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  • [Entretien] « L’Aide sociale à l’enfance ne tue pas, c’est le manque de moyen »

    [Entretien] « L’Aide sociale à l’enfance ne tue pas, c’est le manque de moyen »

    La Marseillaise : Comment analysez-vous la crise que traverse la protection de l’enfance ?

    Véronique Sanchez : C’est structurel. Toutes les strates qui gravitent autour du secteur sont touchées : le médico-social, la santé, l’école, mais aussi la police, la justice… À Grenoble, là où je travaille, la vice-procureure qui s’occupe des mineurs a un service de deux personnes. L’Aide sociale à l’enfance (ASE) n’intervient que quand il y a une mesure de justice. Mais ces mesures mettent parfois des mois à être exécutées parce qu’il manque des places dans les familles d’accueil, dans les foyers. C’est pareil pour la prévention. Quand on fait un signalement et qu’il y a des actions éducatives en milieu ouvert, les délais peuvent atteindre plus d’un an. C’est intenable. L’État joue un jeu très dangereux par rapport à ça, qui est celui de la culpabilisation individuelle : pour Lyhanna c’est le procureur d’Auch qui avait mal fait son boulot. On pointe toujours un maillon, mais si on ne sécurise pas tous les maillons de la chaîne, ça ne peut pas fonctionner.

    Sentez-vous aujourd’hui une prise de conscience, notamment après l’affaire Lyhanna ?

    V.S. : Je vois un gros accélérateur avec l’affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion. Les citoyens s’emparent de plus en plus de la question de l’enfance. On peut se réjouir du parcours de la loi intégrale. Notre rôle est de transformer l’émotion en politique. Au PCF, ce qu’on propose pour qu’on arrête d’égrainer des prénoms, c’est une véritable politique de la protection de l’enfance avec un ministère de plein exercice pour plus d’équilibre entre les territoires et un volet de la prévention fort. On ne peut pas faire l’économie des moyens. Je rappelle que le budget de l’armée augmente chaque année. De l’argent il y en a, il faut la volonté politique pour aller le chercher. L’évasion fiscale représente entre 80 et 100 milliards d’euros par an.

    Comment résoudre la pénurie de travailleurs et travailleuses dans le social ?

    V.S. : 30 000 postes sont vacants dans le secteur. Il faut un plan national d’embauches, avec une revalorisation salariale. C’est une façon de reconnaître le travail qu’on fait. Aujourd’hui, dans les foyers départementaux, on constate qu’il y a un turn-over terrible. Mes stagiaires assistantes sociales, dans les 5 ans qui suivent l’obtention de leur diplôme, elles pensent à une réorientation. On en est à un tel stade qu’au lieu d’éducateurs formés on a des jeunes gens qui ont juste le Bafa. Je ne veux pas faire une généralité, mais quand même. Il y a une vraie perte de sens dans nos métiers : on nous demande de gérer des situations qui impliquent des enfants sans moyen. L’ASE ne tue pas, c’est le manque de moyen.

  • Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    La réponse qui sera apportée sera de la plus grande fermeté » avec « un dispositif opérationnel robuste » face à « un risque de violences urbaines très élevé », a prévenu, dès ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Un peu plus tôt dans la journée, il avait adressé un télégramme aux préfets, les appelant à la vigilance pour le 31 octobre et leur demandant d’avoir « une attention toute particulière aux appels aux rassemblements sur toutes les places publiques à partir de 20 heures qui se multiplient, et aux risques de cortèges sauvages qui en découlent ».

    On prend donc les mêmes et on recommence… Si le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, se refuse à donner des détails sur le dispositif de sécurité prévu, les instructions de la direction générale de la police nationale (DGPN) sont claires : le taux de présence est monté à 75% pour l’acte III, contre 60% en temps normal, nous confie une source policière. Quitte à suspendre les repos et congés des policiers et gendarmes, a convenu Laurent Nuñez.

    Blindés et canons à eau

    Canons à eau, blindés « Centaure » et camions de CRS devraient de nouveau se positionner dans les rues marseillaises en nombre, ce week-end. Le Raid étant chargé de la protection des bâtiments publics. Des contrôles pourraient également avoir lieu dans les gares et sur les routes, comme préconisé par le ministre de l’Intérieur.

    Dans l’arrêté publié par le préfet des Bouches-du-Rhône, outre l’interdiction des manifestations et rassemblements non déclarés ce week-end, on retrouve l’établissement de couvre-feux chaque soir de 23h à 5h jusqu’au lundi matin, mais pour les mineurs uniquement et toujours dans des zones spécifiques dans les communes de Marseille, Aubagne, Miramas, Salon-de-Provence, Les Pennes Mirabeau et Arles. Sont particulièrement concernées les zones commerciales et le centre-ville marseillais.

    D’autres arrêtés interdisent le port d’équipement de protection individuelle de type casques, gants et lunettes, tout comme le transport de carburant, la vente, le port et le transport d’armes par destination.

  • [Justice] « Je vais devenir un nouveau Kevin T. »

    [Justice] « Je vais devenir un nouveau Kevin T. »

    Attention jeudi ce qui va se passer, on se prépare. Je suis RN, j’ai la haine, je vais devenir un nouveau Kevin T. » Repéré et signalé lundi par la plateforme Pharos au parquet de Marseille pour un live alarmant sur TikTok, Fabrice B., un Marseillais de 46 ans, sans casier, sous suivi psychiatrique, a été condamné mercredi en comparution immédiate pour apologie du terrorisme et menaces de mort à raison de la race, de la religion.

    Le tribunal lui a infligé 16 mois de prison, moitié avec sursis et moitié ferme aménagée sous bracelet électronique. Un suivi sociojudiciaire pendant 3 ans est prononcé avec interdiction de port d’arme pendant 5 ans, d’inéligibilité pendant 2 ans et de réseaux sociaux pendant 6 mois.

    La suite de la capture vidéo du direct est glaçante. « Ils veulent la guerre, on va la faire, t’inquiète, moi je suis prêt à massacrer les musulmans, ils sont en train de bouffer notre pays, vous allez voir jeudi personne ne sera arrêté, l’actualité va exploser jeudi, notez bien jeudi. Faut plus que les blancs on se laisse faire. Ils veulent la guerre, on va la faire. »

    « Vous encourez 7 ans d’emprisonnement aujourd’hui. Qu’auriez-vous fait jeudi ? » lance le président Thierry Bonnifay au prévenu squelettique, pâle et émacié qui tremble dans le box. « Je me suis embrouillé avec des gens qui parlaient de Trappes, ça partait dans tous les sens et j’ai été emporté, j’ai dit des paroles très très dures et ça, je m’en rends compte », pleure le prévenu. L’enquête décrit un homme isolé socialement, victime de maltraitance du père dans sa jeunesse, mis à la porte à l’âge de 17 ans par sa famille en raison de son orientation sexuelle, recueilli par sa grand-mère morte depuis. Il a un temps été agent de sécurité au port autonome, avant de sombrer dans la dépression à la mort de son compagnon. Bénéficiaire de l’allocation adulte handicapé, il est sous suivi psychiatrique à Edouard-Toulouse depuis 2020 et a arrêté son traitement il y a deux mois.

    « Glorification de l’auteur d’un acte terroriste »

    Sommé par la procureure Mathilde Fontaine de dire ce qu’il sait de l’attentat raciste qui a tué Pengo Bossio Wangi et blessé sept autres personnes à Trappes, il patauge. « J’ai pas trop suivi ce qui s’est passé à Trappes. Kevin, c’est l’autre très méchant qui a fait du mal en tuant un être humain. Je ne suis pas du tout comme ça, j’aime tout le monde. J’espère que personne ne m’a entendu et ne va faire de bêtises, je m’en voudrais toute ma vie. Je regrette énormément ce que j’ai dit. Mon cerveau, il a bloqué. C’est parce qu’il y a eu tellement de haine dans la semaine avec l’actualité. Je me suis énervé de voir mon pays comme ça avec tant de haine, les manifestations et l’attentat et tout et moi j’ai rajouté une couche et je m’en veux. Je veux avoir une sanction mais pas aller en prison ça va m’abîmer. »

    Ayant clamé sur Tiktok qu’il était du RN, la procureure lui demande. « Vous appartenez à un groupuscule ? Vous vous revendiquez d’extrême droite ? » Sa réponse fuse : « Mais non, je vote même pas ! »

    Pour la représentante du ministère public, on est dans « la banalisation d’un discours qui arrive tôt ou tard à un passage à l’acte. On ne peut pas se retrancher derrière un ordinateur et les réseaux sociaux. Il n’est pas le seul depuis cette attaque, avec toujours ces mêmes discours “je ne l’aurais pas fait”. Le 24 octobre, le tireur a choisi ses victimes à raison de la couleur de peau et lui, au profil inconnu des renseignements et de la police, dit qu’il veut devenir le nouveau Kevin ». Pour cette « glorification de l’auteur d’un acte terroriste » doublé de menaces de morts racistes, elle requérait 10 mois ferme sous bracelet électronique.

    « Je ne veux pas qu’on en fasse un dossier politique. Ses fragilités visibles n’excusent pas tout, mais regardez-le, est-ce que vous pensez sérieusement qu’il peut passer à l’acte ? » a plaidé Me Allison Mallia. « Je veux payer et je veux m’excuser, mes propos ont dépassé une certaine limite qui est inqualifiable. »

  • Usés, les policiers craignent la suite

    Usés, les policiers craignent la suite

    Une présence sur le terrain accrue et le recours à toutes les unités demandé par le ministère de l’Intérieur, du Raid à la BRI en passant par le GIGN et même l’armée. Pour assurer le maintien de l’ordre après le naufrage du 17 octobre, le gouvernement sort les muscles. Une pression supplémentaire sur des agents sursollicités et qui ne veulent plus y aller, inquiets pour leur intégrité physique, témoigne-t-on au sein de la police marseillaise.

    « Il y a eu beaucoup de blessés chez les CRS et mobiliser des policiers qui ne sont pas employés habituellement pour ça, c’est les mettre en danger », alerte Arnaud Blaise, délégué du syndicat Unité Police à la Division Nord. Et de rappeler le rôle de chacun : « Le Raid doit intervenir sur des missions à haut risque, les enquêteurs, eux, sont dans les bureaux, travaillent avec les dossiers. Ils ne sont pas employés pour le maintien de l’ordre. »

    Le manque de moyens est aussi matériel. « On va manquer de casques », lâche le syndicaliste. Aucune leçon n’a été tirée du 17 octobre, analyse-t-il. « On nous envoie au feu. Des collègues n’avaient jamais vu ça en 25 ans de police, ils m’ont dit “c’est la guerre, ils veulent nous tuer“. Et faute d’organisation, on nous donne des instructions trop tard », déplore-t-il. Pour lui, la situation a atteint le niveau « de violences urbaines », où seuls les CRS sont à même d’intervenir, avec « les BAC, les BST (Brigade spécialisée de terrain), bref les unités de voie publique à condition que les agents fassent des stages régulièrement. Ce n’est pas le cas ». Arnaud Blaise dénonce la « com’ » du ministre Laurent Nunez. « Ce qu’on demande, ce sont des actes pour les policiers qui servent la République, qui protègent les Français et qui sont contre la violence. On ne rentre pas dans la police pour frapper les gens », assène-t-il. Jouer la dissuasion, avec du « bleu partout », n’empêchera pas, selon lui, les casseurs. Une minorité « à qui on laisse la possibilité de faire du bruit », s’indigne-t-il, loin des revendications des Gilets jaunes ou des lycéens. Et de glisser, au passage, que la police nationale, « comme toute la fonction publique », a des requêtes aussi… Pas de doute, pour le syndicaliste, la solution sera aussi « politique ».

  • Gérald Darmanin en service après fiasco

    Gérald Darmanin en service après fiasco

    Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.

    Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.

    Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.

    La faute aux autres

    Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».

    Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».

    Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».

    En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.

    « Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »

    Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.

  • [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    Quinze prévenus doivent défiler devant la 12e chambre A, dont huit sous mandat de dépôt. Le premier est un Algérien de 20 ans sous OQTF arrivé en train des Hauts-de-Seine. Le grand nigaud porteur d’une grosse valise a intrigué les policiers à qui il demandait son chemin. À l’intérieur, 38 articles du Monoprix pillé sur le cours Saint-Louis. « Il y avait beaucoup d’affaires éparpillées au sol, des vêtements pour enfants, des Mon Chéri, des Ferrero Rocher, j’en ai pris pour ma petite sœur. Je ne pensais pas que c’était répréhensible », dit le gars, candidat à la Légion étrangère, « prêt à mourir pour la France que j’ai dans mon cœur ».

    « Ce jour où la République a vacillé »

    « Il vient faire ses emplettes sur Marseille », cingle Nicolas Bessone, procureur de la République, qui requiert un an ferme avec mandat de dépôt et une interdiction définitive du territoire. Le haut représentant du ministère public décrit « une action concertée entre deux catégories de population différentes pour semer le chaos et le désordre en ce jour où la République a vacillé. D’abord, les black blocs dès 7h du matin pour fatiguer les forces mobiles puis vers midi qui s’attaquent à des institutions dans l’objectif de fixer les CRS. Puis concomitamment arrivent des délinquants issus des quartiers difficiles et des sans papiers qui vont se livrer à du pillage le plus bestial ». À peine 107 interpellations pour 3 000 pillards et 10 000 émeutiers. « La police en sous-effectif n’était pas en mesure de faire des interpellations massives », dit le procureur, pour qui « chacun des prévenus a apporté sa pierre à cet épisode apocalyptique ». Le tribunal le douche en condamnant le bougre à seulement six mois de prison avec sursis et confiscation de la valise.

    « Je savais pas que c’était un vol »

    Vient le tour de trois gars qui ne se connaissent pas, chopés à 14h30 par la Bac Centre, rue de la République, devant la boutique de sport I-Run dévastée. Mohamed, 26 ans, sans papier expulsé en 2023, dit être descendu en train de Villefranche-sur-Saône pour renouveler sa carte d’aide médicale d’État. « J’ai rien fait, rien volé, j’étais seul. Il y a confusion, les policiers interpellaient tous azimuts. Mais si j’avais voulu voler, je serais allé à Lyon. » D’ailleurs, les policiers n’ont rien trouvé sur lui. Le second, Boumedine, 35 ans, se présente comme « influenceur sur Tiktok ». « J’ai rien volé, je suis rentré pour filmer en live le chaos. » Rien sur lui non plus. Le dernier, Oussama, 37 ans, trois enfants, chauffeur livreur, est vu avec une boîte à chaussures. « J’ai ramassé un truc sans voir ce que c’était. J’ai couru, on m’a interpellé. Je savais pas que c’était un vol. Aujourd’hui, je le comprends. » La Métropole s’est constituée partie civile dans huit dossiers, justifiant de 12,49 millions d’euros de préjudice matériel suite au saccage urbain dont 350 000 euros en déblayage des rues. « Il y en a pour des millions d’euros à refaire toute la chaussée de la rue de la République ! », tonne Me Pierre Bruno, qui demande 2 000 euros solidairement au trio. « Tout Marseille savait que ça allait exploser et qu’il y allait avoir le chaos et eux y vont par opportunisme, par idéologie ou avec la volonté de semer le désordre », lance le procureur, qui réclame de trois mois à un an ferme, exhortant le tribunal « à des décisions fermes pour resolidifier le pacte social ». Le tribunal le glace d’une relaxe générale !

    « Ils ont tout dévalisé,

    c’est top »

    Trois jeunes gens répondent du recel de cinq caisses de maquillage, de parfums et d’une télé volés chez Sephora. « En détention, c’est la misère », hoquette la petite caissière de 21 ans qui prépare « le concours de policière adjointe ». Elle aurait appelé son frère et un pote pour récupérer le butin en voiture. « C’est impossible que ce soit moi, regardez, j’étais en pyjama ! » montre le frère dans le box. « Je me suis retrouvé au mauvais endroit au moment », annonce le pote à qui le procureur rappelle le SMS sur son portable : « J’attends mon collègue, il est chargé en affaires, ils ont tout dévalisé, c’est top. » Un renvoi est demandé. Le procureur veut leur maintien en détention. Le tribunal les remet en liberté. Ils seront jugés le 15 décembre.

  • [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    La Marseillaise : quel sentiment vous vient aujourd’hui ?

    Michel Ficetola : C’est une reconnaissance importante car les victimes obtiennent satisfaction et que mes travaux d’historien ont quelque part servi, mais ce n’est pas un moment historique dans le sens où on savait dès mai 2019 que c’était un crime contre l’Humanité reconnu dès lors que le ministère public acceptait d’ouvrir une enquête préliminaire. C’est une rafle-évacuation, un crime contre l’Humanité non génocidaire, dans le but d’expulser la population de Saint-Jean pour pouvoir raser le quartier. Cela avait été décidé dès la fin 1940 par Pétain et mission avait été donnée à l’architecte-urbaniste Eugène Beaudouin de réaliser un plan d’aménagement. À la différence de la rafle de l’Opéra du 22 janvier qui est un crime génocidaire où l’on vise une religion, les Juifs et une ethnie, les Tziganes, qualifiés de vagabonds.

    Il n’y aura pas de procès, est-ce une déception ?

    M.F. : L’affaire a été classée sans suite à juste titre car les responsables que l’on connaissait ont été jugés en 1955 avec des peines qui nous laissent pantois car des condamnations à mort ont été commuées en travaux forcés et des peines de prison n’ont pas été exécutées. Il y a eu des non-lieux scandaleux pour les principaux dirigeants français, c’est-à-dire René Bousquet, chef de la police de Vichy qui venait de commettre la rafle du Vél d’Hiv, le préfet de région Antoine Lemoine et Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de la ville de Marseille. On n’allait pas juger un policier de 105 ans.

    Quelle leçon tirer pour le présent
    de ces crimes
     ?

    M.F. : Traiter un groupe de personnes de façon inhumaine, cruelle ou même dégradante est un crime contre l’Humanité. Quand je vois comme on tient les Roms dans l’humiliation et la dégradation des conditions de vie, les Tziganes aujourd’hui sont encore discriminés et persécutés.

  • L’État reprend le contrôle de l’usine Fibre Excellence de Tarascon

    L’État reprend le contrôle de l’usine Fibre Excellence de Tarascon

    Exit les liquidateurs. L’Ademe, Agence publique de la transition écologique, prend le contrôle. « La situation n’a que trop duré, a estimé Mathieu Lefèvre, ministre délégué en charge de la Transition écologique. Depuis des semaines, l’incurie des liquidateurs fait obstacle à la mise en œuvre des arrêtés de mesures d’urgence puis de mise en demeure et de réquisition. »

    Le ministère a annoncé, vendredi 18 septembre, reprendre en main la mise en sécurité de l’usine de pâte à papier Fibre Excellence Provence, en cessation d’activité, pour pallier « l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement » du liquidateur judiciaire. Le ministre délégué a donné, jeudi 17 septembre au soir, son accord au préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, pour que l’Ademe « conduise la réalisation des opérations de mise en sécurité du site afin de protéger les populations et l’environnement ».

    Deux arrêtés qui valent leur pesant d’or

    Mieux, avec cette « urgence impérieuse » confiée à l’Ademe, « le montant de la facture sera adressé aux liquidateurs », a précisé Mathieu Lefèvre. Dans la foulée, le préfet a en effet pris, ce vendredi, deux arrêtés à l’encontre de la SELARL BDR & associés. Le premier est un arrêté « de consignation de 3 500 000 euros relatif à la remise en place de la capacité de traitement des effluents aqueux et de la défense incendie ». Le second porte sur la « consignation de 4 888 100 euros relative à l’évacuation des produits dangereux présents sur le site ».

    En déplacement à Velaux, ce vendredi, le ministre délégué a déclaré : « On fait face à un repreneur qui ne respecte pas une obligation, qui est dans une situation de délinquance environnementale malgré les mises en demeure et les injonctions du préfet, qui a d’ailleurs gagné devant le tribunal administratif de Marseille. Le rôle de l’état face à une crise majeure, est évidemment de pouvoir intervenir. » Il a précisé également le mode opérationnel retenu pour le pilotage de la mise en sécurité du site par l’établissement public : « Des opérations de gardiennage et de surveillance du site, des opérations de mise en sécurité s’agissant de la prévention incendie et de mise en sécurité s’agissant du stockage de l’eau en redémarrant pour éviter une éventuelle pollution du Rhône. »

    Décidément inébranlables dans leur volonté de « dépecer l’outil industriel », comme l’avait dénoncé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, lors de sa visite sur le site jeudi 17 septembre, les liquidateurs ont annoncé « prendre acte » de la décision du ministre dans un long communiqué. Tout en « refusant d’endosser les contradictions de l’état ». Touchés une nouvelle fois au portefeuille, ils ont assuré sans ciller « poursuivre pour leur part la mission qui leur avait été confiée par le tribunal de commerce de Toulouse ». Le gouvernement saura apprécier.

  • Quatre siècles de la Royale dans l’histoire de Toulon

    Quatre siècles de la Royale dans l’histoire de Toulon

    Le plus grand port militaire d’Europe s’apprête à souffler les 400 bougies de la Marine. Depuis la décision du cardinal Richelieu de doter la France d’une véritable puissance navale jusqu’à la construction programmée du nouveau porte-avions nucléaire de nouvelle génération Le France libre, son histoire étant indissociable de celle de Toulon.

    Quatre siècles plus tard, la Marine nationale est toujours là. Elle a changé de navires, de technologies, de missions mais continuer d’influer sur le devenir de la ville et sa prospérité. La base navale du Port du Levant restant le premier employeur du département avec plus de 20 000 personnels civils et militaires, ce qui représente un habitant sur cinq de l’agglomération toulonnaise.

    L’arsenal de Toulon marque également l’histoire sociale de la ville avec de grandes luttes menées par les ouvriers de la sorbe pour la conquête de leurs droits et contre les guerres coloniales. Notre titre a d’ailleurs longtemps été interdit de franchir la porte de cette enceinte protégée, les syndicalistes le glissant en cachette sous leur veste pour faire prospérer les idées d’émancipation.

    Les rues mêmes de la ville conservent l’empreinte des soirées endiablées des marins en goguette le temps d’une escale très alcoolisée. Du petit Chicago, comme il était appelé, avec ses néons criards et ses entraîneuses auprès de qui beaucoup venaient chercher de la compagnie et lever le coude. Et même s’il ne reste plus grand-chose de ces bars de nuit malfamés depuis la rénovation du centre-ville, un hôtel a conservé le nom de la cité américaine et la mémoire s’est perpétuée au travers des anecdotes des anciens. Tout comme le dicton populaire qui prétendait que toucher le pompon des appelés portait bonheur aux filles les plus téméraires.

    Une mémoire vive

    Tout cela est bien derrière nous. Depuis le ministère de la Défense a hélas fait place à celui des Armées et les missions des personnels ont changé, plus centrées sur la construction d’armements que sur l’entretien de la flotte.

    Cette date anniversaire mérite donc qu’on se tourne vers l’épopée de cette institution dans la ville préfecture. Une omniprésence vécue par moments comme un peu étouffante, notamment par rapport aux accès à la mer qu’elle interdit sur une longue bande littorale. Même si une partie aujourd’hui a été restituée aux Toulonnais, de la Tour Royale à la Mitre. Une fête donc qu’on ne peut ignorer ne serait-ce que pour occuper le terrain et ne pas laisser le récit accaparé par la communication de la Royale et la militarisation des esprits.

    Ouvert à tous, cet événement a vocation de mettre en lumière la Marine pour en faire découvrir les missions et les équipages, tout en rassemblant le public dans une ambiance conviviale, explique-t-on. Ce samedi après-midi sur la place de la Liberté, les visiteurs pourront pour cela participer à des ateliers pédagogiques, rencontrer les marins et découvrir des expositions de maquettes.

    Et après la cérémonie militaire à 18h, la musique sera également au rendez-vous, avec à un concert de jazz, avant qu’un DJ prenne le relais de 20h à 22h.

    « Ces célébrations rappellent une réalité essentielle : si la Marine agit chaque jour sur toutes les mers et tous les océans du globe, son efficacité et sa capacité d’action reposent sur l’engagement et le soutien de l’ensemble de la Nation », en profite pour glisser le ministère.

    L’occasion de rappeler aussi, avec la CGT, qui dressera le 18 septembre sur la place d’Armes son Village de la paix, que pendant que des militaires défilent dans les classes et que des forums sont organisés pour vanter les métiers de la défense aux lycéens, les budgets de l’école fondent. « La jeunesse mérite une école qui apprend à penser, pas à obéir », réaffirme la CGT.

  • Narcotrafic : des éducateurs marseillais en formation en Italie

    Narcotrafic : des éducateurs marseillais en formation en Italie

    Un programme Erasmus particulier… Financé par l’Europe, le projet porté par l’association Crim’Halt, va cette année embarquer trois éducateurs marseillais pour représenter la France et participer à un « échange de bonnes pratiques » explique Fabrice Rizzoli, son président.

    Une vingtaine de jeunes travailleurs, « en rapport avec la protection de la jeunesse », précise-t-il, venus aussi de Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie sont attendus ce samedi 21 août pour un stage d’une semaine à la coopérative sociale « Al di là dei sogni », littéralement « au-delà des rêves », dont Crim’Halt est partenaire. Située à Maiano di Sessa Aurunca, à la frontière entre Campanie et Latium, au Nord de Naples, c’est un lieu à « la forte dimension symbolique » estime Fabrice Rizzoli. D’abord « parce que c’est en Italie, pays de la mafia et l’anti-mafia » mais parce qu’il s’agit aussi d’une propriété de 17 hectares confisquée à la Camorra, baptisée « Alberto Varone », du nom d’un petit entrepreneur local qui a osé s’opposer aux extorsions du clan des « Muzzoni », affilié à la Nuova Famiglia de la camorra campanienne, explique le ministère de l’Intérieur italien. Il le paiera de sa vie le 24 juillet 1991, abattu à bout portant par un commando.

    Pour Crim’Halt, qui travaille depuis 2015 à l’engagement des citoyens face à la criminalité, cette semaine s’inscrit dans la continuité.

    Gagner du temps

    Collectif des familles de victimes, bailleurs sociaux… « Nous avons emmené des personnes différentes, en 2019 et 2020 qui ont pu voir des outils qui fonctionnent en Italie, cela nous a aidés à pousser pour obtenir la loi d’usage social des biens confisqués en France en 2021 », précise Fabrice Rizzoli. La connexion avec Amine Kessaci, militant écologiste, mobilisé contre le narcotrafic après l’assassinat de deux de ses frères, et devenu adjoint à la Jeunesse et à la Citoyenneté à la mairie de Marseille, s’est faite à ce moment-là.

    « Je l’ai connu lorsque j’étais à la tête de Conscience [association qui soutient les familles victimes du narcotrafic, Ndlr], je connais déjà un peu le système italien que j’estime le plus avancé en matière de lutte contre le crime organisé. J’étais notamment allé à Palerme rencontrer la famille de Peppino Impastato, un journaliste assassiné par la mafia parce qu’il avait une radio locale de quartier, où il dénonçait leurs agissements », raconte l’élu. Il a proposé d’envoyer une agente de son service prévention de la délinquance. « On peut comparer, s’inspirer, voir ce qui fonctionne ou pas, et puis ça fait aussi gagner un temps fou », considère Amine Kessaci qui a aussi pensé à Mohamed Benmeddour, de l’association Apis, et son bus nomade qui va à la rencontre des ados dans les cités.

    « Pour moi, c’est une première, j’espère échanger sur nos méthodes, savoir ce qui se fait de l’autre côté de la frontière, voir comme ils traitent ce rapport de la jeunesse à la délinquance et aussi apporter mon expérience » ; nous confie ce dernier avant le départ. Du côté de Crim’Halt, on se prépare également à lancer une vaste enquête sociologique sur les raisons qui poussent « les jeunes à entrer dans le crime organisé », ajoute Fabrice Rizzoli. Il entend aussi défendre « le concept de la victime innocente où on va faire en sorte de renforcer, défendre la mémoire des victimes qui n’étaient pas impliquées », les « grandes oubliées des journalistes, du grand public, focalisés sur l’auteur de l’infraction ».