Tag: fonctionnaires

  • Contre la smicardisation, la grève le 5 novembre

    Contre la smicardisation, la grève le 5 novembre

    Plus de 120 secteurs professionnels ont leur niveau de rémunération le plus bas en dessous du Smic ! Une affirmation qui a de quoi étonner, puisqu’il est illégal de payer en deçà du salaire minimum en France, mais qui est pourtant bien réelle. Dans un dossier au sujet des négociations salariales paru il y a quelques jours, la CGT a même décompté pas moins de 122 branches où les minima conventionnels, c’est-à-dire la rémunération plancher d’un secteur, sont inférieurs au Smic. Parmi ces branches qui paient au rabais, certaines ont des écarts avec le Smic qui ont de quoi faire froid dans le dos. C’est le cas pour le secteur hospitalier privé dont le montant du premier niveau de salaire s’établit à 1 729,36 euros, soit 137,66 euros de moins que le Smic brut à 1 867,02 euros. Au total, 32 branches ont un écart au Smic de plus de 50 euros, ce qui concerne plusieurs millions de salariés.

    Les travailleurs de ces secteurs sont bien payés au Smic en rémunération réelle, illégalités et tours de passe-passe patronaux obligent, mais cela illustre surtout l’absence de volonté des employeurs de se pencher sur des hausses réelles de salaires. Quand le Smic est régulièrement revalorisé, les négociations salariales dans les secteurs d’activité, via ces fameuses branches professionnelles, ont bien du mal à suivre. « Tous les ans, on se retrouve rattrapé par le Smic. Plusieurs niveaux de notre grille salariale, presque la moitié, sont d’ailleurs au Smic. Quand on entre dans la coiffure, on est au Smic. Et que l’on soit coiffeur débutant, coiffeur confirmé ou coiffeur tout court », expose Nadia Mimoun, référente de la branche de la coiffure pour la Fédération CGT Commerce et Services.

    Car qui dit branches professionnelles, dit grilles salariales qui définissent les niveaux de rémunération par secteur. Et les premiers échelons de ces grilles n’augmentent pas autant que le Smic. « Les organisations patronales ne veulent pas revaloriser toute la grille de notre branche. Par exemple, il va y avoir une augmentation du Smic prochainement. Nos employeurs l’attendent pour se calquer dessus », développe Nadia Mimoun également secrétaire de l’Union Départementale CGT 13. Sauf qu’à l’arrivée, on obtient des « grilles totalement incohérentes » où la progression à des échelons supérieurs n’amène à rien. « La coiffure est la deuxième branche de France qui consomme le plus de formations : diplômes, certifications, BEP ou CAP… Mais pour se retrouver au Smic puisque tous les premiers niveaux de notre grille sont calqués dessus », développe Nadia Mimoun. D’où le terme de « tassement » des grilles de rémunérations et donc de « smicardisation » de tout un pan de travailleurs. « Un débutant ou un confirmé est payé de la même manière, c’est ce qu’on appelle le tassement des grilles », abonde la syndicaliste. Avant de dénoncer : « Un des arguments des employeurs pour refuser de revoir les grilles est de renvoyer aux Négociations annuelles obligatoires (NAO). Mais dans la coiffure, il y a 70% de très petites entreprises, où il n’y a donc pas de NAO ! S’il n’y a pas d’augmentation qui vient de la branche, ça ne vient de nulle part ».

    L’ampleur du phénomène est telle que le constat vaut aussi quand l’employeur est l’État. « Quand on entre dans la fonction publique, on arrive au premier grade qui est techniquement en dessous du Smic », expose Dominique Maccari, co-secrétaire générale de la CGT de la Métropole Aix-Marseille Provence (AMP). Une situation qui concerne « les trois versants de la fonction publique », que le travailleur officie dans un hôpital public ou dans une petite collectivité. « Pour éviter que les plus basses catégories soient en dessous du Smic, ils donnent un montant en fin d’année qui rattrape le négatif », développe la fonctionnaire. Elle y met en regard l’absence de revalorisation du point d’indice, qui est la base de calcul de la rémunération des fonctionnaires, et qui est gelé depuis des années : « Vu qu’ils n’augmentaient que les plus basses catégories, et pas les autres, à un moment ça se chevauche, il y a cet effet de tassement ».

    Dans cette lignée, Lionel Zaouati, responsable régional Paca de la Fédération CGT des organismes sociaux (CAF, CPAM ou Urssaf…) évoque même une « paupérisation des deux côtés des guichets » pour son secteur. Les salariés de ces organismes sont au contact des plus précaires alors même que « 27% des salariés des organismes sociaux demandent la prime d’activité ». Et pour cause : le premier niveau de rémunération du secteur est de 55 euros en dessous du Smic. « À cause de ça, les organismes sociaux n’embauchent plus qu’au troisième niveau de rémunération », explique-t-il. Bonne nouvelle pour les nouveaux embauchés ? Pas vraiment, car cela aboutit au fait que « les agents restent plus longtemps au 3e niveau ». « J’ai 32 ans d’ancienneté et je ne suis qu’au niveau 4 », prouve Lionel Zaouati.

    « Quand
    on entre dans la coiffure,
    on est au Smic »

  • [Entretien] Caroline Chevé, FSU : « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications »

    [Entretien] Caroline Chevé, FSU : « Il faut contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications »

    La Marseillaise : Vous vous êtes rendue à Matignon dans quelle optique ?

    Caroline Chevé : Le courrier d’invitation portait sur deux points : des questions sur l’organisation des manifestations et des questions sur les revendications de la jeunesse. Sur ces deux sujets, nous sommes venus dire qu’évidemment nous ne voulions pas discuter de ça ! Sur les manifestations, la FSU n’a aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Nous n’avons pas attendu que Macron le demande pour condamner toutes les violences. Mais cela fait des semaines que nous sommes au plus près des jeunes, devant les établissements scolaires. Nous avons donc contribué à faire descendre la tension partout où l’on était. Par ailleurs, chacun ses responsabilités : nous assumons les nôtres, à l’État d’assurer la possibilité de manifester en toute sécurité. Et sur les revendications des jeunes : nous n’étions pas là pour parler à leur place. Nous avions demandé à ce qu’ils soient présents ou qu’ils soient reçus d’urgence dans leur cadre, nous ne comprenons pas pourquoi ils ne l’ont toujours pas été.

    Au niveau revendicatif, que portiez-vous à ce rendez-vous ?

    C.C. : Les revendications des personnels de l’Éducation nationale font directement écho à celles des lycéens. C’est le même principe pour les enseignants dans le supérieur avec les étudiants. Nous avons donc rappelé que plusieurs revendications n’ont toujours pas eu de réponses : la revendication salariale des fonctionnaires qu’on porte depuis bien longtemps, et elle fait le lien avec la problématique générale du pouvoir d’achat qui se pose aujourd’hui. Je ne vais pas faire une liste de courses mais je pense aussi aux enjeux de bâti scolaire, Ce que nous venions donc entendre, ce sont des réponses concrètes du gouvernement qui seraient visibles pour le budget 2027.

    Et quelles réponses avez-vous eues ?

    C.C. : Nous avons eu un discours de la méthode, une ébauche de calendrier. Mais nous n’avons eu aucun engagement qui pourrait figurer dans le budget de 2027. La seule annonce concrète qu’il y a eu, c’est la tenue d’une réunion au ministère de l’éducation nationale avec l’ensemble de la communauté éducative (représentants des personnels, des lycéens, organisations des parents d’élèves et les Régions). À l’occasion de cette réunion, des annonces seraient faites. Mais quand on creuse, ce dont il est question, ce sont des réponses à la plateforme lancée pour récolter les revendications des lycéens. Et les revendications présentes sur cette plateforme sont les mêmes que celles portées dans le mouvement : emploi du temps, accès aux études supérieures, conditions matérielles d’études… Donc il annonce des réponses et des chantiers ouverts sur ces sujets-là. Mais c’est ce que nous aurions dû entendre il y a 3 semaines ! Ils sont complètement en décalage avec le tempo qui s’est accéléré depuis fin septembre. Il y a une colère sociale qui s’exprime en permanence mais on a un gouvernement qui en est encore au point de réunir les organisations syndicales pour dire qu’il va y avoir des réunions dans lesquelles il y aura des annonces. Vu la situation, si le gouvernement reçoit les syndicats à Matignon, on aurait pu espérer autre chose qu’un calendrier.

    Quelle réaction de votre part ?

    C.C. : Notre priorité est de réussir une très grosse journée de grève le 5 novembre. Notre réponse doit être la grève. On appelle à ce qu’elle soit particulièrement massive dans la fonction publique. Il va falloir contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications. On ne peut pas se contenter d’un renvoi à un hypothétique débat parlementaire, dont on voit bien ce qu’il est. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et revoir sa copie pour le prochain budget. Il faut monter d’un cran, et pas seulement en mettant plus de gens dans la rue. On a vu samedi dernier que le nombre de manifestants était plus qu’important et dans les mobilisations de la jeunesse il y a aussi eu des cortèges très fournis. Là, l’enjeu est d’arrêter le travail et de construire un rapport de force. Nous sommes pleinement impliqués dans les mobilisations qui ont lieu depuis un mois mais là, nous sommes dans une autre dimension : grève interprofessionnelle, public-privé. Et avec des revendications très unifiantes puisqu’on est sur le pouvoir d’achat notamment. D’ores et déjà, cette journée appellera des réflexions pour les suites.

    Comment analysez-vous cette absence de réponse ?

    C.C. : Le gouvernement a plus qu’un train de retard. Ce qu’il se passe depuis 3 semaines dans le pays, ce n’est que la manifestation très forte de ce dont on leur parle depuis des mois et des années. Il se rappelle soudainement, en situation de crise, qu’il y a des corps intermédiaires. Alors que cela fait 10 ans que la démocratie sociale est piétinée par Emmanuel Macron. On le dénonce depuis la loi sur la représentation syndicale de 2019 mais il y a des dizaines d’exemples : Ce qui est resté de la convention citoyenne du climat, les cahiers de doléances des Gilets jaunes qui sont encore dans les sous-sols des préfectures. Il faut qu’ils entendent la défiance à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, à force d’avoir des gouvernements qui ne répondent pas aux revendications, qui considèrent que la démocratie se limite aux résultats d’élections.

  • Gérald Darmanin en service après fiasco

    Gérald Darmanin en service après fiasco

    Suite à la bérézina de samedi dernier, les ministres défilent dans la cité phocéenne, dont une bonne partie du centre-ville a été mise à sac en marge de la manifestation. Après Laurent Nunez pour l’Intérieur, descendu de Paris lundi soir et bien vite reparti, c’était au tour du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, de relayer l’intransigeance gouvernementale, ce mercredi 21 octobre, devant le tribunal judiciaire de Marseille.

    Il a tenu à rendre hommage aux agents de son ministère qui, « tout ce week-end, depuis 48 heures », se sont démenés pour faire « fonctionner de façon excellente le service public de la Justice », ose-t-il, quand sous l’ère Macron 1 puis 2, les fonctionnaires n’ont eu de cesse d’être attaqués, « dégraissés » et méprisés. Avec 2 500 gardes à vue au niveau national, il a fallu « qu’on double, voire qu’on triple le nombre de comparutions immédiates », poursuit le ministre, fier d’annoncer que 917 personnes ont été « déferrées avec poursuite », au point qu’à Marseille, Lille, Bordeaux ou Toulouse, « tous les dépôts sont pleins ». Et ce sans impacter les affaires courantes, assure Gérald Darmanin.

    Sur le profil de ces personnes interpellées, elles n’ont, en majorité, « jamais connu de casier judiciaire », précise-t-il, et font l’objet de peines sévères « prononcées et suivies par les magistrats du siège ». Et de donner l’exemple de cet homme de 34 ans, inconnu des services de police ou de justice, qui a volé des chaussures dans un magasin, à Marseille, et a écopé de trois mois ferme. « Ils ne voient pas le problème. Parfois, ils ont volé en famille. Il y a des gens qui sont désocialisés, mais aussi beaucoup qui ont un travail », s’étonne-t-il.

    La faute aux autres

    Selon lui, le phénomène reste lié à « des gens de moins en moins citoyens », à une série de « dysfonctionnements » de l’immigration, de l’intégration, de l’éducation, des parents voire de l’économie, avec, en bout de chaîne, « des policiers, puis des magistrats, puis des agents pénitentiaires qui se chargent des personnes qui ont de graves difficultés ».

    Sur l’absence mortifère de dialogue social, s’il reconnaît « qu’il est important d’écouter les manifestants », ce n’est pas son « travail » de ministre de la Justice, estime-t-il. Il laisse « à d’autres le soin d’avoir un avis sur la société », renvoyant le débat à la « campagne présidentielle qui arrive », où il « espère que ce sera l’occasion d’en parler ».

    Pour les victimes des pillages, il promet « d’aider les commerçants, employeurs, entrepreneurs, employés à pouvoir survivre à ces moments extrêmement difficiles ». Avec le patronat, la Confédération des buralistes, la Fédération de commerce, il entend « ouvrir la porte des tribunaux des affaires économiques pour les accompagner » et « compléter avec ce que fait le ministère de l’Économie et des Finances ».

    En marge de cette visite, le maire, Benoît Payan (DVG), qui a fait le déplacement au tribunal et a bénéficié d’une accolade marquée de Gérald Darmanin, a lui tenté de répondre aux angoisses d’une commerçante de la rue Montgrand (6e), Marjorie, encore émue des exactions de samedi dernier. « Je suis restée surveiller et protéger ma boutique, moi-même, jusqu’à 2h du matin, parce qu’on n’avait pas le choix », témoigne-t-elle tout en affichant son soutien aux manifestants. « J’entends la colère des lycéens, des Gilets jaunes, mais que va-t-on faire ce samedi ? », demande-t-elle à l’élu.

    « Je ne veux pas que les Marseillaises et les Marseillais courent le moindre risque, répond Benoît Payan. Je ne peux pas dire aux gens : “Allez, ouvrez votre commerce, faites comme si tout allait bien, la vie continue.” Je ne sais pas ce qui va se passer. Vous vous rendez compte ? Je suis maire de Marseille, je suis à l’aveugle. »

    Dans l’attente d’une décision concertée avec le préfet, l’édile se rend à Matignon, ce jeudi, où il sera reçu aux côtés de ses homologues parisien et lyonnais. Il ne s’agira pas là de causer sécurité, mais d’obtenir des garanties fortes pour les victimes et surtout d’évoquer le fond politique. « Quand on reste sourd et aveugle à ce qui se passe dans son pays et quand on s’amuse à monter les uns contre les autres, à la fin, on en paie le prix. Il faut une sortie de crise, c’est-à-dire écouter les demandes légitimes de celles et ceux qui manifestent », assène-t-il.

  • À Aix, une mobilisation sans débordements, menée par la jeunesse

    À Aix, une mobilisation sans débordements, menée par la jeunesse

    Ils sont soignants, fonctionnaires agriculteurs, parents… La danse, pourtant, restait largement menée par les lycéens et les étudiants. Ils étaient d’ailleurs les premiers à se mobiliser samedi, sur Aix. Dès dix heures, une centaine d’étudiants se sont organisés pour une première déambulation dans le centre-ville, bloquant temporairement certains de ses axes.

    « Nos revendications sont toujours les mêmes : de meilleures conditions d’étude, une égalité des chances. Mais le gouvernement ne dit rien », estimaient Eva et Elissa, étudiantes. Ce silence est en partie ce qui a poussé Sihem, ambulancière, à rejoindre la journée de mobilisation. « On est portés par l’élan des jeunes, il faut qu’à un moment donné, on s’exprime. On travaille dur sans détour, sans possibilité de vivre », déroule Sihem, qui a choisi de rejoindre un point de rendez-vous donné à Chevalière, initié par les ambulanciers, avant de rejoindre la Rotonde.

    « Tellement gratifiant »

    Dans ce cortège, selon plusieurs organisations étudiantes et collectifs, ils étaient « près de 5 000 », au plus fort. « On va essayer de changer les choses, on est la nouvelle génération. Mais en ce moment, le futur m’effraie, je ne m’y visualise pas. D’année en année ça empire. Il faut qu’on s’exprime avant que ça s’aggrave », ajoutait à ses côtés sa fille, Myriam. à 23 ans, elle est en phase de devenir aide-soignante. « On est tous dans le même bateau, les revendications se rejoignent », résume Karim, ambulancier.

    Un flot de pancartes bourrées de références aux tendances suivies par les plus jeunes. La journée de mobilisation s’est déroulée sans débordements, est « passée par le quartier du Jas de Bouffan, une première depuis le début des mobilisations », pointait un manifestant. Un blocage temporaire de l’autoroute A8, aux abords de la sortie 30, est aussi à souligner. « Voir toute cette foule, soulignait Kellya, lycéenne, c’est tellement gratifiant pour nous. »

  • En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    Si la venue de Sophie Binet dans le Var était programmée depuis plusieurs mois, elle s’est avérée plus à propos que prévue : « On ne pensait pas se retrouver dans cette situation », a-t-elle confié lors d’un meeting toulonnais suivi par de nombreux syndiqués de toutes les congrégations du département, mercredi.

    Un moment que Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’UD CGT du Var, a introduit, au vu du contexte, par un rappel historique : « Nous ne sommes pas dans la Bourse du travail historique, dont nous avons été exclus par l’extrême droite en 1995. Mais partout où cela arrivera, nous résisterons. » À travers ses mots, la volonté de « riposte », dans un des départements les plus marqués par le fer du RN. Cette résistance se construit aussi dans l’avenir, tel que l’ont montré Camille, César et Denis, trois des leaders du mouvement lycéen toulonnais, venus apporter un vent de fraîcheur salué par les vivats des travailleurs.

    Le débat budgétaire

    dans le viseur

    Après les multiples mobilisations de la rentrée (contre les violences sexuelles, grèves des pompiers, du secteur de l’énergie, de la fonction publique…), la secrétaire générale de la CGT voit dans celle des jeunes « la cerise sur le gâteau ». Et son succès un enjeu politique qui « lancera une dynamique et mettra l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir. Ils portent des revendications précises, mais aussi un message plus large : quel avenir nous préparez-vous ? »

    Cet avenir, les retraités, mobilisés mercredi, ont un rôle à y jouer : « Le gouvernement oppose les générations en faisant croire que, pour améliorer la situation des jeunes, il faut prendre aux retraités, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital. Il faut montrer que retraités, jeunes et actifs sont main dans la main ! »

    C’est à ce titre que Sophie Binet appelle travailleurs du privé, fonctionnaires, retraités et jeunes à se rassembler le jeudi 5 novembre, après des vacances qui vont « ralentir les mobilisations étudiantes ». Pour peser, aussi, sur un débat budgétaire qui fait craindre des coupes drastiques dans les dépenses publiques. « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », clame Sophie Binet, rappelant par ailleurs que le RN, veut, quant à lui, « procéder à 150 milliards d’euros de coupe ». Une idée loin de déplaire au Medef, selon elle : « Ils font beaucoup de politique. Patrick Martin [président du Medef, Ndlr.] a dit qu’il serait le premier à fuir si LFI arrivait au pouvoir. On ne le retient pas ! »

    Autre échéance à venir en décembre : les élections professionnelles dans la fonction publique, motif initial de sa venue dans le Var. « Voter CGT, c’est protéger le statut de la fonction publique, mais certainement pas le statu quo. ça commence par régulariser l’ensemble des contractuels et des précaires », soutient la secrétaire générale de la CGT.

  • [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    Suivant ce qu’en feront les décideurs, c’est une étude qui peut soit solidifier les services publics soit prétexter des politiques d’austérité.

    En Occitanie, la Chambre régionale des comptes (CRC) publie une étude qui dresse le panorama de l’état des effectifs de la fonction publique territoriale du bloc communal (communes et intercommunalités). Après examen de 251 entités représentatives sur la période 2019-2024, l’Occitanie pointe au 4e rang des régions les mieux dotées avec une moyenne de 31,9 agents pour 1 000 habitants contre un ratio de 28,4/1 000 en France. Ces 160 000 agents représentent 6,5 milliards d’euros de dépenses publiques (+18,9% de masse salariale portée par les intercommunalités), soit 3% du PIB occitan et 37% des dépenses de fonctionnement.

    Est-ce un effet post-Covid ? Toujours est-il qu’entre 2020 et 2021, le nombre d’agents publics locaux a augmenté de 10,4%, quasi le double de la moyenne de l’Hexagone (5,3%). La présidente de la CRC, Valérie Renet, y voit 5 causes majeures. D’abord « l’accroissement démographique (+3%) qui accroît le besoin en services publics mais n’explique qu’une partie de la hausse des effectifs (+6%) ». Ensuite, la nature de l’économie touristique (présentielle) de l’Occitanie. « Toutes les régions du littoral ont des tendances similaires. » Mais aussi le niveau de pauvreté élevé, la densité urbaine et enfin le degré de mutualisation intercommunale. « Le tissu local est très fragmenté avec beaucoup de petites communes, ce qui multiplie les agents. »

    Pistes d’économies

    Ce constat signifie-t-il qu’il y a trop de fonctionnaires municipaux ? Pas forcément. Car l’étude montre que l’essentiel de la poussée concerne les contractuels sur des emplois permanents (+66,4%), alors que le nombre de titulaires a reculé de 2%. Au point que les agents non titulaires représentent un quart des effectifs communaux.

    L’option de dégraisser le mammouth est un choix politique qu’il n’appartient pas à la CRC de trancher. « On n’est pas des ayatollahs des réductions d’effectifs. On veut de l’efficience, que le service soit rendu. » Or, l’étude n’apporte aucun élément sur la qualité du service. La CRC donne des marges de manœuvre possibles. D’abord mutualiser les services des 4 453 communes
    et 161 intercommunalités
    (-14 000 emplois (!) ; 485 ME d’économies). « Il ne s’agit pas de rayer des villages de la carte mais de les regrouper », argumente le magistrat Nicolas Parneix. Ensuite veiller au respect des 1 607 heures annuelles légales de travail (110 ME d’économies). Enfin, lutter contre l’absentéisme qui coûte 280 ME par an. Autant de pistes qui vont dans le sens d’une vision comptable. À condition que le service rendu soit au rendez-vous, on est aussi en droit d’assumer que le service public ait un coût.

  • L’éducation défend ses missions à Gap

    L’éducation défend ses missions à Gap

    « De la naissance à la mort, les fonctionnaires sont présents dans notre quotidien, et l’école représente un bon nombre d’années que l’on doit au service public », lance Mario Brenna, animateur territorial à la Ville de Gap et syndiqué CGT. L’éducation était justement l’un des sujets au cœur de la manifestation intersyndicale (CGT, CFDT, Unsa, Solidaires, FO et FSU) de la fonction publique qui a rassemblé, selon la CGT, près de 500 personnes à Gap.

    Yvan Tessier, représentant départemental de Snuipp-FSU, dénonce les suppressions de postes : « On reconnaît qu’il y a une baisse démographique, mais on ne doit pas en profiter pour fermer des classes. Il y a en plus, dans les Hautes-Alpes, plusieurs classes multiniveaux : il faut prendre en compte cette spécificité. » Au niveau du département, tous les postes ont été pourvus à la rentrée. « Mais en ce qui concerne les réseaux d’aides aux élèves en difficulté, il y a eu des suppressions de postes. Et quand un des collègues est absent, il n’y a personne pour le remplacer. »

    Autre sujet, le manque de place dans les centres médico-sociaux. « Il y a des enfants qui reçoivent une notification pour y être orienté, mais ils ne peuvent pas y aller », se désole Yvan Tessier. « Quand j’ai commencé mon métier, on était considéré comme des concepteurs, maintenant, on est juste des exécutants de ce qui vient d’en haut. Et les différentes réformes tendent à prolétariser les enseignants », conclut-il.

    Comme dans les autres corps de la fonction publique, les professionnels de l’éducation dénoncent les salaires trop bas et la crise de vocation qui en découle. « Les professeurs français ont les salaires parmi les plus bas des pays de l’OCDE, et on a des classes parmi les plus chargées, explique Pierre Spitalier, professeur en collège et syndiqué Solidaires. Et on touche près de 900 euros par mois de moins que les autres fonctionnaires de catégorie A ». À ses côtés, une professeure des écoles évoque la dégradation du bâti scolaire. « Il faut aussi penser aux agents d’entretien, de la maintenance, des cantines… On voit qu’ils sont aussi à bout », lance Thierry de la CGT éduc’action, qui trouve normal que certains lycéens bloquent leur établissement. Léo et Evan, 15 ans, ont séché une partie de leur matinée pour se rendre dans le cortège. Un blocus de leur lycée était prévu, mais la présence de la police devant l’établissement a dissuadé les élèves. « On demande plus de temps pour manger à la cantine », dit l’un. « Il y a aussi toujours des profs absents qui ne sont pas remplacés, donc on a des gros trous dans la journée », assure l’autre.

    Agathe Di Lenardo

  • Marseille fait front pour les services publics

    Marseille fait front pour les services publics

    La rue a repris la parole pour défendre la fonction publique sur les pavés marseillais, ce mardi, à l’occasion d’une journée de grève et de manifestation intersyndicale pour le moins suivie. « Il y a une convergence des colères ! Le gel du point d’indice des fonctionnaires depuis 10 ans n’est pas acceptable et la baisse des salaires concerne tout le monde », gronde Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône. Autour de lui, les manifestants s’amassent aux Réformés, en haut de la Canebière, avant de partir en direction de la Préfecture.

    Et la banderole de tête, derrière laquelle se retrouvent les représentants des trois pans de la fonction publique, agents des collectivités territoriales, des hôpitaux publics et de l’État, délivre un message clair : « Plus de services publics, plus de salaires. » Car cette mobilisation entend remettre en avant le mal-être et les besoins des centaines de milliers d’agents qui portent les différents services publics à bout de bras. « Tout augmente sauf les salaires : le gasoil, le gaz, l’électricité, l’alimentaire… Et au boulot, on nous demande toujours plus, mais on n’est pas payés plus ! », dénonce Marie, une agente territoriale de Port-Saint-Louis qui travaille au centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville et syndiquée CGT.

    « 50% de grévistes

    chez les instituteurs »

    Christophe Martin-Chalamel, secrétaire général de la CFDT Ville de Marseille, abonde : « Le pouvoir d’achat des fonctionnaires baisse de plus en plus. Quand le Smic augmente, nous, on reste au même niveau à cause du gel du point d’indice. On demande simplement une réévaluation avec l’inflation ». Cette question du gel du point d’indice, base de calcul de la rémunération des fonctionnaires, cristallise l’attention. Mais c’est surtout le symbole d’un manque de moyens durablement imposé aux services publics. « Encore une fois, le budget prévu et les différentes mesures pour la fonction publique s’annoncent rétrogrades et austéritaires. C’est moins d’État, moins de services publics et ce sont les plus fragiles qui paient ! », développe Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13. Syndicat qui évoque le chiffre de « 50% de grévistes chez les instituteurs dans les Bouches-du-Rhône » comme mesure de l’exaspération des fonctionnaires.

    Une chose est sûre, c’est que la colère monte crescendo. Avec 30 000 manifestants décomptés côté intersyndicale et 3 800 côté préfecture de police, on est bien au-dessus de la précédente journée de grève et de manifestation, qui s’est déroulée le 15 septembre dernier. Il était alors décompté 5 000 manifestants côté syndicats, contre 900 selon la préfecture. Il faut dire que les fonctionnaires ont reçu le soutien de nombreuses autres catégories de travailleurs, comme ceux du monde de la culture, les travailleurs de l’énergie ou encore les lycéens. La fougue de la jeunesse a d’ailleurs pris la tête du cortège. « Pour Bernard Arnault et ses collègues, il n’y a pas de crise », lance Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, sur le fameux camion bleu de sa profession. Avant de délivrer un message de soutien à l’adresse des agents : « La fonction publique, les écoles, les pompiers, les infirmières, c’est notre patrimoine ».

  • Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Manon Magagnosc, hospitalière
    CGT Toulon

    « C’est 20 ans de gel du point d’indice. Quand on nous annonce un budget avec 54 milliards d’économie… Responsable de l’UD CGT Var, je travaille à l’hôpital de Sainte-Musse. On nous demande encore de faire plus avec moins. Les gens ne font pas le lien avec l’austérité alors que les effets sont concrets, comme la fermeture des urgences. L’été quand ça brûle ou quand il y a le Covid, là on se rappelle qu’on a des fonctionnaires. Le mépris, il n’y a rien de pire. À la CGT, on dit qu’il faut un appel massif à la grève, qu’on mesure ce que c’est un jour sans eux. »

    Sophien Abid, technicien territorial FO
    Marseille

    « Le point d’indice est gelé depuis bien trop longtemps. Tout a augmenté de façon exponentielle mais pas notre salaire. Le 10 du mois, beaucoup de mes collègues fonctionnaires sont à zéro sur le compte. On subit aussi le manque de moyens humains : des départs à la retraite ne sont pas remplacés, les recrutements ne sont pas réalisés… On charge toujours plus les personnels mais sans mettre les bras avec. Ça vaut aussi pour les moyens techniques : on a un service espace vert qui n’a plus de tronçonneuse pour couper des arbres ! On en est là ! On n’a plus les moyens d’assurer nos missions comme il le faudrait. »

    Mélanie Saïsse, professeure des écoles
    CGT Educ’action Vaucluse

    « Jeudi dernier, notre syndicat a tenu son assemblée générale. Le bilan dressé confirme la nécessité de la mobilisation de ce mardi. Elle doit permettre de faire entendre une exigence simple : l’école publique ne peut plus reposer sur la capacité des personnels à compenser indéfiniment le manque de moyens alors que les besoins augmentent et que les personnels se sentent abandonnés par leur hiérarchie. Des élèves sans accompagnement, des enseignants qui travaillent dans des salles à 40 °C, des postes non pourvus, des personnels en souffrance, des établissements qui bricolent pour tenir. Une école qui tient uniquement parce que ses personnels la tiennent à bout de bras, ce n’est pas une école qui fonctionne. »

    Christelle Brotons, agent du Sdis
    Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels
    Digne

    « Nous sommes des fonctionnaires mais un peu différents. Au Sdis 04 [Service départemental d’incendie et de secours], je fais partie des personnels administratifs, techniques et spécialisés (Pats), on a le même rythme de travail que les autres, mais s’il y a une grosse intervention, on nous rappelle. Sans Pats pas de pompiers et inversement. Nous demandons des moyens matériels et humains parce qu’il y a les incendies mais aussi le secours à la personne. Si l’État ne revoit pas sa copie sur le financement des Sdis… On continuera. »

    Philippe Angelleli, agent territorial CFTC
    Marseille

    « Cela fait des années que le point d’indice n’a pas été revu, et on se rend bien compte de l’augmentation du coût de la vie, au point que les gens ne peuvent plus s’alimenter correctement sans compter les prix à la pompe, le prêt immobilier quand ils ont pu acheter. La plupart des territoriaux de Marseille sont des agents de catégorie C, au Smic. Face à des administrés en demande, dans les écoles, les crèches, les bureaux de proximité, on manque de postes. Les dossiers prennent plus de temps. Même si les agents assurent leur mission. On est en survie administrative. Il s’agit de l’avenir du service public. »

    Cécile Braca, enseignante d’anglais Snes-FSU
    Miramas

    « La principale revendication, c’est la revalorisation du point d’indice, indexé sur l’inflation. On en a marre que nos salaires soient bloqués. Ça a été le cas pendant dix ans. Ils l’ont un peu débloqué pour finalement le geler de nouveau dans le budget 2027. Le métier n’est plus attractif. C’est pas un métier facile, si en plus l’Éducation nationale paye mal les enseignants en début de carrière alors qu’ils ont fait un bac+5, ça n’aide pas. Pour compenser, et parce qu’il y a des matières où c’est vraiment la pénurie, comme les maths, le français ou les lettres modernes, leur solution consiste à recruter un peu plus tôt ou à embaucher des contractuels, qui sont encore moins payés que les autres. Ce n’est pas non plus optimal pour les élèves. »

  • Force Ouvrière motive ses troupes mais part divisé

    Force Ouvrière motive ses troupes mais part divisé

    Force ouvrière montre les muscles avant la journée de grève et d’actions de ce mardi 29 septembre. « Pour les secteurs comme les écoles, les crèches, les cimetières, les bureaux municipaux, la grève va être très suivie », se félicite Patrick Rué, l’indéboulonnable secrétaire général du syndicat FO des agents territoriaux de la Ville de Marseille et de la Métropole.

    Ce lundi, sur le parvis du Mucem, son syndicat entend faire une démonstration de force avec la visite spéciale d’un bus deux étages de la Fédération des services publics FO et la présence de son secrétaire général, Laurent Mateu. « Le bus est là dans le cadre d’un tour de France en vue des élections professionnelles mais aussi pour informer la population soit sensible aux problèmes des fonctionnaires », développe Patrick Rué. Son secrétaire général abonde : « On arrive dans une période où une grande partie des agents de la fonction publique territoriale touche moins que le Smic. Il est temps de bouger, le mécontentement doit se faire entendre. »

    Des tensions

    avant les élections

    Problème : Avant la visite au Mucem, ce bus FO a fait un tour auprès de Franck Bergamini, le secrétaire général de l’UD FO 13 (lire encadré ci-contre). Une UD qui ne reconnaît pas comme légitime le syndicat des territoriaux de la Ville de Marseille et de la Métropole tenu par Patrick Rué, depuis l’émergence d’un autre syndicat dissident, uniquement sur le champ métropolitain, dirigé par Carine Pinet (lire notre article du 06/03). En effet, Franck Bergamini jugeait le syndicat historique de Patrick Rué « en dehors des statuts confédéraux ». Et ce, alors que la fédération a pris parti pour Patrick Rué. En bref, des dissensions qui ressurgissent avant les élections professionnelles, en décembre prochain, où FO joue sa place de première organisation dans les deux collectivités. « On n’a pas reconnu le syndicat de Carine Pinet. Notre secrétaire confédéral, Frédéric Souillot, a préconisé une assemblée générale. Quoi qu’il arrive, il y aura des listes déposées, et l’on verra quelle liste sera retenue. Il faut gérer ça au mieux », explique Laurent Mateu. Cette espérance de résolution du conflit par le haut est partagée par Franck Bergamini, mais avec une nuance. Car dans le cas où deux listes seraient bien déposées, il prévient : « La confédération tranchera. » D’ici là, les territoriaux fidèles à Patrick Rué se rassemblent devant leur local du boulevard d’Athènes pour cette grève du 29.