Du plan écoles à la sécurité
Didier Gesualdi : Vous êtes le nouvel adjoint du Printemps marseillais à la sécurité, vous succédez à Yannick Ohanessian après vous être occupé du plan écoles. Vous pouvez tout faire ? Vous êtes bon partout ?
J’espère devenir bon partout en tout cas. M. le maire m’a confié cette délicate tâche de la sécurité. C’est un vrai beau défi. Il y a eu le plan écoles, maintenant la sécurité, c’est une vraie marque de confiance. Je mets tout en œuvre avec son aide et avec les fonctionnaires de police pour améliorer la sécurité globale à Marseille et pour lutter contre le sentiment d’insécurité qui est également très fort dans notre ville.
Léo Purguette : Quel bilan tirez-vous du plan écoles ?
Le plan écoles continue d’avancer. Nassera Benmarnia est très bien entrée dans ses nouvelles fonctions. On est aujourd’hui sur la vague 4 qui est en train d’être lancée en projet. Il y a des dizaines d’écoles dans lesquelles les travaux ont déjà commencé. Certaines vont être livrées d’ici une petite année environ. Le plan écoles avec la société publique des écoles ou, en direct avec la Ville de Marseille, continue d’avancer à un bon rythme. On peut être fier de cette réussite qui est collective, qui provient de la volonté du maire Benoît Payan avec l’aide de l’État et du président Emmanuel Macron. Quand l’État et une collectivité veulent travailler main dans la main, les services publics, la fonction publique, deviennent de véritables donneurs d’ordre et font avancer les choses.
Didier Gesualdi : Il y a eu des batailles de chiffonniers sur les chiffres pendant la campagne électorale. Quoi qu’il arrive ça ne va jamais assez vite ?
Évidemment, j’aimerais pouvoir tout reconstruire le plus rapidement possible. Mais nous respectons toutes les règles d’urbanisme, de conformité, les normes liées au réchauffement climatique, ça prend du temps, de l’argent mais on en est fiers parce que ceux qui en profitent ce sont nos petites Marseillaises et nos petits Marseillais.
Léo Purguette : Vous dites respecter toutes les règles, l’ancien préfet de région a quand même signalé le contraire. Où en êtes-vous ?
Il a signalé le contraire… oui, c’est quand même un peu confus ce qu’il s’est produit. Les services de la préfecture ont mené une enquête récemment et le nouveau préfet lui-même, M. Witkowski, a dit qu’il n’y avait aucune anomalie. Nous, on le savait. On avait travaillé avec nos avocats qui nous avaient dit qu’il y avait beaucoup de bruit pour rien. La campagne électorale a probablement servi de caisse de résonance.
SA FEUILLE DE ROUTE
Didier Gesualdi : Yannick Ohanessian nous disait que votre majorité avait fait plus en six ans que les autres en quarante ans. Il reste encore beaucoup à faire non ? Beaucoup de Marseillais ont le sentiment que ça ne va pas mieux.
Je me mets dans les pas de mon prédécesseur et je m’inscris surtout dans les directives données par le maire, Benoît Payan. Nous avons déjà recruté 400 policiers durant le mandat précédent. On va doubler ce chiffre en passant à 800 recrutements sur le nouveau mandat. C’est le premier axe. C’est un vrai défi parce qu’aujourd’hui, tous les métiers de la sécurité sont en tension. À nous de faire en sorte que l’on vienne taper à notre porte. Le deuxième axe, c’est la proximité avec la volonté de créer des commissariats de police municipale dans tous les arrondissements de Marseille. Il y avait le plan écoles, il y aura très bientôt le plan commissariats avec l’objectif d’être au plus près des habitants pour pouvoir les rassurer, les renseigner, les protéger, faire du flagrant délit en cas de problème. Nous voulons assurer la sécurité de tout le monde, dans tous les quartiers.
Léo Purguette : Ces ambitions sont très hautes alors que l’argent manque dans les collectivités. N’avez-vous pas l’impression d’en dépenser beaucoup pour compenser les manques de l’État ?
Ce qui est sûr, c’est que nous ne ferons pas d’économies sur la sécurité. Nous allons investir dans des nouveaux commissariats, recruter des policiers mais aussi les équiper. En revanche, il est hors de question que la police municipale vienne remplacer la police nationale qui est sous l’autorité du préfet. Nous voulons qu’il y ait plus d’uniformes dans les rues, davantage de policiers municipaux et davantage de policiers nationaux. L’État s’est désengagé des services publics, d’abord la justice ensuite la santé, puis l’éducation… Il serait inadmissible qu’il se désengage de la sécurité.
LA POLICE NATIONALE
Didier Gesualdi : On a assisté à des échanges aigres-doux entre Benoît Payan et le préfet sur les effectifs de police nationale la nuit, faites-vous encore appel à l’État ?
Bien sûr. C’est un domaine régalien de l’État. Ce que je veux c’est qu’il y ait le plus de bleu possible dans la rue que ce soit dans la journée ou la nuit parce que nos concitoyens ont besoin de les voir, d’être rassurés et en cas de flagrant délit, qu’il y ait une intervention. Avoir du bleu dans les rues, c’est nécessaire la nuit aussi. Je n’entre pas dans une bataille de chiffres mais les demandes répétées du maire de Marseille, je les ai moi-même relayées auprès de la préfète de police et du directeur de la police nationale que j’ai rencontré il y a quelque temps. Main dans la main on doit pouvoir arriver à trouver des solutions pour améliorer la sécurité à Marseille.
Didier Gesualdi : Comment pouvez-vous contribuer à la lutte contre le narcotrafic ?
C’est un drame pour les familles et les quartiers qui en sont victimes. C’est une compétence police nationale. Il y a des enquêteurs, des brigades spécialisées, ne nous prenons pas pour ce que nous ne sommes pas. En revanche, nous pouvons apporter une aide sur les caméras de vidéosurveillance, sur les opérations « grappin » en venant enlever les voitures qui ralentissent les services de police, les chariots ou autres… C’est aussi rétablir un cadre de vie agréable pour les personnes qui y vivent.
LA PROXIMITÉ
Léo Purguette : Un commissariat par arrondissement, c’est à quelle échéance ?
On se donne le mandat pour y parvenir. À l’instant T, nous avons déjà des pistes dans plusieurs arrondissements.
Léo Purguette : Avez-vous déjà une idée du prochain qui ouvrira ?
Les deux pistes les plus avancées sont dans le 15e et dans le 11e. Nous avons déjà celui de Canebière qui fonctionne bien, celui de Loubon, dans le 3e, qui va fonctionner encore mieux dans la prochaine période. Trouver une implantation pour un commissariat n’est pas si facile que ça parce qu’il y a un critère intangible qui est le parking pour accueillir les véhicules de police.
Léo Purguette : Quel lien police-population ? Ces rapports sont parfois tendus voire violents.
Nous faisons de la prévention. Une de mes premières sortie d’adjoint était à la Savine pour faire découvrir tous les métiers à uniforme aux jeunes. Il y a des enjeux de recrutement.
LA GAUCHE ET LA SÉCURITÉ
Léo Purguette : « Plus de bleu dans la rue », c’est un discours que l’on n’entend pas toujours à gauche. La gauche est parfois critiquée pour un supposé angélisme en matière de sécurité. Quelle est votre doctrine ?
L’angélisme, ce n’est pas la doctrine du Printemps marseillais. Ce que nous voulons c’est que toutes les Marseillaises et Marseillais se sentent en sécurité, où qu’ils se trouvent dans la ville. On vit dans un territoire magnifique avec la plus belle rade du monde, des sites absolument remarquables, il n’est pas acceptable que des personnes puissent être agressées, se sentent en difficultés selon les endroits, que certaines femmes se fassent harceler. C’est inacceptable que l’on soit de gauche ou de droite. Peut-être qu’il y a quelques décennies, la gauche pouvait être angélique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Au Printemps marseillais nous avons à cœur que l’on se sente bien en sécurité partout à Marseille. Nous ne voulons pas que des quartiers populaires soient abandonnés comme cela a été le cas pendant des années avec des problèmes de trafics, des services de propreté ou de bus qui ne venaient plus. Nous, nous remettons du service public dans les quartiers populaires.
Léo Purguette : C’est votre manière de tenter de faire refluer l’extrême droite ?
Ce que nous voulons, c’est faire vivre le vivre-ensemble. Tout le monde en parle mais comment fait-on ? On met du service public. C’est le service public qui doit permettre aux gens d’être reliés et de vouloir vivre ensemble. Ce n’est pas une évidence de vivre ensemble. Si vous avez une école délabrée, si vous appelez le 17 et qu’il ne se passe rien, si vous vous faites agresser dans la rue, si des gens vous empêchent de rentrer chez vous, vous vous sentez comme un citoyen de seconde zone. Nous à Marseille, on ne veut que des citoyens de première zone. Notre belle ville est peuplée par 900 000 Marseillaises et Marseillais qui sont fiers de l’être et ils ont raison. Nous, ce que nous voulons, c’est que notre police permette la concorde.
Didier Gesualdi : Le moratoire sur les caméras de vidéosurveillance colle à la peau du Printemps marseillais. C’est totalement révolu ?
D’abord, il était dans notre programme de 2020. On a donc fait ce pour quoi on avait été élu : pendant deux ans, on a fait un moratoire qui a permis d’analyser l’ensemble des caméras. On s’est rendu compte que certaines, soit ne fonctionnaient pas, soit ne servaient à rien, soit étaient dans des endroits un peu étranges pour surveiller des personnalités X, Y ou Z, ce qui n’est évidemment pas l’objectif principal. Nous avons mis les choses à plat, avec l’État, dans le cadre du plan Marseille en grand, à des endroits utiles : écoles, collèges, lycées mais aussi dans les lieux stratégiques pour lutter contre les trafics ou garantir la sécurité routière.
L’INSÉCURITÉ
Didier Gesualdi : Quand, à la Valentine, aux Accates, on voit des votes à 60% pour le RN lors des législatives, est-ce que c’est l’insécurité qui explique ces résultats ?
Vous savez, quelqu’un qui est cambriolé, c’est un gros problème. Il faut d’ailleurs faire reculer cette insécurité concrète. Il faut aussi lutter contre le sentiment d’insécurité. Quand, dans la campagne, Mme Vassal disait qu’elle ne voulait pas venir au Vieux-Port à 18h de peur de se faire agresser. Excusez-moi, je suis régulièrement sur le Vieux-Port, à 18h, 20h ou 23h, il ne m’est absolument jamais rien arrivé. Il y a ce sentiment que Marseille serait une ville de non-droit, que ce serait Chicago dans les années 1930. C’est invraisemblable. Il y a une vraie insécurité qui existe, sur laquelle nous devons lutter au quotidien avec la police au plus proche des habitants. Et puis il y a ce sentiment d’insécurité qui est très fort. Le faire reculer passe par une présence policière accrue qui doit faire reculer ce sentiment-là. On vient très bien au Vieux-Port sans aucun problème.
LA RÉPUBLIQUE, C’EST QUOI ?
Pierre-Marie Ganozzi : « La République c’est une utopie, c’est l’idée formidable selon laquelle nous pouvons vivre ensemble, nous devons vivre ensemble. Rien n’est facile mais nous y travaillons, avec le maire Benoît Payan et tous les élus de la majorité municipale pour que notre République, j’ai presque envie de dire la «République marseillaise» se vive au quotidien. »
Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Colette Drogoz :
Je possède un garage donnant sur la rue, je ne peux ni entrer ni sortir car des voisins se garent devant en toute impunité. Pourquoi personne ne m’aide ? Cela dure depuis 10 ans !!!!
Bonjour Colette. Ce que je peux vous dire, c’est que normalement il faut faire le 17 dans ce cas-là. Si ça ne fonctionne pas, il faut faire allô mairie qui peut être en direct avec la fourrière. Je vais voir ce qu’il se passe concrètement pour vous car il y a eu un temps d’adaptation mais la fourrière fonctionne désormais. En 2025, on en était à 11 000 mises en fourrière. Le début de l’année 2026, on est dans des ratios encore supérieurs et nous allons recevoir de nouveaux équipements pour encore augmenter notre capacité d’intervention.
En outre, nous sommes à la recherche d’un deuxième site pour faire une deuxième fourrière dans les quartiers sud. Je vous donne un petit scoop : ça avance bien. J’espère que d’ici la fin de l’année 2026 on aura à la fois un deuxième site de fourrière dans le sud et de nouveaux équipements. Les deux réunis permettront à la fourrière d’être encore plus performante et donc pour Colette et pour les autres de multiplier les interventions. J’ai donné des consignes très claires en ce sens : on verbalise et on met en fourrière car l’insécurité routière à Marseille, ça suffit.