À douze jours du scrutin, le casting est désormais complet. Dimanche 27 septembre, 1 982 grands électeurs dans le Gard et 2 729 dans l’Hérault choisiront sept sénateurs. Une élection discrète, mais qui ressemble à un troisième tour des Municipales : les nouveaux rapports de force locaux vont se traduire au Palais du Luxembourg.
la gauche dans le Gard ?
Dans le Gard, cinq listes se disputent trois sièges. Les sortants Denis Bouad (PS) et Laurent Burgoa (LR) partent avec une longueur d’avance, sans garantie pour leur camp de doubler la mise. En 2020, la droite avait obtenu 672 voix et deux élus, contre 663 voix et un siège pour la gauche. Six ans plus tard, la donne est bouleversée : la gauche a conquis Nîmes, quand le RN a pris Vauvert, Bagnols-sur-Cèze et conserve Beaucaire. L’avantage nîmois de la gauche est cependant rongé par sa dispersion. La liste d’union de la gauche, autour de Denis Bouad, « Le Gard en commun », réunit PS, PCF et PRG, avec la communiste Cathy Chaulet en deuxième position. L’objectif : transformer la victoire nîmoise en deuxième siège. Mais Carole Bergeri mène sa propre liste divers gauche et LFI part seule derrière Jean-Baptiste Thibaud. En 2020, une dissidence socialiste avait recueilli 118 voix ; la gauche n’avait échoué que de quelques suffrages à décrocher un deuxième élu. À la plus forte moyenne, chaque voix égarée peut coûter cher.
À droite, Laurent Burgoa présente au contraire une liste unique allant de LR au centre, soutenue jusqu’à Renaissance. Malgré la perte de Nîmes, le sortant conserve un réseau dense d’élus ruraux. Mais son véritable adversaire pourrait être Sylvie Josserand. La députée RN conduit une liste où figurent les maires de Vauvert et Bagnols-sur-Cèze. Le parti à la flamme avait déjà obtenu 203 voix en 2020, avec un ancrage municipal bien moindre. Son entrée au Sénat consacrerait une nouvelle étape de son implantation dans un département où l’extrême droite a remporté toutes les circonscriptions législatives en 2024.
à défendre pour la gauche
Dans l’Hérault, la gauche se présente avec une équation presque inverse : elle détient aujourd’hui trois sièges sur quatre et a donc beaucoup à perdre. D’autant que deux de ses trois sénateurs, Christian Bilhac (PRG) et Henri Cabanel (DVG), ne repartent pas. Leurs retraits ont libéré deux fauteuils et aiguisé les appétits : pas moins de six listes issues de la gauche ou de ses marges se retrouvent en concurrence.
Le sortant socialiste Hussein Bourgi, soutenu par le maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS) et allié au PCF, semble disposer du socle le plus solide, notamment à Montpellier. Sa réélection paraît à portée, mais faire entrer sa numéro deux, Julie Frêche (PS), sera une autre affaire. Aurélien Manenc (DVG), poussé par le président du Département Kléber Mesquida (PS), entend capter l’électorat rural ; Florence Brutus (PRG), soutenue par Christian Bilhac, espère maintenir une représentation radicale ; Audrey Imbert (DVG) joue sa carte, tandis qu’Agnès Gizard-Carlin pour Les Écologistes et Alexia Laforge pour LFI ont choisi l’autonomie. Une addition de candidatures risque de coûter à la gauche l’un de ses trois sièges. La droite, elle aussi éclatée, dispose toutefois d’un socle municipal solide. Le sortant Jean-Pierre Grand (Horizons) repart avec Patricia Mirallès, mais doit affronter Joseph Francis (DVD), entouré de plusieurs maires, Alain Berthet pour LR et Malik Hamadache (DVD), soutenu par David Lisnard, maire de Cannes et président de l’association des maires de France. À cette offre déjà fragmentée s’ajoutent Romain Arnoult (Reconquête) et Amaury Fretay (divers centre).
Et derrière cet embouteillage, le RN attend son heure. La députée Manon Bouquin parie sur l’ancrage municipal accru de l’extrême droite, notamment après la conquête d’Agde et dans un Biterrois où la droite radicale dispose déjà d’un solide terreau. En 2020, le RN n’avait obtenu que 118 voix. Cette fois, décrocher un siège ne relève plus totalement de la politique-fiction si les suffrages continuent de s’éparpiller. Gard et Hérault deviennent ainsi deux laboratoires d’un même phénomène : la capacité du RN à transformer ses performances électorales en implantation institutionnelle durable. Face à lui, la gauche conserve de fortes positions locales, mais ses divisions peuvent l’empêcher d’en récolter les fruits. Le 27 septembre, quelques dizaines de voix pourraient montrer combien l’union ou la dispersion finissent par se compter.

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