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  • Tirs dans un collège : Aubagne sous le choc

    Tirs dans un collège : Aubagne sous le choc

    « On a entendu deux coups de feu. Juste après, l’alarme incendie a sonné et les profs nous ont expliqué que ce n’était pas un exercice. On est sortis, on a vu l’élève et il a tiré en l’air ». Devant les grilles du collège Lakanal d’Aubagne, Adrien, élève de 3e raconte avec effroi la scène qui s’est déroulée plus tôt dans la matinée. Une scène dont l’horreur se passe de commentaires : Un élève de 3e, âgé de 14 ans, a ouvert le feu à plusieurs reprises au sein de l’établissement, blessant le proviseur et une enseignante et provoquant une onde de choc qui a largement dépassé le pays d’Aubagne.

    « L’élève est entré, aux alentours de 9h25, avec un étui à guitare dont il a manifestement sorti une arme, un long fusil de chasse. Il est monté au 1er étage de l’établissement, pour ensuite tirer en direction de deux personnes, le proviseur de l’établissement et un professeur qui était présent. Elles ont été blessées au niveau des membres inférieurs », relate Audrey Jouaneton, procureure adjointe de Marseille. Elle raconte un vrai périple qui aurait pu finir dans un bain de sang : « L’élève a ensuite continué sa progression vers le deuxième étage où il y a eu deux autres séquences de tirs. Une première à côté d’un professeur, en direction du sol, un impact a été identifié en bas d’un mur. Ensuite, il est arrivé au niveau d’une salle de classe, qui était occupée par les élèves et un professeur. Il a tiré en direction du tableau de la salle, là encore un impact a été identifié ». Par chance, les deux seules victimes ont été « rapidement prises en charge » par les pompiers et hospitalisées dans la foulée, leur pronostic vital n’étant pas engagé. Mais surtout « l’élève a été maîtrisé et désarmé par un personnel de l’établissement qui a arrêté sa progression » avant qu’il ne soit interpellé puis placé en garde à vue. « C’est le CPE qui l’a maîtrisé », confirme Jean-Pierre Squillari, maire d’Aubagne qui cite un acte « d’un courage exceptionnel ».

    Comme lui, c’est tout Aubagne qui a retenu son souffle le temps que les collégiens soient tous dans les bras de leurs parents et que la situation s’apaise.

    Enquête ouverte pour tentatives d’assassinat

    Car l’établissement a logiquement été placé sous bonne garde des forces de l’ordre et le rond-point attenant au collège a été plein de monde une bonne partie de la journée. Des parents aux visages angoissés font le pied de grue en attendant de récupérer leurs minots. Derrière les rubalises, certains crient le nom de leur enfant qui accourt et se jette dans leurs bras. « C’est un sentiment de sidération qui prédomine, on est sous le choc. C’est un super collège avec des dispositifs contre le harcèlement qui fonctionnent. Il y a une proximité avec les élèves, les profs sont super investis… », témoigne Julien Coclet, représentant de parents d’élèves. Comme d’autres, il attend avec impatience de pouvoir récupérer ses enfants sains et saufs : « On pense au pire dans ces moments-là ». Christophe, un professeur d’espagnol qui a « eu des coups de feu » devant la porte de sa classe se dit aussi « profondément choqué ». « On ne voit pas ça tous les jours. On pense à Samuel Paty et d’autres mais ici c’est un collège tranquille… C’est quand je suis descendu et que j’ai vu le principal à terre en sang que j’ai compris », explique-t-il, sa voix empreinte d’émotion. Plusieurs élèves font part d’un « cauchemar » ou s’exclament : « D’habitude, ça arrive au Texas, pas à Aubagne ! ». Une chose est sûre : cet acte n’a aucun lien avec le mouvement des lycéens, un temps évoqué par certains médias. Car dans le flou de la journée, certains affirment que le suspect aurait été harcelé, d’autres que son acte serait en lien avec une rupture… Tout et son contraire. Laurent Nunez, le ministre de l’Intérieur, appelle justement à la retenue : « Il faut rester prudent sur les mobiles ». Notons que les parents du suspect ont également été placés en garde à vue et que le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour « tentatives d’assassinat ».

    Au-delà de l’émoi, tous se projettent déjà sur la suite : soutien psychologique via une cellule aux élèves, enseignants et personnels de l’établissement. Ce mardi, l’établissement n’ouvre ses portes que pour les enseignants. La Ville appelle à un rassemblement, ce mardi à 18h au Cours Foch.

    RÉACTIONS

    Jérémy Bacchi, sénateur communiste

    « Je tiens à saluer le sang-froid de l’équipe pédagogique qui n’a pas hésité à s’interposer. On leur doit que ce drame ne soit pas plus terrible. Une pensée également aux personnels éducatifs qui ont été blessés. Aujourd’hui, l’heure est au soutien des élèves et des enseignants, et à créer du lien. »

    Nicolas Isnard, Président de la métropole Aix Marseille

    « Face à cette violence inacceptable, c’est toute notre communauté et nos institutions qui doivent faire bloc pour défendre et protéger l’école et ceux qui la font vivre. »

    FO, syndicat

    La FNEC FP-FO des Bouches-du-Rhône affirme son « soutien total à [ses] deux collègues blessés ». Le syndicat a également salué « la vigilance et le sang-froid de ceux qui sont parvenus à désarmer l’agresseur ». Face à cette violence, il rappelle que la sécurité dans les établissements passe « par la satisfaction des revendications portées par la jeunesse et les collègues », en appelant le Premier ministre et le gouvernement à « répondre immédiatement aux revendications ».

    FSU, syndicat

    « Cet acte terrible ne doit en aucun cas faire l’objet d’une récupération politique. (…) le tout sécuritaire n’est pas la réponse à une jeunesse qui va mal ». La FSU souligne que « l’heure est à la prise en charge du traumatisme vécu par les élèves et les personnels » et à un « travail en toute indépendance de la justice ».

  • L’intersyndicale à nouveau unie derrière les lycéens mardi

    L’intersyndicale à nouveau unie derrière les lycéens mardi

    Une semaine après avoir défilé aux côtés des lycéens dans de nombreuses villes françaises, les syndicats remettent ça. Forts du succès de la mobilisation du 6 octobre, qui a rassemblé plus de 500 000 manifestants à travers le pays, les cortèges vont à nouveau noircir les rues, mardi. Pas par plaisir, mais par nécessité. Pour la CGT, « le “temps démocratique” que le gouvernement a prétendu ouvrir a complètement échoué : il n’a ni permis un véritable dialogue, ni débouché sur des réponses concrètes aux attentes des jeunes ». Le syndicat exige ainsi « immédiatement des réponses à la hauteur des revendications ».

    Le premier syndicat de la fonction publique a été le précurseur du soutien aux lycéens, appelant l’ensemble de la société civile à se mobiliser. Notamment dans le Var, où « il a tout de suite été évident, après l’appel du bureau national, qu’on devait s’y mettre », appuie Olivier Gérard, secrétaire CGT Éduc’action du Var. Il voit dans ce mouvement « un moment historique qui survient tous les 20 ans, après Mai 68, le projet de loi Devaquet en 1986 et le CPE en 2005 ».

    Une dynamique « avec le renfort de la majorité des syndicats de la CGT ». Car, au sein de son organisation, l’union interprofessionnelle est une évidence « depuis les législatives de 2024 et le risque de voir le RN arriver au pouvoir. Là, c’est un peu le même schéma : une prise de conscience, de la plupart des professions, du fait que le malaise de la jeunesse est celui de toute la société, c’est-à-dire le rejet de la précarité », soutient Olivier Gérard.

    « Pas de paternalisme »

    Cette jonction est aussi intersyndicale. Car, au-delà de divergences que l’enseignant au lycée Bonaparte de Toulon estime « assez ténues, être tous ensemble est une évidence ! Il y a eu une prise de conscience de l’importance de garder l’unité après l’agression de l’enseignante à Sanary. On ne peut pas jouer le jeu de la division sur des sujets comme les conditions de travail et le respect des droits ». Des combats qui ont mené, selon lui, à « des relations amicales et consensuelles inédites ».

    Cette unité se traduit aussi dans le soutien apporté aux jeunes mobilisés, parfois en manque de relais. « J’étais étudiant à l’époque du CPE et on s’organisait à l’université, se souvient Olivier Gérard. Quand on a vu ces foules de syndicats avec des drapeaux et des camions, on a réalisé la puissance du salariat organisé, ça nous a donné confiance. Il y a cette idée de montrer que la jeunesse n’est pas seule, parce que c’est le sentiment qu’ils ont souvent, à juste titre, car la société et les politiques les abandonnent. »

    Pour autant, « pas question de verser dans le paternalisme. Ils sont très organisés, pas nécessairement structurés, et ils doivent trouver la possibilité de durer. Parce que c’est le vrai enjeu quand les promesses ne sont pas tenues. Mais on respecte à 100% leur autonomie », martèle l’enseignant, qui sera présent mardi matin, devant le lycée Bonaparte à Toulon, pour soutenir le mouvement, auquel se joindront les étudiants de l’université de Toulon, qui organisent un blocus ce lundi dès 6h30.

  • Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Le mouvement lycéen, parti de région parisienne il y a près de trois semaines, est désormais massif, actif et déterminé dans tous les territoires de la métropole et en outremer. Dans l’Hérault et le Gard, la quasi-totalité des lycées publics, généraux mais aussi professionnels, est dans l’action pour exiger de bonnes conditions de travail, autant matérielles qu’éducatives.

    La maturité des lycéens, dont l’écrasante majorité sont des mineurs, est un motif de fierté pour leurs aînés. Si parents, professeurs ont décidé de les encadrer et de les protéger face à la répression ahurissante du gouvernement, le mouvement lycéen reçoit aussi le soutien et la participation des syndicats de salariés, au-delà de la seule communauté éducative. Ainsi, le syndicat CGT de l’Hérault de l’action sociale précisait, le 6 octobre dans un communiqué que « les revendications lycéennes, plus que légitimes, rejoignent les [leurs] », dont « un budget de l’Éducation nationale à la hauteur des besoins des élèves et des personnels de l’Éducation nationale, pour une augmentation des salaires, des embauches et des conditions de travail décentes dans le secteur social et médico-social ».

    Cette « convergence » entre lycéens et syndicats de salariés s’illustre aussi dans le Gard où les unions locales CGT, FSU et FO ont signé un appel commun de soutien aux adolescents en lutte et appelé à manifester le 6 octobre. « Lors du rassemblement du 29 septembre [journée de grèves et de manifestations dans la fonction publique] nous avons donné la parole à des jeunes mobilisés. Nous leur avons proposé notre solidarité et notre soutien tout en réaffirmant un principe essentiel : leur mobilisation leur appartient et nous ne déciderons jamais à leur place », précisent les trois unions locales. Ce jeudi 8 octobre, un nouvel acte de la mobilisation lycéenne a agrégé une nouvelle fois les syndicats de l’éducation nationale et de salariés.

    Les élus locaux d’Occitanie s’engagent également. Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a exprimé son soutien lors du conseil municipal, le 6 octobre : « La casse, la destruction de biens, n’est jamais la solution et doit être condamnée. Mais la violence contre la jeunesse ne peut pas être la réponse. La réponse doit être le dialogue, l’esprit de responsabilité. Nous sommes ouverts pour dialoguer. Si les lycéens souhaitent des lieux pour s’exprimer, ils seront grands ouverts. Les jeunes veulent que leurs profs soient remplacés, que l’épreuve au Bac et les emplois du temps soient lisibles, cohérents. Ils veulent sortir de l’angoisse de Parcoursup », résume l’élu, lui-même professeur d’histoire-géo. « Je tenais à faire part de mon soutien. On ne peut pas être dans une surenchère de violence et de réponses anormales », a déclaré le maire socialiste. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), a tenu aussi à « [s]’adresser directement aux lycéennes et aux lycéens. Votre colère, je l’entends. Vous avez raison de vous mobiliser, de demander de meilleures conditions d’études, des professeurs remplacés, davantage de moyens pour préparer votre avenir. Je sais votre inquiétude de voir les inégalités se creuser et votre sentiment de ne pas être assez écoutés ». Elle était d’ailleurs aux côtés du maire communiste de Nîmes Vincent Bouget cette semaine (lire aussi p. 7).

    Pour tous les partis de gauche, LFI, PS, EELV, NPA, PCF, il s’agit d’être aux côtés de la jeunesse dans ce mouvement à bien des égards historique. « C’est une génération entière qui aujourd’hui exprime sa colère, sa volonté de trouver dans la société la place qui lui revient. Ils et elles méritent des réponses à la hauteur de leurs attentes, de leurs espoirs et non des fins de non-recevoir quand ce n’est pas la répression et la violence policière », souligne Jacques Chabalier, secrétaire de la section de Nîmes du PCF. Pour la fédération du PCF de l’Hérault, dont la secrétaire générale est aussi élue de Montpellier, Clara Gimenez, « d’autres choix sont possibles » et « la baisse démographique (…) doit permettre de diminuer réellement le nombre d’élèves par classe, de recruter les enseignants et les personnels nécessaires et de donner davantage de temps à chacun pour apprendre et réussir ». Une visée exclue par les macronistes.

  • « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    Deux jours après, la colère n’est pas retombée à Toulon. 400 personnes, élèves de différents lycées de la ville, professeurs, syndicalistes, mais aussi simples citoyens, étaient encore mobilisées devant le lycée Bonaparte, jeudi, à partir de 9h. Pour clamer, une fois de plus, leurs revendications, mais aussi et surtout en réaction à la réunion qui s’est déroulée, mardi, avec le préfet du Var et le Directeur académique des services de l’Éducation Nationale (Dasen).

    « On leur a demandé de nous écouter, de nous ouvrir une porte pour discuter avec les institutions. Il n’y a eu que du mépris », regrette Denis Sincu, leader du mouvement de protestation au lycée Bonaparte. Sa camarade Léonine Fouquet, élève au lycée Dumont-d’Urville, ne décolère pas. « Ils étaient tous sur leur téléphone, ils nous ont ri au nez », affirme-t-elle.

    Marc Laugier, enseignant (syndiqué FO) en mathématiques à Bonaparte, partage l’indignation des élèves, qui disent ne pas avoir été écoutés sur des questions telles que celles des sanitaires de l’établissement : « Avoir des toilettes qui fonctionnent, c’est de l’hygiène. Ils n’en tiennent même pas compte. Cela fait 10 ans que j’enseigne ici, rien n’a été fait. » Il demande que chacun assume ses responsabilités : « L’État et la Région se renvoient la balle. Le préfet est représentant de l’État dans le Var. C’est à lui d’assurer la conformité des locaux. »

    « Ils ont raison de ne pas accepter ce qu’on se lasse de demander »

    Pour permettre aux enseignants et à la direction de dialoguer, les cours avaient été banalisés jusqu’à 10h. Tout le monde semble tirer dans le même sens, à en croire Olivier Gérard, secrétaire départemental de la CGT Éduc’Action et enseignant à Bonaparte : « Les collègues se disent qu’ils ont raison de ne pas accepter ce que nous nous lassons de demander. La direction essaye de faire les choses vraiment bien, toujours avec de bonnes intentions. » La proviseure du lycée a en tout cas semblé vouloir joindre la parole aux actes en allant discuter avec les élèves devant l’établissement. « Nous avons fait une assemblée générale lundi, je les entends. On doit essayer de trouver des solutions ensemble, sur les problèmes immédiats, le matériel, les actions santé, la démocratie…, affirme-t-elle. Il y a des choses qui dépendent de moi, mais d’autres pas, donc je reste modestement de leur côté. »

    La mobilisation s’est terminée dans le calme aux alentours de midi. Le dialogue devait se poursuivre dans l’après-midi, puisque les directions des lycées Bonaparte et Dumont-d’Urville devaient recevoir des représentants des élèves, à la veille des élections des conseils de vie lycéens (CVL), qui désigneront les représentants des élèves, du corps enseignant, des parents et du personnel administratif au sein des établissements.

  • À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    Frustration et déception sont palpables sur le visage de la soixantaine de travailleuses de la petite enfance rassemblées dans les locaux de l’unité locale FO 13, à Noailles, ce jeudi. Alors qu’une manifestation intersyndicale (CGT 13, FO 13, UNSA, FNEJE, CFDT, SNPPE, SNUTER-FSE 13), à l’appel du collectif « Pas de bébés à la consigne » devait se tenir à 14h, celle-ci a été annulée par la préfecture, indiquent les organisations, pour des raisons sécuritaires liées au mouvement lycéen.

    Assise à un pupitre aux côtés de représentants syndicaux et de travailleuses, Muriel Schneider, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche associative marseillaise, se désespère : « C’est l’avenir de nos enfants et de la nation qu’on met en péril ». Cet épisode est vécu comme un signe de mépris gouvernemental par cette membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », qui espérait ainsi faire entendre les revendications d’un secteur des crèches confronté à une crise chronique.

    Manque de moyens et de personnels, crèches qui ferment, manque de places disponibles, pénurie de vocations, turnover important, taux d’encadrement trop élevé, burn-out en chaîne… Les dysfonctionnements listés par les professionnelles sont légion dans la filière. Leurs conséquences transparaissent sur le visage des auxiliaires puéricultrices, assistantes maternelles et éducatrices de jeunes enfants présentes dans la salle.

    « Quand on se retrouve toute seule avec huit enfants et que l’un se blesse, on ne peut même pas aller le soigner : c’est de la maltraitance indépendante de notre volonté », confie la gorge serrée Aicha Abdallah-Ould, auxiliaire de puéricultrice et déléguée syndicale FO 13.

    Les déboires

    de la privatisation

    « La recherche de profit dans la prise en charge des personnes vulnérables, ça ne fonctionne pas », assure Aurélie De Brie, éducatrice de jeunes enfants ayant pris une pause après un burn-out dans une structure privée. « On se retrouve avec huit enfants et seulement sept repas, c’est vraiment comme ce qui est raconté dans le livre », ajoute Aïcha, faisant référence au livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet (Flammarion ; 2024), où il décrit les dérives structurelles du gestionnaire privé People & Baby.

    Pour faire évoluer la situation, les idées fusent parmi les participantes : recenser tous les dysfonctionnements et fermetures de crèche dans des cahiers de doléances, faire une manifestation nationale, communiquer sur TikTok… « On pourrait récupérer toutes les couches usagées de nos crèches et les déposer devant la préfecture », ironise Aurélie.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » : les propos Sébastien Lecornu, mercredi soir, dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon. À la veille d’une nouvelle journée de manifestation lycéenne et au surlendemain d’une très importante mobilisation, le Premier ministre a voulu tenter l’apaisement. Sans aucune annonce cependant pour répondre à la colère des lycéens qui exigent des moyens pour étudier dans de bonnes conditions que ce soit en termes d’enseignants présents ou de bâtiments, ou la fin de parcoursup.

    Il n’a en effet que réaffirmé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre » afin de répondre à la crise. Ou ressorti la carte du « temps de dialogue » dans les établissements en précisant que ceux-ci se poursuivraient « à partir de demain [jeudi], dans chaque lycée et jusqu’à la semaine prochaine ». Ou celle de la plateforme de dialogue ouverte par le ministère de l’Éducation se félicitant de voir qu’elle avait déjà recueilli plus de 40 000 contributions.

    Pas d’annonces supplémentaires non plus concernant la doctrine du maintien de l’ordre qui émeut le pays après 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation blessés parmi les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez ayant annoncé dès le matin, au lendemain de la réunion autour d’Emmanuel Macron, la décision de suspendre l’usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, le Premier ministre s’est contenté de marteler que « les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

    Des propos qui n’ont pas convaincu les lycéens et les étudiants qui appellent à un Acte IV de la mobilisation ce jeudi, soutenus par les syndicats de l’Éducation – le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud – qui ont appelé à une journée de grève. Les organisations de jeunesse ont demandé à être reçues par le Premier ministre. « Nous avons des propositions chiffrées que nous allons présenter et c’est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec » le Premier ministre, a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) devant le ministère de l’Enseignement supérieur.

    Baisse de 12 à 18 centimes du litre à la pompe

    Craignant la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d’autres secteurs, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur le ras-le-bol social en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », a-t-il dit avant de décliner des mesures susceptibles d’alléger la pression sur les prix des carburants et de l’électricité qui entament le pouvoir d’achat, thème majeur de la présidentielle.

    Il a annoncé qu’il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France « au prix de revient ». « Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et sera mis à disposition au prix de revient [et] permettra mécaniquement de baisser les prix à la pompe dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole », a-t-il affirmé. En ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait à Matignon les distributeurs « pour y travailler dans les tout prochains jours ».

    Le Premier ministre a aussi indiqué que « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver », et « demande » à EDF « de mobiliser au maximum ses capacités de production », tout en précisant qu’il reviendra prochainement sur le sujet.

    Soutien italien à la jeunesse

    Refondation communiste et les jeunes communistes italiens ont tenu à apporter leur soutien à la mobilisation lycéenne dans un communiqué. Les jeunes « soulèvent une question majeure : Que deviendra notre avenir ? L’avenir d’une génération qui vit dans une Europe où, presque partout, on réduit les dépenses sociales pour financer des allègements fiscaux en faveur des riches et l’achat d’armes ; une Europe où les jeunes sont souvent prisonniers de vies précaires et risquent désormais, en outre, de servir de chair à canon », écrivent-ils notamment. « Ils demandent des choses simples », ajoutent-ils, avant de conclure : « Leur lutte est la nôtre. »

  • À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    À Toulon, lycéens et syndicats dénoncent le dédain de la préfecture

    Pas de grasse matinée pour les lycéens toulonnais. Dès 7h, nombre d’entre eux, en provenance de plusieurs établissements de la ville, se sont réunis devant le lycée Bonaparte, bloqué pendant une partie de la matinée. Entourés de militants syndicaux (CGT, FSU, FO, Solidaires), ainsi que de nombreux parents et enseignants venus les soutenir et les protéger, ils se sont ensuite mis en marche aux alentours de 9h.

    « Sarcastiques et dédaigneux »

    En tête de cortège, Denis Sincu, élève en terminale au lycée Bonaparte, leader de la mobilisation, haranguait une foule d’environ 2 000 personnes, déterminée, mais respectueuse du cadre de la manifestation, autour d’une revendication : être entendue. Une délégation composée de représentants syndicaux, de professeurs, de lycéens et d’étudiants, dont il faisait partie, a été reçue en fin de matinée par le préfet et le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen). « On veut demander au préfet qu’il nous ouvre une porte de dialogue avec les institutions », clamait-il avant ce rendez-vous. Derrière cette demande, des revendications précises : la fin de Parcoursup, des bâtiments rénovés, des outils numériques fonctionnels, du personnel enseignant en nombre suffisant et des emplois du temps cohérents.

    Mais à l’issue d’une réunion qui a duré un peu plus d’une heure, c’est la colère qui dominait parmi les principaux concernés. « Ils ont été sarcastiques et dédaigneux. C’est un manque de respect envers la jeunesse, qui a le droit de s’exprimer », s’indigne Camille, membre du conseil de la vie lycéenne du lycée Bonaparte. « Ils parlent de dialogue social, parce qu’ils ont reçu une délégation d’étudiants et de syndicats, mais il n’y a pas de réponse, c’est de l’enfumage. Ils se renvoient la balle sur les responsabilités », dénoncent les syndicats, qui se disent prêts à soutenir la prochaine mobilisation, annoncée pour le 15 octobre.

  • À Béziers, Robert Ménard rêve de chasser les syndicats

    À Béziers, Robert Ménard rêve de chasser les syndicats

    Pas besoin d’avoir sa carte au RN pour ne pas aimer les syndicats. Il suffit d’être d’extrême droite.

    Depuis 2014 qu’il a mis la main sur Béziers, Robert Ménard a maintes fois cherché à se débarrasser des unions locales qu’il estime gênantes, en cela qu’elles défendent les droits des salariés, combattent les idées anti-républicaines et rétrogrades.

    Dès 2016, le maire d’extrême droite lance une première offensive pour déloger les syndicats de la Bourse du travail. « Il a essayé de nous faire payer les charges [environ 82 000 euros, Ndlr] concernant le chauffage, l’électricité, le gaz – et l’entretien au motif que cela coûtait cher et que ce n’était pas à la collectivité de payer », nous rappelait début 2026, Patricia Barbazangue, l’ex-secrétaire de l’union locale CGT.

    Unie, l’intersyndicale fait bloc. Robert Ménard recule mais supprime les 17 000 euros de subvention et fait signer aux syndicats une convention qui retire l’emploi municipal dédié à la conciergerie. Depuis, c’est la secrétaire administrative de la CGT qui s’occupe les lundis, mardis, jeudis et vendredis d’ouvrir la porte aux nombreux visiteurs de la Bourse du travail. « Les salariés viennent nous voir pour être aidés, orientés. On est d’utilité publique, la mairie devrait assumer une partie du service public », argumente Julien Rader. Au lieu de cela, l’actuel secrétaire de l’UL CGT ajoute que le syndicat doit aussi mettre la main à la poche pour le ménage deux fois par semaine.

    Réélu en 2020, Robert Ménard tente de revenir à la charge un an plus tard. Cette fois, s’il veut pousser les syndicats hors des murs, c’est « pour y loger à la place la police municipale montée  », se souvient Julien Rader. Un courrier d’expulsion est même envoyé à l’intersyndicale. Là encore, le front syndical ne cède pas à la panique. « Il cherchait à nous faire peur. On a tenu bon. Le courrier est resté lettre morte », relate le responsable syndical. « Notre solidarité a payé. S’il avait senti quelques failles, il aurait appuyé… »

    Le secrétaire de l’UL CGT en est persuadé : « Ménard ne supporte pas les syndicats. » Raison pour laquelle l’édile a un temps cherché à monter un « syndicat autonome ». « Ça n’a pas du tout pris. » Depuis, le maire d’extrême droite est réputé proche de Force ouvrière (FO), à l’instar de l’hospitalier Marc Valette, à la fois numéro 2 de FO et adjoint aux sports du maire.

    Du 3 au 10 décembre lors des élections professionnelles dans la fonction publique, la CGT s’est d’ailleurs fixée comme objectif de redevenir majoritaire à la mairie. « On a des listes complètes et de nouveaux syndiqués. On a bon espoir de reprendre le leadership à FO, positive Julien Rader. On deviendrait le premier rempart, ce serait un pied de nez énorme. »

  • Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    C’est une opération d’intimidation », prévient Mohamed Bourras, délégué syndical CGT chez Carrefour – Supply chain qui faisait partie des 11 représentants du personnel (plus un salarié) envoyés par le groupe devant le tribunal mercredi 23 septembre. « C’est un message que la direction a voulu faire passer et qui ne s’adresse pas qu’aux salariés de Saint-Gilles mais à tous les salariés de Carrefour. Ce message est simple  : “Si vous vous mobilisez pour vos conditions de travail et vos salaires, la seule réponse sera les tribunaux”. Le dialogue social chez Carrefour passe par les tribunaux. D’ailleurs, nous, à Saint-Gilles, nous avons plus de 200 dossiers devant les conseillers prud’homaux. »

    Le 16 septembre, les salariés gardois ont en effet débuté un mouvement de grève pour réclamer « l’application d’un accord signé en 2007 sur l’harmonisation de l’intéressement à la productivité qui doit atteindre 25% du salaire de référence ». L’intersyndicale reproche à Carrefour de ne pas appliquer cet accord sur la plateforme de Saint-Gilles. D’après son calcul, cette harmonisation permettrait aux salariés de toucher entre 100 et 120 euros de plus selon leur poste.

    Négociations en cours

    Sur les 420 salariés du site, près de 150 ont donc participé au mouvement de grève parce que « comme beaucoup de salariés en France, ça devient très compliqué de finir le mois notamment à cause d’un prix de l’essence à 2,30 euros ». Après trois jours de mobilisation, la direction de Carrefour a donc assigné douze salariés en justice, leur reprochant d’avoir bloqué le site. Le lendemain de l’audience, le jeudi 24 septembre, la justice a finalement donné raison à tous les salariés et débouté Carrefour. « À aucun moment nous n’avons bloqué le site. Nous étions sur un ralentissement d’activité. Nous ne sommes pas des voyous. Nous ne sommes que des salariés qui faisons la richesse de cette entreprise et qui cherchons juste un minimum de reconnaissance », précise Mohamed Bourras. Suite à ce mouvement de grève, la direction nationale de Carrefour a envoyé une représentante pour négocier. Les salariés ont donc levé la grève pour laisser les négociations se dérouler dans le calme fin septembre. Mais Mohamed Bourras prévient : s’il n’y a pas d’avancée avant le 2 octobre, le mouvement repartira.