Category: social

  • Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Les lycéens nous ont contactés à plusieurs reprises pour nous demander de l’aide. Tous les jours, des étudiants vont les aider à bloquer les lycées et à faire tampon par rapport à la répression qu’ils peuvent subir », indique Fabien Bon, représentant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum).

    Depuis le 1er octobre, sous l’impulsion notamment du Scum, le mouvement étudiant s’organise dans la capitale héraultaise autour de blocages universitaires. Parti de Paul-Valéry, il s’est étendu à plusieurs campus : facs de sciences, d’économie, d’éducation, mais aussi fac de pharmacie (« pour la première fois de son histoire »), fac de droit, ainsi que l’Institut régional du travail social (IRTS) ou l’institut Agro. Des blocages qui permettent aux étudiants de rejoindre les rassemblements lycéens en journée, mais aussi de porter leurs propres revendications.

    Pour Fabien Bon, la convergence entre les deux mouvements se construit d’abord autour d’une même inquiétude : l’avenir. « À travers ce qu’il se passe dans les universités, les lycéens voient leur avenir. Et qu’est-ce qu’ils voient ? Qu’entrer à la fac est devenu compliqué à cause de Parcoursup, qui pratique une sélection sociale de plus en plus forte et éjecte de nombreux bacheliers de l’enseignement supérieur ; ils voient que même s’ils arrivent à entrer à l’université, en master, un sur deux sera viré via, cette fois, la sélection exercée via la plateforme Monmaster ; et ils se rendent compte que même s’ils arrivent à décrocher un diplôme, ils auront une vie de misère. Car ils voient bien que leurs parents ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et que ça risque d’être encore plus compliqué quand ce sera leur tour », décrit Fabien Bon.

    « Se questionner sur ses conditions d’études, c’est légitime »

    « C’est ça la convergence principale avec les lycéens : cette peur de l’avenir, bouché, préempté et volé par des patrons et des politiciens. Mais ce qu’on a aussi en commun, c’est de ne pas être écoutés », considère le représentant du Scum, qui pointe « le mépris des institutions politiques » à l’égard de la jeunesse, ainsi qu’une certaine « violence médiatique ».

    « Tout le monde tourne par exemple en dérision la revendication d’en finir avec le 8 h-18 h. Mais quel travailleur accepterait de faire 8 h-18 h sans interruption, excepté une pause d’une heure à midi, enfermé dans son entreprise ? Se questionner sur ses conditions d’études, de vie, c’est légitime. » Et de poursuivre : « Je pense, moi, que le mouvement lycéen donne à toute la France un énorme cours d’éducation civique. »

    Sans compter, souligne Fabien Bon, « que mine de rien les deux derniers mouvements qui ont obtenu des choses au niveau national, ce sont les Gilets jaunes et le mouvement lycéen actuel, qui a obtenu officiellement une hausse du budget de l’éducation nationale et le déploiement en urgence de plusieurs milliers de profs. Alors que personne n’arrive à obtenir quoi que ce soit dans ce pays », insiste le représentant du Scum.

    Il salue le courage de ces jeunes « qui se politisent et prennent des risques » malgré une répression qu’il juge particulièrement violente. « Il y a des gars casqués et armés en face d’eux, dont on sait qu’ils sont capables de les mutiler. Il y a quand même un gosse de 16 ans dont la main a été arrachée par une grenade en France en 2026. C’est incroyable. »

    Quinze jours après le début du mouvement, les étudiants mobilisés restent donc « complètement solidaires des lycéens. Et le meilleur soutien qu’on puisse leur apporter, c’est de continuer à bloquer les facs, car cela permet de libérer du temps pour aller les aider tout en faisant pression, de notre côté, sur les présidences d’université pour satisfaire nos revendications sur la question de l’inscription des étudiants refusés en licence et en master et sur celle des frais différenciés imposés étudiants étrangers ».

    Au-delà des lycées et des campus, « Il y a une colère bien plus globale », assure Fabien Bon. « Les gens n’en peuvent plus. On veut pouvoir payer notre loyer tranquillement et se nourrir, tout simplement. »

  • Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Pour la Fonderie de Bretagne, c’est la liquidation

    Vencorex, Fibre Excellence et désormais la Fonderie de Bretagne : l’industrie française se meurt et le gouvernement ne la sauvera pas. Soixante ans après sa création par Renault, le site industriel emblématique du Morbihan sera placé en liquidation judiciaire ce jeudi par le tribunal de commerce de Lorient. « Et après, c’est fini », lâche Maël Le Goff, délégué CGT de la Fonderie de Bretagne. « On perd notre travail. On sacrifie une fonderie neuve avec plus de 150 millions d’euros d’investissement ces dix dernières années. C’est un gâchis, social et économique sur le bassin lorientais », déplore le salarié aux 24 années d’ancienneté.

    L’usine a été placée en redressement judiciaire en juillet dernier pour cessation de paiements, un an seulement après la reprise par Europlasma. Le groupe s’était engagé à diversifier la production au sein de la Fonderie, des pièces de voitures aux obus de mortier. Finalement, aucune des promesses n’a été honorée. Et 244 salariés restent sur le carreau. « Le gouvernement a favorisé la reprise par Europlasma, malgré les alertes sur les fragilités industrielles et financières de cette société (…) Aujourd’hui, il ne peut se défausser de sa responsabilité dans cet échec », pointe dans un communiqué le député écologiste du Morbihan, Damien Girard.

    Interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie, Roland Lescure assure que le gouvernement « s’est battu jour et nuit pour essayer de trouver un repreneur ». Il s’oppose à la nationalisation proposée par des élus de gauche et ose face à la représentation nationale « heureusement on est dans un territoire, le Morbihan, où le chômage est inférieur à la moyenne nationale ». Un argument déplacé et non recevable pour les salariés « la moyenne d’âge est de 49 ans ici, donc il y a plus de 150 cinquantenaires qui vont se retrouver sur le marché de l’emploi », tempête Maël Le Goff. « C’est au niveau de ce gouvernement », souffle-t-il.

  • À Martigues, les aidants veulent sortir de l’ombre

    À Martigues, les aidants veulent sortir de l’ombre

    « Un aidant aidé en vaut deux », peut-on lire sur le t-shirt de Joël Pinot. Ce mercredi 14 octobre, au parc Julien Olive, son fils Fabien a pris le départ de la troisième édition de la Marche des aidants, accompagné de l’une de ses auxiliaires de vie. En attendant, Joël souffle un peu, discute, se renseigne auprès des associations et des plateformes de répit des Bouches-du-Rhône qui tiennent des stands le long des allées.

    Comme lui, 11 millions de Français accompagnent au quotidien un parent, un enfant, un conjoint ou un proche en perte d’autonomie. « Onze millions, et on n’en parle pas, et on n’est représentés dans aucun ministère, déplore ce retraité de l’Éducation nationale. On est complètement dans l’ombre. » « Être un aidant c’est souvent donner sa vie tout entière, et c’est encore parfois être un peu invisible, un peu isolé », reconnaît le maire (PCF) de Martigues Gaby Charroux. Tout l’objectif de la journée est là : créer une dynamique autour de ces personnes qui endossent un rôle essentiel mais difficile, et souvent lourd de conséquences sur leur santé, leur vie personnelle et professionnelle.

    Connaître ses droits

    Pour Joël et Fabien, c’est en 2019 que la vie bascule. Employé en Allemagne, le fils fait un AVC suivi d’un arrêt cardiaque à 45 ans. « Tout s’est éteint », raconte son père. Il est d’abord pris en charge à Bonn, en Allemagne, dans un hôpital neurologique qui accueille et implique la famille dans le protocole de soins. Puis, il est transféré non sans mal dans les Bouches-du-Rhône, où, cette fois, ses proches sont mis à l’écart. En 2020, « le fils revient à la maison ». « Je l’ai retiré d’un centre privé, et j’ai fait un cadeau à la Sécu. Nous, les aidants, on pallie à ça. »

    « Ce qu’on demande, c’est déjà une reconnaissance, poursuit Joël. Ma fille, qui est enseignante, s’est arrêtée trois ans pour m’aider au début. On a voulu savoir si on pouvait avoir un vrai statut, parce qu’elle n’avait plus de salaire. » Depuis le 30 septembre 2020, l’allocation journalière du proche aidant indemnise le congé des personnes qui suspendent leur activité dans la limite de 66 jours. Il est également possible, dans certaines conditions, d’être reconnu comme employé d’un particulier et de toucher un salaire en tant qu’aide à domicile.

    Joël réussit à « vite comprendre le système », et à accéder aux aides financières auxquelles il a le droit. « Mais il faut se battre, confie-t-il. Tous les aidants vous le diront. Quand on débarque dans ce monde on ne sait rien, et il y a peu de communication. Heureusement qu’il y a les associations et les assistantes sociales pour nous aider. Nous, on a eu de la chance, on est tombés sur les bonnes personnes qui nous ont aidés à faire les dossiers pour avoir la Prestation de compensation du handicap, mais c’est pas le cas de tout le monde. »

    Assise derrière une table, Laura, responsable de secteur au sein de l’association istréenne le Maillon, confirme : « Il y a une vraie détresse des gens quand ils se retrouvent confrontés à une situation de perte d’autonomie, et ça peut les paralyser. Souvent, ils attendent de plus réussir à gérer, notamment pour les personnes âgées, pour faire les demandes d’aides. Sauf que les délais pour l’Apa peuvent atteindre 4 mois parfois ». L’Allocation personnalisée d’autonomie, financée par le Département, est destinée aux personnes âgées de 60 ans et plus qui vivent chez elles ou en Ehpad. La jeune femme conseille de s’y prendre le plus tôt possible « même si on a l’impression de ne pas en avoir besoin ». « Ça permet aussi d’alléger les dépenses. »

  • Les retraités défendent la gratuité à Marseille

    Les retraités défendent la gratuité à Marseille

    « La tarification sociale stigmatise les plus démunis, qui doivent justifier qu’ils sont pauvres pour avoir droit aux réductions », dénonce Jean Pugens, représentant de l’Union syndicale des retraités CGT des Bouches-du-Rhône. La Métropole Aix-Marseille-Provence prévoit de remplacer la gratuité des transports des seniors par une tarification sociale. Les retraités non imposables paieraient désormais 20 euros par an.

    Les manifestants proposent d’absorber le coût de la gratuité des transports par l’augmentation du Versement Mobilité, cette contribution patronale versée par les entreprises de plus de onze salariés. « Ce n’est pas une problématique financière, mais bien politique, de revenir en arrière sur un acquis mis en place par la gauche en 2009 », affirme Jean Pugens. Il alerte également sur l’enjeu environnemental de l’augmentation globale des prix des tickets. « À partir du moment où on remet des barrières économiques pour entrer dans les bus, on va se retrouver avec des gens qui vont reprendre leur voiture », prédit le syndicaliste. Il rappelle que « la Métropole s’est engagée à doubler la participation des usagers dans les transports en commun ».

    Mobilisés, les retraités n’ont pas été reçus par la municipalité, mercredi, et appellent à une nouvelle manifestation devant le conseil métropolitain, au Pharo, ce jeudi à 13h30.

  • Nouvelle matinée de blocus dans les lycées marseillais

    Nouvelle matinée de blocus dans les lycées marseillais

    Au lendemain d’une grosse journée de mobilisation, le mouvement lycéen s’est poursuivi, mercredi. À Victor-Hugo, le blocage a échoué mais Marie-Curie, Périer, Marseilleveyre, Montgrand, Saint-Charles, Jacques-Chirac, Diderot ou les Remparts sont restés portes closes. Devant la fac de droit, sur la Canebière, quelques étudiants barraient l’entrée, l’IUT de Saint-Jérôme était bloqué, et des CRS ont de nouveau été envoyés au campus Saint-Charles où les étudiants étaient mobilisés. À Aix, l’IEP est fermé pour la semaine.

    Du côté du lycée Thiers, en centre-ville, le blocus était plus fourni que d’habitude. La veille au soir, un message de la proviseure adressé aux parents d’élèves laissait planer une intervention des forces de l’ordre. « Il y a eu des menaces sur des élèves, certains ont parlé d’occuper le lycée, mais au final, ça ne s’est pas fait », explique un lycéen. Dès 6h30, à grand renfort de poubelles et de barrières de chantier, l’entrée du lycée était barricadée et la place quadrillée. Mais la direction a finalement laissé le lycée fermé. Le blocus levé aux alentours de 8h30 et les poubelles soigneusement rangées pour le lendemain, certains ont filé sur Saint-Charles et d’autres se sont rendus à Montgrand pour finir la matinée.

    À Marseilleveyre, des échanges ont eu lieu avec des parents d’élèves. Comme à Jacques-Chirac, certains commencent à exprimer leur ras-le-bol des blocages. Deux réunions entre parents d’élèves et professeurs, puis entre élèves et parents d’élèves, ont ponctué la journée. Selon la FCPE de la cité scolaire des quartiers sud, constatant le refus de nombreux élèves « non bloqueurs » de participer à une discussion réclamée par les lycéens mobilisés, le proviseur en a conclu « qu’une majorité d’élèves souhaite retrouver le chemin du lycée » et appelé à la « levée du blocage ». Mercredi à l’aube, il est pourtant venu décliner l’intervention des forces de l’ordre.

    À Marseille, une assemblée générale interlycéenne doit se tenir ce jeudi, pour évoquer la suite du mouvement et l’arrivée des vacances. De nouveaux blocages sont annoncés.

  • En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    Avant qu’un quelconque blocus ne soit décidé, qu’une mobilisation ne soit organisée ou qu’une communication ne soit publiée, un vote doit avoir lieu. Ce fonctionnement démocratique est désormais bien installé chez les lycéens et les étudiants qui, en coulisses des cortèges, se réunissent en assemblées générales. Celles-ci peuvent être interlycéennes, réservées aux étudiants d’un même campus ou encore ouvertes au plus grand nombre.

    « Élever » les voix

    À l’image de l’assemblée générale tenue, mardi après-midi, sur les marches d’un parc de la ville. La plupart des lycées et des sites universitaires étant fermés, une mesure largement contestée par les étudiants mobilisés, les participants se replient sur des lieux publics pour se rencontrer. Parmi la soixantaine de personnes présentes figuraient des lycéens, des étudiants, mais aussi plusieurs enseignants et représentants de syndicats de l’éducation.

    Un peu plus tôt dans la matinée, alors qu’un cortège de 1 200 personnes, selon la police, battait le pavé aixois pour soutenir les revendications lycéennes, un tract circulait dans la foule. Le dépliant indiquait : « AG interprofessionnelle, ouvertes à tous. Élèves, étudiants, enseignants, parents, gestionnaires, éboueurs, maçons… tous sont conviés pour faire des blocus lycéens un mouvement encore plus grand ! ». Suivaient un rappel des revendications et une conclusion : « Cette assemblée générale est aussi organisée pour nous permettre à tous d’élever nos voix ».

    « Il y a des assemblées une à plusieurs fois par jour. Ça nous permet de maintenir une feuille de route, de structurer notre mouvement pour qu’il dure dans le temps », confie une étudiante. Pendant une heure et demie, des temps de parole sont accordés à chacun : propositions d’actions, évaluation du taux de mobilisation dans les lycées, encouragements mutuels, solutions pour communiquer d’un établissement à l’autre, élection de porte-parole, conditions d’enseignement… Pêle-mêle, revendications, ressentis et retours d’expérience s’enchaînent, tandis que les représentants syndicaux prennent des notes.

    « Un des problèmes centraux que nous avons, aujourd’hui, est la structuration et la centralisation des informations », estime, par exemple, l’un des étudiants prenant la parole. À l’issue des débats, les votes sont lancés. La suite des actions se déroulera en fonction.

  • En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    Si la venue de Sophie Binet dans le Var était programmée depuis plusieurs mois, elle s’est avérée plus à propos que prévue : « On ne pensait pas se retrouver dans cette situation », a-t-elle confié lors d’un meeting toulonnais suivi par de nombreux syndiqués de toutes les congrégations du département, mercredi.

    Un moment que Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’UD CGT du Var, a introduit, au vu du contexte, par un rappel historique : « Nous ne sommes pas dans la Bourse du travail historique, dont nous avons été exclus par l’extrême droite en 1995. Mais partout où cela arrivera, nous résisterons. » À travers ses mots, la volonté de « riposte », dans un des départements les plus marqués par le fer du RN. Cette résistance se construit aussi dans l’avenir, tel que l’ont montré Camille, César et Denis, trois des leaders du mouvement lycéen toulonnais, venus apporter un vent de fraîcheur salué par les vivats des travailleurs.

    Le débat budgétaire

    dans le viseur

    Après les multiples mobilisations de la rentrée (contre les violences sexuelles, grèves des pompiers, du secteur de l’énergie, de la fonction publique…), la secrétaire générale de la CGT voit dans celle des jeunes « la cerise sur le gâteau ». Et son succès un enjeu politique qui « lancera une dynamique et mettra l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir. Ils portent des revendications précises, mais aussi un message plus large : quel avenir nous préparez-vous ? »

    Cet avenir, les retraités, mobilisés mercredi, ont un rôle à y jouer : « Le gouvernement oppose les générations en faisant croire que, pour améliorer la situation des jeunes, il faut prendre aux retraités, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital. Il faut montrer que retraités, jeunes et actifs sont main dans la main ! »

    C’est à ce titre que Sophie Binet appelle travailleurs du privé, fonctionnaires, retraités et jeunes à se rassembler le jeudi 5 novembre, après des vacances qui vont « ralentir les mobilisations étudiantes ». Pour peser, aussi, sur un débat budgétaire qui fait craindre des coupes drastiques dans les dépenses publiques. « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », clame Sophie Binet, rappelant par ailleurs que le RN, veut, quant à lui, « procéder à 150 milliards d’euros de coupe ». Une idée loin de déplaire au Medef, selon elle : « Ils font beaucoup de politique. Patrick Martin [président du Medef, Ndlr.] a dit qu’il serait le premier à fuir si LFI arrivait au pouvoir. On ne le retient pas ! »

    Autre échéance à venir en décembre : les élections professionnelles dans la fonction publique, motif initial de sa venue dans le Var. « Voter CGT, c’est protéger le statut de la fonction publique, mais certainement pas le statu quo. ça commence par régulariser l’ensemble des contractuels et des précaires », soutient la secrétaire générale de la CGT.

  • Retraités et jeunes mènent un même combat

    Retraités et jeunes mènent un même combat

    Les colères lycéennes se font entendre sur le pavé depuis mi-septembre, portées par une soif de justice sociale : nos jeunes veulent pouvoir étudier dans de bonnes conditions, avec un professeur dans chaque classe, dans des locaux décents, ne plus dépendre d’un système sélectif opaque et d’emplois du temps délirants. Ils aspirent à voir se concrétiser la promesse de l’égalité républicaine, dans une société où les pouvoirs publics actuels tournent le dos à cette visée. Cette aspiration à la justice sociale anime également les retraités syndiqués, mobilisés ce mercredi pour leurs pensions. Nos anciens, comme nos jeunes, veulent vivre dignement, s’occuper en bonne santé de leurs petits-enfants, apporter à la société leur savoir-faire et leur expérience. Or, les pensions de retraite sont au rabais et le projet de loi de finances pour 2027, le budget de la nation, prévoit de taper encore dur sur les revenus de nos aînés. Mais jeunes et anciens ne tombent pas dans le piège de la division. Ils font vivre des convergences dans les luttes et prennent date.

    Ch.C.

    Bouches-du-Rhône

    C’est devant le siège du Medef, à Marseille, que les retraités de l’intersyndicale des Bouches-du-Rhône ont choisi de manifester pour demander la revalorisation des retraites au niveau de l’inflation. « On est tous très en colère », clame Josette Biancheri (USR CGT), remontée contre la répartition des actifs de la caisse de retraite complémentaire dans des produits financiers.

    « L’Agirc-Arrco a placé 90 milliards d’euros en bourse. C’est l’argent qui a été produit pendant que nous étions en activité, il doit nous revenir ! », soutient la retraitée, qui demande à « ce qu’on ne gèle pas le point de retraite ». Un sentiment d’injustice partagé par les participants, qui dénoncent « la baisse du pouvoir d’achat entamée en 2010 et qui s’accentue depuis 2017 ».

    Patronat et gouvernement main dans la main

    Ils déplorent plus largement les dysfonctionnements du service public. « Ça n’a échappé à personne que le patronat et le gouvernement sont main dans la main pour défendre des intérêts communs », expose Josiane Dragoni (FSU). Roselyne Garcia (Solidaires) dénonce « la capitalisation dans laquelle avance le patronat, le Medef et le gouvernement », défendant que « s’attaquer au montant des retraites, c’est attaquer le fondement même de notre système de retraite ».

    « On est complètement opposé au budget en cours et l’Agirc-Arrco n’est qu’une étape dans ce processus », affirment les trois retraitées, qui appellent à une convergence intergénérationnelle. « La démonstration est faite qu’il n’y a pas d’opposition entre les revendications des jeunes, des salariés et des retraités, parce que nous ne faisons pas partie de la dépense publique », constatent-elles. « La jeunesse a tout compris de l’avenir qui lui est réservé », conclut Roselyne en désignant par là « les services publics sacrifiés comme l’éducation nationale ».

    Var

    Rassemblés devant les locaux toulonnais de l’Agirc-Arrco, les retraités alertent sur la dégradation de leurs conditions de vie avec ce message clair : le refus d’être une nouvelle fois mis à contribution. « Notre pouvoir d’achat est en baisse. Nos pensions ne sont pas revalorisées et tout augmente », déplore Nadine Nazzi (CGT). Une diminution des ressources qu’elle met en parallèle avec les dividendes versés aux actionnaires des grands groupes, comme Total, qui eux n’ont fait que croître. « Il y a de quoi être remonté », estime-t-elle.

    Avec des conséquences sur leur quotidien bien réelles. « Il y a des retraités qui nous disent qu’ils ne sortent plus, qu’ils ne prennent plus la voiture, d’autres qui ne se chauffent plus ou qui ne font qu’un repas par jour », dénonce Brigitte Cheinet (CGT). Une précarisation qui ne concerne pas uniquement les retraités les plus modestes, mais aussi les classes moyennes qui se retrouvent elles aussi fragilisées, prend soin de préciser Gilberte Mandon (FSU).

    Revendications légitimes

    Christian Godmet (Solidaires) critique les mesures envisagées pour les retraites, notamment la sous-indexation des pensions de base des retraités percevant plus de 1 260 euros par mois.

    L’occasion pour tous de rappeler que les difficultés rencontrées par les différentes générations se rejoignent. « Les minots, on les soutient complètement, leurs revendications sont légitimes », affirme Nadine Nazzi, en fustigeant une société qui privilégie les dépenses militaires au détriment de l’éducation.

    Pour Alain Bolla, (CGT), l’objectif gouvernemental d’économiser 54 milliards d’euros va impacter le pouvoir de vivre des retraités, des salariés et des jeunes. « Il faut donc que le monde du travail embraye, c’est ce à quoi on travaille », conclut Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’Union départementale CGT, en mettant en avant une véritable convergence des luttes.

    Vaucluse

    Devant l’Agirc-Arrco d’Avignon, ils sont une soixantaine à être venus défendre les droits des retraités. Plusieurs d’entre eux ont accompagné lycéens et étudiants, ces derniers jours, dans les manifestations. Parmi eux, Claude Guigue, ancien employé de la SEPR Saint-Gobain, fulmine : « J’ai travaillé avec des produits chimiques toute ma vie et autour de moi, je vois des maladies en pagaille. Mon père est mort à 60 ans de la silicose. J’ai une petite-fille de 23 ans, c’est pour elle que je me mobilise. »

    Derrière la banderole, Alain Grangé, également militant CGT et membre du PCF, évoque comme réponse un « salaire à vie ». « Dans retraite, il y a l’évocation de la mise en retrait et on devient un coût, plus un investissement. Et cela compte aussi pour les jeunes. » Une partie des manifestants confie prévoir de participer à la manifestation du 17 octobre, mais à titre personnel. Une vingtaine de retraités vauclusiens se rendront également à Paris, le 19 novembre.

    Aux côtés de la CGT se trouve également Daniel Gressier, de la FSU retraités. Venu apporter son soutien, il rappelle que de « nombreux agents de la fonction publique ont aussi travaillé dans le privé et sont concernés par ces évolutions ». Daniel Gressier rappelle également que les revendications des lycéens et étudiants sont largement partagées. « Les remarques et revendications sont les mêmes que celles des salariés de l’éducation nationale, entre remplacements demandés et locaux dégradés », expose-t-il.

    « Une fable »

    « Le gouvernement tente par tous les moyens d’opposer les uns contre les autres. D’un côté, les jeunes à qui on promettait un avenir, mais qui sont sacrifiés. De l’autre, les boomers, ces retraités trop gourmands qui coûtent trop cher. Il y en a assez, cette mise en opposition est une fable », abonde Laurence de Villèle, secrétaire générale CGT de Vaucluse.

    Hautes-alpes

    La délégation de l’Union syndicale des retraités CGT des Hautes-Alpes s’est rendue au siège de l’Union pour les entreprises, à Gap. Le syndicat a pu rencontrer la secrétaire générale de l’organisation patronale pour lui remettre une pétition reprenant leurs revendications, signée par plus d’une centaine de Haut-Alpins. « C’est pas mal pour notre petit département », souligne Michel Caussemille.

    La pétition demande une revalorisation des pensions complémentaires Agirc-Arrco afin de restaurer le pouvoir d’achat perdu par les retraités depuis 2020. « L’Agirc-Arrco possède 116,6 milliards d’euros de réserves, équivalent de 14 mois de pensions, précise le syndicat. Il faut sortir du pilotage financier de ce régime de retraite complémentaire. L’argent appartient aux retraités, est issu de leur travail, ils doivent pouvoir en bénéficier. »

    « Les retraités en prennent plein la gueule, nous sommes la cible du gouvernement et du patronat », estime Philippe Cottet, qui rappelle que la majorité d’entre eux sont sous le Smic. « C’est scandaleux qu’on puisse dire qu’un retraité qui reçoit 2 000 euros par mois est riche, complète Michel Caussemille. Vue l’inflation des prix des loyers et de l’essence, c’est le minimum pour vivre ! »

    Les syndiqués sont tous solidaires des luttes lycéennes : « Leurs revendications, c’est les nôtres ! », affirme le retraité. « Le mouvement des jeunes dépasse ses revendications, poursuit Philippe Cottet. Il montre un malaise beaucoup plus global sur leur avenir et sur le présent anxiogène. » Ils espèrent que la manifestation du 5 novembre, présentée comme celle de « la convergence des luttes », sera une date charnière. Un tournant où « tout s’enclenchera ».

  • Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Le mouvement lycéen tient la dragée haute au gouvernement. 480 000 jeunes (selon l’intersyndicale de la jeunesse) ont manifesté dans toute la France, alors que la précédente journée avait mobilisé entre 266 000 et 450 000 personnes mardi dernier. À Paris, où deux cortèges ont réuni 41 500 personnes selon l’Intérieur, quelques heurts se sont produits entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

    Parents, professeurs, syndicalistes

    Brandissant des pancartes « sans éducation, pas de nation » ou « on veut un parcours sûr, par Parcoursup », un premier cortège est parti dans le calme de la place d’Italie. « J’ai le bac cette année et toujours pas de prof d’anglais et physique-chimie », témoigne Lise, en terminale au Kremlin-Bicêtre, dans cette manifestation où de nombreux parents, professeurs et syndicalistes étaient également présents. D’autres manifestations ont eu lieu à Nantes, Lens, Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou encore Marseille. À l’origine de ce mouvement parti mi-septembre d’un lycée de banlieue parisienne, à Créteil, pour s’étendre un peu partout en France, l’Union syndicale lycéenne (USL) demande la suppression de la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup et un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. Côté enseignement supérieur, 90% des quelque 70 universités françaises étaient « bloquées » ou « fermées » ce mardi, selon l’organisation Union étudiante.

    La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, présente à la manifestation parisienne, a assuré que « tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer », avec en ligne de mire les multiples rassemblements prévus samedi 17 octobre sur le pouvoir d’achat.

  • À Gap, une nouvelle manif prévue vendredi

    À Gap, une nouvelle manif prévue vendredi

    « C’est un peu un flop non ? » : ce mardi matin devant le lycée Aristide-Briand à Gap, les élèves sont peu nombreux à se mobiliser. Environ 80 personnes sont présentes, dont près de la moitié sont des adultes venus en soutien. Deux ou trois pancartes sont brandies, tandis qu’un groupe d’élèves tente de faire fonctionner la sono prêtée par un syndicat. « Il y a moins de monde aujourd’hui, admet Elisha, lycéen, au micro. Mais on est quand même là pour la lutte ! ».

    Vers 9h, le cortège s’élance calmement vers le centre-ville. Les plus motivés tentent d’animer la petite foule, en scandant « Macron, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! », ou « La jeunesse emmerde le Front national », mais sans grand succès. « Il y a eu un problème de communication pour aujourd’hui, justifie Elisha. Mais on sera plus nombreux le 15 octobre ! ». En milieu de matinée, quelques élèves du lycée Dominique Villars ont rejoint le cortège, doublant le nombre de manifestants. Elisha craint que le mouvement ne s’essouffle avec les vacances scolaires, mais lui reste déterminé : « Le problème, c’est que le gouvernement fait le grand sourd, et il sort des décisions et des réponses bidons. Nous, tant qu’il n’écoutera pas, on continuera ».

    Poursuivre les manifestations pour finir par gagner, c’est aussi le point de vue de Kim et Laura : « Il faut être beaucoup plus, tous les jours s’il le faut. Après, si les politiques nous ignorent, on ne peut rien faire d’autre ». « C’est vrai que ce n’est pas simple de rater les cours, car nos absences peuvent peser pour Parcoursup, explique Camille. Mais il faut s’unir, aussi avec les autres corps de métiers, pour se faire entendre. Et sinon, bloquer tout ce qui est consommation, car ce qui a un impact financier fait bouger le gouvernement ! » « La solution, c’est même de changer de gouvernement ! propose Nino. Nous à Gap, on reste favorisés par rapport à nos camarades des banlieues. On peut se contenter de marcher calmement. Mais pour eux, qui sont moins écoutés, utiliser une certaine forme de violence est parfois utile. » « On n’a pas le droit de vote, regrette Juliette. Alors manifester, c’est notre seul moyen de s’exprimer. »

    Agathe Di Lenardo

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    Briançon