Tag: étudiants

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).

  • Répondre à la précarité étudiante grandissante

    Répondre à la précarité étudiante grandissante

    « Selon une enquête d’Aix Marseille Université (AMU) sur un panel de 1 200 étudiants, 37% d’entre eux ont du mal à satisfaire leurs besoins vitaux » expose Nicolas Mascret vice président AMU. Et de poursuivre : « Il nous fallait agir, et dépasser la distribution de colis alimentaire dégradante et stigmatisante, pour un étudiant dans une file d’attente. »

    Depuis janvier 2026, la faculté Saint-Charles bénéficie d’un espace de 120 m2, composé de 5 conteneurs, offert par la Fondation CMA-CGM. Une épicerie solidaire et sociale (ESS) s’est ouverte, l’étudiant fait désormais ses courses lui-même. Il dispose d’une cagnotte définie sur critères. « Il y a une réduction de 90% pour les denrées alimentaires et de 70% pour les produits d’hygiènes. Avec 300 étudiants par mois, la demande croissante. En 6 mois, 7,3 tonnes de denrées ont été vendues » explique Nicolas Mascret.

    Étendre le dispositif

    Avec 54 sites universitaires, sur 10 villes et 4 départements, une ESS étudiante itinérante est devenue une évidence en Région sud Paca. « L’idée est de mobiliser notre réseau sur tout le territoire pour favoriser des réponses concrètes pour que la précarité ne soit plus un frein à la réussite » explique Lamri Adoui, président de France Université. Ainsi, l’université du Havre Normandie devient le prochain campus équipé de conteneurs « dont l’épicerie solidaire sera le cœur », confirme Pédro Lages Dos Santos président de cette université. Suivra l’Université de Mayotte toujours selon le même modèle partenarial. « Nous avons l’ambition de répondre à un besoin concret en apportant des solutions qui le sont tout autant » conclut Zoé Waldmann responsable communication de la Fondation.

  • Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    « La dynamique est celle d’une baisse drastique des dotations », Xavier Luciani co-secrétaire du Snesup-FSU Toulon

    « La situation est assez catastrophique », se désole Xavier Luciani, cosecrétaire du Snesup-FSU, syndicat national de l’enseignement du supérieur, à Toulon. Au centre des inquiétudes : « la baisse drastique des financements des universités ». « On constate une baisse très importante des dotations de l’État, un vrai désengagement qui se traduit par des demandes locales d’économie », poursuit-il. Concrètement, dans le cas de l’université de Toulon par exemple, cela se matérialise par « une coupe de 20% des heures d’enseignements de certains diplômes ».

    « L’autre problème est celui de la gestion locale des budgets. Ce n’est plus l’université qui remonte ses besoins et le ministère qui répond en ajustant sa dotation. C’est le président qui gère le budget qui lui est alloué, détaille l’enseignant-chercheur. Ce sont les besoins qui s’adaptent aux moyens et pas l’inverse. Donc vous allez chercher de l’argent à droite à gauche, et dans le cas de Toulon, le tissu industriel local, c’est la Marine nationale. L’université va se tourner vers ce secteur pour trouver des financements et orienter sa stratégie de recherche, mais également d’enseignement au travers des diplômes. Une stratégie complètement assumée par l’université de Toulon ». Et d’ajouter : « Localement, nous appelons à une rentrée musclée, avec une reprise en main par la base des travailleurs du mouvement social, pas noyautée par les centrales syndicales parisiennes ».

    « Le logement est au cœur de nos préoccupations », Louis Marjollet membre de l’Union étudiante Avignon

    En tête des préoccupations en cette rentrée universitaire pour Louis Marjollet, étudiant à Avignon Université et membre de l’Union étudiante : le logement. « D’abord nous sommes mobilisés sur la question des aides personnelles au logement (APL), qui ont déjà été retirées aux étudiants étrangers hors Union européenne qui ne touchent pas la bourse [depuis le 1er juillet, ndlr], et qui pourraient être indexées sur les revenus des parents bientôt, ce qui constituerait un danger pour les étudiants. » (Notre édition du 24 août). Mais la question du logement, « prégnante depuis un bon moment », dépasse la problématique des aides : « nous continuons de revendiquer la construction de logements Crous ». À ceci s’ajoute l’accès au parc privé, duquel les étudiants avignonnais sont « presque systématiquement exclus en période estivale », les propriétaires cherchant à louer « à des prix absolument exorbitants » pendant le Festival d’Avignon. « Quand on n’est pas du coin on doit avoir une solution de repli, ce qui peut s’avérer compliqué pour les personnes en rupture familiale ou les personnes étrangères ». L’Union étudiante se dresse aussi contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne, multipliée par 15 par rapport à ceux des étudiants français. « Et un nouveau rapport du ministère suggère d’élargir l’augmentation des frais d’inscription à l’ensemble des étudiants, ça nous inquiète beaucoup ».

    « Il y a une surcharge de travail et un manque de personnel », Sylviane Jacquet membre du Snasub-FSU Toulon

    « L’université affronte un manque total de personnel et une surcharge abominable de travail », s’indigne d’entrée Sylvianne Jacquet, membre de la Snasub-FSU à Toulon, syndicat des personnels administratifs et techniques de l’enseignement supérieur. « Aucun service ne va bien, poursuit-elle. Le surplus de travail pousse beaucoup de gens vers la dépression, et les départs à la retraite des fonctionnaires sont remplacés par des contractuels [agents recrutés par contrat, en CDD ou CDI, sans qu’ils ne possèdent le statut de fonctionnaire, ndlr]. Certains d’entre eux signent pour une fiche de poste sans savoir qu’ils réalisent les tâches auparavant partagées entre deux personnes ». Mais c’est aussi le statut précaire de ces employés qui inquiète le Snasub-Fsu. « Les contractuels ne sont pas à l’abri de perdre leur emploi. Ils n’ont pas la possibilité d’être titularisés, n’ont pas les primes que nous avons nous, en tant que fonctionnaires, ni la possibilité de passer des concours en interne, comme c’est le cas pour nous, insiste Sylvianne Jacquet. C’est aussi compliqué pour se mobiliser, car ils ont peur que leur poste ne soit pas renouvelé ensuite. Je les comprends. Ils n’ont pas la même sécurité que nous : ils peuvent être virés pour rien. » Et d’ajouter : « Ces embauches peuvent également être dévalorisantes pour certains fonctionnaires qui sont au cœur de leur métier et qui ont passé des concours pour occuper un poste ».

  • La mairie de Digne fixe ses priorités pour la rentrée scolaire

    La mairie de Digne fixe ses priorités pour la rentrée scolaire

    « Vu l’été qu’on vient de passer, la priorité est de flécher les budgets pour travailler sur des systèmes de climatisation des salles de classe plutôt que la renaturation des cours d’école » : Julien Di Benedetto, maire (SE) de Digne, a défini ses priorités pour la rentrée scolaire mardi. « On est confrontés à des phénomènes qu’on connaissait en juillet-août, mais désormais, ça démarre fin mai et peut continuer jusqu’en septembre. Les conditions d’enseignement dans des salles à 30 degrés, c’est épouvantable. Ce n’est pas possible », a-t-il souligné, émettant l’hypothèse de privilégier la climatisation pour améliorer les conditions de scolarisation malgré un budget restreint. « L’été qu’on vient de passer redimensionne pas mal de priorités et de questionnements », avec ses températures caniculaires, a expliqué l’édile de la ville préfecture. La mairie espère d’ailleurs « finaliser » ses achats de climatiseurs d’ici le 30 septembre pour pouvoir prétendre à un financement d’EDF avant la date limite, a précisé Franck Geiger, le chef du service éducation. EDF avait annoncé en juin rembourser 400 euros par équipement pour les écoles et les crèches. Les établissements peinent cependant à s’équiper avec les ruptures de stock.

    Des étudiants en médecine accueillis

    Le maire de Digne a par ailleurs insisté sur une autre de ses priorités : l’accueil pour la première fois de 20 étudiants en première année de médecine au campus connecté, ouvert en 2021, ce qui permet à ceux qui n’ont pas les moyens d’aller étudier à Marseille d’accéder tout de même au cursus de médecine depuis Digne. Ce campus connecté est passé « de 5 à 57 places entre 2021 et 2026 », s’est réjoui l’édile. « Cela permet à des personnes qui n’auraient pas suivi des études de pouvoir le faire à distance, donc c’est une question d’égalité de traitement vis-à-vis de l’accès aux études supérieures », a-t-il avancé, rappelant l’importance de « fidéliser » de futurs médecins sur le territoire dignois. à l’avenir, « on sera plutôt sur une augmentation du nombre d’étudiants en première année de médecine, puisqu’à partir de la deuxième année, c’est forcément à la faculté. Il y a des cours en TP en nombre, donc on ne pourra au niveau des infrastructures. Mais l’idée serait, si ça fonctionne bien, de pouvoir mettre en place une deuxième cohorte. Il va falloir d’abord qu’on démontre que sur cette première cohorte, on arrive à la combler et que les résultats soient satisfaisants », a expliqué le chef du service éducation. Depuis 2021, le campus connecté a permis d’obtenir « des taux de réussite en licence 1 deux fois supérieurs à la faculté », selon lui.

    La mairie s’est par ailleurs félicitée d’être « la seule en France à offrir une journée de ski à ses élèves sans être une station de ski », selon Franck Geiger.

    Plusieurs sanitaires, portes et rampes d’accès pour les personnes à mobilité réduite ont également été installés cet été dans des écoles auparavant inaccessibles.

    La ville compte aussi continuer à investir dans des tableaux numériques interactifs. Six ont déjà été installés depuis l’année dernière. En attendant que toutes les classes soient équipées, des tableaux à roulettes permettent de les déplacer de salle en salle.

  • Les très lucratives résidences privées pour étudiants se multiplient

    Les très lucratives résidences privées pour étudiants se multiplient

    À l’entrée de la résidence Studéa de la rue du Pasteur-Heuzé, dans le quartier de Saint-Lazare (3e), Anas le reconnaît d’emblée : « Je cherche ailleurs, mais je n’ai encore rien trouvé. Ceux qui ont des studios préfèrent les louer à de jeunes travailleurs ». Arrivé il y a trois ans, l’étudiant en master d’électronique n’a trouvé que cette place dans la résidence du groupe Nexity, avec un loyer de 534 euros par mois pour 15 m². Face aux cafards et nuisances du quartier, il résume : « La résidence n’est pas bonne, mais on n’a pas les sous ».

    Il n’est pas le seul dans ce cas. Selon l’observatoire territorial du logement étudiant, l’offre des résidences étudiantes privées représente plus de 9 400 places sur le territoire de la métropole Aix-Marseille, avec des qualités d’accueil variables : une étude de l’Agam publiée en décembre dernier alerte sur le désengagement des exploitants lorsqu’elles arrivent en fin de bail, jusqu’à dénoncer un « fonds de pension en recherche de rentabilité court terme » pour la résidence Kley, rue de la République (2e). Désormais, un étudiant sur dix vit dans une de ces résidences : en vingt ans, leur nombre a triplé sur le territoire métropolitain. Elles représentent désormais 40% de l’offre en résidence étudiante, contre moins d’un quart il y a deux décennies.

    Marges confortables

    Deux groupes, Réside Études et Naxity, pèsent à eux seuls pour un tiers de cette offre privée avec plus de 3400 places.

    « Nous avons pour vocation d’aller compléter une offre immobilière tendue dans beaucoup de villes étudiantes, nous nous battons contre les phénomènes d’étudiants qui doivent se loger sur Airbnb ou abandonner leurs études », défend Nahuel Pedroso, le directeur de la filiale étudiante du groupe Nemea, troisième acteur du secteur sur le territoire métropolitain. Avec une offre sur mesure : salles de sport, de travail, services et référents sur place… « Nous nous sommes toujours refusés à faire de la promotion immobilière », précise le porte-parole. Le groupe verse des loyers aux propriétaires investisseurs, que ce soit des investisseurs institutionnels ou comme à Aix des particuliers.

    Dès la publication des premiers résultats de Parcoursup, les demandent affluent, et le taux d’occupation frôle les 100%. De quoi rendre le secteur particulièrement lucratif : les groupes Nexity Studéa (11,3 millions de bénéfices nets) et Néméa (3,2 millions) dégagent un taux de rentabilité commerciale avoisinant les 10%. Malgré un plan de sauvegarde lié à ses résidences senior, Réside études de son côté affiche un résultat de 6 millions d’euros. Alors les projets continuent de fleurir. « Nous ambitionnons d’ouvrir une vingtaine de résidences étudiantes en France sur cinq ans », indique Nahuel Pedroso. Selon une étude de CBRE, malgré 380 millions d’euros investis en France chaque année, ce marché « révèle un potentiel encore sous-exploité ». Le groupe de conseil immobilier pointe certes qu’« une grande partie des logements étudiants échappe aux investisseurs professionnels, compte tenu de l’importance historique du parc public ».

    Reste à savoir si les Crous, aux finances précaires, peuvent encore répondre aux besoins des étudiants.

  • Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    Les syndicats préparent une rentrée de mobilisations

    « C’est scandaleux ». C’est le premier mot qui sort de la bouche de Kadal, militant du syndicat étudiant le Poing levé à Aix Marseille Université (AMU), quand on évoque les préconisations du rapport de l’IGF et de l’Igas. Pour l’étudiant, bien qu’il ne s’agisse pour le moment que d’une préconisation, il y voit « la volonté de la part du gouvernement d’essayer de faire payer la crise aux étudiants ».

    « D’autant plus que sans cette aide, les étudiants vont réduire d’autres dépenses, car on ne peut pas économiser sur le loyer, explique Louis Marjollet, membre du collectif d’étudiants de l’Université d’Avignon. Comme leur frais de santé, ou sur la nourriture ». Un enjeu d’autant plus grand pour les loyers dans les villes d’Aix-en-Provence, Marseille et Avignon ne cessent d’augmenter. « On est dans une situation telle, que certains étudiants commencent la rentrée au camping », insiste Kadal.

    Pour les syndicalistes, c’est une façon détournée de faire de la sélection à l’université. « En faisant en sorte que l’université soit le lieu où seules les personnes les plus aisées peuvent aller étudier », soutient Younes Dufresnes, représentant de l’Union étudiante de AMU.

    Une attaque supplémentaire contre les étudiants dont le coût de la vie aurait augmenté de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron, d’après un rapport de l’UNEF. Une politique hostile qui s’est d’abord portée contre les étudiants extra-européens, avec l’augmentation des leurs frais d’inscription, puis la suppression de leurs APL en juillet dernier. « Ils ont fait un premier test avec les étrangers. Ils ont vu que ça passait. Et là, ils essayent de généraliser », se désole Kadal.

    Face à ce constat, une grande journée de mobilisation intersyndicale étudiante est donc prévue ce 15 septembre. « Il faut que les étudiants précaires, et les futurs précaires se mobilisent pour défendre les derniers droits qu’il nous reste », argue Younes Dufresnes. Une mobilisation contre la préconisation du rapport mais également contre les frais supplémentaires imposés aux étudiants étrangers. « Il faut que l’on se montre solidaire avec les étudiants étrangers qui sont en train d’être inquiétés par le gouvernement, sinon on va se retrouver dans la même situation quelques mois plus tard », ajoute Kadal.

    Une nouvelle attaque du gouvernement contre des étudiants qui se précarisent et que les syndicats appellent à combattre : « On a plus le choix, car ce ne sera que par la lutte sociale que l’on arrivera à repousser ce genre de préconisation », insiste Louis Marjollet.

  • Les APL dans le viseur du gouvernement

    Les APL dans le viseur du gouvernement

    Un rapport rendu public, une polémique qui enfle et un démenti. En arrière-plan, un budget en préparation, plus austéritaire que jamais, et une campagne pour l’élection suprême.

    Afin de préparer son ultime projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la macronie est prête à tout pour des économies. Loin de s’attaquer aux plus riches, elle vise, comme à l’accoutumée, les plus précaires. Ici, les étudiants. Commandé par le Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) remettent, en juin dernier, un rapport nommé « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales » qui prévoit 2,5 milliards d’euros d’économies à court terme et 4,5 milliards à long terme. Les préconisations visent ainsi plusieurs mesures d’aide aux familles, parmi lesquelles l’aide personnalisée au logement (APL).

    Les deux grands corps de l’État proposent, dès lors, d’« améliorer le caractère redistributif des APL versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, en prenant en compte les ressources parentales ». Ce qui signifie intégrer les revenus des parents dans le calcul de l’allocation. « Près de 40% des étudiants bénéficiaires de cette aide sont associés à des revenus familiaux des deux déciles les plus élevés », justifie le texte rendu public le 14 août, qui chiffre les économies réalisées à 550 millions d’euros.

    Ce nouveau mode de calcul conduirait à la suppression directe de l’APL pour 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires. Rapidement, les syndicats concernés ont tiré la sonnette d’alarme. « En intégrant les revenus parentaux dans le calcul de l’aide, le gouvernement ferait donc le choix de considérer que les parents doivent financer les études et le logement de leurs enfants, y compris lorsque ceux-ci ne disposent pas concrètement de cette aide familiale. Nous refusons cette conception de l’autonomie étudiante », tempête Solidaires étudiants, qui appelle à la mobilisation le 15 septembre prochain. De même que l’Union étudiante, qui interpelle les députés « une attaque sans précédent se prépare », alerte le syndicat.

    Pour la CGT, « cette mesure est particulièrement injuste au regard de la précarisation croissante des étudiants, qui constituent l’une des catégories de population les plus fragilisées économiquement. Elle revient à faire peser sur les familles une charge supplémentaire, sans tenir compte de la réalité des situations familiales », dénonce la centrale syndicale de Montreuil dans un communiqué.

    Face à la bronca populaire, le Premier ministre s’empresse de démentir : « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! Le budget pour 2027 est encore en préparation ; les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence. Critiquer les décisions du Gouvernement est légitime. En inventer pour inquiéter les Français ne l’est pas », écrit Sébastien Lecornu dans un post sur X.

    Puis, dans la foulée, c’est la ministre de la Santé qui, dans un entretien au Figaro, annonce que le gouvernement a finalement renoncé à doubler les plafonds des franchises médicales. Mais pas à les augmenter…

    Dès lors, faut-il croire l’exécutif ? Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs se sont attelés à réduire les APL de 5 euros, à réformer le mode de calcul, ne prenant en compte que les 12 derniers mois de revenus, et à exclure depuis le 1er juillet, les étudiants extra-européens non boursiers. Ils sont plus de 100 000 impactés qui se voient amputés de 150 à 250 euros par mois.

    La paupérisation des étudiants est loin d’émouvoir les néolibéraux. « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé », s’insurge l’Unef dans une étude publiée le 17 août qui fait le « bilan des dix ans au pouvoir d’Emmanuel Macron ». Le constat est sans appel, le coût de la vie étudiante a augmenté de 1,66% sur un an, et de plus de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant.

    EN CHIFFRES

    4,2

    En milliards d’euros, c’est le montant global des coupes budgétaires à long terme que préconise le rapport de l’IGF et de l’Igas en s’attaquant aux politiques familiales de l’État.

    200 000

    C’est le nombre d’étudiants qui pourraient être impactés par le nouveau mode de calcul des APL qui entraînerait, pour 200 000 jeunes, la suppression pure et dure de cette allocation.

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    On peut dire sans trop s’avancer que pas mal d’étudiants montpelliérains lui doivent quelque chose. Des années durant en première ligne du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) et désormais plus en retrait, Fabien Bon fait partie de ceux qui ont contribué à améliorer le quotidien de nombreux jeunes universitaires en galère. « Sans l’action du Scum, certains ne mangeraient pas, d’autres ne seraient même pas inscrits à la fac », résume-t-il avec le sens du collectif.

    Au moment de regarder dans le rétroviseur de huit années qui lui ont permis de décrocher un master (management des universités et technologies de l’information à l’IAE) et bientôt une licence d’italien à Paul Valéry, Fabien Bon est « fier » des avancées glanées par son syndicat. Lequel n’était au départ «  qu’une poignée d’étudiants précaires en quête d’en aider d’autres  » avant de devenir un syndicat étudiant actif dans les deux universités de Montpellier.

    Pêle-mêle, il se souvient de la création de la commission d’exonération de Paul Va, qui permet le remboursement des frais d’inscription sur critères sociaux. De l’obtention en septembre 2025 de 10 jours de congé menstruels sans justificatif dans les deux universités. Ou encore des 15 000 colis alimentaires distribués en 2025.

    « La précarité, c’est l’histoire de ma vie »

    Bien sûr beaucoup d’autres combats doivent être poursuivis, à l’image de celui des « sans-fac », problématique exacerbée par l’arrivée de Parcoursup en 2018. « Chaque année on fait inscrire des étudiants grâce à notre mobilisation : en 2026, 29 plus une cinquantaine via des recours gracieux », calcule Fabien Bon avec un brin de fatalisme. « Parcoursup a instauré la sélection à l’université, l’élitisation de l’enseignement supérieur que défendent la plupart des présidents d’université même quand ils ont des moyens financiers. »

    À titre personnel, Fabien a payé le prix fort pour avoir osé défier le pouvoir et ce système libéral qui a vu l’État couper les universités de leur autonomie budgétaire dès 2011 avec la loi LRU. « J’ai subi la répression, j’ai été harcelé, frappé par des policiers », se souvient celui qui n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. « J’ai toujours travaillé à côté pour payer mes études, dès le lycée où j’aidais ma mère. » Par la suite à la fac, Fabien a souvent fait appel à la solidarité étudiante pour trouver un toit. « J’étais hébergé chez des camarades. C’est vrai que je sors du stéréotype du jeune syndicaliste gauchiste fils à papa. La précarité, c’est l’histoire de ma vie. Je ne regrette pas mes choix, mon engagement. Mais arrive un moment où il faut dire stop, j’ai envie de manger à ma faim. »

    Pendant qu’il termine sa licence d’italien qu’il avait au départ entreprise dans l’espoir de se faire engager dans un hôtel de Rome, Fabien diversifie déjà ses activités professionnelles. Barman, il est aussi influenceur sur Instagram pour les boîtes de nuit et les festivals de musique techno. Animateur dans une résidence vacances des Menuires (Alpes) à ses heures perdues, le jeune homme ne s’interdit rien. Excepté peut-être le train-train d’un boulot administratif rébarbatif. « J’ai fait une alternance en management de projets. J’ai démissionné, ça ne me plaisait pas du tout. Je ne me vois pas dans un bureau. »

    Si Fabien laissera bientôt ses amis du Scum poursuivre le combat universitaire, il y a fort à parier qu’il restera animé par les luttes sociales. « On est plus politisés que les autres syndicats étudiants, on donne aussi à réfléchir sur l’ensemble de la société. » En 2023, le Scum défilait aux côtés de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. « Il ne faut pas lâcher et continuer à se battre. »

  • Viol d’une étudiante à Aix : plusieurs élus réagissent

    Viol d’une étudiante à Aix : plusieurs élus réagissent

    Christian E., vient d’être mis en examen et placé en détention provisoire pour « enlèvement, séquestration, viols et agressions sexuelles avec menace ou usage d’une arme, menaces de mort, le tout en récidive légale », après avoir enlevé, puis violé une étudiante de 19 ans devant sa cité universitaire, vendredi soir dernier (voir notre édition du 13 juillet). Immédiatement, de nombreuses réactions ont occupé le débat public. Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace, a répondu à la presse sur le sujet, lors de sa venue à Aix, ce jeudi. « C’est un événement dramatique. J’ai une pensée triste et émue, profondément, pour la victime (…). Il y a une enquête qui est en cours et on regardera ses conclusions, ainsi que la décision de justice qui iront derrière, a d’abord insisté le ministre. Cette question de sécurité des campus est au cœur des préoccupations à la fois des universités, des Crous, des rectorats… On est extrêmement attentifs. Il faut aussi donner un message de confiance aux étudiants. Les dispositifs sont en place aujourd’hui. Peut-être qu’il faut les renforcer (…) » à ses côtés, Benoit Delaunay, recteur d’académie, rappelle que « la mission de l’école comme de l’université est à la fois d’instruire et de protéger ceux qui nous sont confiés. Dans cette mission-là, les Crous jouent un rôle formidable. Il ne faut pas que cette affaire efface le travail quotidien mené par (ses) agents. » Plus tôt dans la semaine, Marc Péna, député PS de la 11e circonscription et conseiller municipal d’opposition appelle à l’examen et l’adoption « rapide » de la proposition de loi-cadre portée par la députée Céline Thiébault-Martinez « visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants ». Le maire de Gardanne, Hervé Granier (LR), est lui aussi monté au créneau, alors que Christian E. a été repéré comme habitant de « sa » commune. Une présence dont il explique ne pas avoir été informé. Il adresse une lettre aux parlementaires, demandant de « donner des moyens aux maires de protéger leurs concitoyens face aux auteurs d’infractions sexuelles ». Ce jeudi, la section du PCF d’Aix estime « qu’il est urgent de donner aux services publics les moyens d’agir » et « exige l’adoption d’une loi intégrale contre ces violences. »