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  • Gérald Darmanin en service après fiasco

    Gérald Darmanin en service après fiasco

    Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.

    Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.

    Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.

    La faute aux autres

    Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».

    Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».

    Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».

    En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.

    « Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »

    Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.

  • [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    [Émeutes urbaines] Des comparutions immédiates avec des jugements mesurés

    Quinze prévenus doivent défiler devant la 12e chambre A, dont huit sous mandat de dépôt. Le premier est un Algérien de 20 ans sous OQTF arrivé en train des Hauts-de-Seine. Le grand nigaud porteur d’une grosse valise a intrigué les policiers à qui il demandait son chemin. À l’intérieur, 38 articles du Monoprix pillé sur le cours Saint-Louis. « Il y avait beaucoup d’affaires éparpillées au sol, des vêtements pour enfants, des Mon Chéri, des Ferrero Rocher, j’en ai pris pour ma petite sœur. Je ne pensais pas que c’était répréhensible », dit le gars, candidat à la Légion étrangère, « prêt à mourir pour la France que j’ai dans mon cœur ».

    « Ce jour où la République a vacillé »

    « Il vient faire ses emplettes sur Marseille », cingle Nicolas Bessone, procureur de la République, qui requiert un an ferme avec mandat de dépôt et une interdiction définitive du territoire. Le haut représentant du ministère public décrit « une action concertée entre deux catégories de population différentes pour semer le chaos et le désordre en ce jour où la République a vacillé. D’abord, les black blocs dès 7h du matin pour fatiguer les forces mobiles puis vers midi qui s’attaquent à des institutions dans l’objectif de fixer les CRS. Puis concomitamment arrivent des délinquants issus des quartiers difficiles et des sans papiers qui vont se livrer à du pillage le plus bestial ». À peine 107 interpellations pour 3 000 pillards et 10 000 émeutiers. « La police en sous-effectif n’était pas en mesure de faire des interpellations massives », dit le procureur, pour qui « chacun des prévenus a apporté sa pierre à cet épisode apocalyptique ». Le tribunal le douche en condamnant le bougre à seulement six mois de prison avec sursis et confiscation de la valise.

    « Je savais pas que c’était un vol »

    Vient le tour de trois gars qui ne se connaissent pas, chopés à 14h30 par la Bac Centre, rue de la République, devant la boutique de sport I-Run dévastée. Mohamed, 26 ans, sans papier expulsé en 2023, dit être descendu en train de Villefranche-sur-Saône pour renouveler sa carte d’aide médicale d’État. « J’ai rien fait, rien volé, j’étais seul. Il y a confusion, les policiers interpellaient tous azimuts. Mais si j’avais voulu voler, je serais allé à Lyon. » D’ailleurs, les policiers n’ont rien trouvé sur lui. Le second, Boumedine, 35 ans, se présente comme « influenceur sur Tiktok ». « J’ai rien volé, je suis rentré pour filmer en live le chaos. » Rien sur lui non plus. Le dernier, Oussama, 37 ans, trois enfants, chauffeur livreur, est vu avec une boîte à chaussures. « J’ai ramassé un truc sans voir ce que c’était. J’ai couru, on m’a interpellé. Je savais pas que c’était un vol. Aujourd’hui, je le comprends. » La Métropole s’est constituée partie civile dans huit dossiers, justifiant de 12,49 millions d’euros de préjudice matériel suite au saccage urbain dont 350 000 euros en déblayage des rues. « Il y en a pour des millions d’euros à refaire toute la chaussée de la rue de la République ! », tonne Me Pierre Bruno, qui demande 2 000 euros solidairement au trio. « Tout Marseille savait que ça allait exploser et qu’il y allait avoir le chaos et eux y vont par opportunisme, par idéologie ou avec la volonté de semer le désordre », lance le procureur, qui réclame de trois mois à un an ferme, exhortant le tribunal « à des décisions fermes pour resolidifier le pacte social ». Le tribunal le glace d’une relaxe générale !

    « Ils ont tout dévalisé,

    c’est top »

    Trois jeunes gens répondent du recel de cinq caisses de maquillage, de parfums et d’une télé volés chez Sephora. « En détention, c’est la misère », hoquette la petite caissière de 21 ans qui prépare « le concours de policière adjointe ». Elle aurait appelé son frère et un pote pour récupérer le butin en voiture. « C’est impossible que ce soit moi, regardez, j’étais en pyjama ! » montre le frère dans le box. « Je me suis retrouvé au mauvais endroit au moment », annonce le pote à qui le procureur rappelle le SMS sur son portable : « J’attends mon collègue, il est chargé en affaires, ils ont tout dévalisé, c’est top. » Un renvoi est demandé. Le procureur veut leur maintien en détention. Le tribunal les remet en liberté. Ils seront jugés le 15 décembre.

  • L’allocation de rentrée victime de son succès

    L’allocation de rentrée victime de son succès

    « Sans cette aide, on n’y arriverait pas. » Safia, accompagnée de ses deux minots, Naël et Naïl, écume le rayon bureau du magasin Action du Centre Bourse à Marseille, ce mardi. Dans son caddie, on retrouve des cahiers, des stylos, des classeurs… En bref, l’ensemble de l’attirail nécessaire pour équiper les petits écoliers. « Avec mes deux enfants, j’en ai pour plusieurs dizaines d’euros juste en cahiers… Et je ne parle même pas du sac et des livres ! », développe la Marseillaise.

    Autour d’elle, plusieurs familles font de même et il faut parfois un peu jouer des coudes pour se frayer un chemin dans les travées. D’un côté, une mère questionne sa fille qui a la liste de courses à la main : « C’est bien un classeur avec 4 anneaux qu’il faut ? » De l’autre, un minot tire la manche de son père en direction des casques et autres souris pour jeux vidéo du rayon adjacent. Pas de chance, c’est bien pour la rentrée scolaire qu’ils sont venus et le petit polisson est vite rappelé à l’ordre.

    70 millions d’euros

    dans le département

    Car si le magasin fait le plein en ce 18 août, c’est notamment car l’allocation de rentrée scolaire (ARS) a été versée ce jour. Dans les Bouches-du-Rhône plus de 94 000 familles éligibles ont reçu cette aide qui oscille entre 426 et 466 euros par enfant, selon les chiffres de la CAF (Caisse d’allocations familiales) publiés ce mardi. Cette dernière rappelle justement qu’à « chaque rentrée scolaire, les familles font face à un surcroît de dépenses qui peut mettre en difficulté les plus modestes » et évoque une « aide indispensable aux familles modestes ».

    Safia, mère célibataire au petit salaire confirme : « C’est déjà compliqué de finir le mois en temps normal. Si l’allocation n’était pas là, on ne pourrait pas acheter tout ce qu’il faut pour l’école, ou alors il faudrait taper dans d’autres dépenses. » La CAF fait d’ailleurs écho aux propos de la Marseillaise dans son analyse : « Pour faire face à cette dépense supplémentaire les familles adoptent diverses stratégies comme la réduction des autres dépenses du foyer. Si elles n’avaient pas perçu l’ARS, elles auraient dû diminuer encore plus leurs autres dépenses. »

    Rappelons que l’ARS est versée, sous conditions, pour les enfants scolarisés de 6 à 18 ans selon les revenus de leurs parents. Dans le département, le montant total de l’aide s’élève à 70 548 129 euros. C’est dire les besoins… Et sur le terrain, elle est visiblement victime de son succès vu l’affluence au Centre Bourse. Juste à côté du magasin Action, on retrouve Chaussea d’où sort également une famille avec une paire de chaussures neuves pour sa minote. À l’étage du dessus, le rayon pour la rentrée scolaire de la Fnac attire aussi quelques familles. Bien loin donc des fantasmes d’achats de télé et smartphone relayés par certains médias…

    Emmaüs démonte les clichés

    Dans une enquête publiée ce mardi, Emmaüs France questionne « À quoi sert l’allocation de rentrée scolaire ? », en réponse aux clichés nauséabonds distillés dans certains médias relayant l’idée que l’ARS serve à payer des « abonnements Netflix ». Avec une série d’une vingtaine d’entretiens auprès de familles modestes, Emmaüs montre la réalité de l’utilisation de l’ARS : « Elle permet d’acheter des fournitures, des vêtements ou des équipements neufs, plus solides ou de meilleure qualité que ceux auxquels ces familles ont habituellement accès. » Et insiste : « Les enquêtes statistiques convergent sur un point : les dépenses supportées par les familles à la rentrée sont proches du montant de l’allocation. » Un lien direct entre rentrée scolaire et cette allocation donc.

    A.B.

  • Apollonia : prison ferme et mandat de dépôt pour une ribambelle d’escrocs

    Apollonia : prison ferme et mandat de dépôt pour une ribambelle d’escrocs

    « Vous êtes le corps et la tête pensante avec votre épouse de l’escroquerie en bande organisée », a lancé la présidente Azanie Julien-Rama à Jean Badache, 71 ans, serein voire décontracté dans la salle de la caserne du Muy, où plus d’une centaine de victimes se pressaient.

    Plus de vingt ans après les faits, l’escroc hors norme a été condamnée jeudi, avec son épouse Viviane, 69 ans, à la même peine de 7 ans d’emprisonnement ferme – contre dix ans requis – assortie d’un mandat de dépôt à effet différé et pour chacun 2,5 millions d’euros d’amende. Leur fils adoptif Benjamin, 48 ans, écope de 4 ans dont un an sous bracelet et 100 000 euros d’amende. Ce qui a pu être saisi à hauteur de 20 millions d’euros de leur immense patrimoine est confisqué, ainsi de leur villa luxueuse à Cassis, d’un palais à Marrakech. Le tribunal reste convaincu qu’ils ont lessivé à l’étranger une grande partie de leur fortune accumulée de 1997 à 2009 en vendant 5 305 biens immobiliers pour un montant phénoménal de 1,239 milliard d’euros.

    Le tribunal reste convaincu que Jean Badache « continue de tirer une certaine fierté » de ses agissements, mû qu’il était par « une volonté de revanche sociale et d’enrichissement hors-norme ». Le couple a organisé la dissimulation des revenus avec des montages financiers complexes entre la Suisse, le Luxembourg et le Maroc, preuve encore du « caractère extraordinairement lucratif » de leur escroquerie.

    Le tribunal a décortiqué le système Apollonia, société aixoise de conseil en investissements immobiliers qui s’est attachée le concours « d’hommes de loi pour donner une apparence de légalité et de respectabilité à ses opérations » qui aboutiront à la plus grande escroquerie immobilière et financière jamais commise en France. Apollonia, dissoute par le jugement, a soutiré 35 millions d’euros de dividendes en plumant 762 victimes ficelées – surtout des médecins – puis étouffées sous les empilements de crédits, même si selon le tribunal, rien n’établit que les banques savaient. Un de ses meilleurs commerciaux a dit que Jean Badache les poussait en leur disant « tous les matins un pigeon se lève et il faut aller chercher ».

    « Un enrichissement

    hors-norme »

    Les quatre commerciaux sont lourdement condamnés. Jusqu’à 5 ans ferme, 300 000 euros d’amende, confiscation de biens et interdiction définitive de gérer contre François Melis, le commercial qui a généré le plus gros chiffre d’affaires, s’assurant 1 million d’euros par an de revenu.

    Le système consistait à déposséder l’acquéreur du contrôle du déroulé des opérations organisées pour être opaques afin de prévenir tout contact entre les emprunteurs et les banques. Dès le départ, chacune des opérations allait être « forcément déficitaire quels que soient les aléas économiques » et « conduire nécessairement à la ruine des acquéreurs ».

    Quant aux notaires, si le Lyonnais Philippe Rambaud est relaxé « faute d’établir qu’il avait eu connaissance du processus délictueux », deux autres sont reconnus coupables d’avoir fait allégeance à Apollonia « par aubaine financière » : l’Aixois Jean-Pierre Brines, 77 ans, écope de 5 ans de prison dont 2 ans sous bracelet vu son âge, et 700 000 euros d’amende. « Sans vous, Apollonia n’aurait pas pu prospérer. Vous avez détourné votre office par volonté d’enrichissement. » Le Marseillais Philippe Jourdeneaud, 65 ans, qui a agi « de manière servile », écope de 5 ans dont 18 mois ferme sous bracelet, 300 000 euros d’amende. Pour les deux, une même interdiction définitive d’exercer.

    Complice de l’escroquerie et de blanchiment en bande organisée, l’avocat d’Apollonia, Me René Spadola, 61 ans, qui avait en main les éléments sur le processus frauduleux mis en place, écope de 5 ans de prison dont 2 sous bracelet, 300 000 euros d’amende et l’interdiction définitive d’exercer dans l’immobilier.

    « Les personnes condamnées sont entièrement responsables. Il nous incombe de réparer intégralement le préjudice », dit le tribunal, qui a fixé des dates d’audiences pour les intérêts civils.

  • La dernière visite de Moscovici à Marseille

    La dernière visite de Moscovici à Marseille

    Parallélisme des formes, Pierre Moscovici, le premier président de la Cour des comptes, a tenu à installer « son » nouveau président de la chambre régionale des comptes Paca, Xavier Lefort, l’ancien préfet de Guadeloupe qu’il a convaincu d’accepter ce poste, après s’être déplacé personnellement le 26 juin dernier pour débarquer la présidente Nathalie Gervais, officiellement démissionnaire.

    Le nom de cette dernière n’a pas été prononcé dans les discours officiels. Une damnation mémorielle qui en dit long sur le sérieux de ce qui a pu lui être reproché en interne mais qui demeure secret. Ce qui a obligé de nouveau Pierre Moscovici à réfuter tout lien avec la publication du rapport sur « Marseille en grand ». « L’épisode qui m’a amené ici en juin est derrière nous », a voulu rassurer M. Moscovici à l’issue de l’audience solennelle à laquelle ont participé le président de région Renaud Muselier (Ren.), la présidente de la métropole et du département, Martine Vassal (DVD), le maire de Marseille Benoît Payan (DVG) ou encore le maire de Nice Christian Estrosi (Hor.).

    Tout juste a-t-il consenti à lâcher que « des difficultés managériales internes étaient intervenues qui ont entraîné le départ à l’amiable de la présidente qui n’a jamais été destituée. Je n’étais pas venu la débrancher mais rassurer le personnel à un moment de flottement après une crise de gouvernance », la situation ayant fait l’objet d’une « enquête administrative indépendante ».

    L’ancien ministre socialiste de l’économie qui a par ailleurs annoncé la semaine dernière son départ anticipé au 1er janvier prochain pour la Cour des comptes européenne, a réfuté tout motif politique : « Le départ de Madame Gervais n’a absolument rien à voir avec Marseille en grand. Il n’a rien de politique. » D’assurer n’être jamais intervenu dans les travaux d’une chambre. « Je n’ai jamais demandé à un président de me faire remonter un rapport. Je ne l’ai jamais censuré, jamais caviardé. Il en va de même pour ce rapport “Marseille en grand”. Que cela ait pu indisposer certains, la chambre régionale des comptes n’est pas là pour plaire ou déplaire, mais pour dire ce que l’on trouve et faire des recommandations. »

    Une « nouvelle feuille de route » s’ouvre pour le président Xavier Lefort qui a fait le vœu d’« être collectivement encore plus efficace dans le rétablissement des comptes et dans la répression des atteintes à la gestion publique ». « Il n’y a pas l’ombre d’un doute, pour chaque contrôlé, qu’il sera traité avec le seul souci de rendre compte le plus fidèlement possible de son action. Aucune pression, aucune complaisance ne viendra orienter le sens de nos travaux. »

    Xavier Lefort s’est dit très conscient de « l’impérieuse attente de nos concitoyens qui demandent avant tout l’efficacité et la transparence de l’action publique. Parce que le citoyen est un contribuable, que l’euro que nous manions est le sien, que l’argent public n’a pas de propriétaire mais que des gérants. Il n’y a pas de consentement à l’impôt si son bon usage n’est pas garanti ». L’explication pédagogique est une nécessité car, citant Mark Twain, « le mensonge a le temps de faire trois fois le tour de la terre avant que la vérité ne mette ses chaussures ». « Notre indépendance est sacrée, a-t-il insisté devant la presse. Sinon c’est le crédit même de notre institution qui s’effondre. »

    L’ambition est affichée d’être au plus près des préoccupations de la gestion publique et « c’est ce que nous continuerons à faire ici avec le Plan “Marseille en grand” animé du souci du dialogue et de la compréhension des enjeux », a-t-il dit. Quant au rapport en cours de finalisation sur la Ville de Marseille, à entendre le président Lefort, il ne faut pas espérer une publication prochaine : « Il ne s’agit pas en période électorale de perturber la réflexion du citoyen en intervenant dans le débat. Trois mois avant le premier tour des élections, les chambres ne publient plus leurs observations. » « Nous ne devons pas interférer dans une élection », résume Pierre Moscovici.

    « Il n’y a pas de consentement à l’impôt si son bon usage n’est pas garanti. »

  • Le Secours populaire marseillais accueille les bonnes volontés

    Le Secours populaire marseillais accueille les bonnes volontés

    Il est 10h ce jeudi, l’antenne d’urgence du Secours populaire n’a ouvert que depuis une trentaine de minutes mais il y a déjà du monde dans les rayons de la braderie solidaire. Ouverte du mardi au jeudi, de 9h30 à 12h, cette antenne est située juste en dessous du siège départemental, sur le chemin de Gibbes (14e) à Marseille. Un lieu qui permet aux personnes du quartier de venir trouver des habits contre une participation solidaire, des colis alimentaires ou un accompagnement juridique.

    Entre les placards remplis de jouets pour les enfants et les portants d’habits, Mustapha, la cinquantaine, est à la recherche de chaussures. Cela ne fait que deux ans que ce père de cinq enfants vient chercher des habits à la braderie. « Depuis le coronavirus, tout a augmenté. Ça fait deux ans qu’on a besoin de venir ici, parce que c’est la crise. Ici je trouve des vestes, des habits et des chaussures pour moi ou pour mes enfants », explique-t-il, gêné. Mais il ne vient pas prendre de colis alimentaires, précise-t-il. Le point de vente solidaire du Secours populaire ne nécessite pas d’être inscrit, chacun peut donc venir y faire ses achats et participer à hauteur de ses moyens.

    Porte d’entrée

    Le lieu est aussi la porte d’entrée des nouveaux aidés, puisque c’est ici que les inscriptions se font pour avoir accès aux colis alimentaires. « On fait une dizaine de nouvelles inscriptions tous les jours [d’ouverture] », explique Samira, en charge des inscriptions ce matin. Bénévole depuis 2018, elle remarque que les personnes qui viennent demander de l’aide ont des profils de plus en plus divers. « Il y a ceux qui n’ont pas de carte de séjour ou qui demandent l’asile, mais il y a aussi de plus en plus d’étudiants, de personnes au chômage, au RSA ou qui travaillent et qui n’arrivent pas à s’en sortir », témoigne-t-elle. Face à la montée de la précarité étudiante, l’association a d’ailleurs développé le Solidar’bus qui fait des distributions de colis à la sortie des cours.

    Ce matin ce sont Zorha, Naima et Samira qui assurent l’accueil et la distribution de la nourriture. Après avoir demandé les papiers d’identité des nouveaux « accueillis », Samira vérifie sur une base de données que les personnes ne sont pas déjà inscrites. Elle s’assure ensuite qu’elle ne touche pas plus de 1 000 euros par mois, ce qui est la condition pour avoir le droit à l’aide.

    Ce matin-là, c’est une bénévole du Secours populaire qui vient demander de l’aide à Samira. Habitant avec son mari et sa fille, avec un revenu de 800 euros par mois, elle a décidé de s’inscrire pour recevoir des colis alimentaires. « Je connaissais le lieu, parce que j’aide à la distribution de nourriture. Mais c’est la première fois que je viens demander de l’aide », explique la mère de famille, d’une voix timide. Comme elle ce jeudi, ils sont cinq à avoir fait leur première inscription pour l’aide alimentaire.

    Dans les Bouches-du-Rhône, de nombreux aidés par le Secours populaire deviennent par la suite bénévoles. Naima a par exemple d’abord été aidée par l’association, avant de passer de l’autre côté du comptoir, il y a trois ans. « Dès que j’ai su qu’ils faisaient des cours d’aide au numérique, j’ai voulu participer parce que je suis informaticienne », affirme fièrement Naima.

    Coupures de droits

    L’antenne offre également un accompagnement juridique. « Cela va de la prise de rendez-vous avec la Sécu, aux demandes d’asile, en passant par le droit à la culture ou aux vacances, explique Djazia, juriste de profession. Tout ce dont la famille peut avoir besoin, on est là pour les accompagner. J’aide aussi beaucoup sur les coupures de droits », précise la bénévole. Selon la juriste, le changement de politique pour toucher le RSA a impacté beaucoup de ses bénéficiaires. « Certains n’ont jamais été inscrits à France Travail et donc ne savent pas faire, ce qui entraîne la fin de leurs droits », se désole-t-elle. Des coupures dans les aides de plus en plus fréquentes qui obligent certains à se tourner vers la distribution alimentaire du Secours populaire en l’absence de tout revenu…

    « Il y a aussi de plus en plus d’étudiants, de personnes au chômage, au RSA ou qui travaillent et qui n’arrivent pas à s’en sortir »