Tag: Elections

  • [Point de vue] Après Lula, quelles leçons pour la gauche ?

    [Point de vue] Après Lula, quelles leçons pour la gauche ?

    Élu pour la quatrième fois président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva redonne espoir au-delà de ses frontières. Mais entre les félicitations et l’emprunt d’une méthode de campagne, l’intérêt se porte sur la façon dont cette victoire s’est construite.

    Pedro Sánchez y voit un encouragement pour l’Espagne. Selon l’hebdomadaire brésilien Veja, ses soutiens, comme ceux de Jean-Luc Mélenchon et du péronisme argentin, s’inspirent de l’« Exército do Lula » (« l’armée de Lula »). Animé par le député André Janones, ce canal WhatsApp distribue des missions : relayer les messages favorables ainsi qu’inviter des proches. Autre consigne : ignorer les publications adverses, sans les commenter ni les partager. En France, le député insoumis Antoine Léaument reprend cette idée : ne plus amplifier les contenus d’extrême droite, même pour les contredire.

    L’intérêt de cette expérience tient à une idée simple : responsabiliser les citoyens, les impliquer dans la campagne en leur donnant les moyens d’agir. Les électeurs participent à une campagne dont ils peuvent se sentir acteurs.

    La preuve : le 24 octobre, les foules se pressent à Copacabana, à Rio, puis sur l’avenue Paulista, à São Paulo. Familles, enfants et personnes âgées se mêlent aux chants et aux danses. La joie devient une manière de résister à la peur. « Vous êtes affecté de joie. Votre puissance d’agir est augmentée », expliquait Gilles Deleuze.

    Le geste voyage aussi. De la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum à l’acteur américain Mark Ruffalo, le « L » formé avec les doigts devient un signe de ralliement international. Un petit air de Hunger Games, version brésilienne : deux doigts suffisent pour se reconnaître.

    Mais les réseaux qui mobilisent servent aussi à désigner des cibles. Après le scrutin, des appels à licencier les électeurs du Parti des travailleurs (PT), celui de Lula, et des listes de commerces à boycotter circulent. Au Paraná, l’élue bolsonariste Jessicão exhorte à congédier les salariés favorables au PT. À Rio, la justice du travail ordonne à la députée bolsonariste Índia Armelau de cesser d’encourager ces discriminations. Selon la Folha de S.Paulo, 1 143 signalements de harcèlement électoral sont enregistrés dans les trois jours suivant le vote, sans constituer autant de licenciements établis.

    Ces représailles rappellent que la victoire électorale ne suffit pas à protéger la liberté de chacun. Elles invitent à regarder l’expérience brésilienne dans toute sa complexité. Et le nombre d’abonnés à un canal ne dit pas combien d’électeurs il a convaincus.

    Ce qui peut voyager du Brésil est aussi une exigence : permettre aux citoyens d’agir, puis protéger leur droit d’avoir choisi. L’espoir change de camp lorsqu’une victoire devient possible. Il prend racine lorsqu’on peut la célébrer sans craindre de perdre son emploi.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil, son pays.

  • Anthony Zilio veut prendre les rênes du Département de Vaucluse

    Anthony Zilio veut prendre les rênes du Département de Vaucluse

    Mitoyen de la mairie de Bollène, le cinéma le Clap met à l’affiche Street Fighter et Le Roi du Game. Anthony Zilio sourit quand on lui demande quel arrière-plan il préfère, pour la photo, entre les deux films. Car, ce mercredi, le maire (DVC) de Bollène s’imagine en haut d’une autre affiche : la présidence du conseil départemental. Lundi prochain, les 32 élus se réunissent pour une séance spéciale consacrée à l’élection d’un nouveau président, le poste étant vacant depuis l’élection au Sénat de Dominique Santoni (LR).

    La courte majorité de droite n’a pas officialisé de successeur, mais plus personne ne fait mystère autour de Christian Mounier, vice-président délégué à l’eau et à l’agriculture. À gauche, malgré des échanges avec Anthony Zilio (lire ci-dessous), un léger flou demeure autour de Sophie Rigaut (PS) qui devrait candidater. Quant à l’extrême droite (huit élus), réduite au rang de spectateur, l’option pourrait être de ne présenter personne et s’abstenir, comme en 2021. En attendant, Anthony Zilio est donc le premier à officialiser sa candidature, ce mercredi face à la presse, au lendemain d’un courrier adressé aux 26 conseillers départementaux de gauche et de droite. Et ce « en toute indépendance, avec la volonté de rassembler, au-delà de nos sensibilités politiques, c’est une candidature contre personne », pose le maire de Bollène.

    En 2021, pourtant soutenu par la gauche sur son canton, il avait voté pour Dominique Santoni à la présidence, jouant les faiseurs de reine. « On a toujours un bloc de 12 à droite, un bloc de 12 à gauche et nous deux [lui et sa binôme Christine Lanthelme, présente à ses côtés mercredi] au milieu. Est-ce qu’on continue à se regarder les 12 en face-à-face ou est-ce que dans ce moment avec ces échéances importantes en 2027, on ne peut pas porter à 26 conseillers départementaux une majorité stable, ouverte et capable de dépasser les appartenances politiques ? », questionne-t-il. À l’image de sa majorité à Bollène, allant du PS à LR. Il propose une sorte de gouvernance partagée avec des vice-présidences pour toutes les sensibilités

    Mounier,

    « une candidature subie »

    Et si Anthony Zilio « ne regrette pas une seule seconde », d’avoir soutenu Dominique Santoni dont il juge le bilan « positif », il émet de fortes réserves sur Christian Mounier, qui incarne pourtant la continuité. « C’est une personne qui est poussée, une candidature subie et non choisie, je sens qu’on va vers l’immobilisme », attaque-t-il, tandis que lui agirait « sans ambition personnelle » et aurait « tout à perdre ». Sa déclaration de candidature s’appuie sur six priorités, résumées en « protéger et soutenir » : santé, sécurité, solidarités et protection de l’enfance, culture, agriculture et soutien aux communes. Si Anthony Zilio appuie le bilan de Dominique Santoni, il distille quelques piques sur la répartition des centres de santé ou la politique sociale qu’il faut « humaniser » évoquant la gestion du RSA. « La santé financière de notre Département est bonne, mais les Vauclusiens tirent la langue, il faut davantage investir et jouer notre rôle de bouclier », promet le maire de Bollène.

    Qui parmi les élus pourrait être séduit par cette candidature ? « Je n’ai pas vocation à donner des noms », répond-il quand, dans la majorité de droite, on assure que les rangs sont serrés avec même une voix supplémentaire qui pourrait être Léa Louard (ex-écologiste). Certains voient dans cette candidature une façon de jouer le coup d’après en 2028 avec le soutien du maire d’Avignon, Olivier Galzi (DVD). Un projet « Galzilio », ironisent certains ? « Ce n’est pas ma façon de faire, on ne sait pas ce que fera le maire d’Avignon, le bon sens je le porte au quotidien depuis 2020 sans faire de vague », assure Anthony Zilio, qui ne s’aventure pas non plus à donner un nom pour lui succéder en mairie s’il venait à être élu lundi. « Cette candidature ne m’arrachera pas à cette ville », promet-il.

  • [Point de vue] Lula, la victoire du sursaut

    [Point de vue] Lula, la victoire du sursaut

    Je dois l’avouer : je respire un peu mieux.

    À l’issue du premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva, habitué aux renaissances comme aux revers, doit retrouver le chemin des électeurs. Sa campagne semble trop compter sur son bilan. Flávio Bolsonaro, lui, s’appuie sur l’héritage familial et deux préoccupations majeures : l’insécurité, qui pèse sur le quotidien, et le coût de la vie, qui éprouve les budgets. Lui-même évangélique, il sait parler à cet électorat devenu central.

    Entre les deux tours, la mobilisation populaire gagne la rue. D’abord tétanisés par un possible retour de l’extrême droite, des citoyens agissent sans attendre les consignes du Parti des travailleurs. Étudiants, artistes et supporters de football se retrouvent dans les rassemblements. L’élan se nourrit aussi de rencontres minuscules. Dans un reportage de la revue Piauí, un couple propose aux passants une minute de conversation ; d’autres offrent une fleur pour engager la discussion. « Ce que la vie nous demande, c’est du courage », écrit Guimarães Rosa dans Grande Sertão : Veredas. Ils semblent l’avoir pris au mot.

    Sur WhatsApp, le député André Janones donne à cette mobilisation un puissant relais. Téléphone à la main, Lula appelle à convaincre autour de soi. Chacun contribue avec ses mots, ses proches, le temps dont il dispose.

    La campagne revient au quotidien : préserver le pouvoir d’achat, travailler moins sans perdre de salaire, protéger les droits sociaux. Et défendre la démocratie.

    Selon le politologue André Singer, ce changement s’amorce dès septembre. L’entre-deux-tours l’amplifie et élargit le rassemblement aux déçus du gouvernement : critiquer Lula n’empêche pas de redouter le retour du bolsonarisme.

    Entre les deux tours, Lula gagne dix millions de voix supplémentaires, bien davantage que Flávio Bolsonaro. Dans le Nordeste, son bastion électoral, il renforce son soutien, dans le Sud-Est, il réduit son retard. La participation, elle aussi, progresse.

    Ces voix lui donnent la victoire, mais l’obligent aussi : répondre aux attentes sociales face à un Congrès renforcé à droite. Ses responsabilités dépassent les frontières du pays. En Amazonie, Lula sera attendu sur la lutte contre la déforestation et la défense des peuples qui l’habitent. La forêt stocke d’immenses quantités de carbone et alimente les pluies en Amérique du Sud. Sa destruction aggrave le réchauffement climatique. Son avenir nous concerne jusqu’à Marseille, déjà confrontée aux sécheresses et aux chaleurs extrêmes.

    Reste à gouverner ce Brésil, avec ses fractures et son goût de l’improbable. On pourrait y voir du réalisme magique, mais on connaît quelques-uns des artisans du prodige : des citoyens qui s’arrêtent pour parler à des inconnus, une fleur à la main.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil,
    son pays.

  • Amine Kessaci porte-parole national

    Amine Kessaci porte-parole national

    Avec un seul autre concurrent en lice, l’adjoint marseillais Amine Kessaci a été élu, ce lundi, dès le premier tour porte-parole national des Écologistes, en obtenant 79% des voix au terme des trois jours du scrutin interne. Il succède à cette responsabilité à l’ancien maire de Grenoble, Éric Piolle, et travaillera désormais en binôme avec Aminata Niakaté.

    « Pendant cette campagne, je me suis proposé de porter une écologie populaire, parce que profondément sociale », rappelle Amine Kessaci, en soulignant que sa victoire est celle « d’un mouvement qui choisit de faire entendre la voix des quartiers, des familles et de la jeunesse dans toute sa diversité ». Il promet désormais une « méthode collective » remettant les groupes locaux au cœur de la stratégie du parti : « Nous devons raconter la société écologique avec des récits ancrés dans le quotidien. »

    La secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, salue le résultat obtenu par l’adjoint marseillais, « qui ne fait que refléter son parcours et son engagement incroyables ». « Cet homme a tiré de chaque épreuve une force et il en donne déjà tellement aux Écologistes », appuie-t-elle, alors que ce scrutin se tenait au milieu du procès de l’assassinat du demi-frère de ce militant contre le narcotrafic. Et d’inscrire ce résultat dans sa politique de renouvellement des visages du parti.

  • [Point de vue] Brésil : les fantômes et les algorithmes

    [Point de vue] Brésil : les fantômes et les algorithmes

    À chaque scrutin, le pays semble redécouvrir son racisme, sa misogynie, son autoritarisme et sa nostalgie de la dictature. Comme si ces vieilles connaissances venaient de débarquer au port de Salvador. Le bolsonarisme n’apporte rien de neuf. Il a remis au goût du jour un héritage soigneusement conservé, avec des outils autrement plus sophistiqués.

    À deux jours du second tour, le dernier sondage Datafolha donne Lula et Flávio Bolsonaro à égalité, avec 50% des suffrages valides chacun. Un résultat vertigineux pour un pays qui, quatre ans plus tôt, pensait avoir tourné la page Bolsonaro. Le père a transmis son ADN politique, le fils entend en faire un héritage présidentiel. Au Brésil, les ambitions politiques se transmettent parfois comme les vieilles propriétés : avec les titres, les dettes et les secrets. Une autre affaire trouble la campagne. Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, est au cœur d’une controverse sur le traitement des candidats. Selon la presse brésilienne, des restrictions auraient pénalisé les comptes de Lula, tandis que des contenus de Flávio Bolsonaro auraient bénéficié de recommandations algorithmiques interdites par les règles électorales.

    Meta invoque des défaillances techniques et conteste tout favoritisme. Le Tribunal supérieur électoral a exigé des explications. Son conseil de surveillance a aussi dénoncé des failles de modération électorale.

    Il ne s’agit pas d’affirmer que la Silicon Valley choisira le prochain président du Brésil. Mais lorsqu’une entreprise privée contrôle une grande part de l’information politique, la frontière entre dysfonctionnement technique et déséquilibre démocratique devient particulièrement inquiétante. L’affaire dépasse les frontières brésiliennes. En France, des responsables de gauche alertent sur les conséquences d’une victoire bolsonariste, avant la présidentielle de 2027. L’inquiétude est légitime. Mais l’Europe aurait tort de regarder le Brésil comme un miroir exotique de ses propres dérives. Elle connaît trop bien les vieux démons de l’autoritarisme, et certains se portent admirablement bien.

    Ce qui frappe, c’est la rencontre entre des idéologies anciennes et des technologies capables d’en amplifier la portée. Le mépris, la peur, la haine de l’autre n’ont rien de nouveau. Leur vitesse de propagation, en revanche, aurait de quoi impressionner les propagandistes d’autrefois. Dimanche, les Brésiliens choisiront leur président. Ils ne pourront effacer les stigmates de leur histoire. Mais ils devraient au moins pouvoir voter sans se demander si les algorithmes ont décidé, eux aussi, de participer au scrutin.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil,
    son pays.

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Serbie, « contre la corruption »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Serbie, « contre la corruption »

    Les élections législatives anticipées de ce 25 octobre pourraient modifier le paysage politique du pays. Face au président démissionnaire Aleksandar Vucic, dont le Parti progressiste serbe (SNS) est au pouvoir depuis 14 ans, s’est constituée une liste électorale soutenue par les étudiants, qui compte remporter le scrutin.

    Nikola Čuturić, soutien de la Liste Étudiante, étudiant en mathématiques à Belgrade.

    « Les manifestations contre la corruption systémique ont débuté à l’hiver 2024, en réaction à l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad qui a tué 16 personnes. On avait quatre revendications, à l’issue de larges protestations. Nous voulons la publication de tous les documents relatifs à la construction du quai et la poursuite des coupables. L’arrestation de tous ceux liés au gouvernement ou institutions locales qui ont attaqué les étudiants, professeurs et manifestants pacifiques, ainsi que la libération de ces protestataires. Et, enfin, on exige l’augmentation du budget de l’éducation de 20%. Je soutiens la « Liste étudiante – Les étudiants gagnent », choisie par les jeunes, dont le but est de démocratiser notre société et de faire en sorte que chaque voix compte. »

  • Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    à quelques semaines de l’échéance électorale du 29 novembre, les partis à gauche du PSOE ont constitué samedi à Madrid le Frente Amplio (Front Large) composé d’une quinzaine de partis emmenés par Izquierda Unida, Mas Madrid, Comuns, Movimiento Sumar. C’est au cours d’un meeting au parc Lineal del Manzanares de Madrid que les principaux dirigeants de ces formations ont officialisé Frente Amplio qui se veut comme la principale alternative au PSOE et réclame l’unité pour faire « face au fascisme ».

    Cette volonté unitaire, est malheureusement contrariée par l’attitude persistante de Podemos à jouer sa propre carte aux côtés de ERC, gauche républicaine catalane dont le leader est Gabriel Ruffian. à quelques kilomètres du meeting de Frente Amplio, Irene Montero et Ione Belarra dirigeantes de Podemos présidaient, au même moment, un conseil citoyen du parti au cours duquel elles ont reproché à Frente Amplio d’avoir passé un accord avec le PSOE pour des candidatures communes au Sénat.

    à noter que Podemos et les formations soutenant Frente Amplio iront ensemble aux élections dans la communauté valencienne et aux Canaries, où des accords ont pu être conclus. Mais, pour Podemos et ERC l’objectif est de gagner des sièges à Madrid et Barcelone, et ces deux partis estiment qu’en participant à Frente Amplio ils seraient sous-représentés, un calcul qui sacrifie une large union au plan national, au profit d’éventuels sièges gagnés au parlement. Lors de leur meeting, les dirigeants de Frente Amplio ont soigneusement évité toute polémique avec Podemos, en leur laissant la porte ouverte. Cette situation rend plus difficile la campagne qui est déjà lancée avec une droite et une extrême droite qui caracolent en tête des sondages.

    Un millier au meeting

    Les dirigeants de Frente Amplio, devant plus d’un millier de participants au meeting de Madrid ont préféré délivrer des messages de mobilisation. Pablo Bustinduy (Sumar) actuel ministre des droits sociaux a lancé « nous avons 43 jours devant nous pour mobiliser la classe des travailleurs. Ils nous voudraient les bras croisés et c’est le contraire qui va se produire. Ne nous laissons pas distraire, en avant pour défendre les travailleurs jusqu’à la victoire ». Toni Valero, le porte-parole de Izquierda Unida au sein de Frente Amplio soulignait pour sa part que « la politique c’est aussi de la générosité, la politique est pleine de gens simples qui font bien les choses. Ici se trouvent les gens organisés, ici c’est le Frente Amplio ». Le représentant de mas Madrid, Tesh Sidi, dans son intervention constatait l’absence de dertaines organisations mais dit-il « nous sommes 15 organisations politiques qui veulent arrêter le fascisme, et pour qu’aucun vote progressiste n’aille à la poubelle ».

    Ada Colau, l’ex-maire de Barcelone et membre de Comuns qui a été désignée comme candidate à la présidence du gouvernement pour les prochaines élections sous la bannière de Frente Amplio, a été reçue chaleureusement par les quelque 1 500 participants au meeting. La charismatique candidate, connue pour ses combats en faveur du droit au logement a notamment déclaré « la majorité sociale vit avec, en tête, constamment le souci du logement (…) nous sommes les locataires et petits propriétaires des quartiers et des villages ceux qui savons qu’avec de tels prix on ne peut continuer à vivre ainsi… » un discours qui fait écho dans la société espagnole quand on sait que c’est la crise du logement et l’expulsion de Maricarmen, décédée depuis, qui a provoqué la convocation d’élections législatives anticipées par le chef du gouvernement Pedro Sanchez.

  • Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    Raphaël Glucksmann élu candidat social-démocrate

    C’est la première fois de son histoire que le PS n’aura pas un candidat issu de ses rangs pour le représenter dans une élection présidentielle.

    Avec plus de 66% des suffrages (79 613 voix), l’eurodéputé de 46 ans a réussi son pari de l’emporter dès le premier tour, mais va devoir désormais rassembler une famille politique divisée sur la question des alliances avec LFI, qu’il refuse.

    « La démocratie a parlé et le résultat est sans appel (…), je suis le candidat de la gauche démocratique » qui « pourra battre l’extrême droite », a-t-il affirmé lors d’une allocution devant la presse. Il s’est désigné également comme le candidat « de la rupture avec le macronisme » et « de la rupture avec l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche ».

    Auparavant sur X, il avait jugé que ce résultat disait « quelque chose de puissant : une gauche fidèle à ses valeurs peut rassembler, gouverner et gagner ». Mais « nous ne sommes pas là pour gagner une querelle à gauche. Nous sommes là pour gagner l’élection présidentielle », a-t-il ajouté.

    Le patron du PS Olivier Faure encaisse lui une sévère défaite, avec 14% des voix (17 398 voix). Celui qui faisait figure de challenger dans cette élection comptait sur le patriotisme de parti pour l’emporter, malgré des sondages qui ne lui donnaient que de 3 à 5% des voix, loin des intentions de vote de Raphaël Glucksmann, qui naviguait entre 10 et 12%. « Une majorité très claire s’est dégagée, tu as su convaincre une majorité de votants », a-t-il dit à l’attention de Raphaël Glucksmann, affirmant en respecter le résultat.

    « Choix du repli »

    Olivier Faure qui avait considéré qu’une victoire de Raphaël Glucksmann signifierait l’effacement du PS à la présidentielle, va désormais devoir le soutenir, comme s’y sont engagés tous les candidats.

    L’ex-candidate à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal, qui n’avait pas caché son rejet de Raphaël Glucksmann pendant la campagne, n’a obtenu que 7,62% des voix. Elle s’est dite « déçue » du résultat, sans rien regretter.

    Les députés Jérôme Guedj (PS) et Emmanuel Maurel (Gauche républicaine et socialiste) ont recueilli chacun un peu moins de 6% des voix. Ils faisaient figure d’outsiders. « La primaire, désormais, est derrière nous. Le vote est clair », s’est félicité Jérôme Guedj, proche de la ligne de l’eurodéputé. « On est partis sur de bons rails », a estimé aussi Emmanuel Maurel.

    Au total, quelque 120 787 votants se sont exprimés sur les 134 456 inscrits en capacité de voter. Le scrutin, uniquement électronique, a été perturbé par une cyberattaque, lancée vendredi matin à l’ouverture du scrutin, qui a ralenti les connexions sur la plateforme dédiée et obligé les organisateurs à prolonger le vote jusqu’à dimanche soir.

    Très identifié sur l’international et l’Europe, Raphaël Glucksmann voit dans cette primaire le début d’une « refondation de la gauche », avec une rupture claire avec La France insoumise (LFI) et son leader Jean-Luc Mélenchon. Ce fut d’ailleurs son principal sujet de discorde avec Olivier Faure et Ségolène Royal, lors des débats télévisés.

    Raphaël Glucksmann, qui considère que Jean-Luc Mélenchon joue avec les codes de l’antisémitisme, avait accusé le patron du PS de vouloir se rapprocher du patriarche insoumis, comme il l’a déjà fait à deux reprises au moment de la Nupes (2022) et du Nouveau Front populaire (2024). La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, proche d’Olivier Faure, a dit dimanche soir regretter que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli ».

    Premières réactions à Marseille

    Pascaline Lécorché, déléguée nationale de Place publique et adjointe au maire de Marseille, soutien de Raphaël Glucksmann, a réagi, dimanche soir : « Cette victoire marque une étape politique majeure. Elle confirme la dynamique engagée lors des deux dernières élections européennes et consacre le retour d’une gauche démocratique, sociale, écologiste et profondément républicaine, capable de porter une alternative crédible pour notre pays. »

    Yannick Ohanessian (PS), adjoint au maire de Marseille et porte-parole d’Olivier Faure pour la primaire, a indiqué : « Les électeurs de la primaire ont tranché, et ils l’ont fait clairement. Je félicite Raphaël Glucksmann pour sa victoire nette, qui lui donne une légitimité incontestable pour porter nos couleurs en 2027. (…) Je serai au rendez-vous de ce rassemblement. (…) Marseille sait ce que veut dire se battre ensemble. » S.D.

  • Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    « J’ai décidé de dissoudre les Cortès et de convoquer les élections le 29 novembre », a annoncé le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lundi matin, au cours d’une allocution en direct à la télévision.

    La décision était attendue depuis vendredi après le rejet par la droite, l’extrême droite et Junts (droite nationaliste catalane) des décrets sur les logements présentés par le gouvernement.

    En à peine quinze jours, la situation a basculé. Depuis l’expulsion de Maricarmen, âgée de 87 ans, de son appartement par des fonds « vautours » tout s’est précipité. D’énormes mobilisations dans tout le pays ont envahi les places et les rues des principales villes, à l’émotion et la colère, a succédé la détermination de lutter pour des conditions de logement digne, pour le logement pour tous, et contre les fonds spéculatifs. Ce week-end rassemblements et manifestations se sont poursuivis dans plus de cinquante villes.

    Le rejet vendredi, de ces deux décrets a fragilisé le gouvernement, qui n’a pu que constater l’impossibilité désormais de terminer la législature dans de bonnes conditions.

    Compte tenu de cette situation nouvelle, Pedro Sanchez s’est donné un week-end de réflexion, au cours duquel il a beaucoup consulté pour aboutir hier matin à l’annonce d’élections anticipées.

    Lors de son intervention télévisée, Pedro Sanchez a notamment déclaré : « Il y a plus de trois ans, les urnes décidaient de parier à nouveau pour une coalition progressiste. Il nous a fallu gérer des urgences inédites dans un contexte international très difficile. Nous avons dû nous battre contre des élites très puissantes, qui elles, ne se présentent pas aux élections, contre la pire opposition qui bloque les politiques qui sont bonnes pour le pays et les boycottent dans les régions autonomes où ils sont dans l’exécutif. » et de poursuivre : « Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin, nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux et continuer à transformer l’Espagne. »

    Du côté de la droite, le Parti populaire, par la voix de Alberto Feijoo, assure que « l’heure est arrivée de reconstruire l’Espagne et choisir entre la corruption et la décence » et pour l’extrême droite le leader de Vox Santiago Abascal remet sur la table le critère de « priorité nationale ». Cet admirateur de Trump salue « une bonne nouvelle, enfin les Espagnols vont parler, mais prévient-il, Sanchez est capable de manipuler le processus électoral ».

    La gauche compte désormais sur la dynamique issue du mouvement social qui amènerait une frange abstentionniste de gauche à aller voter. Tout dépendra maintenant aussi de la capacité à s’engager rapidement dans l’union pour les formations à gauche du PSOE. Il y a cette volonté forte du côté de Sumar (PCE, Izquierda Unida, Mas Madrid, Communs) qui prochainement prendra le nom de Frente Amplio. Pour sa part, Podemos propose aux formations de Sumar, une primaire les 14 et 15 octobre pour désigner un leader de la gauche radicale. Une option que ne semble pas retenir la coalition, qui a déjà avancé le nom de Monica Garcia la ministre de la Santé, membre de « Mas Madrid » comme sa probable représentante. S’engager rapidement dans la campagne est un impératif, tant elle va être courte, intense et particulièrement virulente de la part de la droite et l’extrême droite.

  • [Entretien] Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris : « Lula doit convaincre les abstentionnistes »

    [Entretien] Christophe Ventura, directeur de recherche à l’Iris : « Lula doit convaincre les abstentionnistes »

    La Marseillaise : Flavio Bolsonaro est en tête de deux points à l’issue de ce premier tour et il bénéficie de la réserve de voix des autres candidats de droite. Comment analysez-vous ce résultat qui n’était pas celui annoncé par les sondages ?

    Christophe Ventura : C’est une demi-surprise. On sait bien que la polarisation est très forte au Brésil et que le bolsonarisme est puissant et qu’il était plutôt poussé par les sondages ces derniers temps. Sur le premier tour, on a des résultats, en ce qui concerne la présidentielle, qui sont un peu l’inverse de ce que disaient les médias. Les sondages montraient qu’il y aurait 2-3 points d’écart à l’avantage de Lula et c’est Bolsonaro qui sort en tête avec ces points d’avance. Ce qui n’est pas une surprise, en revanche, ce sont les résultats au niveau du congrès brésilien et du Sénat en particulier, ainsi qu’au niveau des 27 États fédérés du Brésil. De ce point de vue là, la poussée des droites annoncée a été confirmée, puisque 15 États sur 27 sont aux mains du bolsonarisme désormais. Pour Lula, le résultat est mauvais, il a baissé en vote partout par rapport au score qu’il avait fait en 2022 contre Jair Bolsonaro. Plus que ce que les sondages indiquaient, y compris dans ses fiefs électoraux comme le Nordeste, où, en général, il caracole en tête. Il a gagné là-bas, mais moins que d’habitude.

    Ce second tour s’annonce très compliqué. Les reports de voix sont plus favorables à Bolsonaro qu’à Lula qui n’a plus beaucoup de réserve de voix. Bolsonaro peut s’attendre à un ralliement plus important des droites dont les voix se sont éparpillées sur les autres candidats. Pour Lula, le trou de souris, si j’ose dire, pour pouvoir faire une remontada, c’est la mobilisation totale de la gauche et de tous les gens qui sont avec lui dans la coalition. Mais c’est aussi, peut-être, d’essayer de convaincre des 33,4 millions d’abstentionnistes. Est-ce que dans ce stock d’abstentionnistes, certains vont retourner voter au second tour pour éviter que l’extrême droite ne l’emporte ? C’est peut-être la seule clé pour Lula désormais.

    Comment expliquez-vous le résultat de Lula ? Son bilan est-il mauvais ?

    C.V. : Si on s’intéresse aux questions économiques et sociales, le bilan de Lula est plutôt bon pour un président sortant qui a gouverné avec un congrès à majorité conservatrice, il faut toujours le rappeler. Il avait des marges de manœuvre assez restreintes. Pourtant, il y a eu des avancées du point de vue de la croissance, l’emploi, la hausse des salaires, etc. Ce mauvais résultat s’explique par une combinaison de choses. La première est le fait qu’encore une fois, Lula a gouverné dans un pays où le bolsonarisme est une force très puissante qui représente à peu près la moitié de la population brésilienne. Celle-ci est unie à la fois par un rejet de Lula, du Parti des Travailleurs (PT), une haine de la gauche au Brésil après les années 2010. Les gens qui sont derrière Jair Bolsonaro considèrent que son emprisonnement est une injustice. C’est un peu comme avec Trump. La base sociale du bolsonarisme fait fi des évolutions économiques, sociales ou de la réalité de la justice brésilienne et reste derrière son champion. Ce qui semble avoir dominé la campagne, c’est moins le bilan du gouvernement que les diatribes, les polarisations, les insultes. Les questions liées à l’insécurité, aux cartels mais aussi à la corruption ont été au centre du débat. Ajoutons à cela la guerre culturelle : la droite et Bolsonaro tapent sur Lula en disant qu’il est le protecteur à la fois des minorités, des LGBT et du wokisme. Il y a un vote religieux très fort au Brésil. Et aujourd’hui, les évangélistes qui représentent un tiers de l’électorat votent massivement pour Bolsonaro au nom de la défense des valeurs chrétiennes, de la famille traditionnelle et, pour eux, Lula, c’est le camp des dégénérés. Je pense également qu’il paye ses 80 ans. Il y a certainement des jeunes primos électeurs, une génération qui arrive avec l’envie de changement, indépendamment de savoir s’ils sont d’accord ou pas avec lui.

    Au-delà du coup d’État, Jair Bolsonaro, le père, a été condamné pour « tentative d’abolition violente de l’État de droit démocratique ». C’est le risque que fait peser un retour de l’extrême droite au pouvoir ?

    C.V. : Oui, bien sûr, ce qui se joue, ce sont les pulsions autoritaristes du bolsonarisme et de l’extrême droite en général. Ce n’est pas la dictature mais la restriction des droits individuels et collectifs, gagnés justement par les combats, les luttes sociales, et qui assume aussi de discipliner le corps social s’il y a des contestations. C’est, comme l’avait fait en son temps Bolsonaro père, l’arrêt du financement par l’État de politiques et de programmes qui visent à défendre les droits des minorités et des femmes. C’est un pouvoir réactionnaire. Quand vous avez une force politique, dont le premier dirigeant a conspiré pour ne pas accepter les résultats d’une élection, assassiner le président Lula et un juge, vous savez à quoi vous avez à faire.

    Donald Trump, qui espère rallier tout le continent, a-t-il pesé sur cette élection ?

    C.V. : C’est l’objet de mon article du mois dans Le Monde diplomatique. Les ingérences américaines au Brésil, ce n’est pas nouveau, ça existe depuis très longtemps. Mais Trump, depuis son retour au pouvoir, n’a eu de cesse de s’immiscer dans la vie politique brésilienne. D’abord avec les droits de douane qu’il impose au Brésil constamment et dont la seule justification, c’est le fait que son copain Bolsonaro est en prison. Ce qu’il estime être une injustice. Ces politiques de taxe douanière sont demandées par les fils de Bolsonaro, Flavio et son frère Eduardo, qui vit aux États-Unis. Ce dernier a écopé de quatre ans de prison parce que justement, il a demandé et obtenu de Trump qu’il applique des droits de douane contre le Brésil.

    Je suis très inquiet car je pense que pour ce second tour, on risque d’avoir encore des mots, des tweets, des posts sur Truth Social [le réseau social du président américain, Ndlr.] de Donald Trump en permanence, pour que son candidat Flavio Bolsonaro, l’emporte. Parce que gagner le Brésil, c’est faire basculer tout le continent. Cela aura une répercussion mondiale. Pour Trump, c’est autre chose que l’Équateur ou même la Colombie.

    C’est un coup de tonnerre au Brésil : le président sortant Lula da Silva est devancé de deux points par Flavio Bolsonaro (45% contre 47%) à l’issue de ce premier tour de l’élection présidentielle. Avec 56 millions de voix, il a fait mieux que son père, l’ex-président d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui en avait engrangé 49 millions quand il avait été élu en 2018 et 51 millions quand il avait perdu face à Lula en 2022. S’il est élu au second tour, il bénéficiera d’un Parlement penchant fortement à droite. Pour le champion de la gauche, âgé de 80 ans et en quête d’un quatrième mandat non consécutif, l’enjeu est désormais de convaincre les 21% d’abstentionnistes et les électeurs qui ont voté blanc.