Tag: Gard

  • Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Sur les chantiers ferroviaires aussi, l’eau devient une question politique. À Nîmes, SNCF Réseau teste une solution encore rare dans le monde industriel : utiliser des eaux usées traitées pour ses travaux. Non pas pour faire boire les machines, mais pour rabattre les poussières, asperger les voies, limiter l’exposition des agents aux particules et maintenir la visibilité quand les engins brassent le ballast. L’idée, résume Marc-Axel Burette, responsable du groupe génie civil au sein du pôle d’ingénierie de SNCF Réseau à Montpellier, est de « faire le lien entre les stations d’épuration qui produisent une eau non potable mais de bonne qualité, et les chantiers ».

    Plutôt que de puiser dans le réseau d’eau potable ou dans les forages, l’expérimentation capte donc une ressource déjà disponible à la sortie des stations d’épuration. À l’été 2025, pendant six semaines, près de 500 m³ d’eau ont été acheminés depuis la station d’épuration de Nîmes jusqu’à la base travaux de SNCF Réseau. Une fois sur place, l’eau passe par un conteneur de traitement conçu par InovaYa, avec filtration et désinfection, avant d’être stockée dans des citernes violettes, couleur conventionnelle de la Reut.

    Une réserve contre la sécheresse

    Pour SNCF Réseau, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est aussi très concret. En période de sécheresse, les restrictions d’usage de l’eau peuvent mettre un chantier à l’arrêt. Or, sur une opération ferroviaire lourde, une séance perdue peut coûter jusqu’à 1 million d’euros en immobilisation. Même plus chère que l’eau du robinet, l’eau réutilisée devient alors une assurance contre la panne sèche. « Si nous arrivons à sauver ne serait-ce qu’une semaine de travaux, le système peut être rentabilisé pendant des années », estime Marc-Axel Burette.

    L’étape décisive est prévue pour l’été 2026, toujours à Nîmes, avec un chantier de remplacement de voies par suite rapide. L’opération doit se poursuivre en 2027, avant une descente du train-usine vers les Pyrénées-Orientales en 2028.

    Reste un frein de taille : la réglementation. Pour l’heure, chaque usage nécessite des autorisations longues et coûteuses. Car derrière les rails nîmois se dessine un immense gisement : celui des milliards de mètres cubes rejetés chaque année par les stations d’épuration, encore trop peu réutilisés.

  • Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Une zone à défendre (ZAD) va-t-elle voir le jour dans le sud du Gard ? C’est en tout cas la promesse de dizaines d’opposants au projet de ligne THT si une solution alternative n’est pas trouvée. Depuis l’annonce de cette ligne, la grande majorité des acteurs du territoire gardois a en effet fait part de son opposition à un projet qui doit pourtant permettre la décarbonation de l’industrie de Fos en créant une ligne électrique dite à très haute tension (THT) aérienne pour transporter l’électricité produite dans la vallée du Rhône. Cette ligne doit ainsi relier Jonquières-Saint-Vincent, près de Nîmes, à Fos-sur-Mer et traverser ainsi la Camargue.

    Sauf que ni les agriculteurs soucieux de préserver leur terre, ni les écologistes souhaitant protéger la faune très présente en Camargue, ni les acteurs touristiques voulant défendre la beauté des paysages n’acceptent l’installation de dizaines de pylônes de plus de 50 mètres. « La profession agricole réaffirme ici son opposition farouche à ce projet de ligne THT aérienne de 400 000 volts qui viendrait défigurer ce territoire unique. Cela condamnerait l’agritourisme, réduirait à nouveau la surface agricole française et imposerait de nouvelles contraintes aux agriculteurs », ont ainsi écrit une douzaine de syndicats agricoles gardois début juin dans un communiqué. En fin d’année dernière, la Dreal Occitanie avait pourtant estimé que le tracé ferait peser une menace directe sur cinq espèces d’oiseaux, mettant ainsi du plomb dans l’aile au projet. Les opposants s’imaginaient alors avoir remporté une bataille décisive. Mais c’était sans compter sur l’État qui compte bien avancer sur ce dossier avant la prochaine élection présidentielle. L’État a ainsi lancé le 13 mai l’instruction de la Déclaration d’utilité publique et les propos d’Emmanuel Macron fin mai sur ce projet jugé « nécessaire » inquiètent les opposants, qui y voient une volonté de passer en force.

    Un courrier aux agriculteurs met le feu aux poudres

    « Il y a une très forte pression des industriels », précise Luc Perrin, qui gère l’Association de sauvegarde de la Terre d’Argence (Asta). « On s’est donc rencontré avec les Camarguais et il y a la volonté de passer à la vitesse supérieure. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est l’envoi par RTE d’un courrier aux agriculteurs pour les avertir qu’il y aurait des visites sur leur terrain avec des prélèvements et des analyses de sol. Il y a un arrêté préfectoral de 2023 qui impose à tout le monde de laisser entrer les agents de RTE chez soi sous peine de sanctions. » Face à cette situation, les agriculteurs travaillent à des parades comme le traitement de leur terrain dont l’accès serait ensuite interdit. Ils travaillent même avec des écologistes pour trouver des tortues cistudes. Car si la présence de cette espèce est détectée, les prélèvements dans un rayon de 500 mètres sont interdits.

    Samedi 6 juin, ils ont mené ensemble une action à Arles pour informer la population. Mais les opposants savent que cette mobilisation a peu de chance d’être suffisante. Beaucoup évoquent désormais la possibilité de créer une Zone à défendre (ZAD) dans le sud du département. Des contacts ont d’ailleurs déjà été noués avec des associations comme Générations Futures qui ont organisé la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes pour s’appuyer sur leur expérience et s’inspirer de leur méthode. « S’ils veulent passer en force, ils auront Notre-Dame de Camargue. Il y a des gens qui sont prêts parce que la colère monte face au manque d’écoute de la population locale », confirme Luc Perrin.

  • En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    Deux cents millions de litres d’eau par jour. C’est la capacité de production de l’usine de dessalement du Llobergat, à Barcelone. Gérée par l’entreprise publique Ens d’Abastament d’Aigua Ter-Llobregat. L’usine permet de diversifier les sources d’approvisionnement en eau, notamment en période de sécheresse. « Lors de la sécheresse de 2021-2025, l’utilisation de l’eau superficielle est passée de 44 à 19% tandis que celle de l’eau dessalée est passée 14 à 23% », détaille Manel Giraldo, directeur des relations institutionnelles à Agües de Barcelona, une filiale de Veolia.

    Mise en service en 2009, l’usine de dessalement du Llobergat distribue de l’eau potable à 154 municipalités catalanes, soit cinq millions d’habitants. « Nous captons l’eau à 2,2 km des côtes, soit à 32 mètres de profondeur. Deux tours de 4m de diamètre récupèrent l’eau qui est envoyée via des canalisations vers la station de dessalement, à plus de 3 km », fait valoir Carlos Miguel, directeur de la station. Le procédé se déroule en plusieurs étapes : un premier traitement par flottation afin d’éliminer les micro-organismes et les algues suivi de plusieurs filtrations dont une par osmose inverse, avant d’être reminéralisée afin d’être consommée. « Sur 100 litres d’eau salée, nous obtenons 45 litres d’eau douce », poursuit Carlos Miguel. Le reste étant rejeté dans la mer. La méthode est louée notamment pour sa complémentarité avec la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). « Lors de fortes pluies, beaucoup de matière est en suspension, la qualité de l’eau du fleuve n’est pas bonne, ce qui fait que les usines de Reut ne peuvent fonctionner. Il faut donc utiliser le dessalement », insiste Carlos Miguel. Si aucun impact sur la faune et la flore marines n’est à relever selon le directeur de l’usine, son coût est néanmoins plus élevé que la Reut. « Alors que l’eau issue de la Reut et d’une station de potabilisation a un coût de 32 centimes le mètre cube, celui d’une usine de dessalement est de 64 centimes », observe Miquel Paraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Deux projets d’usine sont déjà dans les cartons, portant à quatre le nombre d’usines de dessalement en Catalogne.

  • Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Pour l’heure, l’étude, dont les premiers résultats ont été présentés début février 2026, n’est pas encore rendue publique et reste dans les tiroirs des élus de la communauté de communes de Terre de Camargue. Lancée sous la présidence de Robert Crauste, elle doit désormais être analysée par les nouveaux élus de la communauté de communes.

    Car avec la défaite de Robert Crauste (DVC) battu par Charly Crespe (DVD) aux dernières élections municipales au Grau-du-Roi, l’intercommunalité, composée également d’Aigues-Mortes et de Saint-Laurent-d’Aigouze, a vu son conseil renouvelé. C’est le maire de cette dernière, Thierry Féline (DVD), jusqu’ici en charge du développement économique, qui a récupéré la présidence et devra prochainement se prononcer sur les investissements à réaliser pour une gestion durable de l’eau.

    Comme un peu partout en Occitanie, la ressource en eau se raréfie en Terre de Camargue sous l’effet du dérèglement climatique. Au-delà des questions agricoles et de la préservation des milieux naturels, ce sont les enjeux d’approvisionnement en eau liés à l’afflux touristique qui sont étudiés. En effet, la population du Grau-du-Roi est multipliée par 14 durant la période estivale, passant de 8 500 habitants l’hiver à 120 000 l’été. Pour répondre à ces besoins, la collectivité assure l’ensemble du cycle de l’eau : alimentation en eau potable, assainissement collectif et non collectif, collecte des eaux pluviales et protection des milieux aquatiques.

    C’est donc dans ce contexte que la communauté de communes a lancé une étude pilotée par le bureau d’études Ecofilae associé à BRL Ingénierie afin de mener un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Ce projet n’est d’ailleurs pas nouveau : les communes du territoire réfléchissent à la manière de réutiliser les eaux usées depuis 2007.

    Résultats encourageants

    Cette étude s’appuie donc sur la station d’épuration
    intercommunale du Grau-du-Roi, capable de traiter l’équivalent de 100 000 habitants. Aujourd’hui, elle rejette ses eaux traitées vers des lagunes avant leur arrivée en milieu naturel. Si l’étude dresse un bilan des usages actuels, domestiques et agricoles, elle identifie aussi des scénarios possibles de réutilisation des eaux usées traitées en sortie de station.

    Les résultats, jugés comme un « potentiel intéressant », dessinent un scénario où il serait possible de réutiliser 200 000 m³ d’eau par an pour l’irrigation agricole. Jusqu’à un million de m³ est même envisagé pour des usages plus larges, dont potentiellement des usages liés à l’eau potable. Cela représente ainsi près de 30% de la consommation en eau du territoire. « Ce serait alors une première en France si ce scénario était poursuivi », souligne l’étude. La station graulenne pourrait ainsi réutiliser jusqu’à 40% de l’eau qu’elle traite (2,5 millions de m³). Une prouesse d’autant plus prometteuse que l’un des facteurs locaux à prendre en compte reste la salinité de l’eau, qui demande un traitement différent.

    Si les coûts d’un tel projet n’ont pas encore été dévoilés – ce qui devrait être déterminant dans la décision pour engager des investissements -l’intercommunalité confirme que cette étude « permet de juger des opportunités, des contraintes techniques, des coûts et des bénéfices d’une telle stratégie » afin « d’anticiper et de préparer des solutions robustes face à des tensions sur la ressource, tout en respectant les équilibres environnementaux et les usages locaux ».

  • AESH : les invisibles de l’école inclusive veulent sortir de l’ombre

    AESH : les invisibles de l’école inclusive veulent sortir de l’ombre

    Elles et ils tiennent l’école inclusive à bout de bras, souvent dans le silence des couloirs, entre deux salles de classe, deux établissements, deux élèves aux besoins différents. Mardi 9 juin, les AESH ont quitté l’ombre pour prendre la rue. À l’appel d’une intersyndicale réunissant notamment FSU, Unsa, CFDT, CGT et Sud Éducation, les accompagnants d’élèves en situation de handicap se sont mobilisés partout en France, et fortement en Occitanie : à Montpellier, Béziers, Nîmes, Alès, devant les rectorats, inspections académiques, sous-préfectures ou théâtres municipaux.

    Partout, le même cri sourd : assez de la précarité organisée. À Montpellier, environ 150 personnes ont défilé jusqu’au rectorat. Parmi elles, Clémence Simier, AESH depuis onze ans dans une école montpelliéraine. « Les AESH en ont marre d’être payés sous le seuil de pauvreté », résume-t-elle. À ses yeux, l’annonce ministérielle d’une possible fonctionnarisation limitée à 10 ou 20% des accompagnants ne répond en rien à l’urgence. « Nous, on veut que ce soit tout le monde. On veut un statut avec un salaire décent. »

    La précarité en héritage

    Dans l’académie de Montpellier, les AESH sont près de 8 000. Dans le Gard, environ 1 800. Un maillon devenu indispensable, mais maintenu dans une fragilité permanente : contrats incomplets, salaires autour de 1 000 euros, affectations mouvantes, manque de formation, temps de préparation invisible. À Béziers, une quarantaine d’AESH ont dénoncé des contrats imposés à 24 heures et des rémunérations sous le seuil de pauvreté. À Alès, même colère devant la sous-préfecture.

    Car derrière les sigles, il y a des vies cabossées par des fins de mois impossibles. À Montpellier, Sandrine Brunie, AESH depuis vingt ans, raconte un salaire de 960 euros mensuels, malgré deux décennies d’expérience. Elle accompagne 8 élèves en dispositif Ulis, passe d’une classe à l’autre, adapte, rassure, reformule, soutient. Un métier « humain », dit-elle, mais usant. Et surtout trop peu reconnu : « Sans AESH, les professeurs auraient beaucoup de mal à gérer les classes, quant aux enfants, ils seraient livrés à eux-mêmes, avec leurs difficultés. »

    À Nîmes, une trentaine de manifestants se sont rassemblés devant l’inspection académique avant d’être reçus par le Dasen. Ingrid Poitevin, AESH depuis 18 ans à Gallargues, décrit « des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader ». Elle raconte les élèves multiples, les changements d’établissement, le personnel traité « comme des pions ». Et prévient : « Le système manque de moyens et ne respecte personne : ni les AESH, ni les enfants et leur famille, ni les enseignants. »

    Un statut pour toutes

    et tous

    Au cœur de la colère, la généralisation des pôles d’appui à la scolarité, les PAS, inquiète fortement. Les syndicats redoutent une nouvelle couche administrative qui éloignerait les AESH de leur cœur de métier : l’accompagnement concret des enfants. Certains craignent aussi que l’individualisation des suivis disparaisse au nom d’une gestion comptable de la pénurie.

    Les revendications, elles, sont claires : création d’un véritable corps de fonctionnaires de catégorie B pour toutes et tous, temps complet reconnu, revalorisation salariale, formations qualifiantes et moyens humains à la hauteur des besoins. Une prochaine réunion ministérielle est annoncée le 17 juin. D’ici là, les AESH veulent maintenir la pression. Car dans les classes, chaque absence se voit aussitôt. Et ce sont les enfants les plus fragiles qui en paient le prix.

  • De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    En 2021, la Catalogne est frappée par un épisode de sécheresse intense. Elle durera quatre ans et marqua profondément la région espagnole. « Au pic de la sécheresse, les réserves des cinq barrages étaient de 14%. C’était un moment délicat », raconte Josep Lluis Armentier-Ferrand, directeur de l’agence catalane de l’eau. En effet, alors que sur une période dite « normale » de 56 mois, 3 000 hm3 sont contenus dans les barrages, sur la même période concernant la sécheresse 2021-2025, le volume est passé à 1 500 hm3, soit une baisse de 51%. « L’aquifère alimentant Barcelone est même descendu jusqu’à neuf mètres en dessous du niveau de la mer », poursuit le directeur. Aujourd’hui, le niveau est à peine remonté à zéro mètre.

    Un coup de stress pour les 5,5 millions d’habitants de la métropole de Barcelone. Dès lors, il a fallu innover et mettre les bouchées doubles pour faire face à ce déficit hydrique, amené à se reproduire plus fréquemment sous l’effet du dérèglement climatique. C’est ainsi que les pouvoirs publics ont décidé de miser sur des usines de dessalement (lire ci-dessous) mais également sur la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) via les stations d’épuration. Notamment celle de Baix Llobregat -construite au pied du fleuve Llobregat- gérée par Aigües de Barcelona, filiale de Veolia.

    Injection dans l’aquifère

    Capable de traiter 375 000 m3 d’eau par jour, elle est l’une des plus grande d’Europe. « Ici, nous produisons deux qualités d’eau. La première concerne l’usage “pré-potable”, notamment pour l’agriculture, l’augmentation des débits du fleuve ou encore le nettoyage des rues. Le traitement se fait par microfiltration, l’eau passe dans des membranes de 10 micromètres avant d’être désinfectée par rayonnement ultraviolet », détaille Claudia Carbonell, directrice de la station de Baix Llobregat.

    Et c’est là que l’innovation opère. « L’eau traitée va être rejetée 16 km en amont du fleuve Llobregat pour y être mélangée. L’eau sera ensuite acheminée et récupérée par la station de potabilisation de Sant Joan Despi. C’est ce qu’on appelle la potabilisation indirecte », souligne Miquel Peraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Ainsi, au plus fort de la crise, pas moins de 1 500 litres ont été injectés dans le fleuve par seconde, représentant jusqu’à 25% de la consommation d’eau de la métropole de Barcelone. Préalablement à cet usage intensif, des tests avaient été effectués en 2019 : sur 376 composés analysés, un seul dépassait la valeur guide, le 1,4 dioxane. « Mais nous avons repéré les deux industries qui déversaient ce polluant et elles ont arrêté », fait valoir Miquel Peraira.

    La station de Baix Llobregat lutte également contre l’intrusion saline. En plus du traitement UV, une partie suivra une filtration par osmose inverse. « Cela permet d’avoir une meilleure qualité de l’eau, qui sera injectée directement dans l’aquifère à 70m de profondeur », reprend Claudia Carbonell. Des procédés novateurs qui ont permis aux Barcelonais de passer la période de sécheresse sans avoir à couper le robinet. « Durant la sécheresse 2021-2025, 70% de l’eau était d’origine naturelle. L’objectif en 2030 est d’inverser ce rapport : 30% d’eau naturelle et 70% d’eau nouvelle, donc il faut augmenter les capacités de production de la région », fait valoir Josep Lluis Armentier-Ferrand.

    Il estime le coût -avec les usines de dessalement- à 2,5 milliards d’euros. De nouveaux projets sont d’ores et déjà sur les rails.

  • Label rue célèbre la beauté de nos fragilités

    Label rue célèbre la beauté de nos fragilités

    Voilà 5 ans, maintenant, que le festival Label rue, porté par l’association Eurêk’art
    – structure des arts de la rue travaillant exclusivement en milieu rural – a posé ses valises au cœur du piémont cévenol, dans le village médiéval de Sauve. Chaque année, ce rendez-vous désormais attendu attire environ 4 000 personnes dans cette commune de 2 000 habitants dont les rues et les places se muent, l’espace d’un week-end, en scènes à ciel ouvert.

    La programmation de cette 22e édition, toujours pluridisciplinaire et éclectique, accueille une quinzaine de compagnies professionnelles qui présenteront leurs spectacles samedi 13 et dimanche 14 juin. Comme chaque année, une partie de la programmation est tournée vers les familles, avec des propositions de spectacles jeune et très jeune public. Un « espace kids » sera également proposé en continu, avec un coin lecture, des jeux en bois, une ludothèque poétique pour fabriquer des poèmes ou encore une fête foraine un peu décalée tout en récup’.

    Comme il est de coutume, la journée du samedi sera consacrée aux spectacles issus du « plateau création », un dispositif de repérage des créations de l’année pour l’espace public « destiné à donner de la visibilité aux compagnies émergentes et aux spectacles nouveaux nés », choisis sur dossier avec l’aide d’une quinzaine d’habitants complices. « L’idée est de présenter un panorama des arts de la rue, avec de la danse, du cirque, du clown, du théâtre de rue en déambulation… », énumère Julia Paglinghi, directrice d’Eurek’Art.

    Le lendemain, dimanche 14, place aux coups de cœur de l’édition 2026, avec des propositions qui célèbrent nos fragilités et la beauté du doute face à un monde « qui donne la primeur à la force, au pouvoir, aux rapports de domination. On a l’impression que ce monde marche sur la tête, que les valeurs sont inversées. On a donc eu envie de programmer des spectacles peuplés d’êtres vulnérables, maladroits, abîmés, marginalisés, qui essaient de trouver leur place par la tendresse, la douceur, l’amour  », décrit Julia Paglinghi.

    La Muchmuche compagny présentera Amours, « un Ovni qui s’inspire d’un traité de Roland Barthes sur les différentes sortes d’amour » ; au croisement du cirque et de la musique, le trio de rêveurs hurluberlus de « Mange la vie avec les doigts » entraînera le public dans un voyage en absurdie pour trouver l’indispensable… ; dans un esprit plus punk, le spectacle de théâtre en déambulation « Spen et Lulla » plongera les participants dans la cavale de deux paumés désinvoltes en mal d’amour ; enfin « Good bye Persil », spectacle de rue gestuel, histoire sans parole accessible à un public sourd et malentendant, est un hymne à la fratrie, drôle et touchant, façon Laurel et Hardy.

    Autre temps fort à ne pas manquer le samedi soir (21h), un concert, sur la place Sivel, du groupe d’électro-trad’ Turfu, « qui plaît autant à ceux qui aiment danser le trad’ qu’à ceux qui aiment la techno », résume Julia Paglinghi.

    * Tout le programme sur : www.eurekart.fr/saison-label-rue/festival

  • Deux organisateurs du teknival interpellés

    Deux organisateurs du teknival interpellés

    Piégée par les festivaliers qui sont parvenus à organiser le teknival du 6 au 9 juin dans l’Hérault à la frontière avec le Gard malgré le déclenchement du plan « rave bleu », la préfecture de l’Hérault a tenté d’afficher une image de fermeté mercredi 10 juin.

    Lors d’un point presse organisé par Chantal Mauchet, la préfète, et le colonel Frédéric Schneider, commandant en second du groupe de gendarmerie, le détail de la répression de cette rave party illégale a été détaillé. Ainsi, 160 gendarmes par jour ont été mobilisés pour empêcher d’autres festivaliers d’accéder au site. 4 525 personnes et 1 812 véhicules ont été contrôlés à l’arrivée ou à la sortie du teknival. L’opération a donc coûté 105 000 euros à l’État, assure la préfète.

    457 amendes forfaitaires ont ainsi été dressées, non pour la participation à cette fête géante mais pour détention de produits stupéfiants, détention d’armes blanches ou défaut d’assurance. 1 111 infractions au code de la route ont également été recensées pour « non-respect de l’arrêté préfectoral notamment ». Deux organisateurs ont été identifiés, interpellés et entendus pour l’organisation sans déclaration préalable d’un événement festif. Une quinzaine d’enceintes ainsi qu’un groupe électrogène ont aussi été saisis mais la sonorisation principale n’a pas pu être retrouvée dans son intégralité. Les pompiers sont également intervenus une dizaine de fois pour des malaises ou pour des chutes.

    L’autre point noir de ce teknival a été l’altercation survenue entre un riverain et plusieurs festivaliers. Ceux-ci ont tambouriné à sa porte en pleine nuit, ont tenté de pénétrer chez lui et se sont même baignés dans sa piscine. Après une bousculade, ils seraient aussi partis avec sa canne. « Quand on a appris cette histoire, on a essayé de retrouver ces personnes », raconte un organisateur. « Mais c’était impossible de savoir qui c’était. On a décidé de lancer une petite cagnotte entre nous pour lui renvoyer une canne. »

    Des propriétaires ont également déposé plainte, a annoncé Chantal Mauchet. Les communes concernées pourraient également saisir la justice dans les prochains jours. La préfète a par ailleurs annoncé qu’elle se constituerait partie civile pour obtenir le remboursement des moyens engagés.

  • Dans l’Hérault, une free-party pour s’opposer à la répression policière

    Dans l’Hérault, une free-party pour s’opposer à la répression policière

    Ils sont nombreux à descendre, à pied, en voiture ou en camion, du Causse du Mas neuf, entre Claret et Ferrières-les-Verrerie, vers Pompignan en ce lundi 8 juin. Yeux fatigués mais sourire aux lèvres, certains se sont effondrés sur les bancs publics pour reprendre quelques forces. Ces fêtards ont participé au teknival « Tankarville, la riposte des chaussettes sales ». « Je suis un passionné de musique et de fête. Il faut vraiment venir sur place pour comprendre l’ambiance », explique Nicolas*, un jeune d’une vingtaine d’années qui a déjà participé à des free parties un peu partout en Europe.

    Ce rassemblement illégal a débuté au petit matin du samedi 6 juin. Dans un jeu du chat et de la souris avec les forces de l’ordre après que la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet avait déclenché le plan « rave bleu », les festivaliers ont brouillé les pistes toute la nuit. Des centaines de voitures et camions s’étaient en effet rassemblées au nord de l’Hérault et dans le sud du Gard, avant de se rejoindre à Ferrières-les-Verreries vers 4 heures du matin. Sonos, amplis, scènes, château gonflable ont ainsi été rapidement installés. 160 gendarmes ont alors été dépêchés sur place et ont fermé les routes départementales pour empêcher l’accès au site (même aux journalistes !).

    Rassemblement antifa

    Pour accéder au teknival, il a donc fallu déposer sa voiture en bord de route et emprunter à pied les chemins dans la garrigue pendant près d’une heure. « Je l’ai fait samedi matin, à 5 heures du matin, en pleine nuit », témoigne un participant, tatoué de la tête aux pieds, une tente sur le dos, qui confirme avoir aidé d’autres festivaliers à sortir leur camion du fossé. Si la préfecture annonçait avoir contenu le rassemblement à 2 000 personnes, beaucoup estimaient plutôt le nombre de participants à 5 000.

    Guidé par la musique, il faut donc traverser des zones boisées pour apercevoir les premiers camions. Mais avant d’arriver, une voix résonne dans la forêt : « Si tu peux faire le tour, ici c’est une zone Natura 2000. » Max*, deux sacs-poubelles à la main ramassent tous les papiers toilettes de la zone. « Ce n’est pas le plus marrant mais on tient à laisser la zone propre. » Proche de l’organisation, Max s’est porté volontaire pour le bar et pour nettoyer le site. « La tuile ici c’est la zone Natura 2000. Mais on a rencontré un responsable du site avec qui on a pu échanger. Après, nous avons mis de la rubalise pour empêcher les gens de venir sur cette zone. Il y a aussi une petite fleur jaune qui est protégée donc on a essayé d’en parler, nous avons mis des photos au bar pour que les gens fassent attention. Après la fête, des équipes vont revenir sur le site pour nettoyer », explique-t-il sous le bourdonnement d’un drone qui surveille la zone.

    Participant à des free-parties depuis vingt ans, Max avait levé le pied ces dernières années mais a décidé de revenir face la nouvelle répression policière : « C’est un événement antifasciste et celui-ci avait un vrai message : nous nous opposons à la répression policière et à la loi que le gouvernement tente de passer parce qu’il est inconcevable que des gens aillent en prison pour avoir fait de la musique. » Pendant les trois jours de fête, la culture prônée par les organisateurs, qui se sont appuyés sur de la musique mais aussi du théâtre, des sculptures (dont l’une de 5 mètres de haut ou une autre appelée « la machine à laver les mascu ») et des feux d’artifice, arborait le message d’une opposition à la criminalisation des organisateurs portée par la loi Ripost. Tous reprenaient ainsi le slogan : « Sous les paillettes, la rage. »

    Au-delà de la répression, les teuffeurs voulaient aussi défendre un art de vivre qui s’extrait de la société consumériste et du capitalisme.

    * Les personnes interrogées souhaitaient rester anonymes.

  • Barjac m’en chante : un festival toujours plus ouvert

    Barjac m’en chante : un festival toujours plus ouvert

    Toujours soutenu par les collectivités, Barjac m’en chante porte la chanson française dans le nord du Gard. Dans un contexte où la culture est attaquée par les mairies d’extrême droite et où les subventions fondent comme neige au soleil dans de nombreux départements, le festival garde son identité et revendique sa capacité à ouvrir les consciences. « J’ai vraiment la chance d’être dans un endroit très privilégié car on est très soutenus par nos tutelles publiques. Par les temps qui courent, c’est assez rare », confirme Julie Berthon, directrice artistique du festival. « Maintenant, il faut que nous arrivions à donner envie au public de venir, de susciter la curiosité, de bien montrer que ce n’est pas un festival qu’on fait entre nous. La chanson est un vecteur populaire donc il faut franchir le premier pas pour ceux qui ne connaissent pas, et à coup sûr, ils reviendront. »

    Pour confirmer ce pari cette année, Julie Berthon s’est appuyée sur une programmation toujours aussi riche avec 30 concerts prévus tout en gardant les changements opérés ces dernières années qui ont bien fonctionné comme la dernière journée organisée exclusivement sous le chapiteau avec un concert surprise suivi d’un concert debout.

    Une édition féminine

    Côté programmation, c’est donc Vincent Dedienne qui ouvrira la première soirée samedi 25 juillet. L’acteur et humoriste, vainqueur de deux Molières de l’humour pour ses spectacles, s’est en effet essayé à la chanson en sortant un album l’an dernier intitulé Un lendemain soir de gala. « La démarche de Vincent Dedienne s’inscrit parfaitement dans l’histoire de Barjac m’en chante. Avec lui, la chanson a plein d’affinités avec le théâtre, avec l’écriture, avec la poésie. Cela montre aussi qu’il n’y a pas de frontières et que la chanson, c’est un moyen d’expression comme un autre. Vincent Dedienne parle beaucoup entre les chansons en y emmenant tout son savoir-faire d’homme de théâtre », précise Julie Berthon. Pour cette soirée d’ouverture, il sera accompagné de l’autrice compositrice et bassiste franco-québécoise, Marion Cousineau, qui allie chanson et slam.

    La directrice artistique du festival est aussi très fière pour cette 31e édition d’avoir pu composer une « programmation féminine » : « Il y avait la volonté d’arriver au moins à la parité concernant les artistes principaux. Mais l’équilibre homme-femme chez les musiciens est une catastrophe. Les femmes sont encore nettement minoritaires et ça va encore mettre des années avant que les musiciennes se sentent légitimes. »

    Lundi 27 juillet, Romain Didier, un habitué du festival, partagera la scène avec Alissa Wenz, « une chanteuse que j’aime beaucoup », reconnaît Julie Berthon. « Elle est aussi autrice, puisqu’elle a déjà écrit deux romans, dont un qui est paru assez récemment et que je conseille à tout le monde, qui s’appelle “Le désir dans la cage” ». La veille, Nicolas Moreau propose un spectacle original en reprenant les chansons les plus populaires du cinéma.

    Mardi 28 juillet, c’est au tour d’Hélène Piris d’occuper l’espace Jean-Ferrat, pour un spectacle engagé qui révèle l’absurdité de notre monde ultra-libéral et capitaliste. Cette critique se poursuivra avec le groupe « Les Goguettes, en trio mais à quatre », qui s’est fait connaître sur internet avec des reprises très politiques. Le 29, le double plateau accueillera l’univers musical et poétique de Louise O’sman puis le groupe Bonbon Vaudou, qui chante en français et en créole. « C’est une petite entorse mais on reste dans la francophonie. Je suis vraiment très contente qu’on ouvre tous nos oreilles à ces chansons », explique Julie Berthon.

    En plus de cette programmation d’artistes connus et reconnus, dix artistes « découverte » joueront sous le chapiteau durant les six jours du festival avec des styles éclectiques comme le slam de Lémofil ou la pop de Melba (les deux programmés le mercredi 29 juillet). Trois spectacles jeunes publics auront aussi lieu dans la salle Anne-Sylvestre de l’école municipale.