Rémy Cougnenc : D’ordinaire le mouvement social est calme avant la Présidentielle. Qu’est-ce qui fait que c’est différent cette fois ?
Mathieu Guy : Habituellement en effet les mois qui précédent une échéance électorale sont plutôt calmes. Cette année ça ne l’est déjà pas. Le contexte s’est dégradé ces dernières années. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’annonce des économies dans la prochaine loi de finances. Le mouvement a débuté le 29 septembre avec la fonction publique avec toutes les difficultés rencontrées par les fonctionnaires avec le gel du point d’indice et les missions qu’ils n’arrivent plus à mener à bien à cause du manque de moyens. Cette dynamique de diminution d’effectifs est engagée depuis trop longtemps dans les services publics et les gels de salaires qui font qu’on a de moins en moins de candidats, notamment chez les enseignants. On a un ras-le-bol général. Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte. On pense qu’il peut y avoir une convergence qui mènerait vers des victoires le plus rapidement possible.
Rémy Cougnenc : En 2023 sur les retraites, la mobilisation était massive mais le gouvernement avait fait la sourde oreille. Est-ce que le vent de fraîcheur de la jeunesse peut aider à la convergence des luttes qui a pu faire défaut par le passé ?
Mathieu Guy : Je pense qu’il a manqué des ingrédients en 2023. On a pris la rue avec d’énormes mobilisations. Mais ce qui a été difficile c’est de mettre l’économie à l’arrêt. On avait travaillé à la CGT pour intégrer la notion de grève reconductible. Malheureusement c’est resté trop à la marge pour porter un coup d’arrêt. Ceci étant, on ne peut pas dire que 2023 a été un échec de la mobilisation. Il y a eu énormément de monde et les salariés ont retrouvé la confiance envers les syndicats qui avait peut-être été un peu perdue les années précédentes. Derrière cela a permis à la CGT de se renforcer en terme d’adhérents.
Olivier Nottale : N’oublions pas que faire grève coûte de l’argent aux salariés qui ont déjà des problèmes de pouvoir d’achat…
Arnaud Jean : Je voudrais rajouter que la lutte paye. Pour les retraites, dans les endroits où la grève reconductible a tenu, par exemple à la SNCF avec 59 jours de grève, on sort avec un accord de cessation progressive d’activité de 18 mois. C’est-à-dire que ce que le gouvernement nous a enlevés d’un côté, on l’a gagné par les négociations de l’autre côté avec la SNCF. Comme quoi quand on se mobilise, que les salariés sont unis notamment par la grève, au bout on arrive à obtenir des choses du patronat. La grève générale est un grand mot. La grève se décrète par les salariés entreprise par entreprise, chantier par chantier. Ça passe par des assemblées générales chaque jour sur les lieux de travail.
Rémy Cougnenc : Quels sont les mots d’ordre de l’intersyndicale ?
Mathieu Guy : Déjà le combat contre la vie chère. On la combat ainsi que l’inflation par des augmentations des salaires. Les primes existent de plus en plus. Un tiers de nos revenus dans la fonction publique sont des primes. C’est assez dramatique parce qu’elles ne sont pas comptabilisées dans les cotisations et ne financent pas nos systèmes de retraites. On demande une augmentation générale des salaires et des pensions, ce qui permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux salariés, retraités et des recettes pour l’État pour mieux redistribuer à travers la Sécurité sociale notamment. Je crois que l’inflation est à 15% donc il faut 15% de hausse des salaires. C’est la base minimale pour sortir la tête de l’ornière et faire en sorte que les travailleurs puissent vivre dignement de leur travail.
Olivier Nottale : Et aussi puissent aller travailler car certains sont pris à la gorge…
Mathieu Guy : Vu le prix de l’immobilier à Montpellier, Sète ou Lunel, bref sur l’arc littoral, on constate que les travailleurs ne vivent plus sur leur lieu de travail, ils en sont de plus en plus éloignés. Avec le prix de l’essence, un salarié qui se déplace pour travailler ça lui coûte de l’argent.
Rémy Cougnenc : Le patronat vous rit au nez quand on parle d’augmenter les salaires. Soi disant qu’il n’y a plus d’argent !
Mathieu Guy : Un rapport a rappelé que 211 milliards d’euros sont donnés chaque année aux entreprises sans contrepartie. Les grands groupes du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au premier semestre 2026. On voit bien que de l’argent il y en a. Sauf qu’il va vers ceux qui en ont le plus. D’où des inégalités de plus en plus grandes et un monde du travail qui souffre.
Rémy Cougnenc : Si on touche au capital, il y aurait des délocalisations. C’est l’éternel chantage à l’emploi…
Mathieu Guy : Les patrons n’ont pas attendu qu’on gagne des hausses de salaires ou plus de justice fiscale pour délocaliser, supprimer de l’emploi, fermer les industries, démanteler tout ce qui peut l’être à leur bénéfice. Seconde revendication : c’est la question des services publics à l’abandon. Sans les pompiers, l’hôpital,… on aurait vécu des choses encore plus dramatiques (…) [Écouter la suite de l’émission avec la question de la liberté de manifester et les violences d’extrême droite].
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