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  • [Portraits] Ils seront dans la rue le 5 novembre

    [Portraits] Ils seront dans la rue le 5 novembre

    Nathalie Cuzin, Cadre de santé au Centre hospitalier Buech Durance (05) et représentante CGT

    Je suis en colère pour beaucoup de choses », lance Nathalie Cuzin, qui se mobilise depuis la rentrée. Elle était déjà en grève le 29 septembre, et sera à nouveau dans la rue jeudi 5 novembre. « Je suis personnel soignant et fonctionnaire, et moi, mon point d’indice n’a pas bougé. Avec l’inflation, je perds de l’argent pour aller travailler : il faut que je mette de l’essence dans la voiture ! Parce qu’on est un territoire rural, les transports en commun ne sont pas à la hauteur, et on habite tous dans des petits villages car en ville, tout coûte une blinde. » Elle travaille dans un établissement « à taille humaine », mais où le personnel « doit faire plus avec moins » : « On est arrivé à un seuil qui est ingérable, alarme-t-elle. En psychiatrie, on doit refuser des personnes avec des idées suicidaires. Pour les soignants, c’est insupportable, car on a l’impression de ne pas faire du bon travail. Et c’est vrai, on ne fait pas du bon travail. Mais c’est ce que l’on nous impose. »

    La syndicaliste se mobilise avant tout pour une cause globale : pour la défense des services publics, pour de meilleures conditions de travail, et pour l’éducation. « Moi, mon salaire est correct, je me bats aussi pour les autres. L’avenir, il est sombre, les gens dans tous les secteurs n’en peuvent plus, physiquement et psychiquement. Le monde devient fou, et on n’est pas entendus ». D’où l’importance, pour elle, de se rassembler en intersyndicale ce jeudi.

    Guillaume Sierra, Secrétaire du CSE Eurenco, à Sorgues (84)

    Manutentionnaire cariste à l’usine Eurenco de Sorgues, Guillaume Sierra œuvre actuellement au sein d’une industrie florissante. Le groupe, basé dans le Vaucluse et à Bergerac (Dordogne) fabrique des explosifs et a triplé sa taille en 5 ans, visant le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2028. « Par la situation géopolitique, les carnets de commandes sont pleins, les effectifs ont doublé en deux ans », constate le secrétaire CGT du CSE, présent samedi dernier dans le rassemblement toléré malgré l’interdiction de la préfecture. « C’est bien, mais le samedi en général on ne travaille pas donc cela impacte moins l’économie qu’une mobilisation de grève en semaine », souligne-t-il.

    Pour autant, l’excellente santé financière d’Eurenco ne se traduit pas assez sur la fiche de paye des salariés. Depuis fin 2025, la CGT a lancé un préavis de grève illimité réclamant davantage que « les 30 euros d’augmentation de salaires » quand la direction fonctionne avec des primes d’intéressement. « S’il n’y avait que les salariés d’Eurenco mécontents, ce serait moins grave mais le problème est généralisé depuis une dizaine d’années », note Guillaume Sierra qui pointe le problème du « partage des richesses ». « Le problème de ne pas augmenter les salaires, c’est que cela engendre moins de cotisations et en bout de chaîne, moins de moyens pour les services publics », expose-t-il. Face « au ras-le-bol généralisé qui s’exprime mais qui se fait matraquer », Guillaume Sierra mise « sur une démonstration de force le 5 novembre par la grève ».

    Simon, étudiant à Aix-en-Provence (13)

    Simon est l’un des jeunes visages de la mobilisation à Aix. Ce membre de l’Union Étudiante estime que ces dernières semaines, il assiste au « plus gros mouvement que j’ai jamais vu depuis que je suis venu étudier ici. Alors que Aix n’est pas une ville qui pourrait se prêter au mouvement social :le contexte national, est vraiment très lourd. » Il fera partie des étudiants mobilisés depuis plusieurs semaines à rejoindre les cortèges de l’intersyndicale à Aix, ce jeudi 5 novembre. « Je pense qu’il faut saisir l’importance du moment […] je suis très heureux et j’espère sincèrement que au plus la mobilisation avancera, au plus les modalités de mobilisation seront claires pour tout le monde, que les points de rencontre seront réguliers et permanents. Le but, c’est que ce mouvement se régularise. Pour le moment, c’est un peu mi-figue, mi-raisin, mais on a envie de se saisir de ces moments pour que les gens puissent exprimer leur colère, mais pacifiquement », résume cet étudiant en archéologie, qui déplore une trop faible couverture médiatique des mouvements pacifiques, « dans plusieurs villes ». « N’oublions pas qu’à Aix, cela s’est toujours très bien passé », tient à rajouter Simon. L’étudiant se dit « très fier » d’être soutenu par l’intersyndicale et les travailleurs. « Il y a un slogan que je trouve très beau : La lutte, la lutte jusqu’à la victoire. La première victoire que l’on peut s’attribuer, c’est notre mobilisation. Et au plus on sera nombreux, au plus on se fera entendre. »

    Karl Antier, professeur de mathématiques contractuel au collège de Château-Arnoux-Saint-Auban (04).

    S’il est difficile pour lui de sacrifier une partie de son maigre salaire de professeur contractuel pour manifester le 5, Karl Antier reste pleinement mobilisé aux côtés de ses collègues et de ses élèves depuis la rentrée. Présent sur les ronds-points aux côtés des gilets jaunes, devant les lycées et la DSDEN à chaque manifestation, l’enseignant dénonce la situation précaire des contractuels et les conditions d’études des élèves. « Je m’étais reconverti en tant que prof pour la stabilité professionnelle et financière, mais ma situation n’a jamais été aussi mauvaise financièrement et en termes de stabilité que depuis que je suis dans l’Éducation nationale », regrette celui qui ne gagne que 950 euros par mois avec son temps partiel. Sa situation est devenue encore plus précaire avec l’augmentation des prix des carburants, alors qu’il habite à Manosque et travaille à Château-Arnoux-Saint-Auban.

    « Pour les filières générales, les classes ne sont généralement pas surchargées. Par contre, sur des filières spécifiques, technologiques, on ne va pas hésiter à surcharger. On sacrifie ceux qui sont en difficulté, parce qu’on n’a pas suffisamment de budget pour donner les mêmes conditions d’éducation à tout le monde », déplore le professeur de mathématiques, qui réclame des éducateurs spécialisés et des assistants sanitaires dans les établissements. Dans le collège du Mont d’Or à Manosque où est scolarisée sa fille, les élèves avaient encore récemment « des toilettes turques qui ne fermaient pas ».

    Julien Granato, élu CGT au CSE de Total La Mède (13)

    « Le 5 novembre on lèvera la tête comme tout le monde », lance Julien Granato. D’autant que cette date « tombe pile poil dans le calendrier des actions des industries », note le secrétaire adjoint CGT du CSE de Total la Mède. Sur le site de Châteaneuf-les-Martigues, comme sur tous les sites français du Groupe, les travailleurs avaient déjà débrayé le 8 octobre en prévision des NAO.

    Alors que Total engendre des profits historiques, avec 7,45 milliards d’euros de résultat net sur le troisième trimestre, et que ses bénéfices ne font qu’augmenter depuis le début du conflit au Moyen-Orient, Julien Granato affirme : « Il faut qu’on puisse influer pour que cet argent-là soit discuté sur plan fiscal », alors que le géant pétrolier ne paie pas d’impôt sur les sociétés en France, « mais aussi qu’on pose la question de la responsabilité en termes de maintenance et de garanties de sécurité de nos installations ». « Pendant l’épisode méditerranéen, on a été inondé, on a déversé des produits dans l’étang parce qu’on n’a pas réussi à canaliser cet afflux d’eau », témoigne-t-il, assurant : « On n’est pas prêts face aux événements exceptionnels. » La CGT a déclenché un CSE extraordinaire suite aux intempéries. « On a des solutions, il faut juste mettre de l’argent là où il faut, en termes d’environnement mais aussi de santé au travail, poursuit-il. On accompagne des camarades malades au quotidien. » La CGT tente de « bousculer le patronat » sur tous les plans : en alertant la DREAL, au pénal, aux prud’hommes… Et le 5, dans la rue.

    Nicolas Thibault, représentant CGT Brico Dépôt Toulon (83)

    Depuis le début de l’année, la colère sociale a gagné le groupe Brico Dépôt, au sein duquel un mouvement national de grève a éclaté. Inédit dans l’histoire de l’enseigne. « On a fait deux journées de grève, jeudi sera la troisième. On n’a pas été entendu sur les deux premières, on a donc décidé de se faire voir car on est un peu caché en restant au magasin », explique Nicolas Thibault, représentant CGT de Brico Dépôt Toulon. Seuls les responsables seront au magasin. « On est déjà trop peu pour le faire tourner en temps normal, ça va être un jour noir pour eux », prévoit-il. Parmi les doléances, le sous-effectif, donc, empiré par le retrait récent des intérimaires : « Ils ont basculé en CDD, mais cela n’a duré que quelques semaines. » Une des conséquences du gel des budgets imposé par l’enseigne, qui connaît une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 30%, pour réduire les dépenses, comme les coûts énergétiques, avec « une lumière sur quatre allumée au magasin. Les clients sont dans le noir », décrit le syndicaliste.

    Mais au sommet des priorités, des salaires qui n’augmentent pas : « On est rattrapé par le Smic, les nouveaux venus sont au même niveau de salaires que des personnes avec cinq ans d’ancienneté. Le taux de prime est de 0% cette année, c’est une première », appuie Nicolas Thibault, qui décrit « un épuisement total des équipes », renforcé par des plannings « aléatoires, faits par IA, qui ne cessent de changer ». La seule certitude pour eux : jeudi, c’est manif !

    Nicolas Davan, secrétaire général du syndicat CGT Energie Provence

    « On a toujours été là. Des deux côtés, parce qu’on intervient avec les pompiers pour sécuriser les sites d’intervention ». Pour Nicolas Davan, c’est une évidence : « Jeudi, on y sera encore ».

    Depuis deux ans, les gaziers et les électriciens sont déjà régulièrement dans la rue « contre la vie chère ». Ils nous ont surpris avec des actions coup de poing quand les tarifs de l’énergie ont flambé avec ceux du logement. « On est parti en grève pour aller chercher une majoration résidentielle. Car avec les astreintes, des collègues sont obligés de vivre dans des villes chères et ils n’arrivaient pas à se loger », rappelle le syndicalite. Et leur attachement au service public les a encore poussés à agir sur des grosses installations comme les casernes de pompiers, les hôpitaux ou les Crous : « on les passait en service réduit ». Puis les soldes se sont élargies. C’est en Robins des bois qu’on les a retrouvés, stoppant les compteurs des quartiers populaires tout en maintenant leur alimentation en énergie.

    La colère des énergéticiens est à la fois jubilatoire, généreuse et contagieuse. Dans les manifestations contre la réforme des retraites, l’énergie de leur « martyr » enchaîné, perché sur le toit de la camionnette bleue leur a attiré toute la sympathie d’une jeunesse bien vivante. Depuis la rentrée ils sont présents auprès des lycéens. « Ils sont nos enfants, moins organisés, alors nous assurons un service d’ordre. Logement, alimentation, carburants et études, ils sont déjà touchés de plein fouet ».

    Laurent Guilloteau, sapeur-pompier des Bouches-du-Rhône, délégué CGT

    Laurent Guilloteau est sous-officier du Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône (Sdis 13). Par ailleurs secrétaire général de la CGT Sdis 13, il déplore des services de secours « sous-financés » : « On subit de plein fouet les politiques d’austérité macronistes, en témoignent les agents non remplacés ». Il attend du gouvernement qu’il « mette la main au portefeuille », afin de « mieux financer les services départementaux ». Le pompier syndiqué parle au nom de la sécurité civile : « Tous les Sdis présentent la même souffrance, ces revendications sont nationales ». Depuis le 8 septembre, celle-ci réclame plus de moyens et d’effectifs, après un été marqué par des incendies d’une virulence inédite aux conséquences nocives sur la santé des pompiers, en première ligne. « Nombre de nos collègues ont été victimes d’intoxications, liées aux substances toxiques qu’on retrouve dans la fumée. Aujourd’hui, on ne peut pas leur garantir un suivi de santé individuel jusqu’à leur départ à la retraite. »

    Avec émotion, Laurent Guilloteau annonce que la mobilisation des agents du Sdis ce jeudi sera aussi motivée par une colère générale, qui fait suite à l’attaque par arme à feu ayant blessé leur collègue des Pennes Mirabeau, ce dimanche 1er novembre. « Les carences des autres services publics en France placent les sapeurs pompiers en dernier rempart », regrette-t-il, en soulignant « les risques que prennent les agents en intervenant parfois avant les forces de l’ordre ».

  • Face à la stagnation des salaires, les inégalités repartent à la hausse

    Face à la stagnation des salaires, les inégalités repartent à la hausse

    La France est un pays de bas salaires », dénonçait déjà la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet au mois de novembre 2025. Dans sa dernière publication, consacrée à l’évolution des salaires dans le secteur privé, publiée le 22 octobre dernier, l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) alertait de son côté : « En 2025, les salariés les mieux rémunérés en équivalent temps plein ont bénéficié de hausses de salaires plus élevées que ceux aux rémunérations les plus faibles ».

    Ainsi lorsque le pouvoir d’achat des Français gagnant moins de 1 519 euros net mensuels en équivalent temps plein avait augmenté de 1% par rapport à 2024, ceux qui gagnaient plus de 4 441 euros voyaient une hausse de leur niveau de vie de 1,6% en un an, et même de +2,2% pour ceux qui gagnaient 10 552 euros. Ce sont les professions intermédiaires qui connaissent la plus faible évolution de leur rémunération brute (+1,1%) suivies des employés (+1,2%) et des cadres (+1,2%). « Ces évolutions tranchent avec celles observées en 2024, où les hausses de pouvoir d’achat des salaires étaient plus homogènes », pointe l’étude. Surtout, elles inversent la tendance des deux années précédentes marquées par des baisses de pouvoir d’achat qui ont touché notamment les cadres, tandis que les augmentations successives du Smic compensaient en partie une hausse des prix qui frappe en premier lieu les classes populaires. Après « plusieurs années de resserrement », les inégalités augmentent de nouveau, même si elles restent encore moins marquées que lors de la période précédent le Covid selon l’Insee. Mais alors que le pouvoir d’achat repart à la hausse, « la progression demeure toutefois limitée au regard des évolutions sur longue période », explique l’institut statistique. Tandis qu’entre 1996 et 2019 le pouvoir d’achat du salaire net augmentait en moyenne de 0,6% par an, il n’a augmenté que de 0,2% par an depuis 2019.

    Marseille de plus en plus fracturée

    Dans la région en 2023, selon une étude de l’Insee publiée au mois de septembre 2025, la moitié des salariés gagnaient moins de 2 118 euros nets en équivalent temps plein. Au total, une personne sur dix perçoit un salaire net inférieur à 1 500 euros nets par mois, et même 4% gagnaient même moins que le Smic, en raison des minima de branche trop faibles (lire par ailleurs). Si les deux tiers des salaires sont compris entre 1 et 2 Smic, seuls 2% des salaires atteignent au mois cinq fois le Smic, soit 6 915 euros. Mais comme dans le reste du pays, la même stagnation des revenus est observée. Par rapport à l’année précédente, le salaire net moyen pour les personnes restées dans la même structure n’avait augmenté que de 0,3%, contre 0,7% au niveau national.

    Une autre étude, publiée le 6 octobre dernier, s’intéresse de son côté à l’évolution du niveau de vie à Marseille, entre 2013 et 2021. Elle révèle que si le niveau de vie a globalement augmenté dans la ville, qui reste la plus pauvre des cinq premières métropoles françaises, c’est dans les quartiers les plus modestes que cette hausse reste la plus faible (+6,2%, soit +760 euros par an en moyenne) et dans les quartiers les plus aisés qu’elle est la plus forte (+8,5%, soit +2 340 euros).

  • [Mobilisation] Les salaires au centre de l’appel du 5 novembre

    [Mobilisation] Les salaires au centre de l’appel du 5 novembre

    Manger ou faire le plein ? » À l’approche du 5 novembre, la question placardée par la CGT mines-énergie de l’Hérault donne le ton. Après la grève des services publics le 29 septembre et les mobilisations lycéennes qui ont secoué le pays en octobre, les syndicats appellent à élargir la contestation. Dans le Gard comme dans l’Hérault, salariés du public et du privé, jeunes et retraités sont invités à battre ensemble le pavé pour les salaires, les services publics et les libertés.

    « Quand on travaille, on ne devrait pas avoir à choisir entre se nourrir, se loger, se chauffer ou se soigner », dénonce Sylvie Da Costa, de la CFDT du Gard. Elle réclame notamment 100 euros nets de plus pour le Smic, des négociations salariales dans toutes les branches et une revalorisation des agents publics. À l’hôpital, à l’école ou dans les collectivités, « le dévouement ne paie pas les factures », insiste-t-elle, tandis que les effectifs manquent et que les conditions de travail se dégradent.

    Même constat dans l’énergie. Selon la CGT mines-énergie de l’Hérault, le salaire national de base n’a progressé que de 7,7% en dix ans, contre 20,8% d’inflation cumulée. « Jamais la précarité n’a été aussi forte, même dans nos entreprises », s’indigne le syndicat, qui dénonce le refus des directions d’accorder un rattrapage salarial. « Des agents sautent des repas, ne peuvent plus faire leur plein, se saignent pour payer les études de leurs enfants », alerte la CGT, qui appelle à la grève.

    Pour Pascale Thoirey, de la FSU Gard, l’enjeu dépasse le seul pouvoir d’achat. « C’est juste des êtres humains qui voudraient pouvoir vivre comme des êtres humains de leur travail », résume-t-elle. Elle dénonce le gel du point d’indice et réclame une révision des grilles salariales. Dans l’Éducation nationale, elle décrit des accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) soumises à la précarité : « Certaines ont 18 ans d’ancienneté et arrivent péniblement à 1 000 euros par mois. »

    La jeunesse, moteur

    de la contestation

    La colère sociale rejoint celle des lycéens, mobilisés depuis plusieurs semaines contre le manque de moyens et la sélection dans les études supérieures. Dans l’Hérault, FO réclame « l’abrogation immédiate de Parcoursup », des recrutements massifs d’enseignants et des moyens supplémentaires pour la médecine scolaire. « Les lycéens d’aujourd’hui sont les salariés de demain », souligne l’organisation.

    Les annonces gouvernementales du 26 octobre n’ont pas convaincu. Plafonnement progressif de certaines classes de seconde à 28 élèves, annulation annoncée de 836 suppressions de postes dans le secondaire, pistes d’aménagement de Parcoursup : pour FO, le gouvernement « manœuvre et lâche des miettes ». Pascale Thoirey est plus cinglante : « Ce ne sont pas des avancées. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Elle reproche à l’exécutif de reporter une partie des mesures après 2027, alors que les besoins sont immédiats : moins d’élèves par classe, des enseignants formés et remplacés, un véritable statut pour les AESH. La bataille se joue également autour du budget 2027. L’intersyndicale héraultaise exige des hausses de salaires et de pensions, la défense de la Sécurité sociale et une politique industrielle tournée vers l’emploi et la transition écologique.

    À l’approche du rendez-vous, P. Thoirey espère voir « des gens qui n’ont pas l’habitude de venir manifester ». « Les services publics concernent tout le monde », rappelle-t-elle. « Tous les gens qui seront dans la rue le 5 le font dans l’intérêt collectif pour que les générations suivantes puissent vivre mieux que nous. » Quant à la suite, rien n’est écrit : « Le mouvement social ne se décrète pas. » Le 5 novembre devra dire si cette convergence peut prendre de l’ampleur.

    Dans le Gard : à Alès à 10h devant la sous-préfecture et à Nîmes à 14h, en bas de l’avenue Jean-Jaurès. Dans l’Hérault : à Montpellier (14h, place Albert-Ier), Béziers (10h30, Bourse du travail), Lunel (11h30, place de la République), et Sète (10h30, place de la Mairie).

  • Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    « La situation est très sérieuse dans le pays. » C’est avec gravité que le patron des patrons de la région, Stéphane Benhamou, a fait le point ce jeudi 29 octobre. Fini le président du Medef Sud « punchy » avoue-t-il, pétri d’une « inquiétude » partagée par « une large majorité d’entrepreneurs ».

    D’abord parce que la société est « fracturée » analyse-t-il eu regard des manifestations lycéennes et pour le pouvoir d’achat qui s’égrènent depuis plus d’un mois. Avant ces dernières, « le taux de vacances en centre-ville, 20%, était déjà dramatique à Marseille, on ne peut pas aggraver cette situation-là », estime-t-il, car « chaque fois que le centre-ville est déserté, on laisse la place à des points de deal, à des populations communautaristes qui monnayent les marchands de sommeil et qui amplifient la désertification ».

    Dans cette ambiance « anxiogène », pour lui, « la réponse se trouve dans l’entreprise, la capacité à offrir du travail, des perspectives ». Le Medef Sud organise pour ce faire la deuxième édition d’Action sud, le 1er décembre, sur le campus Esca d’Aix-en-Provence pour « mettre en confrontation les attentes des jeunes et des entrepreneurs » sur différents thèmes, comme l’économie verte, l’IA responsable, la féminisation des filières scientifiques…

    Peser sur le politique

    Plus généralement, les patrons comptent faire valoir leurs propositions à quelques mois de la présidentielle. Elles sont très tranchées. « Nous n’en sortirons pas autrement que par une attaque violente et frontale des lignes de dépenses budgétaires » balance Stéphane Benhamou, partant du principe que les entrepreneurs font déjà assez d’effort.

    « Les dépenses de l’État ne sont plus supportables et la mise en œuvre ne peut en aucune manière être de la responsabilité financière des entreprises » estime-t-il, dénonçant le gel de l’allègement des « charges » sociales, « 11 milliards d’euros prélevés soit 550 euros par salarié ». Pas un mot sur les 112 à 166 milliards d’aides de l’État par an, tous dispositifs compris, selon les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale, rendus publics en juillet 2025. Mais une certitude, revoir le montant du Smic à la hausse de façon anticipée, sujet qui devrait être tranché le 5 novembre, n’est pas envisageable. « Nous ne sommes pas contre l’augmentation des salaires, bien au contraire », assure le responsable du Medef Sud, qui se dit préoccupé par « la pérennité des entreprises et les équilibres économiques qui sont entamés ». Et de déplorer l’impuissance d’un pouvoir exécutif et législatif « dépassé, hors sol ». Son credo : « Notre pays doit prendre en compte que le fait économique rythme le développement social, sociétal, environnemental. L’entreprise doit être priorisée. » Raisons pour lesquelles, du RN à LFI, les représentants locaux des candidats sont invités à débattre le 19 novembre à Marseille. Ces « remontées de terrain », permettront au Medef d’affiner sa position au national.

  • [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    La Marseillaise : Quelles sont les raisons de ce mouvement de grève ?

    Serge Coutouris : Les travailleurs portuaires et dockers ont toujours refusé de participer aux guerres, car nous sommes fidèles à nos valeurs de paix, d’internationalisme et d’unité des travailleurs. Que ce soit pendant la guerre d’Indochine, du Vietnam, d’Algérie, d’Irak ou récemment d’Ukraine, notamment en refusant de charger ou décharger le matériel militaire, armes et munitions. Aujourd’hui, il y a un contexte où les conflits se multiplient et s’enlisent. Le capital tente, par tous les moyens, de s’approprier et de piller les richesses de certains pays. Et le génocide du peuple palestinien se poursuit dans le silence et la complaisance, non seulement des médias, mais aussi des instances internationales et des pouvoirs politiques. Notre fédération, depuis des années, a participé à de multiples rencontres avec des représentants de dockers d’autres pays. C’est le cas au sein d’EDC [European Dockworkers Council, instance européenne qui réunit des syndicats de dockers de plusieurs pays Ndlr], dont nous sommes adhérents et qui regroupe dix pays en Europe. Mais aussi en échangeant avec d’autres syndicats via des organisations internationales, comme la FSM [Fédération syndicale mondiale Ndlr] ou l’IDC [Conseil international des dockers Ndlr]. Tout cela a abouti à des rencontres à Athènes, Gênes et une majeure à Istanbul, le 8 mai dernier. De cette rencontre est sortie la Déclaration d’Istanbul, signée par des syndicats grecs, italiens, turcs, basques, marocains et chypriotes…

    La Marseillaise : Sur quoi porte cette déclaration ?

    S.C. : Cette déclaration porte sur quatre thèmes principaux : elle appelle à l’action contre les guerres et la militarisation, avec l’arrêt immédiat du génocide à Gaza, mais aussi à l’arrêt de la déréglementation et des attaques sur nos droits sociaux dans les ports et enfin, contre l’automatisation de nos métiers. Cette déclaration a permis au mouvement de grandir et de dépasser le cadre européen, elle a été signée par d’autres syndicats avec le temps. Enfin, EDC appelle aussi à la mobilisation ce 30 octobre, avec sa propre déclaration, mais qui fait écho à celle d’Istanbul et dont nous sommes également signataires. On est donc sur une coordination de lutte internationale historique. Ce qu’il se passe ce 30 octobre, c’est inédit. On a déjà eu des luttes communes avec des syndicats homologues européens, mais je n’ai pas souvenir d’une action de cette ampleur. Notre démarche concerne plus de 120 syndicats sur cinq continents qui se mobilisent, avec des formes diverses et variées. Dernièrement, des dockers irlandais, indiens, australiens, brésiliens et même états-uniens, se sont joints à l’appel.

    Qu’est-ce qui unit des dockers aussi éloignés géographiquement ?

    S.C. : On fait tous face à un ultralibéralisme sans foi ni loi. On voit bien que les attaques sont similaires d’un pays à un autre. Et les quatre thèmes de la Déclaration d’Istanbul ont des échos partout. Il y a une offensive réactionnaire et une montée du fascisme qui prône la guerre et gangrène la démocratie. Notre mouvement est motivé car dans beaucoup de pays, les travailleurs portuaires et dockers, tout comme les autres travailleurs, sont attaqués dans leurs droits et leurs libertés. L’actualité en France nous rappelle d’ailleurs nos heures les plus sombres : avec une répression policière contre les jeunes qui se soulèvent et des atteintes aux libertés. En parallèle, il y a une volonté du pouvoir à cibler certains ports, les militariser et les utiliser dans ce cadre. Ce qui est hors de question. Notre mouvement sert aussi à dire aux pouvoirs politiques français et européens : ne touchez pas à nos ports, ni à notre modèle social. Cela va d’ailleurs faire très mal au capital puisqu’on va perturber ou immobiliser les transports maritimes sur cinq continents.

    La CGT est plus que forte dans votre profession. Est-il nécessaire de disposer d’une telle organisation pour porter ce type de mouvement ? Et quel message adressez-vous au mouvement lycéen au regard du syndicalisme que vous pratiquez ?

    S.C. : Notre fédération représente 90% des travailleurs portuaires et dockers en France. Notre syndicalisme est fort et il s’est d’ailleurs renforcé puisqu’on a 87% de représentativité au niveau national. Grâce à cette représentativité, c’est la CGT qui pèse dans les négociations et l’on ne connaît pas la problématique d’organisations réformistes qui trahissent. Aujourd’hui, la jeunesse entre en action en réaction à un ultralibéralisme qui leur promet un avenir bien sombre : des salaires très bas, des libertés qui se restreignent de jour en jour, des inégalités sociales se creusent de plus en plus. Il est clair que les travailleurs doivent être aux côtés de cette jeunesse qui demande un monde meilleur. Notre mouvement du 30 octobre porte aussi sur ces sujets-là. Au-delà de la situation des ports, c’est aussi l’arrêt des politiques militaristes, agir pour l’arrêt du génocide… Notre organisation syndicale est de classe et de masse. Et ce qui est important ici, c’est le mot organisation. Si l’on veut obtenir satisfaction pour nos revendications, nous sommes convaincus qu’il faut s’organiser. Sans organisation, les mouvements populaires n’aboutissent pas, ils s’enlisent et ne permettent pas de trouver des réponses aux revendications. D’ailleurs, pour notre mouvement du 30, ce sont des organisations syndicales de multiples pays qui se sont parlé malgré nos différences, nos histoires et cultures de lutte différentes. Nous avons dépassé nos appartenances à nos organisations internationales et les divergences qu’il peut y avoir entre elles, pour que ça soit les syndicats qui soient à l’initiative de ce 30 octobre. Et cela permet à chacun de s’y inscrire.

  • [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les mobilisations de samedi dernier ?

    Marc Pietrosino : Il faut souligner qu’il y a eu beaucoup de monde dans les rues. Beaucoup de personnes présentes dans une continuité des mouvements lycéens, dans une optique de manifestation pacifique et avec des revendications que l’on partage : contre la vie chère, contre la paupérisation de la société. Ou que l’on porte : augmentation des salaires, retour à l’égalité des chances… Malheureusement, il y a eu des casseurs qui se sont introduits dans le mouvement. Et une stratégie policière qui interroge, a minima. On a eu la drôle d’impression qu’il y avait plus de policiers lors des manifestations syndicales que l’on organise que lors de la mobilisation de ce samedi. Et surtout, des techniques policières qui résident dans un affrontement systématique et un gazage des cortèges pacifiques. On est d’ailleurs largement pointés du doigt à l’international pour cette doctrine du maintien de l’ordre française. Je ne vais pas justifier, ni excuser les débordements qu’il y a eu, je pense aux salariés des différents commerces et services qui ont été exposés, mais il y a un enchaînement d’événements qui questionne… Le maire de Marseille a d’ailleurs posé les bonnes questions : quelles étaient les consignes ? Est-ce que c’était de gazer les manifestants et de laisser faire les autres ? Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que les forces de l’ordre étaient plus violentes envers les lycéens qu’avec les casseurs, ce samedi.

    La colère sociale a-t-elle été sous-estimée ?

    M.P. : À l’image de l’allocution vide d’Emmanuel Macron, il y a un déni total de la colère sociale. Je note aussi que, lors des scènes de pillage, on s’est beaucoup attardé sur les vols de téléphones portables et d’articles de luxe, mais il y a eu aussi ceux qui en ont profité pour remplir le frigo, prendre des couches et du lait. Cela dit quelque chose de l’état du pays. Il y a un profond malaise, en France, après deux quinquennats qui ont essoré les couches populaires, qui ont paupérisé l’ensemble de la population. Voilà dix ans que la politique du gouvernement est calquée sur les volontés du patronat, avec la fameuse théorie du ruissellement. Emmanuel Macron fait mine de ne pas assumer les choix ultralibéraux qu’il a faits. Il ne veut pas faire de lien entre ses actions et les conséquences. Pourtant, le 17 est une de ces conséquences. Les organisations syndicales doivent offrir des perspectives d’avenir. Un avenir pour notre jeunesse notamment. Pour cette dernière, l’avenir, c’est la mise en concurrence avec Parcoursup, le chômage, les attaques contre les retraites, le dérèglement climatique, l’intelligence artificielle qui va prendre les emplois… Il faut donc qu’on propose des alternatives, à partir de nos revendications. Pour cela, on doit réveiller le monde du travail et donc que le 5 novembre soit d’une ampleur inégalée afin d’imposer notre cahier revendicatif de progrès social.

    L’ampleur de la mobilisation du 17 octobre peut-elle être un appui pour ce 5 novembre ?

    M.P. : Les revendications qui ont été portées samedi sont justes, mais la casse les a rendues inaudibles. Je rappelle quand même que le principal responsable de la casse sociale, c’est bien le gouvernement actuel. Le message qu’on passe dans ce contexte, c’est qu’il faut qu’on s’unisse pour porter d’autres choix de société, pour une autre répartition des richesses. Ce n’est plus possible de ne pas arriver à vivre de son travail dans un pays comme la France. Dans ce cadre, il n’y a qu’une force organisée qui peut être efficace dans le combat social, il n’y a qu’une force organisée qui pourra garantir la sécurité des manifestants. Parfois, on reproche à la CGT qu’une manifestation d’un point A à un point B ne sert à rien. Cette manifestation, elle peut sembler dérisoire pour certains, mais elle n’est pas dérisoire si tout le monde est en grève. La vraie arme pour faire vaciller le gouvernement, c’est la grève massive. Ce n’est qu’avec elle et ses conséquences sur l’économie qu’on peut amener gouvernement et patronat à répondre aux revendications. Samedi, il y a eu beaucoup de casse, la veille, Emmanuel Macron était au concert de Céline Dion… Même les actions violentes ne sont pas prises en compte par le gouvernement, donc la seule alternative, c’est la grève. L’économie doit être à l’arrêt le 5 novembre. Cette date, il faut la réussir, c’est un enjeu pour l’ensemble du monde du travail. Les lycéens ont montré la voie, à nous de poursuivre avec un blocage de l’économie.

    Appelez-vous à manifester ce samedi 24 ou celui du 31 octobre ?

    M.P. : Nous n’empêchons aucune structure de la CGT d’être dans la rue pour ces dates. La problématique est que si nous appelons officiellement, en tant qu’Union départementale, cela nous place à un certain niveau de responsabilité. Quand on est là, on attend de nous que nous assurions le service d’ordre de la manifestation et ce n’est pas possible dans certaines conditions. Et ce n’est pas notre job d’empêcher des débordements.

  • À Martigues, la justice sociale comme boussole contre la violence

    À Martigues, la justice sociale comme boussole contre la violence

    « Ne laissons personne étouffer nos revendications : refusons la violence, rejetons l’austérité et faisons entendre la voix de la justice sociale », clame le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, au milieu du hall de l’Hôtel de Ville, lundi midi.

    L’édile condamne « sans détour les dégradations, les pillages et les violences ». Mais il insiste : « Condamner la casse n’a jamais constitué une politique, se cantonner à la sidération sans regarder d’où vient la colère est une hypocrisie. Cela fait dix ans […] que les salaires et les retraites sont bloqués alors que les factures et les prix s’envolent. Se loger est un luxe, l’hôpital craque, l’école est sans moyens, tous sacrifiés au nom de l’austérité aveugle ». « Les gouvernements n’ont répondu que par le mépris, la surdité et le passage en force face à la détresse sociale […]. Il est donc illusoire de feindre l’étonnement face à cette rancœur qui explose », poursuit-il.

    Le piège fasciste

    Pour le maire, « le risque est de voir ce désespoir récupéré par l’extrême droite, avec son lot de divisions haineuses et de reculs sociaux ». Un « piège évident » face à « l’impasse de la colère destructrice sans lendemain » et « l’instrumentalisation du désordre par le pouvoir ». « On ne combat pas l’injustice par l’émeute ou le repli sur soi, mais par le collectif, la grève et le vote », développe l’édile, tout comme « la République ne se protège pas avec des postures et de la communication. Elle se défend et se construit en s’attaquant à la racine des inégalités et en redonnant un sens concret à l’Égalité et à la Fraternité ».

  • Les soignants de l’hôpital font bloc pour préserver leurs acquis

    Les soignants de l’hôpital font bloc pour préserver leurs acquis

    Troisième conseil de surveillance de l’année, troisième irruption de personnels en colère. En cause : les mesures d’économies étudiées par la direction suite aux observations de la Chambre régionale des comptes. Alors que les négociations sur la prise en compte de la pause méridienne dans le temps effectif de travail, la rémunération des astreintes et le dispositif de garde des infirmiers anesthésistes sont encore en cours, la suppression des heures supplémentaires pour les agents à temps partiel, effective depuis le 1er septembre, a mis le feu aux poudres. Ce vendredi, le bloc opératoire était en grève.

    Manon Breteau, infirmière au sein du service (Ibode), témoigne : « Jusqu’ici, nos astreintes étaient payées en heures supplémentaires et on avait une majoration quand on travaillait la nuit, les dimanches et les jours fériés. La direction les a supprimées. » La soignante sort son téléphone pour montrer les chiffres. « Sur un échelon 5, à l’heure, je suis à 21,66 euros. La nuit, je suis à 45,02 euros et les dimanches et jours fériés à 37,51 euros. Ce mois-ci, j’ai fait 30 heures d’astreinte qui vont donc être payées en heures complémentaires. Ça représente une grosse perte de salaire. »

    La direction explique avoir corrigé « une situation qui conduisait certains professionnels à temps partiel à compléter leur activité au moyen d’heures supplémentaires, bénéficiant ainsi, à quotité de travail identique, d’un régime de rémunération différent de celui applicable à un professionnel employé à temps plein ». Elle assure entendre « les conséquences que cette régularisation peut avoir pour certains professionnels qui s’étaient organisés sur la base du dispositif antérieur ». La direction dit avoir proposé des rendez-vous individuels aux agents concernés « afin d’étudier leur situation et les solutions pouvant être envisagées ». Le personnel demande la mise en place de compensations financières.

    Politique

    contre-productive

    Manon et sa collègue Élise, infirmière anesthésiste (Iade), préviennent : « Le risque est de nous voir partir vers le privé. Il n’y a plus d’intérêt à rester à l’hôpital pour ces salaires-là. » Nathan Cabiac, représentant syndical CGT, appuie : « Nous refusons que les difficultés financières de notre établissement servent systématiquement de prétexte à de nouveaux reculs sociaux. […] Cette politique est injuste, dangereuse et contre-productive. Dégrader les conditions de travail, c’est accélérer le départ de professionnels formés et expérimentés, accentuer les risques psychosociaux, les troubles musculosquelettiques, les arrêts de travail et les situations d’épuisement professionnel ».

    Sur ce point, le directeur Loïc Mondoloni affirme : « L’attractivité et la fidélisation de nos professionnels constituent évidemment un enjeu majeur. Mais cette attractivité doit reposer sur un système à la fois juste, équitable et juridiquement sécurisé. » Le bloc opératoire sera en grève reconductible illimitée, vendredi prochain.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    La Marseillaise : Comment sentez-vous le contexte social alors que les prix des carburants continuent d’atteindre des sommets ?

    Serge Ragazzacci : On a l’impression d’être dans une cocotte-minute. La mobilisation lycéenne est d’autant plus forte que la réponse du gouvernement, dès les premiers jours, a été d’une extrême violence. Forcément, ça a levé un mouvement de protestation qui est légitime. Il y a eu beaucoup d’émotions vis-à-vis des images qui ont pu circuler. Mais au-delà de cet épisode, ça fait un moment qu’on est dans une cocotte-minute et on ne sait jamais à quel moment elle va finir par péter, parce qu’on a une crise sociale extrêmement importante avec une question en particulier du pouvoir d’achat. Notre société est en souffrance, elle vit mal. Et on a un gouvernement qui a maltraité l’ensemble des institutions, des syndicats et qui fait preuve d’autoritarisme. Cela crée les conditions de mouvements sociaux qui ont parfois du mal à émerger car les sujets de mécontentement sont extrêmement nombreux, et il y a parfois du mal à trouver les lignes de convergence. Mais aujourd’hui, le gouvernement est sous pression, puisque les sujets que les jeunes portent sont aussi les sujets que nous avons portés le 29 septembre, en particulier sur l’avenir des services publics. Ce n’est pas un hasard que le mécontentement se fasse sentir en ce moment car nous sommes en plein débat sur le budget de l’État. Qui prévoit, pour l’instant, d’accroître les difficultés du service public.

    Cette situation est-elle inédite en France ?

    S.R. : C’est un peu inédit dans le sens où il y a un ras-le-bol général face à une situation qui est devenue catastrophique pour une bonne partie des Français. Les moments de ras-le-bol général ont toujours rencontré des mouvements sociaux. Ce qui est surtout inédit, c’est la brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocages des lycéens. Tout le monde a été surpris par la démesure de la répression policière. Nous sommes dans un temps d’extrême pression, sur fond de crise sociale, avec un gouvernement qui ne veut rien entendre aux douleurs que peuvent ressentir les travailleurs et les retraités et qui continue à vouloir leur faire les poches. Tout cela sur fond de crise démocratique, avec la perspective des élections présidentielles et une extrême droite qui n’a jamais été aussi haute.

    À la CGT, appelez-vous à élargir le mouvement lycéen ?

    S.R. : Le mouvement lycéen a sa propre vie, son autonomie, et nous, on respecte ses choix. On voit bien comment le pouvoir a essayé de faire croire que ce mouvement était récupéré par les uns ou par les autres. Si c’était si simple, on y aurait pensé avant. Mais ça a permis de noyer le débat pendant des jours et de ne pas s’interroger sur les raisons de cette colère dans la jeunesse. C’est important que le mouvement reste dans les mains des organisations lycéennes, même si elles sont faiblement représentées. Nous, on essaie de répondre à leurs sollicitations.

    Beaucoup de gens sont descendus dans la rue pour être auprès de la jeunesse et c’est une bonne chose. Mais la meilleure manière de préparer un avenir à notre jeunesse c’est de se mobiliser pour nos salaires, nos conditions de travail, l’accès à l’emploi etc… C’est pour cela qu’il y a la date du 5 novembre, qui est la suite de ce qu’on a construit le 29 septembre sur la fonction publique. Cette fois-ci, c’est une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles, en particulier sur les questions de salaire et de pouvoir d’achat, sur les questions de services publics, d’emploi et aussi sur l’industrie, puisqu’il y a beaucoup de licenciements en cours. C’est une date de convergence qu’on a besoin de réussir pour venir en appui à la jeunesse.

    Appelez-vous aussi à la mobilisation avec les Gilets jaunes le 17 octobre ?

    S.R. : On a un peu de mal à voir quelles sont les revendications pour cette journée. La position nationale est la suivante : s’il y a des choses qui peuvent correspondre à notre cahier revendicatif, on pourra y participer. Mais pour nous, le syndicalisme se passe dans les entreprises où nous avons beaucoup de sujets avec notamment les questions de salaire et de pouvoir d’achat. Il n’y a pas un jour sans que les gens se plaignent du prix de l’essence, de l’électricité ou du prix du chariot quand on va faire ses courses. Notre responsabilité aujourd’hui, c’est donc de faire entendre ce mécontentement, de le transformer en revendication et d’aller pousser le gouvernement, mais aussi le patronat, dans leurs retranchements. Aujourd’hui, la colère, comme souvent, est dirigée contre le gouvernement, mais elle oublie le patronat alors que les entreprises du CAC 40 ont dégagé au premier semestre plus de 60 milliards de dividendes, ce qui est un record. La France est championne du monde du reversement de dividendes. Ce n’est donc pas vrai que notre pays est en ruines.

    Quelles sont les mesures d’urgence que vous réclamez pour répondre à la crise ?

    S.R. : D’abord le blocage immédiat des prix des carburants. Mais il n’y a pas que le carburant, nous demandons aussi le passage de la TVA à 5,5% sur l’électricité et le gaz. Du côté des mesures sociales, nous demandons, face à une inflation estimée entre 3 et 4%, d’augmenter le Smic à 2 200 euros bruts. On demande aussi le dégel du point d’indice. Le problème de la France, c’est que la consommation est en berne parce que les gens n’ont plus les moyens. On demande aussi un contrôle sur les 211 milliards d’aides publiques et d’exonérations sociales pour les entreprises. Malgré un rapport sénatorial, rien n’a été fait sur ce sujet. Aujourd’hui, on a donc toutes les raisons de se mobiliser et on va tout faire dans les jours et les semaines qui viennent pour inscrire la plus grande mobilisation possible.

  • Marché solidaire du PCF à Martigues

    Marché solidaire du PCF à Martigues

    « On est des militants communistes, pas des marchands, on achète à un producteur d’Arles et on vend à prix coûtant », explique la militante Marianne Bocca à une acheteuse. « C’est en réponse au gouvernement qui enrichit les grandes fortunes, refuse d’augmenter les salaires ou de plafonner les prix alimentaires et du carburant », complète Alain Graneli, cadre de la section locale du PCF. « Nous voulons diminuer la TVA, nationaliser Total en sanction de prise de bénéfices illicites, augmenter les salaires, retraites et aides sociales et sortir du marché européen de l’énergie. »