Tag: salaires

  • Un échec collectif

    Un échec collectif

    Dans un pays qui n’a jamais produit autant de richesses, voir la faim gagner du terrain constitue un échec collectif.

    Aujourd’hui, 13% des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay pour Action contre la faim. Chez les 18-24 ans, ils sont un sur quatre. Plus de 3,2 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon l’Insee et le Crédoc.

    Ces chiffres révèlent quelque chose de plus profond qu’une simple difficulté passagère. Depuis plusieurs décennies, le recul des services publics, la fragilisation du salariat, l’explosion des dépenses contraintes et l’effritement de l’accompagnement social ont placé une part croissante de la population dans la précarité. Désormais, les files de l’aide alimentaire accueillent retraités, étudiants, travailleurs pauvres et familles entières. La faim devient un phénomène social de masse.

    Leviers

    Face à cette réalité, les associations accomplissent un travail indispensable. Mais elles ne peuvent devenir le dernier rempart permanent contre la pauvreté. La solidarité associative ne peut pas remplacer la solidarité nationale.

    Car la question est d’abord politique. Lorsque des millions de personnes peinent à se nourrir alors que les fortunes les plus élevées continuent de prospérer, c’est bien celle du partage des richesses qui est posée. Revalorisation des salaires et des pensions, renforcement des protections sociales, régulation des prix essentiels, accès effectif à une alimentation de qualité : l’État dispose de leviers. Encore faut-il les actionner.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    C’est une opération d’intimidation », prévient Mohamed Bourras, délégué syndical CGT chez Carrefour – Supply chain qui faisait partie des 11 représentants du personnel (plus un salarié) envoyés par le groupe devant le tribunal mercredi 23 septembre. « C’est un message que la direction a voulu faire passer et qui ne s’adresse pas qu’aux salariés de Saint-Gilles mais à tous les salariés de Carrefour. Ce message est simple  : “Si vous vous mobilisez pour vos conditions de travail et vos salaires, la seule réponse sera les tribunaux”. Le dialogue social chez Carrefour passe par les tribunaux. D’ailleurs, nous, à Saint-Gilles, nous avons plus de 200 dossiers devant les conseillers prud’homaux. »

    Le 16 septembre, les salariés gardois ont en effet débuté un mouvement de grève pour réclamer « l’application d’un accord signé en 2007 sur l’harmonisation de l’intéressement à la productivité qui doit atteindre 25% du salaire de référence ». L’intersyndicale reproche à Carrefour de ne pas appliquer cet accord sur la plateforme de Saint-Gilles. D’après son calcul, cette harmonisation permettrait aux salariés de toucher entre 100 et 120 euros de plus selon leur poste.

    Négociations en cours

    Sur les 420 salariés du site, près de 150 ont donc participé au mouvement de grève parce que « comme beaucoup de salariés en France, ça devient très compliqué de finir le mois notamment à cause d’un prix de l’essence à 2,30 euros ». Après trois jours de mobilisation, la direction de Carrefour a donc assigné douze salariés en justice, leur reprochant d’avoir bloqué le site. Le lendemain de l’audience, le jeudi 24 septembre, la justice a finalement donné raison à tous les salariés et débouté Carrefour. « À aucun moment nous n’avons bloqué le site. Nous étions sur un ralentissement d’activité. Nous ne sommes pas des voyous. Nous ne sommes que des salariés qui faisons la richesse de cette entreprise et qui cherchons juste un minimum de reconnaissance », précise Mohamed Bourras. Suite à ce mouvement de grève, la direction nationale de Carrefour a envoyé une représentante pour négocier. Les salariés ont donc levé la grève pour laisser les négociations se dérouler dans le calme fin septembre. Mais Mohamed Bourras prévient : s’il n’y a pas d’avancée avant le 2 octobre, le mouvement repartira.

  • Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Ils manifestent aujourd’hui pour la fonction publique

    Manon Magagnosc, hospitalière
    CGT Toulon

    « C’est 20 ans de gel du point d’indice. Quand on nous annonce un budget avec 54 milliards d’économie… Responsable de l’UD CGT Var, je travaille à l’hôpital de Sainte-Musse. On nous demande encore de faire plus avec moins. Les gens ne font pas le lien avec l’austérité alors que les effets sont concrets, comme la fermeture des urgences. L’été quand ça brûle ou quand il y a le Covid, là on se rappelle qu’on a des fonctionnaires. Le mépris, il n’y a rien de pire. À la CGT, on dit qu’il faut un appel massif à la grève, qu’on mesure ce que c’est un jour sans eux. »

    Sophien Abid, technicien territorial FO
    Marseille

    « Le point d’indice est gelé depuis bien trop longtemps. Tout a augmenté de façon exponentielle mais pas notre salaire. Le 10 du mois, beaucoup de mes collègues fonctionnaires sont à zéro sur le compte. On subit aussi le manque de moyens humains : des départs à la retraite ne sont pas remplacés, les recrutements ne sont pas réalisés… On charge toujours plus les personnels mais sans mettre les bras avec. Ça vaut aussi pour les moyens techniques : on a un service espace vert qui n’a plus de tronçonneuse pour couper des arbres ! On en est là ! On n’a plus les moyens d’assurer nos missions comme il le faudrait. »

    Mélanie Saïsse, professeure des écoles
    CGT Educ’action Vaucluse

    « Jeudi dernier, notre syndicat a tenu son assemblée générale. Le bilan dressé confirme la nécessité de la mobilisation de ce mardi. Elle doit permettre de faire entendre une exigence simple : l’école publique ne peut plus reposer sur la capacité des personnels à compenser indéfiniment le manque de moyens alors que les besoins augmentent et que les personnels se sentent abandonnés par leur hiérarchie. Des élèves sans accompagnement, des enseignants qui travaillent dans des salles à 40 °C, des postes non pourvus, des personnels en souffrance, des établissements qui bricolent pour tenir. Une école qui tient uniquement parce que ses personnels la tiennent à bout de bras, ce n’est pas une école qui fonctionne. »

    Christelle Brotons, agent du Sdis
    Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels
    Digne

    « Nous sommes des fonctionnaires mais un peu différents. Au Sdis 04 [Service départemental d’incendie et de secours], je fais partie des personnels administratifs, techniques et spécialisés (Pats), on a le même rythme de travail que les autres, mais s’il y a une grosse intervention, on nous rappelle. Sans Pats pas de pompiers et inversement. Nous demandons des moyens matériels et humains parce qu’il y a les incendies mais aussi le secours à la personne. Si l’État ne revoit pas sa copie sur le financement des Sdis… On continuera. »

    Philippe Angelleli, agent territorial CFTC
    Marseille

    « Cela fait des années que le point d’indice n’a pas été revu, et on se rend bien compte de l’augmentation du coût de la vie, au point que les gens ne peuvent plus s’alimenter correctement sans compter les prix à la pompe, le prêt immobilier quand ils ont pu acheter. La plupart des territoriaux de Marseille sont des agents de catégorie C, au Smic. Face à des administrés en demande, dans les écoles, les crèches, les bureaux de proximité, on manque de postes. Les dossiers prennent plus de temps. Même si les agents assurent leur mission. On est en survie administrative. Il s’agit de l’avenir du service public. »

    Cécile Braca, enseignante d’anglais Snes-FSU
    Miramas

    « La principale revendication, c’est la revalorisation du point d’indice, indexé sur l’inflation. On en a marre que nos salaires soient bloqués. Ça a été le cas pendant dix ans. Ils l’ont un peu débloqué pour finalement le geler de nouveau dans le budget 2027. Le métier n’est plus attractif. C’est pas un métier facile, si en plus l’Éducation nationale paye mal les enseignants en début de carrière alors qu’ils ont fait un bac+5, ça n’aide pas. Pour compenser, et parce qu’il y a des matières où c’est vraiment la pénurie, comme les maths, le français ou les lettres modernes, leur solution consiste à recruter un peu plus tôt ou à embaucher des contractuels, qui sont encore moins payés que les autres. Ce n’est pas non plus optimal pour les élèves. »

  • Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre ne sera pas seulement une bataille de fiches de paie. Dans le Gard et l’Hérault, comme partout dans l’Hexagone, les syndicats veulent faire de cette journée de grève un point de convergence des colères qui traversent les services publics et, au-delà, le monde du travail. Les huit organisations représentatives de la Fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, auxquels s’ajoute la CFTC) appellent ensemble à se mobiliser pour une journée interprofessionnelle. Une unité rare, renforcée après l’échec du rendez-vous salarial du 8 juillet et sur fond de nouvelles économies annoncées pour 2027.

    Au cœur des revendications : la revalorisation du point d’indice, gelé à 4,92 euros depuis juillet 2023, la refonte des grilles, le retour de la GIPA [garantie individuelle du pouvoir d’achat], l’abrogation du jour de carence et davantage de moyens humains. Depuis juin, 862 000 agents doivent même percevoir une indemnité différentielle pour que leur traitement indiciaire atteigne le Smic. Ambiance faste. « Ce n’est plus une histoire de pouvoir d’achat, mais de pouvoir de vivre », tranche Pascale Thoirey, de la FSU du Gard. Elle décrit des enseignants qui décrochent, des AESH maintenues dans la précarité et « une perte de sens du métier » jusque chez des personnels autrefois « avec le service public chevillé au corps ». « L’État organise la précarité de ses personnels », tout simplement.

    Même constat côté CFDT. Sylvia da Costa, secrétaire générale de l’UD du Gard et soignante, refuse de réduire la mobilisation à une défense corporatiste : « Le service public, c’est un bien commun. Tout le monde doit pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. » La soignante pointe les urgences du CHU de Nîmes, où plus de 150 patients attendaient récemment une prise en charge, mais aussi les écoles et collectivités confrontées aux non-remplacements. « Sans nous, le pays ne fonctionne pas. »

    Du salaire au service rendu

    Dans le Gard, FO veut justement éviter que le 29 septembre ne soit qu’une date de plus sur le calendrier syndical. Gilles Besson, secrétaire général de l’UD, préfère partir des conflits déjà ouverts : à Carrefour Supply Chain Saint-Gilles, dans l’énergie, à la Sécurité sociale ou encore chez les marins-pêcheurs. « La convergence ne se décrète pas depuis une salle de réunion », insiste-t-il. Elle doit, selon lui, se construire sur les revendications concrètes des salariés : « Une journée de grève coûte cher : pour qu’un salarié accepte de perdre une journée de salaire, il faut construire un rapport de force qui ait du sens et des perspectives. »

    Pour Mathieu Guy, qui coordonne la journée pour la CGT dans l’Hérault, « le 29 septembre n’arrive pas de nulle part ». Santé, éducation, secours, action sociale : « Les besoins explosent », tandis que les syndicats redoutent de nouvelles restrictions budgétaires. La CGT oppose notamment ces économies aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises recensées en 2023, tandis que 54 milliards d’euros d’efforts sont annoncés pour 2027. Le sens des priorités. Derrière les salaires se joue enfin la capacité même des services publics à remplir leurs missions. « Nous ne voulons pas choisir entre de bons services publics et des agents correctement rémunérés : nous voulons les deux, parce que l’un ne va pas sans l’autre », résume Mathieu Guy. Tous ne promettent pourtant pas déjà un mouvement reconductible. Les suites dépendront du rapport de force construit sur le terrain, dans les ateliers, les hôpitaux, les écoles et dans la rue. La colère est là : reste à voir si, le 29 septembre, elle saura se transformer en rapport de force.

    « L’État organise la précarité de ses personnels »

  • Nîmes : les femmes de chambre en grève

    Nîmes : les femmes de chambre en grève

    Un chiffre : 87 centimes. Voilà pourquoi les femmes de chambre de l’hôtel Imperator-Maison Albar à Nîmes se mobilisent depuis plusieurs mois. Outre de meilleures conditions de travail, elles réclament surtout une augmentation de 87 centimes bruts de l’heure. Déjà mobilisées en juillet, elles ont relancé le piquet de grève vendredi 18 septembre, en pleine feria des Vendanges. Et cette fois, elles ne comptent pas reprendre le travail avant d’avoir obtenu gain de cause.

    « Elles demandent aussi de l’aménagement au niveau des offices, et le remplacement de matériel qui est complètement obsolète, complètement dégradé, à la limite de la rupture », précise David Goslin, délégué syndical CGT et responsable technique qui ajoute « qu’une seule équipière sur une quinzaine de personnes a décidé de travailler ».

    Pour tenir, les femmes de chambre peuvent compter sur la solidarité. Une caisse a ainsi été installée devant le piquet de grève et a déjà reçu de nombreux dons de la population. La CGT a également lancé une caisse de grève à laquelle toutes les corporations du syndicat ont participé. « Tout cela nous permet de payer les heures de grève des filles », se félicite David Goslin. Samedi 19 septembre, elles ont également reçu le soutien de la municipalité de Nîmes et de son maire Vincent Bouget, venu à leur rencontre.

    Dialogue tendu

    Après plusieurs jours de grève, le dialogue s’est tendu avec la direction. David Goslin lui reproche d’avoir embauché des salariés en CDD pour remplacer les grévistes, ce qui est illégal. « La direction a souscrit des contrats CDD pour quatre personnes avec, comme intitulé, “équipier bar” mais les gens étaient informés que c’était pour travailler au niveau des chambres. Il y a donc eu de faux contrats établis avec de faux postes de travail pour les faire travailler au niveau des chambres. Nous avons donc demandé l’intervention de l’inspection du travail », explique David Goslin.

    Le dialogue avec la direction a finalement été ouvert le 23 septembre. Mais « nous avons interrompu la réunion après seulement 15 minutes de négociation, à la suite du refus de la direction d’accéder à la demande de revalorisation salariale », précise David Goslin.

  • À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    Depuis plus de trois ans et les immenses manifestations contre la réforme des retraites, il est rare de retrouver un aussi large front syndical appelant à une journée d’action commune. En l’occurrence ce mardi dans la fonction publique. Dans le Vaucluse, le cortège a rendez-vous à Avignon (10h30) au départ du cours Jean-Jaurès jusqu’au Palais des papes. « On appelle à une journée noire, elle sera réussie si plusieurs services publics sont à l’arrêt, des écoles fermées », campe Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT 84. Un message délivré ce vendredi lors d’un point presse au sein de l’UD CFDT, en présence de FO, la FSU, Solidaires et l’Unsa.

    Les syndicats réclament une revalorisation des salaires et redoutent que les services publics soient davantage sacrifiés dans le prochain budget d’austérité. « Faire mieux avec moins, je ne sais pas comment on fait », ironise Laurence de Villèle pour qui les services publics sont une sorte de valeur refuge pour tous en ces temps de crises. « Ce n’est pas la dépense publique qu’il faut réduire, c’est l’injustice fiscale qu’il faut combattre », défend la représentante CGT, en faisant allusion aux « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023 [selon une commission d’enquête du Sénat] ».

    Des salaires en dessous

    du Smic

    « Qui sont les vrais assistés dans ce pays ? », questionne faussement Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU. La prof des écoles dénonce « les cadeaux fiscaux aux plus riches » et plaide notamment pour la taxe Zucman « qui aurait rapporté 20 milliards d’euros et permettrait d’augmenter les salaires de 10% ». L’intersyndicale s’émeut de la paupérisation dans la fonction publique. « Il y a 56 branches qui sont en dessous du Smic avec des indemnités de compensation, rappelle Étienne Raoul, délégué FO 84. Depuis 2000, l’inflation a progressé de 58% quand le point d’indice n’a bougé que de 15,95%. » Exemple criant de cette précarité, les AESH [accompagnant d’élèves en situation de handicap], « qui ont un temps partiel imposé sur la base du Smic », rappelle Étienne Raoul. « Bien souvent ce sont des femmes qui subissent cette discrimination salariale, abonde Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa 84. Avant, c’était le 2e salaire du foyer, aujourd’hui beaucoup de femmes vivent seules et portent leur famille à bout de bras. »

    « L’austérité ne marche pas, si on augmente les salaires c’est, derrière, de l’argent dépensé dans l’économie à l’inverse des cadeaux fiscaux pour rentiers », peste Florent Ponzo, secrétaire CFDT santé. Des décisions qui « conduisent au délabrement du service public, cela pousse les gens hors du champ républicain qui se tournent alors vers le RN, un leurre casé avec le capitalisme », décrypte Laurent Derbès, secrétaire adjoint Solidaires des finances publiques. Une position contre l’extrême droite unanimement partagée, hors FO qui applique une stricte neutralité politique.

  • Les agents des services publics se rebiffent

    Les agents des services publics se rebiffent

    Tous unis ! Les huit organisations composant l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE/CGC et FA-FP) annoncent un mardi 29 septembre de grèves et de manifestations massives dans tout le pays, en métropole et outre-mer. À Montpellier et Nîmes, les cortèges partiront respectivement à 14h et 14h30 de la Place Albert 1er et de la Maison Carré.

    Ces agents des services publics, titulaires ou contractuels, représentent 10% de la population active et assurent les services publics du quotidien quel que soit leur métier. À titre d’exemple non exhaustif, ils et elles sont policiers ou enseignants dans la fonction publique d’État ; cantinières, éboueurs ou ingénieurs dans la fonction publique territoriale ; médecins, infirmiers, brancardiers, aides-soignants ou secrétaire dans la fonction publique hospitalière. Des métiers publics qui échappent au système marchand.

    Mercredi 23 septembre, lors d’une conférence de presse, toutes les organisations syndicales représentant les quelque six millions de travailleurs de la fonction publique ont rappelé les raisons de la colère : « La semaine dernière [le premier ministre Sébastien Lecornu] a annoncé les premiers contours de son budget. Il confirme une nouvelle fois le gel du point d’indice à la veille de la mobilisation Fonction publique du 29 septembre ce qui résonne comme une véritable provocation. Et il annonce 54 milliards de coupes budgétaires. »

    Pour les agents publics, précise l’intersyndicale « ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. Or les agents publics ont perdu plus de 6% de pouvoir d’achat depuis la dernière revalorisation du point d’indice en juillet 2023 et plus de 15% depuis 10 ans ! ». Alors que l’inflation galope, alimentée par le coût des produits pétroliers et de l’alimentation, les travailleurs du public vont continuer de s’appauvrir. « Combien d’agents publics de plus auront leur traitement indiciaire inférieur au Smic ? », interroge l’intersyndicale.

    « Jamais il n’y a eu autant de dividendes dans notre pays. La France est deuxième sur le podium mondial. Nous préférerions qu’elle soit championne du monde des salaires et des droits sociaux », a déclaré mercredi la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Elle appelle à faire du 29 septembre une « grande journée de grève » avec pour « mot d’ordre, les salaires et les services publics ». 150 cortèges étaient déjà annoncés. Le secteur public est moteur de la colère sociale qui gronde.

  • Hautes-Alpes : l’intersyndicale appelle la population à se mobiliser

    Hautes-Alpes : l’intersyndicale appelle la population à se mobiliser

    « Quels services publics voulons-nous demain ? Cette question concerne absolument tout le monde », affirme Julien Bouillé, cosecrétaire de la CGT des Hautes-Alpes depuis les locaux du syndicat à Gap. Il reprend les mots d’un texte rédigé par l’intersyndicale (CGT, CFDT, Unsa, Solidaires, FO et FSU) du département à l’occasion d’une conférence de presse.

    « Cette journée ne concerne pas uniquement la fonction publique, insiste-t-il, même si bien sûr, il y a une question salariale. Les fonctionnaires ne sont pas des privilégiés, les bas salaires et la précarité existent aussi la Fonction publique : près d’un million d’agents ont vu leur traitement indiciaire perdre 15% en dix ans ». Certains gagneraient même moins que le Smic. « La multiplication des contrats précaires, les difficultés de recrutement et le manque d’effectifs dégradent aussi fortement les conditions de travail », poursuit-il.

    Pour les syndicats, ces enjeux concernent tout le monde : « Dans les Hautes-Alpes, peut-être encore davantage qu’ailleurs, parce que nous connaissons les conséquences de l’éloignement des services. Quand un service ferme ou s’éloigne, les conséquences sont très concrètes : davantage d’attente, de kilomètres, et parfois le renoncement à un droit ». Ils rappellent que derrière chaque poste supprimé, il y a une mission qui devient plus difficile à assurer, que ce soit à l’hôpital, dans l’Éducation nationale, dans les collectivités territoriales, chez les sapeurs-pompiers et autres services de l’État. « Revaloriser les salaires, c’est aussi redonner de l’attractivité aux métiers essentiels », précise le texte.

    Faire mieux avec moins…

    « On nous explique depuis des années qu’il faudrait faire mieux avec moins, mais aujourd’hui cette équation ne tient plus. » L’argument du manque d’argent n’est pas valable pour eux : « Les aides publiques représentaient 211 milliards d’euros en 2023, et pendant ce temps on nous explique qu’il faudrait encore économiser sur l’hôpital ou l’école ? »

    Pour se faire entendre, l’intersyndicale appelle l’ensemble des agents publics, mais aussi les salariés du privé, les retraités et les jeunes à faire grève et à manifester le mardi 29 septembre. « On a encore ce droit d’expression, il faut le mobiliser », ajoute Caroline Sandral de la FSU. Elle reste optimiste, même si les réponses politiques tardent : « En tant qu’enseignante, je sais qu’il faut répéter encore et encore jusqu’à ce que ça rentre, dit-elle. Il faut aussi montrer à la population ce qu’il se passe. Imaginez un chef d’entreprise qui n’est pas remplacé… nous, des chefs d’établissements pas remplacés, on le vit ! »

    Le rassemblement aura lieu le 29 septembre à 10h devant la préfecture à Gap.

    Agathe Di Lenardo

  • Fibre Excellence : les salariés toujours dans le flou

    Fibre Excellence : les salariés toujours dans le flou

    Après l’annonce de la reprise en main de la sécurité de l’usine de pâte à papier par l’État, les salariés restent dans le flou. Vendredi, le ministère de la Transition écologique a décidé de faire intervenir l’Ademe pour « prévenir les risques d’incendie, de déversement de produits dangereux et de pollution du Rhône » et pallier « l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement » du liquidateur judiciaire au vu de la situation du site de Tarascon, classé Seveso.

    « On a vu les arrêtés préfectoraux, mais pour l’instant ce sont toujours les salariés qui s’organisent pour assurer le fonctionnement des installations depuis jeudi », déclarait ce dimanche Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT et secrétaire du CSE de l’usine. Une dizaine de travailleurs se relaient en 3/8 de manière bénévole pour protéger l’outil de travail. « Un technicien de maintenance est positionné en cas de petite panne, deux opérateurs sont à la conduite des installations sur le pompage au Rhône et la station d’épuration, et on a du personnel pour assurer la sécurité et pallier tout incident », détaille le représentant des salariés.

    D’après les informations de François Batista, secrétaire de l’Union départementale CGT en charge du dossier, l’Ademe devrait être en capacité de reprendre officiellement la main aujourd’hui ou demain matin. « Ils prendront certainement contact avec nous pour la suite des opérations, mais pour l’instant on n’a pas d’élément sur le déroulé, on ne sait pas s’ils gardent des salariés de l’usine, combien, et à quelles conditions, confie Michel Bulinge. Il y a beaucoup de points à
    éclaircir.
     »

    Le délégué syndical espère que les services de l’État « s’appuieront sur les connaissances des travailleurs de l’usine ». « C’est quand même pour ça qu’on s’est battus depuis le début en disant que le site pouvait pas être mis dans toutes les
    mains
    . »

    Le mandataire mis en demeure pour les salaires

    Si l’Ademe reprend la main sur le volet sécurité, le mandataire judiciaire reste en charge de la liquidation. Et la problématique des paiements de salaires, elle, demeure entière. « On n’a toujours pas de nouvelle de nos soldes de tout compte et de nos rémunérations », souligne Jean-Michel Bulinge. Samedi 19 septembre, le syndicat CGT a envoyé une lettre recommandée au mandataire judiciaire « avec une mise en demeure de nous fournir les documents de fin de contrat et les paiements sous huit jours », précise le délégué syndical du site, qui s’alarme de la situation de salariés se retrouvant dans l’impossibilité de recourir à leurs droits auprès de France Travail. « On a suffisamment été méprisés et licenciés comme des malpropres, je pense que le minimum c’est de nous donner ce qui nous est dû », s’agace-t-il.