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  • Y aura-t-il des accords à gauche dans l’Hérault ?

    Y aura-t-il des accords à gauche dans l’Hérault ?

    La gauche héraultaise conservera-t-elle ses 3 sièges de sénateurs au Palais du Luxembourg le 27 septembre ? Bien malin qui peut le dire. Car le corps électoral a profondément été modifié avec les municipales et la division guette les uns et les autres.

    Si les jeux sont ouverts, c’est d’abord parce que deux des trois sénateurs de gauche sortants ne se représentent pas dans l’Hérault. Il s’agit des deux élus du PRG qui siègent dans le groupe RDSE. À savoir : le viticulteur Henri Cabanel et le maire de Péret, Christian Bilhac. Le premier, qui a échoué à réformer en profondeur le statut des parlementaires et leurs privilèges, estime avoir fait le tour de la politique. Le second, plus âgé, a envie de « prendre du temps » pour lui. Mais Christian Bilhac ne restera pas spectateur. Il soutiendra Florence Brutus. Déjà numéro 2 sur sa liste en 2020, la conseillère régionale des hauts cantons de l’Hérault a l’investiture du PRG. La conseillère municipale du village de Causses-et-Veyran se dit prête à ouvrir sa liste à « toute personne à gauche en capacité de rassembler, hors LFI ». « Je suis pour une liste d’union. Notre intérêt est d’ouvrir la liste au-delà du PRG. On discute avec nos partenaires. »

    Parmi eux pourraient figurer les communistes, dont la stratégie dans l’Hérault n’a pas encore été arrêtée. Discussions possibles aussi avec le partenaire historique du PS. De ce côté-là, le sénateur sortant Hussein Bourgi a annoncé sa candidature. Qui sera sur sa liste ? Dans le lanterneau, il se murmure que Julie Frêche pourrait être en seconde position, la seule des six a priori éligible. Contactée, la vice-présidente de la Métropole de Montpellier n’a ni confirmé ni infirmé. « Je ne souhaite pas encore m’exprimer sur ce sujet. »

    Il semblerait que rien ne soit facile en raison des équilibres à préserver entre l’urbain et la ruralité mais aussi avec les partenaires potentiels dont le PCF ou peut-être les Écologistes… Le 31 mai, ces derniers ont choisi leurs 6 noms d’une liste que pourrait mener l’élue municipale d’opposition à Pézenas, Agnès Gizard. Troisième sur la liste écolo, la Lunelloise Lise Florès, favorable à l’union de la gauche, se dit ouverte à des accords. À une condition : « Ne pas être des supplétifs et faire entendre de vraies propositions écologistes en réponse aux problèmes du quotidien dans les zones périurbaines et rurales. »

    Règlements de comptes ?

    Ça bouge aussi du côté du Département de l’Hérault. Le 30 mai, Audrey Imbert (sans étiquette) a officialisé sa candidature hors des formations politiques. « Doit-on laisser ces élections sénatoriales aux seuls partis politiques quand on constate aujourd’hui leur état ? », questionne l’élue du canton de Mèze, qui estime connaître son territoire en tant que conchylicultrice.

    Elle trouvera sur sa route Aurélien Manenc. Depuis le 1er juin, le maire sans étiquette de Lunas-les-Châteaux dit vouloir incarner la candidature des territoires et de la ruralité. En tant qu’édile et pompier au Sdis, il pense « être le mieux placé pour mesurer ce que vivent mes collègues maires avec la fuite des services publics, la fermeture des écoles, les problèmes de mobilité ». Sa « vision complémentaire aux candidats urbains » concurrence directement Hussein Bourgi, dont il était le numéro 3 en 2020… « Ce n’est pas un règlement de comptes, il y avait aussi des listes PRG à l’époque », répond
    A. Manenc. Reste qu’il est soutenu par le président héraultais Kléber Mesquida (DVG). Lequel, depuis son départ du PS, semble en froid avec Carole Delga à la Région et Michaël Delafosse à Montpellier…

    Enfin, LFI montera aussi une liste sur un « programme de rupture ». Elle sera soit avec des amis de la Nupes, soit Insoumise pur jus. « Au plan national, on discute avec le PCF et les Verts », glisse le co-référent héraultais Sylvain Carrière. Le député sait qu’arracher un siège serait un exploit mais pour LFI l’essentiel est ailleurs : continuer à s’implanter et préparer la course aux parrainages pour Jean-Luc Mélenchon.

    Autant de stratégies dissonantes qui pourraient jouer des tours à la gauche le 27 septembre ? Pas forcément, même si des accords sont préférables. En 2020, 14 listes dont 6 de gauche étaient en lice dans l’Hérault et la gauche avait obtenu trois sièges sur quatre.

  • [Sénatoriales] Julien Audemard : « Un corps électoral politisé avec un vote stratégique »

    [Sénatoriales] Julien Audemard : « Un corps électoral politisé avec un vote stratégique »

    La Marseillaise : Le rôle du Sénat est méconnu. À quoi sert-il ?

    Julien Audemard : C’est une chambre parlementaire, une chambre haute qui ne représente pas directement les individus mais les territoires au travers de leurs élus. C’est donc une élection indirecte. Les sénateurs ont un rôle législatif même s’il est moindre et que les députés peuvent avoir le dernier mot. C’est tout de même un contre-pouvoir fort. Les sénateurs ne peuvent pas censurer le gouvernement mais ne peuvent être touchés par une dissolution.

    Comment vont être désignés

    les délégués le 5 juin ?

    J.A. : Le collège électoral qui va élire les sénateurs le 27 septembre est constitué de tous les conseillers régionaux, départementaux, des parlementaires (députés, sénateurs), des élus municipaux (maires, élus municipaux) et leurs délégués élus le 5 juin qui représentent à eux seuls 95% du corps électoral. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, les élus municipaux vont élire entre 1 et 15 délégués en fonction de la taille de la commune. Au-delà de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont délégués de droit. Et dans les villes de plus de 30 000 habitants, ils vont en plus élire des délégués supplémentaires en dehors du conseil municipal : un par tranche de 800 habitants. Il n’y a pas de restriction, il faut juste être inscrit sur les listes électorales de la commune.

    En quoi les municipales ont-elles modifié le corps électoral ?

    J.A. : Au niveau national, on a eu environ 40% de renouvellement dans les mairies. Dans l’Hérault, les rapports de force restent à peu près stables même si des communes ont basculé, la plupart du temps de la gauche vers la droite ou le centre (Grabels, Juvignac, Villeneuve…). Mais cela ne pèse pas grand-chose à côté de Montpellier. Le RN a pris Agde mais ailleurs l’extrême droite a obtenu peu d’élus. La gauche ne devrait pas s’écrouler mais restons attentifs à l’offre de gauche.

    Justement la multiplication des listes est-elle risquée à gauche ?

    J.A. : Il y a un risque d’émiettement qui va surtout concerner les petits partis. Hussein Bourgi (PS) devrait être réélu. La question se pose pour Florence Brutus (PRG) qui pourrait pâtir de cet éparpillement. Ceci étant, le mode de scrutin est spécifique dans le Gard et l’Hérault : c’est un scrutin de listes proportionnelles avec l’attribution des sièges restants à la plus forte moyenne, ce qui en général est plutôt favorable aux listes qui ont obtenu peu de voix. Il faudra (maximum) 600-650 voix pour obtenir un siège sur environ 2 000 votants dans le Gard, 2 500 dans l’Hérault.

    Dans le Gard, la progression du RN peut-elle lui faire rafler un siège ?

    J.A. : Aux municipales, le RN n’a pas gagné Nîmes mais a confirmé son ancrage dans le Gard. Il a gagné Vauvert et Bagnols-sur-Cèze en conservant Beaucaire. Ils avaient déjà les 6 députés. Ceci étant, je ne pense pas que ce sera suffisant pour avoir un sénateur. Peut-être plus dans le Tarn avec le basculement de Castres, dans le Tarn-et-Garonne (Moissac, Montauban) voire dans l’Aude avec Carcassonne. Mais obtenir le soutien des élus des petites communes ne se fait pas du jour au lendemain. Pour le PCF c’est compliqué parce que, finalement, Denis Bouad (PS) repart [lire page 7]. Et il n’y aura pas que les communistes qui vont essayer de se positionner sur sa liste. L’élection à Nîmes change toutefois la donne : il y a pour le PCF un vrai levier de pression avec le PS. Il risque d’y avoir un arbitrage entre le national et le local.

    Les maires sans étiquette rendent-ils ce scrutin imprévisible ?

    J.A. : Sans tenir compte du contexte, oui sans doute. Ceci dit, les maires soi-disant sans étiquette sont soit dans de petites communes soit proches de forces partisanes donc, en réalité, on connaît leur tendance. Les autres sont très dépendants de leur intercommunalité ou du Département. L’idée d’une fronde de leur part me paraît très hypothétique. Je verrais une relative stabilité dans l’Hérault à une incertitude près. Dans le Gard, à voir à quel point la gauche peut être dispersée et s’il peut avoir des accords locaux entre la droite et des élus RN. Le corps électoral est très politisé avec une forte dimension de vote stratégique.

    Certains parlent de rapports
    de force entre le président du Département Kléber Mesquida,

    le maire de Montpellier, Michaël Delafosse et la présidente de
    la Région Carole Delga…

    J.A. : Les motivations peuvent être multiples mais dans le cas d’Aurélien Manenc (PRG et candidat dans l’Hérault) j’ai du mal à penser que cela n’a pas de lien. Kléber Mesquida [qui n’est plus au PS] a ses propres stratégies. Au-delà des guerres de personnes, il y a eu des précédents aux législatives avec des candidats soutenus [par Carole Delga] contre ceux de la Nupes.