Tag: étudiants

  • [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    Rémy Cougnenc : D’ordinaire le mouvement social est calme avant la Présidentielle. Qu’est-ce qui fait que c’est différent cette fois ?

    Mathieu Guy : Habituellement en effet les mois qui précédent une échéance électorale sont plutôt calmes. Cette année ça ne l’est déjà pas. Le contexte s’est dégradé ces dernières années. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’annonce des économies dans la prochaine loi de finances. Le mouvement a débuté le 29 septembre avec la fonction publique avec toutes les difficultés rencontrées par les fonctionnaires avec le gel du point d’indice et les missions qu’ils n’arrivent plus à mener à bien à cause du manque de moyens. Cette dynamique de diminution d’effectifs est engagée depuis trop longtemps dans les services publics et les gels de salaires qui font qu’on a de moins en moins de candidats, notamment chez les enseignants. On a un ras-le-bol général. Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte. On pense qu’il peut y avoir une convergence qui mènerait vers des victoires le plus rapidement possible.

    Rémy Cougnenc : En 2023 sur les retraites, la mobilisation était massive mais le gouvernement avait fait la sourde oreille. Est-ce que le vent de fraîcheur de la jeunesse peut aider à la convergence des luttes qui a pu faire défaut par le passé ?

    Mathieu Guy : Je pense qu’il a manqué des ingrédients en 2023. On a pris la rue avec d’énormes mobilisations. Mais ce qui a été difficile c’est de mettre l’économie à l’arrêt. On avait travaillé à la CGT pour intégrer la notion de grève reconductible. Malheureusement c’est resté trop à la marge pour porter un coup d’arrêt. Ceci étant, on ne peut pas dire que 2023 a été un échec de la mobilisation. Il y a eu énormément de monde et les salariés ont retrouvé la confiance envers les syndicats qui avait peut-être été un peu perdue les années précédentes. Derrière cela a permis à la CGT de se renforcer en terme d’adhérents.

    Olivier Nottale : N’oublions pas que faire grève coûte de l’argent aux salariés qui ont déjà des problèmes de pouvoir d’achat…

    Arnaud Jean : Je voudrais rajouter que la lutte paye. Pour les retraites, dans les endroits où la grève reconductible a tenu, par exemple à la SNCF avec 59 jours de grève, on sort avec un accord de cessation progressive d’activité de 18 mois. C’est-à-dire que ce que le gouvernement nous a enlevés d’un côté, on l’a gagné par les négociations de l’autre côté avec la SNCF. Comme quoi quand on se mobilise, que les salariés sont unis notamment par la grève, au bout on arrive à obtenir des choses du patronat. La grève générale est un grand mot. La grève se décrète par les salariés entreprise par entreprise, chantier par chantier. Ça passe par des assemblées générales chaque jour sur les lieux de travail.

    Rémy Cougnenc : Quels sont les mots d’ordre de l’intersyndicale ?

    Mathieu Guy : Déjà le combat contre la vie chère. On la combat ainsi que l’inflation par des augmentations des salaires. Les primes existent de plus en plus. Un tiers de nos revenus dans la fonction publique sont des primes. C’est assez dramatique parce qu’elles ne sont pas comptabilisées dans les cotisations et ne financent pas nos systèmes de retraites. On demande une augmentation générale des salaires et des pensions, ce qui permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux salariés, retraités et des recettes pour l’État pour mieux redistribuer à travers la Sécurité sociale notamment. Je crois que l’inflation est à 15% donc il faut 15% de hausse des salaires. C’est la base minimale pour sortir la tête de l’ornière et faire en sorte que les travailleurs puissent vivre dignement de leur travail.

    Olivier Nottale : Et aussi puissent aller travailler car certains sont pris à la gorge…

    Mathieu Guy : Vu le prix de l’immobilier à Montpellier, Sète ou Lunel, bref sur l’arc littoral, on constate que les travailleurs ne vivent plus sur leur lieu de travail, ils en sont de plus en plus éloignés. Avec le prix de l’essence, un salarié qui se déplace pour travailler ça lui coûte de l’argent.

    Rémy Cougnenc : Le patronat vous rit au nez quand on parle d’augmenter les salaires. Soi disant qu’il n’y a plus d’argent !

    Mathieu Guy : Un rapport a rappelé que 211 milliards d’euros sont donnés chaque année aux entreprises sans contrepartie. Les grands groupes du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au premier semestre 2026. On voit bien que de l’argent il y en a. Sauf qu’il va vers ceux qui en ont le plus. D’où des inégalités de plus en plus grandes et un monde du travail qui souffre.

    Rémy Cougnenc : Si on touche au capital, il y aurait des délocalisations. C’est l’éternel chantage à l’emploi…

    Mathieu Guy : Les patrons n’ont pas attendu qu’on gagne des hausses de salaires ou plus de justice fiscale pour délocaliser, supprimer de l’emploi, fermer les industries, démanteler tout ce qui peut l’être à leur bénéfice. Seconde revendication : c’est la question des services publics à l’abandon. Sans les pompiers, l’hôpital,… on aurait vécu des choses encore plus dramatiques (…) [Écouter la suite de l’émission avec la question de la liberté de manifester et les violences d’extrême droite].

  • À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    La colère, elle restera là tant qu’il y aura pas de réponse ». Pour Luc Bensa, délégué fédéral du Mouvement National Lycéen (MNL) dans le département des Bouches-du-Rhône, scolarisé au lycée Saint-Charles de Marseille, pas question de lâcher quand le gouvernement n’a octroyé aux manifestants « que des miettes ». Eux veulent tout le gâteau et surtout qu’on les écoute. Après avoir bloqué Thiers, Victor Hugo ou encore Marseilleveyre face aux CRS, les lycéens se sont donné rendez-vous en fin de matinée aux Réformés.

    « On fait des manifestations, des blocus, des regroupements, des lâchés de banderoles, on essaie de parler à la préfecture, à la mairie, on envoie des lettres, des messages, on fait tout notre possible », explique Alice, elle aussi élève de Première à Saint-Charles. Si dans son établissement, « on est bien moins en difficulté que dans beaucoup de lycées excentrés », reconnaît la jeune fille, « on a tout de même des classes surchargées, beaucoup de profs absents, les bâtiments qui ne sont pas adaptés à la crise climatique », décrit-elle.

    Dans le cortège qui défile en chantant sur la Canebière, on retrouve des étudiants de la faculté de droit qui ont bloqué eux aussi l’entrée de l’université avec des poubelles depuis 6h30, ne laissant passer que les administratifs. « D’abord nous sommes aux côtés des lycéens avant tout » expliquent Pierre*, Sasha* et Shérine, « on réclame de vraies avancées budgétaires notamment, des économistes ont évalué les besoins à 10 milliards et là on nous a lâché peut-être 530 millions ».

    Une violence d’État

    Ce qui a déclenché leur mobilisation, c’est aussi la loi « bienvenue en France » de 2019, qui a instauré des frais d’inscription différenciés, plus élevés pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure « raciste et anticonstitutionnelle, c’est de la préférence nationale » taclent-ils. Ils racontent aussi les files d’attente de plus d’une heure au restaurant du Crous faute de personnel, la bibliothèque universitaire dont le 2e étage est en travaux depuis 2020, les logements universitaires bondés, « quand on arrive à en avoir un ».

    Et encore, « nous, on a la chance de pouvoir être à la fac », le but c’est « de montrer aussi qu’on est aux côtés des travailleurs qui n’ont pas les moyens de vivre dignement » ajoute Pierre. Pour tous, la question est réglée : la violence vient d’abord de l’État. « Évidemment quand tu vois ton père et ta mère galérer, se priver pour te nourrir, tu es en colère » analyse une de ses camarades. Shérine refuse pour cette raison de dissocier casseurs et manifestants, « ils font partie du mouvement, c’est sociologique ». Pour Sasha, « on fait même preuve de retenue ».

    Des drapeaux FSU et CGT se mêlent aux pancartes. « On est là pour accompagner » précise Marion Chopinet, prof d’histoire-géo et secrétaire académique du Snes-FSU de l’académie d’Aix-Marseille. Pour elle aussi, une certitude : « les réponses du gouvernement sont très en dessous de tout ce qu’on attend, ce sont des mesures à la marge en fait, qui ne remettent pas du tout en cause la structure même de ce qui pose problème. On ne s’arrêtera pas là, c’est clair ». Aurélien David, prof d’espagnol au lycée Saint-Exupéry y voit même « une opportunité historique » rappelant que les revendications des jeunes recoupent celles de leurs enseignants et des travailleurs de l’Éducation. À ses côtés, Martine retraitée CGT de l’UL Saint-Lazare embraye. « Ces jeunes c’est notre avenir » martèle-t-elle.

    Tous ont en ligne de mire la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre. Et celle d’encore après préviennent les manifestants avant de se disperser sans heurts place Castellane.

    * Les prénoms ont été changés

  • Fabien Roussel appelle à amplifier les mobilisations

    Fabien Roussel appelle à amplifier les mobilisations

    La rue n’a pas dit son dernier mot ». Au siège du Parti communiste français, ce mardi, Fabien Roussel « appelle les Français à se saisir du 5 novembre » et à faire grossir les rangs des manifestants à l’occasion de la journée de mobilisation de l’intersyndicale.

    « Il faut que chacun prenne bien conscience de l’ampleur exceptionnelle du mouvement social auquel nous assistons. Exceptionnel par son ampleur et sa durée, par la convergence de toutes celles et ceux qui se rassemblent », entame le candidat à l’élection présidentielle. Et s’il loue ce mouvement social, c’est notamment car « cette mobilisation oblige le pays tout entier à regarder notre jeunesse et les conditions indignes dans lesquelles elle accède aux connaissances ». De quoi faire le lien avec les positions communistes sur les services publics : « Je dis aux lycéens et étudiants que nous ne les remercierons jamais assez de leur mobilisation. Nous qui dénonçons les politiques d’austérité depuis des années qui frappent les écoles, les lycées et les universités ». Et plus qu’un lien, le maire de Saint-Amand-les-Eaux voit dans la lutte de la jeunesse un « écho aux difficultés que vivent des millions de familles, de travailleurs et de retraités, dans le public comme dans le privé ».

    « Il faut une perspective politique »

    « Tout le monde subit les conséquences de 10 années de macronisme avec violence et brutalité », dénonce Fabien Roussel. Avant d’énumérer : « C’est la hausse des prix, des factures, des salaires en baisse, c’est la smicardisation du monde du travail, c’est l’accès à des services publics dégradés… ». Et de qualifier la crise politique actuelle : « une République qui connaît une régression sociale aussi inédite qu’insupportable ».

    Sur le fond, le candidat explique surtout qu’il « faut une perspective politique » à la colère qui s’exprime. « Il faut montrer qu’il y a des partis politiques qui relaient leurs propositions, c’est ce que nous faisons », explique-t-il. Et somme le gouvernement de « répondre aux revendications : C’est maintenant que nous voulons que les salaires augmentent. […] On ne peut pas attendre les élections présidentielles ! ». Il rappelle également la proposition du PCF d’une nationalisation de Total au regard du coût de l’essence : « Le coût d’une baisse de TVA sur l’essence ne représente qu’un trimestre de ses bénéfices annuels ». D’où son insistance à amplifier « le rapport de force entre le pouvoir et le peuple ». « C’est par le rapport de force qu’on pourra les faire plier. Emmanuel Macron a semé la misère, il récolte la colère, c’est l’heure de la moisson », martèle le communiste.

  • [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir signé ce manifeste ?

    Benoît Roig : Depuis des années, on nous impose de nouvelles charges sans les compenser. Nous les absorbons sur nos crédits, au détriment du service public. Il y a quelques années, 20% des universités étaient dans le rouge ; aujourd’hui, c’est 80%. À Nîmes, pour la première fois en 2025, un indicateur financier est passé au rouge. Les étudiants dénoncent aussi le manque de moyens. On parle de tout, sauf de la jeunesse, alors que c’est elle qui fera vivre le pays demain.

    Comprenez-vous les blocages et la colère des lycéens et des étudiants ?

    B.R. : Le mal-être des lycéens est profond. Dès la seconde, ils doivent choisir des spécialités qui vont conditionner leur avenir, sans toujours savoir ce qu’ils veulent faire. Puis viennent Parcoursup, la peur de ne pas être accepté et les inquiétudes sur l’emploi. On a fait de Parcoursup le bouc émissaire de tout. C’est un très bon outil, mais il faut améliorer sa transparence. L’abroger ne résoudra pas le problème de fond. Quand les jeunes tentent de discuter sans être entendus, ils finissent par bloquer. C’est un processus logique, même si les présidents d’université ne peuvent pas répondre à des revendications nationales.

    Vous estimez que c’est l’ensemble du système éducatif qui doit changer ? Par où commencer ?

    B.R. : Il faut réunir tous les acteurs de l’éducation, du secondaire à l’université, en écoutant les premiers concernés. La réforme du lycée a été menée sans consulter les universités. Résultat : certains jeunes choisissent des spécialités qui ne les préparent pas aux études envisagées. En santé, certains découvrent trop tard l’importance de la physique ; en STAPS, d’autres s’attendent à passer l’essentiel de leur temps sur le terrain. Une meilleure orientation éviterait ces désillusions. On nous demande d’assurer la continuité lycée-université, mais chacun ne peut pas travailler dans son coin. À Nîmes, nous réunissons déjà professeurs de lycée et enseignants-chercheurs et organisons des immersions dès la seconde. Les solutions existent sur le terrain, mais les décisions tombent d’en haut. Nous découvrons parfois les annonces dans la presse ou par des influenceurs ! Nos dirigeants semblent déconnectés de la réalité du terrain.

    Que révèle la précarité étudiante à Nîmes ?

    B.R. : Nous avons 53% de boursiers, contre 34,5% en France en 2020. C’est dur d’étudier dans de bonnes conditions quand on n’a pas soi-même de bonnes conditions de vie. Notre taille nous permet d’être proches des étudiants et d’installer des distributeurs de protections périodiques ou de produits d’hygiène, c’est loin d’être le cas pour toutes les universités. Mais on multiplie les « bricolages » locaux, au lieu de généraliser des solutions connues. À Nîmes, les moyens par étudiant représentent seulement la moitié de ce qu’ils devraient être. Je ne réclame même pas un doublement de notre budget : une augmentation de 10% permettrait déjà de faire beaucoup. Depuis 2019, je me bats pour que cette sous-dotation soit enfin corrigée.

    Qu’attendez-vous de l’État
    à l’approche de la présidentielle de 2027
     ?

    B.R. : Un milliard d’euros pour remettre les universités à flot. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. Je ne suis pas d’accord : Ce sont des choix. On peut mieux contrôler certains établissements privés lucratifs financés par l’apprentissage et revoir le crédit d’impôt recherche. Nous demandons aussi des états généraux de la jeunesse pour repenser tout le parcours éducatif. Ma crainte, c’est la démagogie : promettre de supprimer Parcoursup ou d’ouvrir des places sans expliquer comment. Il faut une réflexion de fond, avec ceux qui vivent ces difficultés.

  • Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Une nouvelle fois, Marseille s’annonce comme être l’épicentre de la colère sociale, dans la région, pour ce samedi et « l’acte III » du mouvement social de la jeunesse. De nombreux appels à la manifestation sont relayés sur les réseaux sociaux et font état de plusieurs rendez-vous dans la cité phocéenne, notamment à 14h aux Réformés. Le comité de lutte des étudiants d’Aix-Marseille université, tout comme l’assemblée générale des étudiants ou encore la coordination des Gilets jaunes, partagent le rendez-vous. La fédération des Bouches-du-Rhône du PCF donne rendez-vous à 14h sur les escaliers de la gare Saint-Charles et appelle « les communistes à se retrouver pour un rassemblement en point fixe, dans une zone non concernée par l’interdiction préfectorale ».

    Halloween oblige, certains mots d’ordre tournent autour des déguisements et autres appels nocturnes comme à la Plaine… De quoi faire craindre le pire du côté des forces de l’ordre (lire article ci-contre).

    À la différence du samedi précédent, cette fois, les syndicats locaux ne sont pas organisateurs de la manifestation marseillaise et n’ont pas non plus attaqué l’arrêté préfectoral devant la justice. L’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône ne communique pas sur l’événement. Mais plusieurs organisations de la CGT, comme les Unions locales Marseille Sud, de la Joliette ou encore celle du centre-ville appellent tout de même à la mobilisation. Quand la FSU 13 dénonce un « arrêté liberticide » et appelle à « poursuivre et amplifier les mobilisations », notamment en vue de la grève interprofessionnelle et intersyndicale du 5 novembre. Le syndicat Solidaires 13 adopte la même position que la semaine passée, « en grève et dans la rue », pour cette date.

    Les syndicats présents

    en Vaucluse et dans le Var

    Notons enfin qu’un autre appel à la manifestation est relayé par plusieurs organisations syndicales et progressistes, dont le PCF, pour Aix-en-Provence.

    Dans le Var comme en Vaucluse, les syndicats sont à l’initiative des mobilisations du samedi. Pour le premier département, c’est une intersyndicale CGT, FSU et Solidaires qui a déposé un parcours de manifestation, validé en préfecture et qui s’élancera depuis la Bourse du travail de Toulon (notre article du 30/10). L’intersyndicale étant soucieuse « de ne pas reproduire » la situation de la semaine précédente où la mobilisation avait été ballottée entre interdiction préfectorale et autorisation à la dernière minute après une contestation en justice. Cette fois, et malgré les arrêtés d’interdiction, les Varois pourront bien battre le pavé sereinement.

    En Vaucluse, l’Union départementale CGT, avec Solidaires et FO, appelle à la mobilisation à Avignon, notamment pour faire « face à la criminalisation du mouvement social ». Sur fond de bras de fer avec la préfecture puisque cette dernière juge « cette manifestation illégale » à la suite de la prise d’arrêtés d’interdiction. Et ce malgré la déclaration de la manifestation et des discussions qui n’ont pas pu aboutir à un compromis sur le trajet. « Aucun accord sur un parcours alternatif n’a pu être trouvé », justifie la préfecture. Pas de quoi refroidir les représentants du monde du travail, qui maintiennent bien l’appel à la mobilisation devant la préfecture à 10h et déposent un recours contre ledit arrêté. Plus que ça : une large intersyndicale, avec l’Unsa, la CFDT, la FSU et la LDH dénonce la situation dans un communiqué commun, ce vendredi. Rappelons que la manifestation du 24 octobre s’était globalement déroulée dans le calme pour la Cité des Papes.

    Multiples rassemblements dans les Alpes du Sud

    Du côté des départements des Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes, pas de gros point de rendez-vous, mais une multiplication de mobilisations et pas d’interdiction de manifester. On recense au moins quatre appels aux rassemblements pour le premier département, mais une seule manifestation est déclarée : à Barcelonnette par la CGT, FSU et Solidaires. Plusieurs ronds-points sont ciblés comme à Digne-les-Bains et Forcalquier ou la place de la République de Sisteron, dès le matin. Principe similaire pour les Hautes-Alpes avec deux appels à la mobilisation, à Gap et Briançon, à 14h.

  • Les lycéens et les étudiants restent mobilisés

    Les lycéens et les étudiants restent mobilisés

    En raison des vacances de la Toussaint, les lycées sont fermés jusqu’au lundi 2 novembre. Cela n’a pas empêché les différents collectifs d’élèves de se structurer en une Coordination lycéenne de Montpellier (CLM). Une délégation devait se rendre à Paris le jeudi 29 octobre pour une assemblée générale nationale.

    Les étudiants sont également en congé. Le collectif « UM en lutte » occupait tout de même le bâtiment 36 du campus Triolet de la faculté des sciences pour y organiser des conférences, des ateliers et des AG. Par ailleurs, selon le collectif, « l’activité a repris sur le campus par l’entrée rue du Truel et les barricades des autres entrées n’ont pas été levées ».

    Quant aux annonces gouvernementales du 26 octobre, pour Chloé Binot, porte-parole du collectif lycéen « Joffre Engagé•es », membre de la CLM, « c’est un cache-misère pour calmer la colère sociale. Ça ne marchera pas ». Théo Haffner-Martin, membre du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), estime de son côté que « très peu de solutions sont données ». La CLM et le Scum revendiquent toujours les « 10 mesures d’urgence » portées par l’Union étudiante.

    Convergence des luttes

    Les actions à mener le jour de la rentrée sont en discussion. La CLM et le Scum appellent d’ores et déjà à rejoindre les cortèges du samedi 31 octobre et du jeudi 5 novembre.

  • À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À la suite des mobilisations étudiantes et du blocage du campus de l’institut de formation au travail social IMF RIS, à Marseille, la direction de l’établissement indique proposer « une rencontre ouverte à l’ensemble des étudiants, en présence de l’équipe pédagogique et de la direction de l’établissement, à la reprise des vacances de la Toussaint ou au cours de la semaine suivante ». Elle précise attendre le retour des étudiants en travail social sur cette proposition à l’issue de leur assemblée générale, afin de « poursuivre ensemble un objectif commun : garantir la qualité des formations et accompagner au mieux les futurs professionnels en travail social ».

    La direction de l’IMF RIS apporte également des précisions concernant notre article paru le 23 octobre, qui rapportait la mobilisationdes étudiants devant l’établissement marseillais pour dénoncer « des conditions de formation au rabais ». « Les accusations de manque de transparence et l’idée selon laquelle la direction serait restée sans réponse face aux difficultés soulevées ne reflètent pas la réalité des échanges engagés depuis plusieurs mois », estime-t-elle. Et d’indiquer que les précédentes mobilisations des 22 et 23 octobre « avaient donné lieu à une rencontre avec la direction et une délégation étudiante, au cours de laquelle des réponses avaient été apportées ».

    La direction assure par ailleurs avoir constaté que certains étudiants n’avaient pas eu connaissance des échanges et des réponses apportées et souligne « avoir pris l’initiative de transmettre à nouveau à l’ensemble des étudiants les comptes rendus de ces deux rencontres ». Elle insiste enfin sur la nécessité de « distinguer l’absence d’information d’une information qui n’aurait pas été connue de tous ou relayée auprès de tous ».

  • [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

    Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

    Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

    Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

    Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

    Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

    Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

    Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

    Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

    Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

    Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

    Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

    Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

    Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Albanie, « on ne trouve pas de travail »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Albanie, « on ne trouve pas de travail »

    La révolte, à laquelle prend part la jeunesse vise un objectif précis :
    la démission du Premier ministre Edi Rama, accusé de corruption. Ce dernier, qui travaille avec Paris et Rome, conspue une mobilisation «
     en lien avec des événements survenus dans d’autres villes impliquant un mouvement anarcho-syndicaliste connu sous le nom d’Antifa ». Comme un air de déjà vu.

    Flavia Osmani, militante du mouvement Ensemble, informaticienne.

    « Ce qui se passe aujourd’hui c’est la poursuite de la Révolution des Flamants Roses. Après 140 jours de manifestations pacifiques, nous avons vu une transformation de ce mouvement auquel les lycéens, étudiants et professeurs se sont greffés. C’est désormais une révolte. Notre principale revendication c’est la démission d’Edi Rama. Les étudiants parlent aussi des conditions de vie, de la hausse des prix et de l’état de l’université en Albanie. Les lycéens, eux, disent ne pas voir de futur ici, ils n’envisagent pas leur vie en Albanie. Car même si on est diplômés, on ne trouve pas de travail. Face à ça, les manifestations sont réprimés, c’est presque un état de terreur. Si on porte des masques pour se protéger des gaz lacrymogènes, on peut être arrêté et, dans certains cas, passés à tabac. »

  • Les étudiants marseillais de l’IMF montent au créneau

    Les étudiants marseillais de l’IMF montent au créneau

    « Les conditions d’études ne sont pas au rendez-vous, que ça concerne le nombre de formateurs ou la qualité générale de la formation », ont dénoncé, jeudi matin, les étudiants rassemblés devant l’Institut méditerranéen de formation, recherche et intervention sociale (IMF RIS) à Marseille. Ils exigent de la direction « une transparence financière » et des actions face aux « conditions de formation au rabais » et au « flou angoissant sur une éventuelle liquidation judiciaire ».

    Cette mobilisation s’inscrit dans la continuité de celle initiée par les étudiants en février dernier, puis relayée par les formateurs en mars : tous s’étaient mis en grève à la suite de l’annonce de « la suppression de la moitié des intervenants extérieurs », révélatrice selon eux des difficultés de l’établissement de formation.

    Les étudiants mobilisés aujourd’hui peuvent compter sur le soutien de la CGT éduc’action, du syndicat éduc’en lutte, mais aussi d’une partie du personnel de formation. Les formateurs témoignent des effets liés à la réduction des intervenants externes : « On perd l’expertise de ces professionnels tout en surchargeant les formateurs internes, ça impacte la formation ».

    La mobilisation se dit solidaire du mouvement lycéen et s’inscrit, selon les manifestants, dans le contexte plus large de la crise du secteur social. « Quasiment tous les étudiants mobilisés ici le sont aussi sur d’autres combats », ont observé les futurs travailleurs sociaux présents, ce jeudi, devant l’IMF. Selon eux, le contexte facilite « un travail de remobilisation auprès des étudiants » et « donne l’envie d’améliorer les conditions d’études, pas que pour nous, mais aussi pour les générations prochaines ».