Ce que souhaitent vraimentl’intersyndicale de l’Hérault

À constater la passion des chaînes d’info en continu et de certains journaux pour les casseurs, on en oublierait presque les raisons légitimes de la colère.

Pourquoi l’intersyndicale a-t-elle appelé, au-delà de la fonction publique, à cette première journée de grèves et de mobilisations, jeudi 5 novembre ? Si les rendez-vous « gilets jaunes » des samedis sont axés autour de la vie chère, les revendications syndicales sont bien plus larges. Et pour beaucoup, elles n’ont pas changé depuis des années de casse libérale et d’austérité. « Nos revendications sont justes et pas une n’a été entendue », regrette Christophe Tursan (FO).

La première concerne aussi le pouvoir d’achat. Face à une inflation qui continue de galoper – en témoigne le prix de l’essence ou de l’alimentaire – la hausse des salaires et la revalorisation des pensions devient urgente. « L’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas. Pour certains, la fin du mois débute le 10. On a besoin d’optimisation sociale plutôt que fiscale », synthétise Frédéric De Fondaumière (CFDT). « Tout augmente sauf nos salaires. On ne peut pas accepter que travailler devienne la variable d’ajustement. On ne remplit pas son caddie avec des promesses », abonde Elian Bourgade (Unsa).

Mais comment faire puisque les caisses sont soi-disant « vides » ? « Il y a de l’argent dans ce pays, il doit juste être mieux réparti », assure Christophe Tursan (FO). Sébastien Boudesocque (CGT) en veut pour preuve le rapport qui évalue à 211 milliards d’euros annuels le montant des aides publiques accordées aux grandes entreprises sans aucune contrepartie. « Au premier trimestre 2026, la France est le premier pays d’Europe pour le versement de dividendes. Commençons par chercher là-dedans. » Et le cégétiste de rappeler la difficulté à compter sur la bonne foi du patronat. « Le pin’s de Pierre Gattaz* qui devait créer 1 million d’emplois avec le CICE, c’est le plus cher de l’histoire ! »

La seconde demande centrale concerne la défense du patrimoine de ceux qui n’en ont pas : les services publics attaqués sans relâche. « On assiste à une casse dans l’éducation, la santé, le logement, la sécurité… Sans corps intermédiaire, on ne construit pas un pays fort », rappelle le responsable du syndicat autonome. Christophe Tursan (FO) va même plus loin. « Sans fonction publique, il n’y a pas de République. »

Soutien à la jeunesse

Comme les pompiers cet été ou les hospitaliers avant eux, la révolte des lycéens inquiets pour leur avenir, trouve un écho auprès des syndicats. « L’austérité a des conséquences considérables sur les conditions d’apprentissage des jeunes et de travail des enseignants », résume Stéphane Audebeau. Le secrétaire de la FSU34 dénonce « l’effondrement du pouvoir d’achat avec le quasi-gel du point d’indice » ainsi que « les salaires inférieurs au Smic » des catégories C voire B, type AED ou AESH. Quant aux réponses du gouvernement aux lycéens… « 15 000 places en plus dans le supérieur alors qu’il en faudrait 150 à 200 000. On nous parle de 2028, c’est de l’enfumage. »

Aucune raison, donc, de ne pas amplifier le mouvement dans les semaines à venir. À condition de pouvoir encore s’exprimer. Car sous couvert de risques de « troubles à l’ordre public », certains défilés sont désormais interdits par les préfectures ou leur tracé détourné des centres-villes et leurs abords. Ce qui ressemble de plus en plus à une « remise en cause du droit de manifester », alerte Stéphane Audebeau (FSU). « Le 5, on a cru à un moment qu’on irait défiler sur la plage de Palavas ! », ironise Elian Bourgade (Unsa). L’intersyndicale avait par ailleurs renforcé son dispositif. « La sécurité ne doit pas être un frein à venir manifester », insiste-t-il. Et Sébastien Boudesocque (CGT) de rappeler la préfecture à ses obligations. « On ne vient pas manifester pour se faire gazer ni injurier ou attaquer par des milices d’extrême droite. »

* Ancien patron du Medef.

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