Tag: syndicats

  • La FSU dénonce une « rentrée dégradée »

    La FSU dénonce une « rentrée dégradée »

    « Nous sommes à la veille d’une rentrée particulièrement dégradée dans l’Éducation nationale. » Au sein de la Bourse du travail, à Marseille, Virginie Akliouat secrétaire départementale de la FSU 13, débute la conférence de rentrée du syndicat pessimiste.

    Postes supprimés, manque de classes adaptées, salaires qui stagnent, manque de solution face aux fortes températures, attaque sur les congés maladies… La liste des dégradations des conditions de travail et d’accueil des élèves est longue pour le syndicat. « Car ces dix années de macronie ont cassé l’École et les services publics », renchérit la secrétaire syndicale.

    Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont par exemple 40 postes d’enseignants au lycée en moins. Ces suppressions sont justifiées par une baisse démographique, « mais cette baisse devrait être l’occasion d’améliorer les conditions d’accueil des élèves », insiste Charlotte Bourgougnon, cosecrétaire départementale du Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNUipp-FSU) des Bouches-du-Rhône.

    Nicolas Bernard-Hayrault, secrétaire départemental du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU) précise même : « si l’on voulait juste revenir au même taux d’encadrement qu’en 2017, il faudrait ouvrir 56 postes au collège et au lycée ». Car la France fait partie des plus mauvais élèves de l’Union européenne et de l’OCDE en terme du nombre de jeunes par classe.

    Manque de places pour les enfants handicapés

    Et le manque de moyens humains impacte d’autant plus les enfants les plus vulnérables. « Alors que dans les Bouches-du-Rhône on manque d’au moins 12 classes Ulis [qui permettent d’accueillir des enfants handicapés], il y a cinq postes dédiés à ce public qui ont été supprimés », se désole Charlotte Bourgougnon.

    La grande annonce du ministre de l’éducation sur la distribution d’un questionnaire pour libérer la parole des enfants sur les violences sexuelles est, elle aussi, tombée à plat. « Car pour libérer la parole, il faut du personnel qui peut la recueillir et l’orienter vers les services adaptés », insiste Valérie Brignole co-secrétaire du syndicat national unifié des assistants sociaux de la fonction publique (SNUASFP).

    Ils dénoncent également le manque de résilience du bâti scolaire face au réchauffement climatique et exigent un plan pour permettre aux écoles d’être plus vivables lors des canicules. « En juin, on avait certaines classes qui atteignaient 33°. Qui peut étudier dans ces conditions ? », s’interroge Nicolas Bernard-Hayrault. Face à tous ces manquements et aux attaques répétées du gouvernement contre la fonction publique et l’école, la FSU appelle à s’allier au mouvement de grève national et intersyndical du 29 septembre « pour peser sur le débat autour du budget 2027 qui s’ouvrira le 30 septembre », soutient Virginie Akliouat.

  • La rentrée frappée par des fermetures de classes

    La rentrée frappée par des fermetures de classes

    « Avez-vous le chiffre des fermetures de classes cette année et à venir, notamment en milieu rural ? À cette question posée, mardi 25 août à Paris, lors d’une rencontre avec des titres de la presse régionale (La Marseillaise n’a pas été conviée), le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a préféré botter en touche. « Pour cette rentrée, nous avions tablé sur 150 000 élèves de moins. En fait, c’est 161 000 élèves de moins dans le système éducatif à la rentrée. Nous sommes à peine à 11,6 millions d’élèves contre 12,3 millions en 2017. Nous sommes sur une baisse démographique majeure. Moi, je ne veux pas qu’un maire découvre en mars ce qu’il fait en septembre. » Pour la précision de la réponse, on repassera. Les chiffres sont pourtant connus, département par département, commune par commune. Et le constat est sec : la baisse de la démographie sert de prétexte au gouvernement pour faire des économies budgétaires.

    Dans les départements du Gard et de l’Hérault, en cette veille de rentrée scolaire, mardi 1er septembre pour les élèves (la veille pour les enseignants), les suppressions de classes dans le premier degré (maternelle et primaire) se comptent par dizaines. Le Gard perd 58 classes pour seulement 15 ouvertures. Le département voisin de l’Hérault paie le prix fort avec 100 classes fermées pour seulement 60 ouvertures. 20 postes d’enseignants sont aussi supprimés.

    Les directeurs académiques des services de l’Éducation nationale, les Dasen, appliquent les directives du ministère et les rencontres avec les syndicats au sein des CSA (comités sociaux d’administration) se sont considérablement tendues au fur et à mesure que les projets de suppressions de classes se confirmaient.

    Pour le SNUipp de l’Hérault, principal syndicat dans le premier degré, « les syndicats font l’amer constat que ce sont des écoles de même profil, dans les mêmes quartiers, qui sont impactées par ces décisions injustes, sans prendre en compte les difficultés du terrain. Ce qui exacerbe le sentiment d’iniquité ressenti par les habitants et les collègues. » Dans le Gard, la quasi-totalité des syndicats a voté fin juin contre les 58 fermetures de classes dont 20 classes en éducation prioritaires, près de la moitié d’entre elles étant situées à Nîmes, détaille le Syndicat des enseignants Unsa. « La parole des parents et des organisations syndicales représentant les personnels n’est pas entendue » renchérit le SUipp34.

    Dans ce contexte, les résultats du dernier baromètre du Syndicat des enseignants Unsa n’ont rien d’étonnant. Ils sont ainsi trois sur quatre à se déclarer inquiets sur leur avenir, et 71% ne se sentent ni respectés ni reconnus dans l’exercice de leur métier, selon cette enquête à laquelle ont répondu plus de 42 000 agents et rendue publique à la veille de la rentrée.

    « Le salaire, fatigue majeure des personnels »

    « Ça dit quelque chose de très important de la défiance qui s’est installée entre les personnels et entre les politiques éducatives qui ont été conduites ces dernières années », souligne la secrétaire générale du syndicat enseignant, Élisabeth Allain-Moreno. « Le salaire est devenu la fatigue majeure des personnels de l’Éducation nationale », ajoute Julie Duhamel, secrétaire nationale du SE-Unsa. Pour 48% des répondants, le mot qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’ils pensent à leur travail est celui de « salaire », soit une hausse de 14 points par rapport à 2024. « Pour nombre d’entre eux, le salaire de base n’est plus suffisant pour vivre correctement de son métier », a-t-elle déploré. Le syndicat réclame une revalorisation générale des rémunérations, plutôt qu’un recours accumulé aux primes qui ne rentrent pas dans le calcul de la retraite. Pour Élisabeth Allain-Moreno, le malaise est le résultat de choix politiques accumulés depuis plusieurs années. « Le désengagement du gouvernement dans le service public » depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 « à des conséquences dramatiques », a-t-elle jugé.

    Chère cantine à Béziers

    Alors que l’État met fin à l’expérimentation de l’uniforme à l’école, le maire d’extrême droite de Béziers le généralise au frais des Biterrois. En revanche, dénoncent les communistes, Robert Ménard n’a pas vanté la hausse des tarifs de la cantine de 20cts par repas. « C’est un coup dur pour les familles les plus précaires. » Le PCF demande l’annulation de la mesure et la création d’un échelon de gratuité « pour les familles les plus modestes. »

  • La FSU dénonce un manque de moyens préjudiciable à la réussite des élèves

    La FSU dénonce un manque de moyens préjudiciable à la réussite des élèves

    Après avoir ironisé sur les neuf ministres de l’Éducation en dix ans de règne d’Emmanuel Macron, le secrétaire général dans le Var de la FSU, Alain Tournay, a constaté que depuis la nomination du dernier en octobre 2025, « il ne s’est pas passé grand-chose, à part la baisse conséquente du budget de l’Éducation nationale, puisqu’on est en économie de guerre ». Et de déplorer encore « un an de perdu pour l’institution, avec aucune remise en question des nombreuses réformes faites, puis abandonnées ».

    Le responsable syndical annonce donc une rentrée 2026 particulièrement tendue du fait, entre autres, du manque d’enseignants et de personnels spécialisés, avec des classes encore surchargées. Et des conditions de travail très dégradées.

    « La baisse démographique aurait dû permettre de réduire significativement les effectifs par classe, on a fait tout le contraire », dénonce-t-il.

    Dans le Var, la moyenne annoncée pour la rentrée 2026 est de 22,04 élèves par classe dans le 1er degré, contre 21 au niveau national et environ 19 selon les standards européens.

    Le Var très mauvais élève

    « Cette moyenne masque des situations beaucoup plus difficiles, avec certaines classes pouvant atteindre 27 à 30 élèves, y compris en maternelle », dénonce la FSU.

    « Est-ce que c’est comme ça qu’on peut envisager qu’une rentrée se fasse sereinement avec tous les profils différents d’élèves que nous avons dans les classes aujourd’hui ? », interroge Aurélie Sanchez (SNUipp). Et de poursuivre : « Est-ce qu’on peut sérieusement envisager qu’on va permettre à chaque élève de réussir, d’avoir un parcours scolaire émancipateur ? » La réponse est bien évidemment, non.

    Mais pour faire passer les effectifs sous le seuil de 25 élèves par classe, le syndicat estime 40 ouvertures de classes supplémentaires seraient nécessaires. Et il manque encore 250 enseignants pour sortir des dernières places du classement par rapport au taux d’encadrement par élève, et remplacer les professeurs absents. « On sait déjà que plus de la moitié des collèges du Var vont avoir au moins un niveau dans lequel il y aura 29 à 30 élèves par classe », précise Bruno Combette (Snes). Et pour les lycées au moins 1/3 des établissements auront un niveau à 35, 36 élèves. « On n’est pas dans une amélioration des conditions d’apprentissage des élèves », insiste-t-il lui aussi.

    Geneviève Clerc (Snes) a insisté pour sa part sur « l’indigence de la médecine scolaire et des services sociaux », qui ne permet pas de répondre aux problèmes. Christian Petit dénonce, lui, le mépris qui continue d’être affiché en direction des élèves et des professeurs des lycées professionnels. Les conditions sont en tout cas réunies pour une mobilisation d’ampleur le 29 septembre.

    Thierry Turpin

    PAROLES DE SYNDICALISTES DE LA RÉGION

    Gweltaz Broudic – Cosecrétaire de la FSU 04

    « Dans le second degré, on a des classes très chargées dans plusieurs collèges, d’autant plus qu’il y a eu quatre fermetures de classe pour la rentrée. Sur le premier degré, on a eu une carte scolaire a minima, ce qui a pour effet de ne pas rétablir d’équité entre un certain nombre d’écoles. On a des gros écarts de moyenne par classe. Et on a depuis des années des problèmes de remplacement dans le département. »

    L.D.

    Patrick Charlier – Coresponsable CGT Éduc’action 05

    « On redoute aussi l’annonce de la création d’une direction de la politique territoriale de l’école. Nous, dans le 05, nous faisons déjà partie des territoires ruraux qui font l’objet d’une expérimentation visant à calculer les moyens qui pourraient être «optimisés» pour l’école. C’est le terme expert pour désigner la fermeture de petits collèges pour rapatrier leurs effectifs vers des grandes cités scolaires… »

    A.F.

    Olivier Montel – Secrétaire Unsa Éducation Vaucluse

    « Il y a de gros problèmes d’affectation. Des profs des écoles ont eu leur poste le 24 juillet. Certains ont fait des recours et sont sans retour… On redoute aussi un problème sur les remplaçants qui ne sont pas assez nombreux. Pire, une réforme départementalise le remplaçant alors qu’il dépendait d’une petite circonscription. Il y a la peur de partir à l’autre bout de Vaucluse, certains ont arrêté. »

    F.C.

    Lola Gourieux – Coresponsable CGT éduc’action 13

    « On prépare une rentrée difficile dans le premier degré [maternelle et primaire] parce que l’on manque de moyen humain. Il y a la réforme des remplaçants, qui auront des zones beaucoup plus larges à couvrir. Les enfants seront donc accueillis dans les autres classes, avec en ressource des fiches pour les élèves. Cela existait déjà, mais c’était un accueil dégradé qui, avec cette réforme, va sûrement devenir la norme. »

    E.J.

  • Une rentrée scolaire sous le feu des critiques

    Une rentrée scolaire sous le feu des critiques

    « Il n’y aura pas de réforme Geffray. » Ce mardi, ce n’est pas rue de Grenelle qu’Édouard Geffray, ministre de l’Éducation, a tenu la traditionnelle conférence de rentrée, mais dans la cour du lycée Arago dans Paris. À quelques mois de la présidentielle, le ministre en poste depuis 10 mois, a affirmé sa volonté d’en finir avec « l’annualité des mesures qui limite les perspectives » et a déclaré que l’Éducation nationale a besoin « d’un cap » et « non d’une réforme de plus ». Devant un parterre de journalistes, le haut fonctionnaire a énoncé ses quatre priorités pour cette année scolaire : instruire, protéger, unir et prévoir.

    2 500 mots de vocabulaire en maternelle

    Rappelant les inégalités scolaires qui se creusent au sein de l’éducation nationale, le ministre a insisté sur la nécessité de la maîtrise de la langue. « L’objectif est 2 500 mots de vocabulaire acquis à la fin de la maternelle […] si on y parvient nous aurons réduit drastiquement les inégalités scolaires liées aux inégalités sociales », affirme le haut fonctionnaire.

    Un objectif dont il n’a précisé aucun des contours ou des ressources déployées. Alors que les syndicats du premier degré, comme la FSU-Snuipp, la CGT ou Sud’Action, craignent une rentrée difficile à cause d’un manque de moyens humains en maternelle et en primaire.

    Une lutte contre les inégalités qu’il souhaite également mener en « aidant les personnes en difficulté et en cultivant l’excellence ». Le ministre a donc annoncé un accompagnement renforcé pour tous les collèges dont plus de 40% des élèves obtiennent moins de 8/20 en français et en mathématiques au brevet. « Toutes les demandes de formations éducatives y seront systématiquement satisfaites », a-t-il promis.

    L’organisation de la première édition d’un concours général des collèges a aussi été annoncée. Une mesure présentée par le ministre comme un moyen de « cultiver l’excellence ». Chaque collège pourra s’y inscrire, tant qu’il présente autant de garçons que de filles.

    Édouard Geffray, qui a fait de la maîtrise de la grammaire et de la syntaxe son cheval de bataille a également promis la publication le 10 septembre d’un « barème précis » sur le niveau de langue attendu pour les épreuves du baccalauréat. Cette publication devrait permettre à chaque élève de se préparer aux épreuves avec des bases communes.

    Dans sa volonté d’unir « dans une société fracturée », le ministre a également annoncé l’obligation d’une « cérémonie commémorative » annuelle d’hommage à tous les « morts pour la France » autour du 11 novembre pour tous les élèves du CM1 à la Terminale. « Parce qu’il faut que nous sachions d’où nous venons pour savoir où nous allons », estime-t-il.

    Lutte contre les violences sexuelles

    Le sujet des violences sexuelles envers les enfants a aussi été évoqué avec le déploiement d’un questionnaire pour tous les élèves, de la maternelle à la terminale avec la possibilité de laisser leur nom et prénom s’ils souhaitent être aidés. « Nous avons un devoir de libérer la parole. Chaque élève de France pourra s’exprimer sur les violences dont il aurait pu être victime », ajoute-t-il.

    Il a également confirmé l’interdiction des téléphones portables dans tous les collèges et lycées de France. La solution, pour le haut fonctionnaire, de protéger les enfants des dangers des écrans et des contenus qui alimenteraient les stéréotypes de genre sur les réseaux sociaux. Le ministre précise toutefois qu’il y aura quelques semaines pour que les établissements adaptent leur règlement intérieur, tout en affirmant « qu’aucun argument sérieux ne permet de soutenir qu’un écran est indispensable en cours ».

    Une mesure que le syndicat national des enseignements de second degré (SNES FSU) dénonce comme hypocrite dans un communiqué de presse publié mercredi. Pour l’organisation, il s’agit d’« un discours à peu près inopérant sur les dangers de la surexposition aux écrans » et prône bien plutôt « une politique de prévention visant à éviter une utilisation excessive du numérique y compris par et pour l’École ». Ils pointent également du doigt la difficulté de mettre aussi rapidement en place cette interdiction.

  • [Entretien] « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte »

    [Entretien] « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte »

    La Marseillaise : Vous avez passé la nuit au commissariat de Mamoudzou où vous étiez placé en garde-à-vue après un rassemblement intersyndical. Que s’est-il passé ?

    Rivomala Rakotondravelo : Les forces de l’ordre ne voulaient pas que le Premier ministre nous voit. Nous avions une audience prévue le lendemain avec ses conseillers mais rien n’interdit qu’il y ait des banderoles, des drapeaux ou un attroupement sur son passage. Nous avions fait les démarches, dans les règles et dans les temps. D’habitude, si ça ne convient pas, on nous appelle et on essaie de trouver une autre organisation, ça n’a pas été le cas. Ils nous ont déplacés une première fois, en nous soulevant. Quelques minutes après ils nous ont demandé que l’on se pousse à nouveau, on a refusé. J’ai dit aux copains « on ne recule pas ». À un moment j’ai entendu un ordre « lui, vous l’interpellez », j’ai été menotté et une fois arrivé au commissariat on m’a dit que j’avais agressé un policier. Je suis ressorti libre, j’attends de savoir si le gendarme en question a déposé plainte. Dès ma sortie, je suis reparti en manif’.

    Que dire sur ces méthodes ?

    R.R. : C’est ce gouvernement. Nous avions reçu élisabeth Borne, et si je n’ai aucune considération pour cette dame-là, elle était venue, il y avait un millier de personnes dans la rue et tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’escarmouches. D’autres ministres sont venus après et nous avions pu discuter, il n’y a pas eu de bousculades. Cette fois-ci, c’était très différent. M. Lecornu est venu avec son équipe de Paris et Mayotte avait l’obligation de suivre. Ou pas.

    De toute façon, ils n’ont rien à dire. Il vaut mieux pour eux qu’on se taise et donc ils ne sont pas obligés de répondre. Ce jeudi s’est tenue une audience avec des conseillers du Premier ministre. On a tout fait pour que ça n’ait pas lieu comme ils le souhaitaient. On avait demandé une audience avec Sébastien Lecornu ou, au moins, un des ministres, vu qu’ils étaient six, il y avait l’embarras du choix ! Mais on n’a vu personne.

    Quelles étaient vos revendications ?

    R.R. : On avait juste demandé qu’ils ouvrent des négociations pour l’augmentation de l’indexation des salaires et de renégocier la question de la convergence sociale. Mais ils n’avaient rien sous la dent. Le gouvernement pensait que nous applaudirions la foultitude de ministres en visite sur l’île…

    La rentrée des classes reste marquée par le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Quel est l’état des écoles ?

    R.R. : Il n’y a pas eu beaucoup de réparations. Si on était tatillon, on dirait qu’a minima 40% des écoles devaient fermer, mais en réalité c’est toutes les écoles. Depuis le passage du cyclone, les normes de sécurité ne sont pas respectées. Quelques écoles n’ont toujours pas été réparées, si bien que ça génère des fonctionnements atypiques, comme, par exemple, un établissement qui accueille trois écoles. Avant Chido, on était à 50% de rotation. Là, on est actuellement entre 65 et 70%. Le système scolaire fonctionnait de façon dégradée avant ce drame. Nous avions beaucoup de retard. Le rectorat dit qu’il nous faudrait 1 700 nouvelles salles de classe pour pouvoir normaliser la situation. Nous ne contestons pas ces chiffres mais je pense que ça peut être bien plus.

    Sébastien Lecornu, Édouard Philippe et Marine Le Pen ciblent l’immigration clandestine à Mayotte et occultent le reste ?

    R.R. : Contrairement aux autres départements d’Outre-Mer, nous sommes un peu plus résilients, un peu plus accueillants et, un peu plus naïfs. Quand ils viennent ici, c’est pour redorer leur image. Sébastien Lecornu s’est rendu dans les Landes, ça a pété là-bas, et donc après ça, il vient à Mayotte. La question de l’immigration est tellement poussée ici que c’est du lait pour Marine Le Pen. Les gens ici ne sont pas foncièrement racistes, non. C’est qu’il y a des difficultés et des problèmes non gérés.

    Comment jugez-vous l’attitude
    du gouvernement vis-à-vis
    des syndicats et de la population mahoraise dans sa globalité ?

    R.R. : C’est un mépris à l’égard des Mahorais, de la population qui vit à Mayotte. Il y a toujours eu un autre regard, historique de la France sur les Outre-Mer, mais Mayotte a l’outrecuidance, on va dire, d’être à 90% musulmane.

  • Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    « La dynamique est celle d’une baisse drastique des dotations », Xavier Luciani co-secrétaire du Snesup-FSU Toulon

    « La situation est assez catastrophique », se désole Xavier Luciani, cosecrétaire du Snesup-FSU, syndicat national de l’enseignement du supérieur, à Toulon. Au centre des inquiétudes : « la baisse drastique des financements des universités ». « On constate une baisse très importante des dotations de l’État, un vrai désengagement qui se traduit par des demandes locales d’économie », poursuit-il. Concrètement, dans le cas de l’université de Toulon par exemple, cela se matérialise par « une coupe de 20% des heures d’enseignements de certains diplômes ».

    « L’autre problème est celui de la gestion locale des budgets. Ce n’est plus l’université qui remonte ses besoins et le ministère qui répond en ajustant sa dotation. C’est le président qui gère le budget qui lui est alloué, détaille l’enseignant-chercheur. Ce sont les besoins qui s’adaptent aux moyens et pas l’inverse. Donc vous allez chercher de l’argent à droite à gauche, et dans le cas de Toulon, le tissu industriel local, c’est la Marine nationale. L’université va se tourner vers ce secteur pour trouver des financements et orienter sa stratégie de recherche, mais également d’enseignement au travers des diplômes. Une stratégie complètement assumée par l’université de Toulon ». Et d’ajouter : « Localement, nous appelons à une rentrée musclée, avec une reprise en main par la base des travailleurs du mouvement social, pas noyautée par les centrales syndicales parisiennes ».

    « Le logement est au cœur de nos préoccupations », Louis Marjollet membre de l’Union étudiante Avignon

    En tête des préoccupations en cette rentrée universitaire pour Louis Marjollet, étudiant à Avignon Université et membre de l’Union étudiante : le logement. « D’abord nous sommes mobilisés sur la question des aides personnelles au logement (APL), qui ont déjà été retirées aux étudiants étrangers hors Union européenne qui ne touchent pas la bourse [depuis le 1er juillet, ndlr], et qui pourraient être indexées sur les revenus des parents bientôt, ce qui constituerait un danger pour les étudiants. » (Notre édition du 24 août). Mais la question du logement, « prégnante depuis un bon moment », dépasse la problématique des aides : « nous continuons de revendiquer la construction de logements Crous ». À ceci s’ajoute l’accès au parc privé, duquel les étudiants avignonnais sont « presque systématiquement exclus en période estivale », les propriétaires cherchant à louer « à des prix absolument exorbitants » pendant le Festival d’Avignon. « Quand on n’est pas du coin on doit avoir une solution de repli, ce qui peut s’avérer compliqué pour les personnes en rupture familiale ou les personnes étrangères ». L’Union étudiante se dresse aussi contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne, multipliée par 15 par rapport à ceux des étudiants français. « Et un nouveau rapport du ministère suggère d’élargir l’augmentation des frais d’inscription à l’ensemble des étudiants, ça nous inquiète beaucoup ».

    « Il y a une surcharge de travail et un manque de personnel », Sylviane Jacquet membre du Snasub-FSU Toulon

    « L’université affronte un manque total de personnel et une surcharge abominable de travail », s’indigne d’entrée Sylvianne Jacquet, membre de la Snasub-FSU à Toulon, syndicat des personnels administratifs et techniques de l’enseignement supérieur. « Aucun service ne va bien, poursuit-elle. Le surplus de travail pousse beaucoup de gens vers la dépression, et les départs à la retraite des fonctionnaires sont remplacés par des contractuels [agents recrutés par contrat, en CDD ou CDI, sans qu’ils ne possèdent le statut de fonctionnaire, ndlr]. Certains d’entre eux signent pour une fiche de poste sans savoir qu’ils réalisent les tâches auparavant partagées entre deux personnes ». Mais c’est aussi le statut précaire de ces employés qui inquiète le Snasub-Fsu. « Les contractuels ne sont pas à l’abri de perdre leur emploi. Ils n’ont pas la possibilité d’être titularisés, n’ont pas les primes que nous avons nous, en tant que fonctionnaires, ni la possibilité de passer des concours en interne, comme c’est le cas pour nous, insiste Sylvianne Jacquet. C’est aussi compliqué pour se mobiliser, car ils ont peur que leur poste ne soit pas renouvelé ensuite. Je les comprends. Ils n’ont pas la même sécurité que nous : ils peuvent être virés pour rien. » Et d’ajouter : « Ces embauches peuvent également être dévalorisantes pour certains fonctionnaires qui sont au cœur de leur métier et qui ont passé des concours pour occuper un poste ».

  • Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    « C’est scandaleux ». C’est le premier mot qui sort de la bouche de Kadal, militant du syndicat étudiant le Poing levé à Aix Marseille Université (AMU), quand on évoque les préconisations du rapport de l’IGF et de l’Igas. Pour l’étudiant, bien qu’il ne s’agisse pour le moment que d’une préconisation, il y voit « la volonté de la part du gouvernement d’essayer de faire payer la crise aux étudiants ».

    « D’autant plus que sans cette aide, les étudiants vont réduire d’autres dépenses, car on ne peut pas économiser sur le loyer, explique Louis Marjollet, membre du collectif d’étudiants de l’Université d’Avignon. Comme leur frais de santé, ou sur la nourriture ». Un enjeu d’autant plus grand pour les loyers dans les villes d’Aix-en-Provence, Marseille et Avignon ne cessent d’augmenter. « On est dans une situation telle, que certains étudiants commencent la rentrée au camping », insiste Kadal.

    Pour les syndicalistes, c’est une façon détournée de faire de la sélection à l’université. « En faisant en sorte que l’université soit le lieu où seules les personnes les plus aisées peuvent aller étudier », soutient Younes Dufresnes, représentant de l’Union étudiante de AMU.

    Une attaque supplémentaire contre les étudiants dont le coût de la vie aurait augmenté de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron, d’après un rapport de l’UNEF. Une politique hostile qui s’est d’abord portée contre les étudiants extra-européens, avec l’augmentation des leurs frais d’inscription, puis la suppression de leurs APL en juillet dernier. « Ils ont fait un premier test avec les étrangers. Ils ont vu que ça passait. Et là, ils essayent de généraliser », se désole Kadal.

    Face à ce constat, une grande journée de mobilisation intersyndicale étudiante est donc prévue ce 15 septembre. « Il faut que les étudiants précaires, et les futurs précaires se mobilisent pour défendre les derniers droits qu’il nous reste », argue Younes Dufresnes. Une mobilisation contre la préconisation du rapport mais également contre les frais supplémentaires imposés aux étudiants étrangers. « Il faut que l’on se montre solidaire avec les étudiants étrangers qui sont en train d’être inquiétés par le gouvernement, sinon on va se retrouver dans la même situation quelques mois plus tard », ajoute Kadal.

    Une nouvelle attaque du gouvernement contre des étudiants qui se précarisent et que les syndicats appellent à combattre : « On a plus le choix, car ce ne sera que par la lutte sociale que l’on arrivera à repousser ce genre de préconisation », insiste Louis Marjollet.

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.