Les kinésithérapeutes, nouvelles sentinelles des cancers de la peau

Et si le kiné pouvait contribuer à repérer plus tôt un cancer de la peau ? L’idée est née d’une rencontre entre l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) des kinés Occitanie et un dermatologue montpelliérain, confronté à des patients consultant encore trop souvent à un stade avancé. « Il pensait qu’ouvrir la possibilité de faire un repérage, notamment chez les kinés, pouvait être judicieux », explique Xavier Font, vice-président de l’URPS Kinés Occitanie et pilote de l’expérimentation.

Le dispositif repose sur un principe simple : profiter de la présence des kinés au plus près des patients partout sur le territoire et de leur contact régulier avec la peau pour repérer une anomalie. « Il s’agit d’un repérage opportuniste, c’est-à-dire quelque chose qu’on va rechercher dans sa propre patientèle », précise Xavier Font. Une lésion suspecte peut être remarquée « lors d’un massage ou de la mobilisation d’une articulation », ou signalée par un patient qui constate qu’elle évolue mais ne peut pas obtenir rapidement un rendez-vous médical.

Treize kinés, un par département, ont d’abord été formés et équipés d’un dermatoscope, « sorte de mini-microscope qu’on peut brancher sur un smartphone ». Les images réalisées peuvent ensuite être transmises à un médecin généraliste ou à un dermatologue dans le cadre d’une téléexpertise. « En tant que kiné, on ne peut pas poser un diagnostic », rappelle Xavier Font.

« Accélérer le processus de prise en charge »

L’enjeu est celui de l’accès aux soins. « Il y a de moins en moins de dermatologues », souligne le praticien. En Occitanie, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue est de près de 5 mois. De nombreux Français peinent en outre également à avoir un médecin traitant. Dans ce contexte, « la téléexpertise va jouer un rôle intéressant, car elle va nous permettre d’accélérer le processus de prise en charge  », explique Xavier Font. Une fois la demande acceptée, le compte rendu, donc le diagnostic, intervient « dans les 48h ».

Les résultats issus de la première phase de l’expérimentation sont encourageants : 35 actes de repérage ont permis d’identifier 4 carcinomes et 2 mélanomes nécessitant une prise en charge spécialisée rapide. « On craignait un peu d’emboliser les médecins avec énormément de téléexpertises et d’images. En fin de compte, pas forcément », constate Xavier Font.

Le dispositif passe désormais à la vitesse supérieure. Avec le soutien de l’ARS Occitanie, qui a alloué un financement, 100 kinés occitans vont être formés et équipés de dermatoscopes. « Ils seront répartis en fonction des besoins sur les territoires », précise le pilote de l’expérimentation. La première session de formation, qui réunit 50 professionnels, se déroulera le 25 septembre à Montpellier. Outre un médecin généraliste, un dermatologue et une kinésithérapeute rodée au repérage de cancers de la peau, une docteure en psychologie interviendra sur la partie : « Annoncer et rassurer son patient dans l’attente du diagnostic. »

Xavier Font se félicite de cette « montée en compétences des kinés dans la prévention des cancers de la peau », qui s’inscrit dans une évolution plus large de leur rôle en prévention : dès octobre, les masseurs-kinésithérapeutes pourront en effet réaliser des bilans de santé dans le cadre du dispositif national « Mon bilan prévention »*, lancé en juin 2024.

* Jusqu’à présent, seuls
les pharmaciens, médecins
et infirmiers libéraux y étaient autorisés.

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