas parce qu’on interdit une manifestation que l’on évite la casse. »

    Pour des indemnisations « à la hauteur »

    Sur les dégâts du 17 octobre, dans une lettre envoyée à Sébastien Lecornu la veille, l’élu avait également réclamé des indemnisations « à la hauteur » pour les commerçants touchés, 500 commerces en tout, dont au moins 317 saccagés ou pillés. Un bilan « plus lourd encore que celui de l’été 2023 », a-t-il affirmé. Au-delà des premières mesures d’urgence, l’élu a demandé la mise en place d’un dispositif exceptionnel d’indemnisation, « garantissant la prise en charge intégrale des dommages matériels directement liés à ces violences, notamment les destructions, les dégradations, les vols de stocks, de mobilier et d’équipements, ainsi que les dépenses supplémentaires engagées pour sécuriser les commerces et permettre leur réouverture ».

    Un dispositif qui doit « s’accompagner d’un mécanisme spécifique de compensation des pertes d’exploitation, y compris pour les commerces qui, sans avoir été directement pillés ou dégradés, ont dû fermer ou subir une baisse importante de leur activité en raison des violences et de leurs conséquences sur la fréquentation du centre-ville ».

    Pour Benoît Payan, « les commerçants marseillais n’ont pas à supporter le coût d’une défaillance de l’État dans l’exercice de l’une de ses missions les plus fondamentales : garantir l’ordre public et la sécurité de nos concitoyens ». Sans donner de détails sur la réponse apportée, il a réaffirmé, jeudi soir, sa volonté de voir indemnisés « celles et ceux qui, aujourd’hui, n’ont plus de travail, celles et ceux qui ont tout perdu ».

  • Gérald Darmanin en service après fiasco

    Gérald Darmanin en service après fiasco

    Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.

    Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.

    Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.

    La faute aux autres

    Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».

    Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».

    Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».

    En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.

    « Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »

    Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.