Ce samedi après-midi, l’interdiction de manifester dans le centre-ville de Marseille et l’important dispositif policier déployé, « robuste et agile » selon les mots du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, n’ont pas dissuadé des dizaines de milliers de personnes de se rassembler aux Réformés. Pour ce troisième samedi d’affilée, pour cet acte III de la mobilisation déclenchée par le mouvement lycéen, ils étaient 10 000 dans la rue, selon les chiffres de la préfecture de police déléguée, qui en comptait 17 000 le week-end précédent. Si aucune manifestation n’a été déclarée, à l’inverse du samedi précédent, c’est un cortège joyeux et pacifique qui s’est élancé vers le palais Longchamp.
En amont de la participation, les militants communistes s’étaient rassemblés au pied des escaliers de la gare Saint-Charles, en dehors du périmètre d’interdiction de manifester. « Il y a une vraie colère dans le pays, qui est légitime, alerte Ariane Lombardi, membre du conseil national du PCF. Nous sommes là pour que le 5 novembre soit une réussite, nous sommes aux côtés des travailleurs pour faire entendre la voix du monde du travail, de la jeunesse. »,
Plus loin dans le cortège, ils étaient nombreux à être venus déguisés en ce jour d’Halloween. Ajoutant par leurs costumes de nouvelles façon d’interpeller le gouvernement. « Le capitalisme a mangé ma grand-mère », dénonce ce petit chaperon rouge. « Cruella ? Un ange en comparaison », affiche la protagonistes des 101 dalmatiens, son porte-cigarette au bord des lèvres.
Au milieu de la manifestation essentiellement composée de lycéens, étudiants et jeunes travailleurs, Béatrice est venue sur un cheval de plastique. « J’ai lâché 120 euros dans le plein d’essence, je n’ai plus le choix maintenant », sourit l’institutrice, alarmée par la hausse des prix. « Avant, avec cette somme, on mangeait pour deux semaines. Maintenant, c’est une semaine. » Plus loin, les Dalton sont venus au complet, portant un avis de recherche pour un Macron dépeint en Lucky Luke. « Nous soutenons la grève du 5 novembre, nous allons la rejoindre, on espère qu’il y aura du monde », glisse Léon, électricien « en colère » venu en famille.
S’il n’y avait pas d’appel officiel de leurs organisations, de nombreux syndicalistes se mêlent aussi à la foule. « Le gouvernement veut museler un mouvement social inédit, la jeunesse et les travailleurs demandent seulement un avenir digne », pointe Johnny Benoît, des territoriaux CGT de Marignane. Et d’annoncer : « Le 5 novembre, je serai en grève, nous nous mobilisons. »
Cinq jours après les premières concessions du gouvernement, les lycéens restent aussi massivement présents. « Leurs annonces, ce n’est pas très sérieux », balaie Alissa, élève en première au lycée Saint-Charles. « Leurs mesures, c’est pour 2028, ils ne seront même plus au pouvoir, complète Djanette. Ils ont trouvé de nouveaux professeurs, mais ils étaient où ces dernières années ? » Alors, les amies regardent vers la date du 5 novembre appelée par l’intersyndicale : « Nous serons mieux protégées avec les syndicats et ça ramène plus de monde », estiment-elles. « La grève a un impact au niveau du travail, appuie à leurs côtés Manon. Être seulement dans les rues, le gouvernement n’en aura pas grand chose à faire. »
Dans les rues justement, le cortège oblique face aux nombreux barrages policiers qui orientent le parcours loin du centre-ville. Un long face-à-face immobilise la manifestation, boulevard Sakakini. Puis de nouveau aux alentours de 16h sur le boulevard Chave. Cette fois, la tête de cortège approche la ligne des CRS. De premiers jets de projectiles fusent, les forces de l’ordre répliquent. Si une partie du cortège se disperse au niveau de la gare de la Blancarde, d’autres veulent continuer. De nouveau sur le boulevard Sakakini, la police charge. Dans leur intervention, une personne attablée à un café est violemment matraquée, ne peut plus se lever et doit être pris en charge par les marins-pompiers. La préfecture de police confirme la prise en charge d’une personne « présentant des blessures légères ». Les manifestants, eux, se regroupent sur la Plaine, où un grand feu est allumé. Avant que ne tombent, plus tard dans la soirée, les grenades lacrymogènes. Ce dimanche matin, la préfecture de police annonce 19 policiers blessés légèrement, face notamment à « des groupes hostiles très mobiles », et 18 interpellations. Parmi elles, cinq personnes qui tentaient de cambrioler les réserves de Foot Locker. Une intrusion, dans l’école maternelle Saint-Savournin, a également été rapidement interrompue, sans dégâts majeurs.
« Ni notre ville, ni les revendications légitimes et pacifiquement exprimées par les manifestants ne doivent être les victimes de ceux qui ne veulent que le chaos et la violence », dénonçait le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. Qui insiste : « Ces revendications doivent trouver des réponses politiques. »
« Ces revendications doivent trouver des réponses politiques »





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