Tag: Gard

  • Occitanie : ces particules dans l’air qui ne sentent pas bon

    Occitanie : ces particules dans l’air qui ne sentent pas bon

    On en boit, on en mange et désormais grâce à cette étude, on sait qu’on en respire. » On s’en doutait fortement et c’est maintenant avéré. En plus d’être présents dans l’eau et les sols, les pesticides, perturbateurs endocriniens et Pfas sont massivement présents dans l’air en Occitanie comme ailleurs.

    Menée en 2024-2025, une étude nationale de l’agence Atmo vient de révéler ses résultats qui pour le moins interrogent. Selon les prélèvements effectués dans 10 sites d’Occitanie représentatifs des différentes structures de territoires (grandes cultures, polyculture, viticulture, urbain…), notre « multi-exposition saisonnière » est avérée, résume Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie, structure indépendante qui se définit comme un tiers de confiance pour les citoyens, garant de l’intérêt général.

    Sur les 191 molécules recherchées dans l’air, la présence de 103 d’entre elles est avérée. Dans le détail, on trouve la trace dans tout ou partie des sites de 42 pesticides sur 87, 48 perturbateurs endocriniens sur 53 et 13 substances per et polyfluoroalkylées sur 51 plus connues sous le nom de « Pfas ou polluants éternels ». Il peut par exemple s’agir de fongicides, herbicides, insecticides, dégradés de combustion, de composés plastiques, répulsifs utilisés dans les produits d’hygiène…

    À noter que les perturbateurs endocriniens et les Pfas se retrouvent dans la totalité des sites testés en France, ce qui laisse penser que « ces molécules sont présentes dans l’environnement », résume Dominique Tilac, directrice générale d’Atmo Occitanie.

    Des cancers du poumon chez des non-fumeurs

    Que signifient ces résultats ? Eh bien c’est désormais aux scientifiques de s’en saisir et de le dire. Le but du lanceur d’alerte étant d’alerter les pouvoirs publics, pas d’affoler la population. « C’est une démarche scientifique, on doit passer du questionnement à la connaissance », insiste Émilie Dalix. Elle rappelle qu’« un adulte respire 15 litres d’air par jour ». Et que la loi LAURE (1996) garantit que « chacun a le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé ».

    Au cœur du projet Paddle soutenu par l’Anses, Health data hub et coordonné par le CHU de Toulouse, le Pr Valentin Héluain tente d’établir précisément les liens entre pollution de l’air et cancer du poumon dont 20 à 25% proviennent chez des non-fumeurs, insiste-t-il. « On recherche les liens épidémiologiques de cause à effet entre une exposition environnementale et une maladie », résume le pneumologue et oncologue.

    Quand bien même certaines molécules se retrouvent loin des champs ou des usines, les secteurs agricole et industriel sont aussi invités à se saisir des résultats, comme pour les fumées par le passé. « Avant il y avait dans l’air du plomb et le souffre des carburants. On a moins de particules fines aujourd’hui. On peut agir sur la qualité de l’air », positive Dominique Tilac. Comme souvent tout est question de volonté politique. La santé publique doit primer sur l’économie.

  • [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    À Villeneuve-lez-Avignon, les crimes auront bientôt l’accent de Hambourg, de Varsovie ou des Balkans. Du 4 au 8 novembre, le Festival du Polar investit pour sa 22e édition les salles et les cloîtres de la Chartreuse, mais aussi les rues de la cité gardoise. Cette année, l’invitation au voyage prend la direction de l’Europe de l’Est, terre d’espions, de frontières mouvantes et de secrets enfouis.

    Pour guider les lecteurs dans ces « Mystères de l’Est », deux écrivains sont associés : l’Allemande Simone Buchholz, qui fait arpenter les bas-fonds de Hambourg à son enquêtrice Chastity Riley, et le Polonais Zygmunt Miloszewski, dont les intrigues sondent les blessures de l’Histoire. Le roman noir devient alors une manière d’explorer les sociétés, leurs fractures et leurs mémoires. Vendredi, Miloszewski embarquera sur le bateau Le Mireio avec son traducteur Kamil Barbarski pour une rencontre consacrée à la littérature polonaise. La rencontre « Nouvelles frontières, vieux crimes », dimanche 8 novembre, suivra notamment cette piste avec le Croate Jurica Pavičić et le Serbe Oto Oltvanji.

    Près de trente auteurs viendront à la rencontre du public, parmi lesquels Bernard Minier et Pierre Lemaitre, qui vient de publier Les Belles promesses. Le prix Goncourt 2013 échangera samedi 7 novembre à 14h avec Miloszewski sur la place du passé dans leurs fictions, avant une rencontre qui lui sera consacrée le dimanche à 10h. Les éditions indépendantes Agullo, qui célèbrent leurs dix ans, seront également à l’honneur avec plusieurs auteurs européens de leur catalogue. Tables rondes, discussions et dédicaces feront battre le cœur du festival tout le week-end. Le Prix des lecteurs sera remis samedi à 10h, parmi sept romans en lice.

    Quand le lecteur devient enquêteur

    Mais il serait dommage de garder le nez dans les livres : à Villeneuve, le polar se vit aussi grandeur nature. Dès mercredi 4 novembre, une « reading party » invitera les participants à partager un moment de lecture silencieuse à la Maison Bronzini. Vendredi, direction le planétarium du Parc du Cosmos, aux Angles, pour une lecture immersive de La Station, thriller spatial du Polonais Jakub Szamałek. Et sur le bateau Le Mireio, un bal littéraire mêlera récit noir écrit en vingt-quatre heures, musique live et danse.

    Samedi, les visiteurs pourront jouer les détectives : une « murder party » transformera l’hôtel de la Magnaneraie en scène de crime, tandis que les enquêtes familiales entraîneront petits et grands dans les rues de la ville. Les cinéphiles découvriront le vendredi Un grain de vérité, adapté d’un roman de Miloszewski, puis le samedi Head On de Fatih Akin et La Vie des autres, plongée dans la surveillance en Allemagne de l’Est.

    Le festival expose enfin les photographies du Polonais Hubert Humka sur le devenir des corps après la mort, à la tour Philippe-le-Bel, et retrace à la Chartreuse les débuts de la police scientifique. De quoi rappeler que derrière les énigmes et les frissons, le polar sait aussi raconter le monde. Et parfois mieux que de longs discours.

    Rencontres et dédicaces en accès libre. Certaines animations sont payantes ou sur réservation. Programme sur polar-villeneuvelezavignon.fr.

  • [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir signé ce manifeste ?

    Benoît Roig : Depuis des années, on nous impose de nouvelles charges sans les compenser. Nous les absorbons sur nos crédits, au détriment du service public. Il y a quelques années, 20% des universités étaient dans le rouge ; aujourd’hui, c’est 80%. À Nîmes, pour la première fois en 2025, un indicateur financier est passé au rouge. Les étudiants dénoncent aussi le manque de moyens. On parle de tout, sauf de la jeunesse, alors que c’est elle qui fera vivre le pays demain.

    Comprenez-vous les blocages et la colère des lycéens et des étudiants ?

    B.R. : Le mal-être des lycéens est profond. Dès la seconde, ils doivent choisir des spécialités qui vont conditionner leur avenir, sans toujours savoir ce qu’ils veulent faire. Puis viennent Parcoursup, la peur de ne pas être accepté et les inquiétudes sur l’emploi. On a fait de Parcoursup le bouc émissaire de tout. C’est un très bon outil, mais il faut améliorer sa transparence. L’abroger ne résoudra pas le problème de fond. Quand les jeunes tentent de discuter sans être entendus, ils finissent par bloquer. C’est un processus logique, même si les présidents d’université ne peuvent pas répondre à des revendications nationales.

    Vous estimez que c’est l’ensemble du système éducatif qui doit changer ? Par où commencer ?

    B.R. : Il faut réunir tous les acteurs de l’éducation, du secondaire à l’université, en écoutant les premiers concernés. La réforme du lycée a été menée sans consulter les universités. Résultat : certains jeunes choisissent des spécialités qui ne les préparent pas aux études envisagées. En santé, certains découvrent trop tard l’importance de la physique ; en STAPS, d’autres s’attendent à passer l’essentiel de leur temps sur le terrain. Une meilleure orientation éviterait ces désillusions. On nous demande d’assurer la continuité lycée-université, mais chacun ne peut pas travailler dans son coin. À Nîmes, nous réunissons déjà professeurs de lycée et enseignants-chercheurs et organisons des immersions dès la seconde. Les solutions existent sur le terrain, mais les décisions tombent d’en haut. Nous découvrons parfois les annonces dans la presse ou par des influenceurs ! Nos dirigeants semblent déconnectés de la réalité du terrain.

    Que révèle la précarité étudiante à Nîmes ?

    B.R. : Nous avons 53% de boursiers, contre 34,5% en France en 2020. C’est dur d’étudier dans de bonnes conditions quand on n’a pas soi-même de bonnes conditions de vie. Notre taille nous permet d’être proches des étudiants et d’installer des distributeurs de protections périodiques ou de produits d’hygiène, c’est loin d’être le cas pour toutes les universités. Mais on multiplie les « bricolages » locaux, au lieu de généraliser des solutions connues. À Nîmes, les moyens par étudiant représentent seulement la moitié de ce qu’ils devraient être. Je ne réclame même pas un doublement de notre budget : une augmentation de 10% permettrait déjà de faire beaucoup. Depuis 2019, je me bats pour que cette sous-dotation soit enfin corrigée.

    Qu’attendez-vous de l’État
    à l’approche de la présidentielle de 2027
     ?

    B.R. : Un milliard d’euros pour remettre les universités à flot. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. Je ne suis pas d’accord : Ce sont des choix. On peut mieux contrôler certains établissements privés lucratifs financés par l’apprentissage et revoir le crédit d’impôt recherche. Nous demandons aussi des états généraux de la jeunesse pour repenser tout le parcours éducatif. Ma crainte, c’est la démagogie : promettre de supprimer Parcoursup ou d’ouvrir des places sans expliquer comment. Il faut une réflexion de fond, avec ceux qui vivent ces difficultés.

  • Les opposants aux maires RN du Gard tentent de garder de la voix

    Les opposants aux maires RN du Gard tentent de garder de la voix

    Trois élus dans le Gard bataillent chaque semaine face à la gestion municipale de l’extrême droite. Jérôme Jackel à Bagnols-sur-Cèze, Magali Nissard à Vauvert et Luc Perrin à Beaucaire. Le premier est un soutien de François Ruffin, la deuxième est socialiste et le troisième ne revendique aucune étiquette politique. Ils ne se connaissent pas, n’échangent pas et pourtant, ils mènent le même combat face à une extrême droite qui, en huit mois de gouvernance, s’en est pris à la culture, aux subventions aux associations et parfois aux locaux syndicaux comme à Bagnols.

    Aujourd’hui, ils se battent surtout pour faire entendre la voix de leurs électeurs qui n’ont pas abdiqué face à l’extrême droite. Mais en face, les élus RN tentent de museler l’opposition. « Lors du conseil municipal du mois de juin, Nicolas Meizonnet nous a attaqués de manière virulente sur notre gestion en disant que nous sommes des LFIstes », illustre Magali Nissard. « Le ton est monté après ces attaques. Après la levée du conseil, son directeur de cabinet a provoqué l’opposition. Physiquement, il ne s’est rien passé mais c’était très tendu. Au conseil municipal suivant, nous avons été obligés de rappeler que nous voulons exercer notre droit d’opposition dans le respect et dans le calme, que nous avons le droit de nous interroger et de poser des questions. Nous avons été élus pour cela, c’est notre devoir. »

    À Vauvert, comme à Bagnols, le maire Nicolas Meizonnet communique à tout-va sur les finances de la commune qu’il juge catastrophiques. En conseil municipal, il a par exemple présenté l’audit financier réalisé, sans communiquer les éléments au préalable à l’opposition qui n’a donc pas pu formuler de réponse argumentée. « Je vais saisir la préfecture car dans le règlement intérieur, il est noté que pour chaque délibération à connotation financière, la commission finance doit se réunir et donner son avis. Je suis membre titulaire de cette commission qui ne s’est jamais réunie puisque je n’ai jamais été convoquée », précise Magali Nissard qui va distribuer des tracts pour expliquer la situation financière de la commune.

    Deux recours déposés

    À Bagnols-sur-Cèze, Jérôme Jackel, déjà élu d’opposition face à Jean-Yves Chapelet lors du précédent mandat, connaît son rôle par cœur tout comme son règlement intérieur. « À la suite du conseil municipal du 23 septembre, j’ai engagé un recours devant le tribunal administratif de Nîmes afin de demander l’annulation du nouveau règlement intérieur. Lors de cette séance, j’avais présenté de nombreuses propositions d’amendements destinées à améliorer le fonctionnement démocratique de notre assemblée et à garantir les droits de tous les conseillers municipaux, particulièrement ceux de l’opposition. Or, Pascale Bordes a décidé de soumettre le règlement intérieur au vote sans organiser de vote distinct sur les amendements proposés. À quoi sert le droit d’amendement des élus si leurs propositions peuvent être écartées sans être soumises à la décision de l’assemblée ? », précise Jackel qui n’a pas non plus pu écrire dans le magazine municipal puisqu’aucune édition n’a été diffusée depuis l’élection de Pascale Bordes.

    Plus au sud, à Beaucaire, c’est justement la place accordée à l’opposition dans le magazine communal, sur Facebook et sur le site internet qui a fait bondir Luc Perrin. Suite au vote du conseil municipal sur le règlement intérieur le 22 juillet, l’élu d’opposition a attaqué cette délibération au tribunal administratif. Mais deux jours avant cette audience en référé prévue le 2 octobre, la municipalité beaucairoise a décidé d’annuler le règlement intérieur car « ils étaient sûrs de perdre ». « Aujourd’hui je suis sûr à 95% d’en déposer un nouveau d’ici un mois mais il faut que je sois sûr de gagner sinon c’est 1 500 euros de ma poche », explique Luc Perrin, prouvant avec cet exemple toute la difficulté du rôle d’élu d’opposition, surtout face au RN.

    Mais malgré ces obstacles et les nombreux messages haineux reçus sur les réseaux sociaux, les élus d’opposition au Rassemblement national dans le Gard n’ont pas dit leur dernier mot et comptent bien se faire entendre durant les six ou sept ans de leur mandat.

  • Aux halles de Nîmes, le changement se prépare avec les étaliers

    Aux halles de Nîmes, le changement se prépare avec les étaliers

    Institution nîmoise depuis 1884, les halles ont besoin d’un sérieux coup de neuf. Mais comment moderniser ce marché emblématique sans lui faire perdre son âme ni fragiliser les commerçants qui le font vivre ? C’est l’équation à laquelle s’attaque Vincent Bouget. Ainsi, le 12 octobre, le maire et son adjoint au commerce Emmanuel Bois ont rencontré les quelque 70 étaliers pour présenter leurs engagements.

    Première garantie : les halles resteront en régie publique, conservant leur vocation de marché alimentaire. La municipalité entend privilégier les travaux de sécurité, de mise aux normes et d’amélioration des conditions de travail plutôt qu’un coûteux projet d’embellissement. Le premier chantier concret sera la gestion des déchets, devenue un véritable casse-tête pour les commerçants. La Ville prévoit de rénover le local insalubre dès le début de l’année 2027 et de reprendre l’organisation de la collecte, confiée à un prestataire.

    Rénover sans fermer

    Le chantier le plus délicat reste celui de la rénovation générale du bâtiment. La municipalité promet de limiter les perturbations de l’activité commerciale, mais aucun calendrier ni scénario de travaux n’est encore arrêté. Autre inquiétude majeure : l’avenir des étaliers, dont les autorisations d’occupation arrivent à échéance fin 2029. La Ville souhaite examiner chaque situation pour favoriser leur maintien, sans pouvoir garantir un renouvellement automatique. « On a senti une réelle volonté de concertation et de dialogue, ça change », salue malgré tout V. Vergne, président des étaliers. Un prestataire doit être désigné d’ici la fin de l’année pour accompagner une concertation élargie. Reste désormais à transformer les engagements en décisions concrètes, dans un dossier qui concerne quelque 300 emplois. A.J

  • Et si la géopolitique devenait féministe ?

    Et si la géopolitique devenait féministe ?

    L’envahissement de l’Ukraine par Vladimir Poutine en février 2022 m’a poussée à écrire parce qu’à l’époque, j’ai été très choquée par tous les commentaires de spécialistes en géopolitique sur les plateaux, que je confrontais, qui voulaient m’expliquer la rationalité derrière l’invasion de Poutine alors que j’étais convaincue que cet acte n’était pas rationnel et s’expliquait par une idéologie », lance la députée européenne gardoise.

    Cette idéologie, c’est le patriarcat, dont découle la « culture géopolitique du viol » théorisée pour la première fois par Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de France auprès de l’Otan. « C’est une objectivation d’un peuple, comme si c’était une proie. L’Ukraine serait la possession de Poutine et de la Russie, et elle ne peut pas librement faire des choix pour son avenir. Deux semaines avant d’envahir l’Ukraine, Poutine avait dit en parlant de l’Ukraine : “que tu le veuilles ou non, ma jolie, il faudra supporter” », rappelle Chloé Ridel. D’ailleurs, elle tisse un lien saisissant entre la définition de la guerre – qui vise à contraindre un adversaire par la force – et celle du viol.

    Géopolitique,

    par et pour les hommes

    Dans son livre, la conseillère municipale de Nîmes détaille l’agression russe, l’idéologie de Poutine et les conséquences pour son pays qui a fait de la puissance une marque de fabrique, au détriment d’une véritable politique sociale, n’épargnant pas les hommes. « L’espérance de vie des hommes russes à 15 ans est d’environ 54 ans », illustre-t-elle. Dans cet essai, Chloé Ridel détaille ainsi les conséquences des investissements dans l’armée au détriment du bien-être des populations.

    Dans cet ouvrage qui aborde également le viol comme arme de guerre, Chloé Ridel tente surtout d’illustrer « un angle mort des relations internationales » : « Ce que doit la violence des relations internationales à l’idéologie viriliste, masculiniste, qui s’incarne non seulement dans de nombreux dirigeants autoritaires à travers le monde mais aussi dans la théorie même des relations internationales et dans la façon dont on pense la puissance et la compétition. » Que ce soit chez les analystes sur les plateaux de télévision ou chez les dirigeants internationaux, les femmes restent en effet sous-représentées. « Il n’y a que 11% de femmes cheffes d’État à travers le monde », rappelle-t-elle.

    Chloé Ridel s’emploie à défaire les arguments de l’école « réaliste » des relations internationales, qui affirme que la morale n’a pas sa place dans les relations entre États qui agissent en fonction de leurs intérêts définis en termes de puissance. Une école qui s’appuie sur la maxime : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » Chloé Ridel défend de son côté une vision solidariste des relations internationales où la paix serait synonyme de sécurité et de développement. Elle s’appuie pour cela sur des contre-modèles comme l’ancienne première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern ou la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, qui défendent la paix, le dialogue, la solidarité, le soin, la coopération. Des valeurs que les dirigeants masculinistes attribuent aux femmes et donc à la faiblesse.

    « Face à la mouvance masculiniste qui progresse, on est obligé d’engager une contre-révolution que j’appelle “géoféministe”. Je considère que l’émancipation des femmes et des filles est une politique de sécurité, est une priorité de notre défense pour construire la paix demain et qu’il faut qu’on y alloue des moyens et de l’importance politique », résume l’autrice.

    * Géoféminisme, Si tu veux la paix, prépare l’égalité. 192 pages. Éditions Stock. 19 euros.

    « Il n’y a que 11% de femmes cheffes d’État
    à travers
    le monde. »

  • Le premier mémorial des harkis en France va naître dans le Gard

    Le premier mémorial des harkis en France va naître dans le Gard

    C’est un projet unique en France que porte aujourd’hui le Gard rhodanien. En effet, si le mémorial du camp de Rivesaltes aborde l’histoire des harkis, il traite aussi de toutes les populations (républicains espagnols, juifs, tsiganes, prisonniers de guerre) enfermées sur ce site. Pour la première fois en France, un site sera donc uniquement consacré à la mémoire des harkis, 64 ans après les accords d’Evian. Preuve que cette histoire reste douloureuse et finalement méconnue.

    Ce mémorial va sortir de terre à Saint-Maurice-l’Ardoise près de Bagnols-sur-Cèze, commune qui a accueilli un camp de harkis jusqu’en 1976. Construit durant la Seconde Guerre mondiale, celui-ci a accueilli les premières familles le 29 octobre 1962. Pendant plus d’une décennie, il va abriter plusieurs centaines de familles et devenir, au fil des années, un lieu de mémoire pour les descendants des harkis. Ce site va connaître un retentissement national après 2021 et la découverte d’un cimetière oublié composé de 27 tombes d’enfants. Une stèle pour rendre hommage à ces enfants a par la suite été inaugurée le 24 septembre 2024.

    Symboliquement, la Communauté d’agglomération a souhaité organiser la présentation de ce mémorial jeudi 29 octobre, soit 64 ans exactement après l’arrivée des premières familles. « Cette histoire singulière, profondément liée à notre territoire, constitue une part essentielle de notre mémoire collective », souligne Christophe Serre, le président de la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien. « Ce mémorial s’inscrit dans notre responsabilité commune de reconnaître cette histoire, de la transmettre aux générations futures et de donner toute leur place aux témoignages de celles et ceux qui l’ont vécue. Ce mémorial dépasse la seule dimension commémorative. Il est un lieu de mémoire, de connaissance et de transmission. Un lieu ouvert à tous, permettant de mieux comprendre l’histoire singulière des harkis et de leurs familles, mais aussi d’interroger les valeurs de solidarité, de dignité et de fraternité qui fondent notre République. »

    Des baraquements reconstitués

    Après une large concertation avec d’anciens habitants, des familles et des historiens autour d’ateliers en 2024, le projet a finalement pris forme ces derniers mois. Il s’articule autour de trois lieux répartis sur 7 500m2 : une partie consacrée à l’exposition permanente, une pour la reconstitution de baraquements et la dernière pour un parcours mémoriel extérieur.

    Avant de rejoindre l’espace exposition, les visiteurs seront accueillis sur un parvis composé de silhouettes de harkis et de scènes de la vie quotidienne en photogravure sur les voiles de béton. L’exposition permanente abordera ensuite l’histoire des harkis d’une manière chronologique. Elle sera composée d’un film sur le parcours d’un enfant harki de 1962 à 1975, d’une grande frise relatant l’histoire du camp, d’archives de l’INA, de panneaux et d’écrans interactifs.

    Deux baraquements, ces abris de fortune construits dans ce camp sous-dimensionné par rapport au nombre de familles présentes et dont les fondations étaient encore présentes sur le site, seront aussi reconstitués. L’un représentera un logement avec du mobilier d’époque. L’autre s’appuiera sur « les photographies de Robert Virgitti » pour montrer une salle de classe dans l’école du camp avec là aussi « du mobilier acheté ou récupéré puis restauré : cantine en fer, poêle Godin, table en Formica, pupitres doubles d’écoliers, estrade et bureau de maître ». Enfin, le parcours mémoriel extérieur, accessible en déambulation libre, est constitué de « dix piliers de mémoire porteurs des témoignages » qui guideront le visiteur jusqu’à la stèle.

    Ce projet a été évalué à plus de 3,5 millions d’euros. Pour le financer, la Communauté d’agglomération peut compter sur un soutien de l’État (40%, soit 1,4 million d’euros), la Région (20%) et le Département (20%). La consultation des entreprises doit désormais se tenir au premier trimestre 2027 suivie de la pose de la première pierre. Les travaux doivent donc débuter l’an prochain pour une ouverture au public prévue à la rentrée 2028.

  • La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    Les colères ne sont pas près de s’éteindre sur le terrain social et les interdictions de manifester et autres couvre-feux n’y font rien. Les jeunes sont décidés à maintenir la pression sur le gouvernement et le chef de l’État, Emmanuel Macron.

    Ce dernier a fini par vaciller : Après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé lundi 26 octobre plusieurs mesures pour tenter d’éteindre le mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, dont le remplacement en 2028 de la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Insuffisant pour l’organisation syndicale Mouvement lycéen : « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas », a-t-elle réagi mardi 27 octobre dans un communiqué. C’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays. » Interviewé mercredi 28 octobre sur la chaîne Youtube du média HugoDécrypte, le chef de l’État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » lors de la rentrée de ce lundi 2 novembre, après plus d’un mois de mobilisation qui s’est élargie à d’autres revendications sociales. Et il a eu, pour la première fois, un mot de « compassion » pour les jeunes manifestants blessés par les forces de l’ordre, alors que le niveau de répression a passé un cap .

    Les organisations de jeunesse seront aux côtés de l’intersyndicale qui organise, jeudi 5 novembre, une journée de grèves et de manifestions dans tout le pays à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa et de la FSU. Cinq organisations représentants l’essentiel des travailleurs du public et du privé. Pour la CGT, « le projet de budget tourne le dos à la jeunesse et à ses revendications légitimes ». Plus largement « les choix du gouvernement vont encore peser sur nos vies et nos droits : se soigner correctement, vivre dignement de son salaire ou de sa pension, compter sur des services publics accessibles sur tout le territoire… ce sont des droits essentiels à garantir, pas des économies à réaliser ». Pour les syndicats, il s’agit de proposer un contre-récit à celui distiller par la macronie, la droite et l’extrême droite notamment sur la dette publique. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais des milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », réplique la CGT. Et de mettre l’accent sur la répartition des richesses. « D’un côté, les aides publiques aux entreprises ont fortement progressé et atteignent plus de 200 milliards d’euros par an. De l’autre, les sommes versées aux actionnaires battent des records, avec plus de 60 milliards d’euros ces 6 premiers mois pour le CAC 40. La question est de savoir à quoi il sert car seul notre travail crée les richesses, elles doivent profiter à toutes et tous pour vivre » argumente la centrale de Montreuil. Pour la CFDT « l’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas, il est temps de remettre la justice sociale au cœur des choix économiques ». Dans l’Hérault et le Gard, plusieurs manifestations sont prévues notamment à Montpellier, Sète, Béziers, Nîmes et Alès.

    Les manifs du 31 octobre et du 5 novembre

    Samedi 31 octobre

    Hérault : Montpellier, sit-in 14h devant la mairie. Béziers, 10h30 manif départ place David-d’Angers, sit-in devant la mairie. Gard : Nîmes, sit-in 14h devant la mairie, manif 14h Jardins de la Fontaine.

    Jeudi 5 novembre

    Gard : Alès 10h devant la sous-préfecture, Nîmes 14h, bas de l’avenue Jean-Jaurès. Hérault : Montpellier, 14h, place Albert-Ier, Béziers, 10h30, Bourse du travail, Lunel, 11h30, place de la République, Sète, 10h30, place de la mairie.

  • [Viticulture] Le Modef réclame des prix planchers

    [Viticulture] Le Modef réclame des prix planchers

    « La production cette année correspond à celle du début des années 1980 », lance en guise d’avertissement Didier Gadea. Réuni à la chambre d’agriculture du Gard jeudi 22 octobre, le Modef a dressé un bilan peu réjouissant de la situation de la viticulture française. « Depuis 20 ans, les rendements, la production de vin et le nombre d’hectares de vignes n’ont fait que baisser. Il y avait 800 000 hectares de vignes en France il y a 20 ans pour une production de 60 millions d’hectolitres. En 2024, ce sont 733 000 hectares et aujourd’hui, ce sont 673 000 hectares pour une production quasiment divisée par deux », poursuit le président du Modef dans l’Hérault.

    Cette année, Didier Gadea distingue deux bilans bien distincts. D’un côté, l’arc méditerranéen et le Languedoc qui ont connu moins de sécheresse et moins de maladies et qui s’en sortent donc avec une production supérieure de 30% par rapport à l’an dernier. Pour le reste de l’Hexagone, « la perte de récolte va de -30% à -70% due à la sécheresse et à la canicule ».

    Contre l’arrachage

    Le syndicat explique cette baisse de production par les conditions climatiques mais aussi par la politique d’arrachage lancée par le gouvernement, qui a atteint « 57 000 hectares sur les 100 000 prévus ». Une politique qui pourrait être renouvelée l’an prochain et qui hérisse Didier Gadea : « Nous, nous y opposons car c’est la destruction de l’outil de production alors que la viticulture c’est 130 000 équivalents temps plein en France et 20% de l’agriculture alors qu’elle occupe seulement 3% de la surface agricole. Surtout, on remarque que cette politique ne porte pas ses fruits puisque des caves coopératives continuent de fermer et des vignerons en cave particulière cessent leur activité. »

    Face à « ce désastre social », le Modef souhaite au contraire repartir à l’offensive en changeant le modèle économique. Pour lui, le principal problème reste la marge ponctionnée par les intermédiaires et leur mainmise sur les prix. Si le syndicat réclame une augmentation du budget de la Politique agricole commune (PAC) qui est actuellement en négociation, il réclame surtout « l’abandon de l’OCM vin spécifique » (l’organisation commune des marchés vitivinicoles, régie par l’Union européenne). Il demande ainsi une augmentation « des aides à l’hectare pour les vignes plantées » qui éviterait selon lui « la cannibalisation » des aides de la PAC par les plus grosses structures.

    100 euros l’hectolitre minimum

    Le Modef souhaite surtout que les viticulteurs soient rémunérés à un juste prix pour leur production. « Avec des coûts de production à 1,20 euro le litre et un prix du vin acheté autour de 0,60 euro le litre, les viticulteurs ne vivent pas de leur travail », fustige Xavier Fabre, également viticulteur et président du Modef 30. Face à ce constat, le syndicat demande depuis des années l’instauration d’un prix plancher rémunérateur pour le viticulteur, fixé et garanti par l’État qu’il souhaite à 100 euros l’hectolitre pour les vins de table, 200 euros pour les vins IGP, 250 euros pour les vins AOP et 260 euros pour les vins bios. « C’est à partir de ces prix que les négociations des prix et des volumes pourront commencer », poursuit Xavier Fabre.

    Le Modef propose aussi une loi « anti-trust » pour casser le monopole privé des négociants de vin et favoriser le développement des plantations de cépages résistants. Concernant les mesures d’urgence face à la crise, il réclame également la nomination d’un « préfet coordonnateur » pour la viticulture, la prise en charge partielle ou totale des cotisations sociales de la MSA (Mutualité sociale agricole, la sécurité sociale agricole) et une aide à la trésorerie pour les viticulteurs de 7 000 euros.

  • Dans le Gard, un centre pour soigner les blessures invisibles

    Dans le Gard, un centre pour soigner les blessures invisibles

    Les blessures ne se voient pas toujours. Elles peuvent pourtant peser sur une vie entière. À Remoulins, sous les voûtes de l’ancien établissement thermal de Lafoux-les-Bains, la clinique du Pont du Gard vient d’ouvrir Hélios, un hôpital de jour consacré aux psychotraumatismes complexes. Son ambition : permettre aux patients de poursuivre leurs soins sans nouvelle hospitalisation complète.

    Violences sexuelles, maltraitances pendant l’enfance, violences conjugales, mais aussi négligences répétées : derrière ce terme médical se cachent des parcours marqués par des années d’insécurité. À la différence d’un traumatisme lié à un événement isolé, le psychotraumatisme complexe résulte d’expositions prolongées ou répétées. « Ces personnes vont essayer de s’adapter en se coupant de leur corps, de leurs émotions », explique le Dr Mehdi Ghozzi, médecin coordinateur de l’établissement. Plus tard peuvent surgir une estime de soi effondrée, des difficultés relationnelles, des douleurs chroniques ou des addictions. Des réactions que le psychiatre invite à comprendre comme des « mécanismes de survie, plutôt que comme des défaillances individuelles ».

    Depuis 2017, l’établissement, appartenant au groupe privé Emeis, développe une unité spécialisée d’hospitalisation complète. Quinze de ses 70 lits sont consacrés à ces troubles. Une prise en charge dont les besoins se sont accentués avec la libération de la parole des victimes. « Les demandes ont été particulièrement fortes lors du mouvement #MeToo », souligne le médecin. Mais le rétablissement ne suit pas le calendrier d’un séjour hospitalier. La stabilisation peut nécessiter plusieurs années, d’où ce nouveau dispositif pensé pour accompagner les patients dans la durée.

    Réapprendre à habiter son corps

    Lancé mi-septembre, Hélios a d’abord accueilli six patients, déjà connus des soignants. Le dispositif pourra en recevoir sept par cycle de cinq à six semaines, à raison de trois ou quatre demi-journées hebdomadaires. Dans les salles ouvertes sur un jardin, les ateliers collectifs mêlent psychoéducation, gestion des émotions, kinésithérapie, sophrologie, activité physique adaptée et expression artistique. L’objectif n’est pas de forcer le récit du passé, mais de trouver des points d’appui dans le présent.

    Au cœur de cette démarche, les exercices d’« ancrage » : reconnaître ce qui se passe en soi, reprendre contact avec ses sensations, retrouver un sentiment de sécurité lorsque des souvenirs traumatiques refont surface. « Ils apprennent ainsi à réguler leurs émotions et à faire face aux situations du quotidien », résume le Dr Ghozzi. Les notions sont reprises au fil des semaines, sans transformer une absence en échec. Les patients repartent avec des outils à réutiliser chez eux, dans leur quotidien.

    Ce soin à temps partiel ne remplace pas une psychothérapie individuelle. Il s’adresse à des personnes déjà suivies et suffisamment stabilisées pour participer à un groupe, surtout à proximité de Remoulins. Les professionnels espèrent ensuite associer les familles, développer des actions pour les jeunes adultes et former d’autres soignants. Autant de pistes pour faire reconnaître ces souffrances trop souvent invisibilisées. A.J.

    * Infos pratiques : Hôpital de jour Hélios, clinique du Pont du Gard, 2 avenue du Pont du Gard, à Remoulins. Renseignements au 04.66.37.66.37.