Tag: Gard

  • Les briquettes, un patrimoine de l’Uzège à redécouvrir

    Les briquettes, un patrimoine de l’Uzège à redécouvrir

    « Le constat que j’ai fait, c’est qu’il ne reste presque rien de cette histoire industrielle », regrette Brigitte Chimier, la conservatrice du musée Georges Borias. Pourtant, la fabrication de ces briquettes réfractaires, utilisées dans toutes les industries, a permis l’essor économique de l’Uzège au XIXe siècle.

    À l’époque, face à l’industrialisation du pays, une nouvelle utilité à l’argile locale est trouvée. « On savait depuis longtemps que l’argile ici était très résistante à la chaleur, puisque, apparemment, dès le Moyen-Âge, c’était un argument de vente pour les potiers d’ici, notamment ceux de Saint-Quentin-la-Poterie. Ils vendaient leur marmite un peu partout, y compris à Avignon auprès des papes, puisque leurs marmites tenaient mieux sur le feu, parce que l’argile était réfractaire », explique Brigitte Chimier. Pour construire des fours, les hauts fourneaux et des cheminées au XIXe siècle, les matériaux résistants à de très hautes températures sont recherchés. L’argile de l’Uzège, capable de résister jusqu’à 1 750°C, devient dès lors très prisée. Petit à petit, les potiers disparaissent dans la région laissant la place à une nouvelle utilisation de l’argile.

    Des briqueteries sont alors créées dans les villages, au plus près des gisements. Mais elles ne tiendront pas longtemps : de gros industriels décident de les racheter pour avoir la main sur la production. Finalement, ces briqueteries vont accompagner le déclin de l’industrie en France à partir de la deuxième moitié du XXe siècle. La dernière usine à Uzès ferme en 2003.

    Faire renaître le passé industriel

    Sauf que depuis plus de vingt ans, les briquettes, qui étaient toutes marquées par leur fabricant, disparaissent avec les destructions d’usine. Brigitte Chimier se met alors en quête d’en collecter pour présenter cette histoire industrielle aux habitants. De nombreux dons affluent de personnes qui ont récupéré ces briquettes dans leur jardin ou lors d’une visite. Et les marquages réalisés par les industriels permettent d’estimer le lieu et l’année de production.

    L’exposition* retrace ainsi à travers ces briquettes l’histoire de l’industrie de l’Uzège. « Nous avons des panneaux qui expliquent l’histoire de ces différentes briqueteries, des échantillons des productions des différentes usines et un peu d’outillage aussi, notamment les outils des mineurs de terre, puisqu’avant de fabriquer les briques, il fallait trouver de l’argile, c’était le métier des mineurs de terre. Nous avons aussi beaucoup de documents d’archives. Et nous proposons également un regard artistique, puisqu’on a la chance d’avoir toute une série de photographies d’anciennes briqueteries réalisées par Dominique Claret. On sent à travers ces photos la force des lieux et tout le poids de cette mémoire », détaille Brigitte Chimier. Le tout est à retrouver au musée Georges Borias jusqu’au 31 décembre.

    * Ouvert du mercredi au dimanche (de 14h à 18h). Fermé les 31 octobre-1er novembre et le 25 décembre. Entrée : 3 euros, gratuit pour les moins de 15 ans.

  • Un complot se trame dans les Arènes de Nîmes !

    Un complot se trame dans les Arènes de Nîmes !

    Retour à Nemausus, un soir de spectacle antique : les gradins grondent, les flambeaux crépitent et des murmures suspects circulent en coulisses. Recrutés dans la garde d’élite du magistrat, les visiteurs ont une mission : déjouer une conspiration. Casque aux oreilles, tablette en main, les enquêteurs avancent en équipes de deux à cinq, au fil d’indices sonores et d’énigmes. Entre escape game et fiction historique, « Complot aux Arènes » offre une façon originale de redécouvrir le monument de nuit.

    15€ adultes, 11€ pour les 7-17 ans. Réservation sur le site des Arènes.

  • Vaucluse : le pont de Roquemaure fermé pour travaux

    Vaucluse : le pont de Roquemaure fermé pour travaux

    À noter que la semaine précédente déjà – du 19 au 23 octobre –, la circulation sera alternée entre 9h et 16h. Pendant la fermeture, une déviation sera mise en place. Depuis le Vaucluse, les automobilistes et chauffeurs de poids lourds souhaitant rejoindre le Gard devront passer par Caderousse, puis Codolet, récupérer la RN 580 à Orsan, rejoindre Saint-Laurent-des-Arbres avant de reprendre la direction de Roquemaure. Et inversement depuis le Gard vers le Vaucluse.

  • Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Ce n’est pas un nouveau guichet de psychiatrie. Et c’est justement tout l’enjeu. Mercredi 7 octobre, au Centre des congrès, Nîmes installe son Conseil local de santé mentale (CLSM), un espace où doivent enfin se parler celles et ceux qui travaillent trop souvent chacun dans leur couloir : soignants, travailleurs sociaux, associations, éducateurs, acteurs du logement, de la culture ou du sport, proches et personnes directement concernées. Le dispositif n’a pas vocation à suivre des situations individuelles, mais à construire des réponses collectives à l’échelle de la ville.

    Le chantier est loin de partir de zéro : une enquête menée en 2025 par les sociologues Christian Laval et Pauline Rhenter, complétée par plusieurs temps collectifs, a mobilisé près de 200 participants. Et à Nîmes, le constat est rude : en 2023, 51,6 habitants sur 1 000 étaient pris en charge pour une maladie psychiatrique, contre 40,2 au niveau national.

    « Il est hors de question d’organiser la prise en charge de la santé mentale comme si elle était isolée », insiste Olivier Bénézet, conseiller municipal délégué à la santé mentale et à la lutte contre les addictions. Et le rapport de préfiguration lui donne du grain à moudre : 31% des Nîmois vivent sous le seuil de pauvreté, et jusqu’à 70% dans certains quartiers prioritaires. Logement, revenus, droits sociaux, travail, scolarité, isolement : la santé mentale est aussi une affaire de conditions de vie.

    Recoudre les parcours

    C’est là que le CLSM doit tenter de recoudre les parcours. « L’objectif est de mieux connaître les ressources existantes à Nîmes, de repérer les besoins du territoire et de faire travailler ensemble des acteurs qui interviennent parfois séparément », résume Bénézet. Car l’enquête de préfiguration pointe moins une absence de dispositifs qu’un système où ceux-ci peinent encore à se coordonner : sorties d’hospitalisation sans relais, délais d’attente, accès aux droits complexe, ruptures de logement ou manque de continuité entre psychiatrie, médico-social et secteur social.

    Une première feuille de route est attendue au premier trimestre 2027. Parmi les pistes déjà avancées : former davantage de professionnels aux premiers secours en santé mentale, rendre les dispositifs plus lisibles, prévenir les ruptures d’accompagnement ou mieux prendre en compte l’expérience des personnes concernées. « Il faut prendre conscience qu’on peut s’occuper de notre santé mentale comme on s’occupe de notre santé en général », souligne Sandrine Haas, coordinatrice du projet territorial de santé mentale du Gard.

    Le lancement pendant les semaines d’information sur la santé mentale doit aussi permettre d’ouvrir le sujet au-delà des cabinets médicaux, à travers une trentaine de rendez-vous mêlant ateliers, expositions et débats jusqu’au 18 octobre. « Je vois ce collectif comme un engrais, un faiseur d’idées, un faiseur de liens », conclut Haas, pour faire de la santé mentale une affaire de cité, et plus seulement de spécialistes.

  • Les raisons d’un été touristique en retrait comparé à 2025

    Les raisons d’un été touristique en retrait comparé à 2025

    Le bilan touristique global de cet été (juin-septembre) affinera l’analyse mais on a déjà une idée précise du reflux observé en Occitanie en juillet puis août comparé à la saison 2025. Un retrait documenté par le Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) et l’agence Ad’Occ de la Région qui indique que seuls 54% des professionnels estiment leur activité satisfaisante en août : soit 13 points de plus qu’en juillet mais 14 de moins qu’en août 2025.

    Sur les 820 verbatims recueillis au sujet du mois d’août, trois causes principales reviennent spontanément dans la bouche des professionnels du secteur. D’abord les effets néfastes de la canicule. Il faut savoir qu’avec en moyenne 3,7 degrés supérieurs aux normales de saison en Occitanie (jusqu’à +4,8° sur les maximales) et un épisode particulièrement étiré (28 juillet-19 août), la troisième vague de chaleur subie cet été est « la plus longue jamais enregistrée en France ». Ce qui place le cru 2026 en seconde position des mois d’août les plus caniculaires derrière le meurtrier août 2003. Selon l’étude du CRTL, ces chaleurs ont influencé les choix de 62% des vacanciers. Certains sont allés ailleurs, d’autres sont venus mais ont « privilégié les activités du matin et du soir », renonçant aux activités les plus exposées.

    Seconde raison essentielle : la crise du pouvoir d’achat qui a conduit les touristes présents à limiter leurs dépenses. « Le panier moyen des clients a clairement baissé, la clientèle est peu sortie du camping cette année », témoigne un responsable. « Les familles ont privilégié les activités gratuites », ajoute un autre professionnel d’un site de loisirs. L’envolée du prix de l’essence a été un marqueur de plus comparé à l’été 2025.

    Il en va de même des nombreux incendies recensés cet été. Aux yeux des professionnels du tourisme, ce serait le troisième facteur clé. « La forte médiatisation a fait beaucoup de tort auprès de nos clientèles étrangères », assure un gérant de l’hôtellerie de plein air quand un autre pointe une « communication anxiogène ».

    Des séjours plus courts

    Et pourtant… 74% des Français sont partis en vacances contre 62% des intentions exprimées au début du printemps selon une enquête nationale. Un phénomène inversé chez les étrangers : seuls 27% ont voyagé au lieu des 34% escomptés. Il semble surtout que les comportements se modifient durablement. On observe une réduction des temps de séjours (une semaine ou moins dans 60% des cas) avec des destinations moins éloignées (16% des vacanciers sont restés dans leur région). Enfin, l’attentisme devient la norme au sujet des réservations de plus en plus tardives. Mi-septembre, l’état des réservations pour la fin de l’été n’incitait pas à l’optimisme (36% de satisfaits pour septembre, 23% pour octobre, 10% pour novembre).

    En Occitanie en août, le ressenti reste inégal suivant les secteurs. Si un pic de satisfaction est atteint pour les gîtes et locations (71%), moins d’un restaurateur sur deux (45%) est content de son activité. Même chose du côté des hôteliers (48%), tandis que les hébergeurs de chambres d’hôtes (50%), de tourisme sportif et de loisirs ou de campings (52%) franchissent péniblement la barre des 50%.

    À noter enfin que parmi les 7 grandes destinations touristiques en Occitanie, certaines s’en sont mieux sorties que d’autres. La montagne pyrénéenne notamment semble avoir mieux résisté que le littoral quand bien même la fréquentation y reste moindre.

    Météo : un été hors-norme

    Avec 23 jours de canicule du 28 juillet au 19 août 2026, cette 3e vague de chaleur – la plus longue jamais enregistrée en France avec 53 jours de chaleur cumulée – fait de l’été 2026 le plus chaud (second mois d’août le plus chaud après 2003) depuis 1900.

    En Occitanie, l’anomalie de température moyenne atteint +3,7 °C sur l’été, et +4,8 °C sur les maximales. En Méditerranée, la température de surface de la mer a atteint une moyenne estivale inédite de 26,2 °C (+2,8 °C), avec un maximum quotidien de 29,2 °C. Le déficit pluviométrique s’atténue en août, à un peu plus de 10% contre 50% en juin et 70% en juillet (44% sur l’ensemble de la saison).

  • À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    Désormais, chaque mouvement social d’ampleur en France s’accompagne d’une répression policière inédite. Les premiers blocus de lycées n’ont pas fait exception et ont confirmé qu’un mouvement constitué principalement de mineurs n’était pas une raison suffisante pour adapter le « maintien de l’ordre ». Une stratégie confirmée par le ministre de l’Intérieur sur le plateau de TF1, qui a reconnu qu’« aucune consigne de retenue » n’avait été donnée.

    Mais après qu’un lycéen lensois de 15 ans a eu la main arrachée lundi 5 octobre suite à l’utilisation d’une grenade, Laurent Nuñez a suspendu l’usage des grenades assourdissantes. La mobilisation syndicale mardi 6 octobre, entourant les cortèges lycéens jusque devant les établissements scolaires, a également permis de faire baisser la tension puisqu’aucun débordement majeur n’a été recensé. Une accalmie après dix jours de violences.

    L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a en effet ouvert 18 enquêtes depuis le déclenchement du mouvement lycéen. Deux concernent deux possibles tirs de LBD qui ont entraîné pour l’un une mâchoire brisée, et pour l’autre la perte d’un œil. Une enquête a même été ouverte pour tentative de meurtre. Un lycéen a en effet déposé plainte contre un policier qui « lui avait maintenu la tête sous l’eau ». Au total, 215 lycéens ont été blessés, selon les autorités.

    « Nous avons passé un cap collectivement. Dans les premiers jours du mouvement, il y a eu 5 000 arrestations, c’est le total de plusieurs mois de Gilets jaunes. À Montpellier, sur une semaine, il y a plus d’une cinquantaine d’interpellations. Et sur toutes ces interpellations, il n’y a qu’une seule personne majeure. Surtout, il y a des charges policières sans sommation », indique Sophie Mazas, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault.

    Double fracture au visage

    La répression policière n’a pas épargné Montpellier. Une jeune fille de 17 ans souffre en effet de deux fractures au visage et a longtemps eu peur de perdre la vision d’un œil. « Elle a pris un coup après une charge sans sommation sur un groupe de jeunes pacifiques donc elle n’a rien vu venir. Elle a pris deux coups de bouclier dans le thorax et un coup de matraque qui lui a fracturé le visage à deux endroits. C’est hyper violent », précise Sophie Mazas qui confirme que « plusieurs enfants sont blessés » et juge « inadmissible de voir que les forces de l’ordre chargent d’aussi jeunes enfants ». Le même jour, un journaliste montpelliérain a été « volontairement percuté » par un policier à moto. Le Club de la presse de l’Hérault a immédiatement dénoncé des « intimidations et les entraves manifestes que les professionnels de l’information subissent » et confirmé que le « journaliste, qui souffre d’un gros hématome et d’éraflures au niveau du tibia, prévoit de porter plainte ».

    Dans un communiqué, l’Observatoire des libertés de Montpellier a en effet listé les violences policières observées : absence de RIO (matricule) visible, pourtant obligatoire ; usage de gaz lacrymogène contre des lycéens parfois même depuis l’intérieur de l’établissement, comme au lycée Jean Mermoz, déploiement de la police municipale qui « ne dispose d’aucune compétence en termes de maintien de l’ordre », charges policières sans sommation préalable et « prise à partie de trois medics par des policiers : leurs sacs ont été fouillés et leurs visages photographiés, notamment en vue d’une inscription au fichier des antécédents judiciaires ». La LDH a également attaqué l’arrêté préfectoral interdisant les équipements de protection individuelle (coudières, genouillères, masques, casques), mais le tribunal administratif a donné raison à la préfète au motif de la dissimulation du visage. Un appel devant le Conseil d’État est prévu.

    « La brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocus des lycéens est inédite. Tous les commentateurs ont été surpris par la démesure de la répression policière », regrette également Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’UD CGT 34. Face à cette situation et puisque la mobilisation lycéenne, rejointe par les étudiants, ne semble pas ralentir, Sophie Mazas appelle « les adultes à venir protéger nos enfants aux abords des lycées » et à suivre « des formations par la LDH pour faire de l’observation des pratiques policières ».

  • À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    À Nîmes, les lycéens bloquent pour leur avenir

    Eh, les gars, on lâche rien ! » Le cri fuse devant les grilles du lycée Alphonse-Daudet. Ce mardi 6 octobre, il est à peine 8 heures et le boulevard Victor-Hugo a des allures de cour de récréation insurgée. Une centaine de lycéens occupent les abords de l’établissement. Pancartes brandies, slogans repris en chœur, un barrage filtrant tient lieu de blocus. « T’as pas cours, toi ? », lance un garçon à son camarade. « Si justement, mais aujourd’hui c’est à nous de tout leur apprendre ! » Éclats de rire. Sous le regard de la police, l’ambiance est bon enfant : « On veut le bac, pas la BAC », ironisent les lycéens. La détermination, elle, ne faiblit pas.

    Après une semaine de blocages et d’interpellations dans les lycées nîmois, les jeunes entendent reprendre la main sur leur mouvement. « On nous fait passer pour des casseurs, mais vous croyez qu’on se lève à 6h pour venir regarder des poubelles ? », s’agace une élève. « On voudrait juste être écoutés pour une fois. » Dans la foule, une pancarte résume l’état d’esprit : « Dans la rue aujourd’hui pour ne pas y être demain. »

    L’école de la désillusion

    Car derrière la colère, il y a du concret. Les salles transformées en fournaises l’été, les plafonds qui s’effritent, les enseignants absents et jamais remplacés. « Au dernier étage, l’été, c’est un sauna. On n’est pas là pour transpirer, on est là pour apprendre ! », ironise un lycéen. Sa voisine enchaîne : « Et après on vient nous parler de nos téléphones comme si c’était le problème numéro un. C’est du foutage de gueule ! » « Et encore, nous, à Daudet, on est plutôt bien lotis, faut être honnête », reconnaît un lycéen. « Allez voir dans les lycées des quartiers populaires, à Mistral ou Darboux. Là-bas, c’est encore pire. On se bat aussi pour eux. »

    Sans oublier Parcoursup, cette machine à sélectionner qui cristallise les angoisses. « On nous répète de travailler pour réussir. Mais même avec de bonnes notes, t’es pas sûr d’avoir une place après le bac. On fait comment, nous ? » À 17 ans, l’avenir a déjà un goût d’incertitude. « On ne demande pas la lune. Juste des profs, des classes correctes et une chance de s’en sortir. »

    La veille, Carole Delga est venue rencontrer une délégation de lycéens à Philippe-Lamour. La présidente de Région a évoqué les travaux à engager contre la chaleur, sans annonce nouvelle. « C’est bien de discuter, mais nous, on veut du concret », résume un garçon.

    Les heures passent. Des élèves d’autres établissements convergent vers Daudet, les chants reprennent de plus belle. Direction le Carré d’art, où quelque 1 500 manifestants se retrouveront à 14h avant de gagner la préfecture, aux côtés des enseignants et des syndicats. « Bon, on y va ? », lance une voix. Les sacs remontent sur les épaules. Ce 6 octobre, les lycéens ont choisi leur salle de classe : la rue. Et leur leçon du jour ressemble furieusement à un cours de lutte sociale.

  • [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    La Marseillaise : En avril dernier, vous alertiez dans nos colonnes sur la perte de sens de l’école et le manque de moyens de l’Éducation nationale. La mobilisation lycéenne est-elle la conséquence de cette situation ?

    Pascale Thoirey : Oui, bien sûr. Aujourd’hui, il y a des débordements, mais des jeunes ont des comptes à demander à l’institution. On observe aussi que seuls les manifestants qui dégradent obtiennent des choses. Il n’y a qu’à voir les agriculteurs ou même les gilets jaunes. C’est au moment où les gens commencent à s’énerver très très fort que le gouvernement décide de discuter. Au niveau de la fonction publique, on a toujours des manifestations plutôt calmes, rangées, et il ne se passe rien derrière. Après notre manifestation du 29 septembre, on nous a immédiatement annoncé que le gel du point d’indice était entériné et que 1 500 postes d’enseignants allaient être supprimés. On marche sur la tête. Depuis des années, nous alertons sur la dégradation du service public. Je ne suis pas en train de dire que les jeunes ont le droit de casser, mais simplement qu’on peut très bien l’expliquer.

    Quelle est la situation de ces lycéens aujourd’hui ?

    P.T. : Ils sont en première ou en terminale, ils ont des examens à passer en fin d’année et ils n’ont pas de prof, parfois pendant plusieurs semaines. Ils travaillent parfois dans des conditions délabrées. J’entendais que dans certains endroits en France, il n’y a pas d’eau potable dans les établissements. À côté de ça, par exemple à Nîmes, on ouvre une unité supplémentaire pour une école privée avec des fonds publics. Certains gamins ne peuvent pas manger à la cantine parce que c’est trop cher. Ce n’est pas normal. Il n’y a rien de farfelu dans les revendications des jeunes, dans le fait d’avoir une table pour pouvoir travailler, de ne pas aller chercher sa chaise dans la pièce à côté, de pouvoir avoir un enseignant face à soi ou d’avoir le temps de déjeuner sur une journée. Parcoursup est hyperangoissant aussi pour les lycéens qui ne savent pas s’ils pourront suivre la formation de leur choix après le bac. On est sur des demandes ultra-légitimes. On a laissé pourrir certaines situations, c’est normal qu’ils se révoltent. Et ce qui est intéressant en ce moment c’est que les lycées des beaux quartiers se montrent solidaires des autres lycées.

    Ce mouvement n’est-il pas
    aussi révélateur des inquiétudes d’une jeunesse sur son avenir
     ?

    P.T. : Bien sûr, nous avons une jeunesse désenchantée qui a peur. Il y a la guerre, le dérèglement climatique et ils ne savent pas comment ils vont vivre. Ils savent très bien comment leurs parents tirent le diable par la queue parce que tous les prix n’arrêtent pas d’augmenter. Les gamins ne vivent pas dans des bulles, ils voient bien ce que vivent leurs parents. D’ailleurs, s’ils se mobilisent, c’est qu’on n’a pas tout raté au niveau de l’éducation, parce qu’ils sont des citoyens éclairés. C’est pour ça qu’on les éduque, pour qu’ils utilisent leur cerveau pour penser, pour envisager un avenir meilleur. Ce que ne montrent pas les médias, c’est que les jeunes, sur les barricades, chantent la Marseillaise.

    Avez-vous constaté une forte répression policière ?

    P.T. : Oui. Pas partout, fort heureusement. Mais quand on voit certaines images, on se demande si on est dans le maintien de l’ordre ou dans le maintien du désordre. On a vu plusieurs vidéos de différents angles d’un policier qui lance des tessons de bouteille. Il y a eu cette jeune qui a fait les cadets de la gendarmerie, qui porte le drapeau à l’ordre du mérite et qui se fait arrêter et part en garde à vue alors qu’elle n’a rien fait. Un gamin de 14 ans a perdu ses dents, un autre un œil et un autre encore a perdu un bras à cause d’une grenade de désencerclement. Il y a un problème de discernement, la répression est disproportionnée.

    Dans cette période de mobilisation, quel est le rôle des professeurs ?

    P.T. : Lundi 5 au matin, tous les collègues étaient sur leur lieu d’exercice. Ils sont arrivés en avance pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débordement. Certains sont allés en renfort sur les établissements pour lesquels on craignait qu’il y ait des problèmes. J’ai discuté avec un parent d’élève qui me disait que son gamin avait pris un tir de LBD dans le dos. Moi aussi je suis allée protéger mes élèves, les élèves de manière générale, ce ne sont pas ceux que j’ai dans mes classes, mais je suis enseignante, fonctionnaire de l’État, j’ai une mission de service public d’éducation, et éduquer les élèves à la mobilisation ça fait aussi partie de mes missions. J’enseigne l’éducation morale et civique et nous avons un chapitre qui s’appelle « s’engager », dans le cadre duquel on leur apprend comment on s’engage, comment on défend une cause. Alors certes ils n’ont pas la méthode, mais ils apprennent. Nous allons discuter avec ces jeunes et nous faisons beaucoup de pédagogie.

    Comment sortir de la crise ?

    P.T. : Déjà, Sébastien Lecornu devrait revenir sur les suppressions de postes d’enseignants prévues parce qu’ils ont tellement dégraissé le mammouth qu’il est désormais à l’os. Et il devrait annoncer des embauches. Le problème, c’est qu’il y a aussi une absence de confiance. Après les gilets jaunes, ils ont organisé la convention citoyenne pour le climat et ils n’ont repris aucune mesure qui était proposée. Pour que la jeunesse arrive à se mobiliser de cette manière-là, et de façon aussi violente parfois, c’est qu’il y a un vrai désenchantement et plus de mots pour dire les maux.

  • Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Le mouvement lycéen, parti de région parisienne il y a près de trois semaines, est désormais massif, actif et déterminé dans tous les territoires de la métropole et en outremer. Dans l’Hérault et le Gard, la quasi-totalité des lycées publics, généraux mais aussi professionnels, est dans l’action pour exiger de bonnes conditions de travail, autant matérielles qu’éducatives.

    La maturité des lycéens, dont l’écrasante majorité sont des mineurs, est un motif de fierté pour leurs aînés. Si parents, professeurs ont décidé de les encadrer et de les protéger face à la répression ahurissante du gouvernement, le mouvement lycéen reçoit aussi le soutien et la participation des syndicats de salariés, au-delà de la seule communauté éducative. Ainsi, le syndicat CGT de l’Hérault de l’action sociale précisait, le 6 octobre dans un communiqué que « les revendications lycéennes, plus que légitimes, rejoignent les [leurs] », dont « un budget de l’Éducation nationale à la hauteur des besoins des élèves et des personnels de l’Éducation nationale, pour une augmentation des salaires, des embauches et des conditions de travail décentes dans le secteur social et médico-social ».

    Cette « convergence » entre lycéens et syndicats de salariés s’illustre aussi dans le Gard où les unions locales CGT, FSU et FO ont signé un appel commun de soutien aux adolescents en lutte et appelé à manifester le 6 octobre. « Lors du rassemblement du 29 septembre [journée de grèves et de manifestations dans la fonction publique] nous avons donné la parole à des jeunes mobilisés. Nous leur avons proposé notre solidarité et notre soutien tout en réaffirmant un principe essentiel : leur mobilisation leur appartient et nous ne déciderons jamais à leur place », précisent les trois unions locales. Ce jeudi 8 octobre, un nouvel acte de la mobilisation lycéenne a agrégé une nouvelle fois les syndicats de l’éducation nationale et de salariés.

    Les élus locaux d’Occitanie s’engagent également. Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a exprimé son soutien lors du conseil municipal, le 6 octobre : « La casse, la destruction de biens, n’est jamais la solution et doit être condamnée. Mais la violence contre la jeunesse ne peut pas être la réponse. La réponse doit être le dialogue, l’esprit de responsabilité. Nous sommes ouverts pour dialoguer. Si les lycéens souhaitent des lieux pour s’exprimer, ils seront grands ouverts. Les jeunes veulent que leurs profs soient remplacés, que l’épreuve au Bac et les emplois du temps soient lisibles, cohérents. Ils veulent sortir de l’angoisse de Parcoursup », résume l’élu, lui-même professeur d’histoire-géo. « Je tenais à faire part de mon soutien. On ne peut pas être dans une surenchère de violence et de réponses anormales », a déclaré le maire socialiste. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), a tenu aussi à « [s]’adresser directement aux lycéennes et aux lycéens. Votre colère, je l’entends. Vous avez raison de vous mobiliser, de demander de meilleures conditions d’études, des professeurs remplacés, davantage de moyens pour préparer votre avenir. Je sais votre inquiétude de voir les inégalités se creuser et votre sentiment de ne pas être assez écoutés ». Elle était d’ailleurs aux côtés du maire communiste de Nîmes Vincent Bouget cette semaine (lire aussi p. 7).

    Pour tous les partis de gauche, LFI, PS, EELV, NPA, PCF, il s’agit d’être aux côtés de la jeunesse dans ce mouvement à bien des égards historique. « C’est une génération entière qui aujourd’hui exprime sa colère, sa volonté de trouver dans la société la place qui lui revient. Ils et elles méritent des réponses à la hauteur de leurs attentes, de leurs espoirs et non des fins de non-recevoir quand ce n’est pas la répression et la violence policière », souligne Jacques Chabalier, secrétaire de la section de Nîmes du PCF. Pour la fédération du PCF de l’Hérault, dont la secrétaire générale est aussi élue de Montpellier, Clara Gimenez, « d’autres choix sont possibles » et « la baisse démographique (…) doit permettre de diminuer réellement le nombre d’élèves par classe, de recruter les enseignants et les personnels nécessaires et de donner davantage de temps à chacun pour apprendre et réussir ». Une visée exclue par les macronistes.

  • À Nîmes, les Fiertés virent au « vénère »

    À Nîmes, les Fiertés virent au « vénère »

    À Nîmes, les paillettes ne suffiront pas. Le 10 octobre, les Fiertés Vénères veulent remettre la lutte au centre de la marche. Présentée comme une « Pride radicale du Sud de la France », la mobilisation part d’un constat assumé par ses organisateurs : les marches des fiertés se sont progressivement vidées d’une partie de leur portée politique.

    Au départ, le constat est local. « On constate une totale dépolitisation de la Pride de Nîmes », explique Claude, membre du Collectif nîmois antifasciste et queer (Cnaq), pour qui la marche est devenue « un événement calendarisé, plutôt que vraiment un événement politique ». Derrière la manifestation, sept organisations mêlant luttes LGBTQIA+, antifascistes, syndicales et féministes veulent donc faire de Nîmes un point de rencontre régional, et replacer les revendications queers dans un front plus large contre les discriminations et l’extrême droite.

    Contre la fascisation,

    un front queer

    Le ton de l’appel, signé par 43 assos, ne s’embarrasse pas de prudence : « Nous voulons des Fiertés qui déchiquettent, des Fiertés shlags, irrécupérables et sales », lancent les organisateurs, qui dénoncent aussi l’« homonationalisme » : l’utilisation des droits LGBTQIA+ pour justifier, selon eux, des politiques nationalistes, racistes ou anti-migrants. Résumé en une formule : « Nos vies ne serviront de caution à personne. » Ils revendiquent également la solidarité avec la Palestine, la lutte contre les violences policières, la démédicalisation des transitions ou encore davantage de droits pour les familles queer.

    Cette radicalité veut surtout répondre à des urgences concrètes. Le Cnaq cite l’accès aux soins, la précarité, les difficultés dans le monde du travail et la persistance des violences verbales et physiques, comme l’agression d‘une femme trans en août à Montpellier. « On peut faire la fête, mais il faut qu’il y ait un fond politique », insiste Claude. La journée commencera à 13h place Jules-Guesde avec un village associatif. La manifestation partira à 16h, puis dès 19h, la soirée ContraQueer prendra le relais au Bar du Midi, avec cantine, drag, DJ set, tarot et jeux.