Un nouveau drame a été évité à Noailles à deux cents mètres de la tragédie du 5 novembre 2018. Jeudi à 21 heures, un immeuble sous arrêté de péril, objet d’un projet de réhabilitation lourde de la SPLA-IN, s’est effondré en château de cartes au 3 Halles Delacroix / 16 rue d’Aubagne, dans un nuage de poussière. Sa façade a tenu. Le bâtiment, côté halles, n’est plus qu’une coque remplie de gravats.
Quatre passants incommodés par les poussières respirées ont été pris en charge. Le sinistre a mobilisé 70 marins-pompiers, 22 policiers municipaux et plusieurs dizaines de policiers nationaux pour mettre le secteur sous périmètre de sécurité. La place des Halles Delacroix est interdite au public. Les rues adjacentes sont coupées et des commerces fermés. Cinq immeubles dont deux mitoyens ont été évacués, le temps d’un diagnostic structurel. « 17 personnes évacuées n’ont pas pu réintégrer hier soir. 10 ont été pris en charge en hôtel par la Ville, les 7 autres n’en ont pas exprimé le besoin parce qu’ils avaient d’autres solutions », indique l’adjointe au logement Audrey Garino. Des opérations de reconnaissance étaient en cours pour s’assurer de l’absence de victimes sous les gravats de ce bâtiment inoccupé.
La SPLA-IN Aix-Marseille Métropole avait racheté en 2023 cet immeuble à Marseille Habitat pour 627 560 euros. Elle assurait les études de conception et des travaux de gros œuvre de ce chantier complexe et coûteux (3 120 000 euros, prix hors second œuvre). Sur les causes, un mur de refend au rez-de-chaussée se serait déstructuré lors de la dépose progressive du plancher bas en poutres métalliques, suscitant par précaution la veille l’arrêt du chantier. La décompression soudaine de ce mur porteur à 21h a emporté en château de cartes tous les planchers jusqu’à la toiture. L’immeuble sur cave étayée se trouvait pourtant « dans un état ordinaire sans pathologies importantes » écrivait en janvier 2025 le bureau d’études structure.
Le principe général du projet structurel était de conserver au maximum les ouvrages en place en les renforçant. Le marché de travaux que La Marseillaise a consulté prévoyait la dépose précautionneuse et progressive du plancher bas du commerce, côté place Delacroix, la démolition de la dalle en béton côté cour intérieure et des colonnes de toilettes sur cour. Les travaux globaux devaient générer 485 tonnes de déchets sur plus de 1 000m² de plancher à curer/démolir.
L’immeuble bâti en 1795 est protégé dans le secteur patrimonial remarquable de Marseille. « C’est un immeuble de grande qualité qui souffre à la fois d’un manque d’entretien et de transformations de son architecture, notamment au rez-de-chaussée par des adaptations aux usages commerciaux, menées en toute ignorance de ses compositions architecturales et historiques », décrivait la maîtrise d’œuvre (Groupement Atelier Cord / Chancel Architecture / SP2I / B.M.I / Raedificare SAS) dans le permis de construire délivré en juillet 2024.
L’immeuble sur cave comprend cinq niveaux de logement avec deux commerces en rez-de-chaussée, l’un orienté rue d’Aubagne, l’autre sur la place des Halles Delacroix. La parcelle est formée de deux ailes articulées autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Il était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, 3 commerces et 1 surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Le bailleur Erilia devait assurer le second œuvre. Il faut désormais tout reprendre.
« La priorité, c’est de mettre les gens en sécurité. Quand on se retrouve encore devant des gravats, on pense au 5 novembre », réagit la conseillère d’arrondissement des 13-14, Lynda Kherbache, cousine de Cherif Zemmar décédé au 65 rue d’Aubagne, venue apporter son aide aux délogés. Le Collectif du 5-Novembre critique « des délogements gérés dans le chaos » avec une « SPLA-IN largement absente du terrain », une « gestion improvisée, approximative et profondément anxiogène » des délogés « ravivant des souvenirs que cette ville ne devrait plus jamais revivre ». Plus fondamentalement, le C5N interroge : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? » Contactée, la SPLAIN n’a pas souhaité s’exprimer.

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