Tag: Audrey Garino

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    Pas question pour l’élue communiste de céder aux instructions préfectorales. L’élue réaffirme son soutien aux associations et le rôle de la Ville aux côtés des plus précaires.

    La Marseillaise : Comment avez-vous réagi à la prise de position des associations fin juillet ?

    Audrey Garino : En fait, il y a deux nouvelles : la réduction des budgets et les sorties dites sèches. Sur la première, cela fait un moment qu’on le sait et qu’on alerte, qu’on échange avec les services de l’État, parce qu’on a constaté ces dernières années que le nombre de places disponibles rétrécissait au détriment des besoins et que des critères de vulnérabilité pour prioriser les entrées étaient établis sans que nous n’en ayons complètement la connaissance ou la mesure, en tout cas. Nous avons rappelé nos exigences, notamment le fait qu’il faut trouver des solutions immédiates, singulièrement pour les femmes à la rue dont le nombre est en augmentation d’environ 30%. À Marseille, selon le décompte de la Nuit de la solidarité, 15 000 à 16 000 personnes sont sans-abri.

    Et sur cette volonté de remettre les personnes hébergées à la rue ?

    A.G. : D’abord, il n’y a plus de rotation. On a compris que la fermeture des places d’hôtel n’était pas compensée. Les réorientations ont aussi été faites dans les lieux plus pérennes, lieux que la Ville de Marseille a contribué à ouvrir, soit 15 sites en partenariat avec l’État. Et là, on a appris au cœur de l’été, la volonté, pour la première fois, qu’il y ait des sorties sèches, c’est-à-dire des fins de prise en charge sans proposition. Le maire a écrit au Premier ministre parce que c’est pour nous une ligne rouge franchie. Nous sommes un des acteurs de l’hébergement d’urgence, au même titre que les associations. Nous mettons des budgets, nous travaillons, nous avons des équipes dédiées, des bâtiments. Cette information, on ne peut pas l’apprendre par la presse. Et de deux, elle est parfaitement inacceptable, puisqu’elle remet en cause le principe de continuité de prise en charge.

    Est-ce que la Ville peut compenser ?

    A.G. : On apporte déjà beaucoup, même si l’hébergement d’urgence est une compétence exclusive de l’État. Il y a aussi le Département pour les publics dont il a la charge, notamment les enfants de moins de 3 ans et leur mère. La Ville, depuis 6 ans, a un budget de 2 millions d’euros par an alloué à l’hébergement d’urgence, autant pour financer des structures que des associations. Nous avons ouvert des centres dans des bâtiments municipaux, des douches municipales. Pour mémoire, la Ville finance seule son Samu social, c’est la seule en France à le faire, une dépense annuelle de 4 millions d’euros. Nous continuerons, nous serons toujours une partie de la solution. Mais nous ne pouvons pas accepter que celles et ceux qui en ont la responsabilité directe, soient en recul, alors même que les besoins ne sont déjà pas couverts. C’est aussi à l’État de prendre ses responsabilités. Et au Département, dont je rappelle qu’il a été condamné régulièrement pour défaut de prise en charge de ses publics et que l’État vient en substitution.

    Comment sortir de ce statu quo ?

    A.G. : On attend la réponse du gouvernement. La Ville sera toujours un partenaire sur ces questions mais en posant des préalables. Et ils sont connus : pas d’expulsion sans proposition de mise à l’abri, une mise à l’abri de l’ensemble des publics vulnérables et pas de rupture de prise en charge. En attendant, je tiens vraiment à saluer la réaction et l’engagement des opérateurs de l’hébergement d’urgence. Une position digne dans un contexte politique difficile et un contexte budgétaire tout aussi compliqué, qu’on ne nie pas. Mais il y a des priorités. On ne peut pas considérer que l’hébergement d’urgence et la lutte contre l’exclusion sont des sources d’économie, surtout dans la situation dans laquelle se trouvent notre pays et notre ville.

  • La Ville de Marseille poursuit le retrait des boîtes à clés de meublés

    La Ville de Marseille poursuit le retrait des boîtes à clés de meublés

    Partant de la place Joseph-Étienne, un cortège de techniciens municipaux, d’élus et de journalistes déambule dans les rues d’Endoume. Le rituel est rodé : une disqueuse thermique cisaille une première boîte à clés repérée plus tôt, accrochée à une balustrade de la place Joseph-Thierry, les flashes crépitent, le trophée est brandi puis envoyé avec les autres aux objets trouvés, où curieusement, personne ne vient les réclamer.

    Quinze jours avant, une brigade municipale a repéré 47 boîtiers dans le secteur et apposé des stickers prévenant leur propriétaire de l’interdiction de leur pose sur le mobilier urbain. Mercredi matin, 15 propriétaires avaient vite retiré leur cadenas avant l’arrivée de la patrouille.

    L’adjointe au logement, Audrey Garino (PCF), souligne combien « l’impact de la réglementation extrêmement dure de la Ville de Marseille commence à porter ses fruits ». Pour preuve, « les dernières condamnations ont abouti à réintégrer 18 logements sur le parc locatif qui étaient transformés en 34 meublés de tourisme, donc ça fonctionne et on revient contrôler. En 2025, on a eu une baisse des meublés de tourisme alors qu’entre 2020 et 2023, ça explosait avec 74% d’augmentation sur la ville. En 2024, ça s’est tassé et fin 2025, on a une baisse de 16% des offres globales de meublés de tourisme et de 22% sur le segment des résidences secondaires sur lesquelles l’obligation de compensation est la plus dure. Donc progressivement, on baisse la jauge », résume Audrey Garino. Ainsi, de 12 937 meublés recensés fin 2023, Marseille comptait fin 2025 un peu moins de 11 000 meublés. La décrue se confirme donc.

    « On a commencé il y a deux ans et on s’inscrit dans la durée de nos politiques de régulation de locations saisonnières. Le cadenas, c’est symbolique, mais ça incarne bien des nuisances pour les habitants qui nous en parlent », complète Sophie Camard, la maire(GRS) des 1er et 7e arrondissements, très impactés, l’hypercentre captant jusqu’à 9% du parc locatif avec des pointes de 15 à 20% à l’échelle d’une rue ou d’un îlot comme au Panier ou autour de l’Opéra.

  • Un cabinet médical ouvre aux Oliviers

    Un cabinet médical ouvre aux Oliviers

    « Le but est d’être au plus proche des habitants qui ont du mal à se déplacer jusqu’aux médecins. De proposer un parcours de soins cohérent et adapté », explique Timothée Souletie, docteur généraliste et porteur du projet de cabinet médical en pied d’immeuble de la cité les Oliviers A (13e), inauguré ce mercredi 8 juillet. Le projet, réalisé par l’architecte Fouad Boudinar, accueillera à terme 2 médecins généralistes, une sage-femme, une psychologue, une psychomotricienne et une orthophoniste.

    Selon Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille et présidente de Provence Métropole Logement, le bailleur social, il s’agit « d’un projet de requalification qui illustre notre volonté d’améliorer la qualité de vie de nos locataires ». En effet, dans ce quartier prioritaire, le centre répond à deux enjeux : « la désertification médicale et la désertification des services publics », commente Tina Biard-Sansonetti, maire (PM) des 13e et 14e arrondissements de Marseille. Un désert contre lequel il est essentiel de lutter car « quand les services reculent, il y a un sentiment d’abandon des habitants », constate Anne-Sophie Sidani (PS), déléguée municipale à la politique de la ville, qui a financé à hauteur de 80% l’opération.

    Tina Biard-Sansonetti présente cette inauguration comme un symbole fort : « on prend le prétexte du réseau de stupéfiants pour ne pas implanter de services publics, les réhabilitations des Oliviers A prouvent le contraire ». Et « c’est un modèle que je souhaite dupliquer », conclut-elle.

  • Alerte sur l’hébergement d’urgence à Marseille

    Alerte sur l’hébergement d’urgence à Marseille

    D’année en année, les recours dans le cadre du droit à l’hébergement opposable (Daho) explosent dans la région. 2 195 demandes ont été déposées en 2025, en hausse de 24% sur une seule année, concentrés essentiellement dans les Bouches-du-Rhône. Plus des deux tiers obtiennent une réponse favorable. « L’effectivité de l’accès à une offre d’hébergement n’est pas systématique », alerte cependant le rapport annuel publié à la mi-juin. Chaque mois, 11 246 nuitées ne sont pas pourvues par le numéro d’urgence, le 115. Jusqu’à la mise en place de critères qui « peuvent impacter la notion d’inconditionnalité de l’accueil prévue par le législateur » note pudiquement le rapport.

    Et les signaux d’alerte se multiplient. Dans un courrier adressé le 24 juin dernier à la préfète déléguée à l’égalité des chances, le réseau Hospitalité de Marseille dénonce des expulsions de lieux précaires qui se sont multipliées ces derniers mois, avec l’annonce de nouvelles interventions cet été. « La multiplication des expulsions sans perspectives crédibles de relogement ou de mise à l’abri risque d’alimenter une véritable fabrique de la grande précarité, écrivent les 17 associations du réseau. Elle entraîne des ruptures de parcours, fragilise les liens sociaux, nourrit le découragement et compromet les efforts engagés depuis plusieurs années. » Elles soulignent les conséquences directes « particulièrement lourdes », de la privation des accès à l’eau et électricité à une exposition accrue aux violences et risques sanitaires. « Les personnes concernées ne disparaîtront pas à la suite de leur expulsion », alertent-elles en réclamant un dialogue « constructif ».

    Lors du conseil municipal de Marseille le 26 juin, Audrey Garino l’adjointe (PCF) au logement avait aussi alerté sur le risque de fermetures de places. « On nous annonce une nouvelle fois des coupes budgétaires dans les crédits de l’hébergement quand trop de personnes appellent sans obtenir de réponses », dénonçait-elle (notre édition du 27/06), déplorant que les expulsions ne soient plus suivies systématiquement de mises à l’abri. Un message aussi relayé par le député LFI Manuel Bompard ce jeudi : à travers un courrier, il sollicite l’appui du préfet « afin d’éviter toute réduction des capacités d’hébergement sur notre territoire ».

  • Un vaste programme social de 1 000 logements à Marseille d’ici 2050

    Un vaste programme social de 1 000 logements à Marseille d’ici 2050

    « Un projet construit en dialogue permanent avec les habitants », affirme Fairouz El Hayti, directrice territoriale d’ICF Habitat lors de l’inauguration de la résidence « Les Jardins de Cazaulx » ce mardi 30 juin. La construction de ces 88 logements marque la première des 7 phases d’un projet plus vaste de renouvellement patrimonial des plus de 1 000 logements sociaux de la Grande Bastide Cazaulx dans le 12e arrondissement de Marseille à l’horizon 2050. Chaque phase respecte la même logique : de nouveaux logements sont construits afin de loger des habitants d’anciens appartements pour pouvoir les libérer, les détruire et reconstruire.

    Afin d’améliorer la qualité du logement et de réduire les coûts énergétiques pour les habitants, la directrice se félicite d’une opération « exemplaire sur le plan environnemental ». En effet, en plein épisode caniculaire, la réponse aux enjeux du changement climatique était au centre de la présentation. Pour Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille déléguée au logement, ce projet est à la fois « adapté aux besoins des habitants » mais aussi « aux enjeux de demain ».

    Ces habitants sont au cœur de la conception du projet comme le rappelle André Cargnino, membre du comité régional Action Logement qui a financé à hauteur de plus d’1,6 million d’euros l’opération et pour qui la priorité reste d’« accueillir, héberger et loger les salariés ». Le maire de secteur d’extrême droite, Olivier Rioult, se contente lui de commentaires sur l’esthétique des constructions…

    Un enthousiasme partagé par les habitants

    « C’est beaucoup mieux qu’avant », savoure Mohamed, habitant de la résidence, qui note l’amélioration du confort et des aménagements. Chaque appartement dispose maintenant d’un espace extérieur (terrasse ou jardin) et une majeure partie des unités sont équipées d’ascenseurs afin de garantir l’accessibilité de la résidence. Des efforts d’adaptation salués par Patrick, résident en fauteuil roulant qui se réjouit de pouvoir se « déplacer beaucoup plus facilement ». Pourtant, ce dernier émet une réserve : selon lui certains bâtiments de la résidence ne sont pas accessibles aux ambulances, camions de pompiers ou de police.

    Finalement, alors que tous les logements sont déjà occupés, la préfète Isabelle Epaillard, met en garde sur la situation du logement social, « il n’y en a pas assez ! ». Elle félicite néanmoins le département qui a dépassé les objectifs de reconstitution de l’offre de logement l’année passée et voit ce projet comme la continuité de cette dynamique.

  • Logement et feux de forêts :la municipalité interpelle l’État

    Logement et feux de forêts :la municipalité interpelle l’État

    Six ans après, la municipalité ne baisse toujours pas les bras. Ce vendredi matin dès l’ouverture du conseil municipal de Marseille, l’adjointe (PCF) au logement Audrey Garino a profité d’une série de délibérations consacrées aux droits des locataires et à la participation de la Ville à l’observatoire local des loyers privés pour remettre sur la table la question de l’encadrement des loyers. L’expérimentation nationale en effet doit s’achever le 1er novembre prochain, sans que Marseille n’ait pu en bénéficier.

    «Depuis 2015, près de 70 communes ont pu expérimenter l’encadrement des loyers, une mesure dont toutes mesurent l’effet positif sur les prix, et dont toutes demandent la pérennisation », rappelle l’élue communiste. Si Marseille avait candidaté dès 2020 au dispositif, la Métropole n’avait donné son accord que deux ans plus tard. « Mais cette demande se heurte à une fin de non-recevoir du gouvernement », déplore Audrey Garino. Avant de rappeler les chiffres marseillais : en dix ans, les loyers y ont augmenté de 10%, et même de 14% lorsque le locataire a changé, des hausses qui s’accélèrent ces dernières années. Alors après la signature par le maire (DVG) Benoît Payan d’une tribune de la Fondation pour le logement des défavorisés (notre édition du 23/05), l’adjointe réitère : « Nous réclamons une nouvelle fois la prolongation de l’expérimentation et son extension aux villes, comme Marseille, qui en font la demande. »

    Souvenir du feu de l’Estaque

    L’interpellation se double d’une alerte, au moment d’approuver des subventions pour les associations hébergeant des personnes sans domicile fixe, face aux coupes budgétaires dans les crédits de l’hébergement d’urgence. « En quatre ans, le nombre d’appels au 115 [le numéro d’urgence dédié, Ndlr.] a augmenté de 50%», souligne Audrey Garino. Et d’appuyer : « Nous refusons d’accepter cette fatalité et appelons l’État à prendre enfin la mesure de l’urgence qui frappe les habitants de Marseille. »

    Après elle, c’est le maire (DVG) Benoît Payan qui monte au créneau, sur les délibérations ayant trait au bataillon des marins-pompiers. Une semaine après l’incendie de Marseilleveyre, éteint grâce à l’intervention de quatre Canadair sur un terrain difficile d’accès, il alerte : « Nous devons continuer à réclamer des moyens, parce que nous sommes en difficulté quand ils ne sont plus accordés. » Et de raviver la comparaison avec la gestion de l’incendie de l’Estaque, un an plus tôt. « Le choix avait été fait de sortir les Canadair en dehors de Marseille alors que des vies étaient en jeu », s’indigne-t-il. D’autant plus que les avions largueurs d’eau ont quitté depuis 2016 la base de Marignane, et sont désormais vieillissants. « Quand ils devaient partir, le vent s’est levé et ils ont dû faire machine arrière, ce ne serait pas arrivé s’ils étaient à Marignane », dénonce l’édile qui remercie les députés qui ont réclamé une commission d’enquête sur l’incendie, encore dans les tiroirs. Mais le maire cible aussi les assureurs qu’il appelle à faire leur travail, « parce qu’il y a toujours des assurés qui n’ont toujours pas reçu la moindre aide ». Et remet sur la table le financement insuffisant du bataillon par le conseil départemental, en appelant à l’État « pour qu’il corrige cette iniquité ».

  • Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un nouveau drame a été évité à Noailles à deux cents mètres de la tragédie du 5 novembre 2018. Jeudi à 21 heures, un immeuble sous arrêté de péril, objet d’un projet de réhabilitation lourde de la SPLA-IN, s’est effondré en château de cartes au 3 Halles Delacroix / 16 rue d’Aubagne, dans un nuage de poussière. Sa façade a tenu. Le bâtiment, côté halles, n’est plus qu’une coque remplie de gravats.

    Quatre passants incommodés par les poussières respirées ont été pris en charge. Le sinistre a mobilisé 70 marins-pompiers, 22 policiers municipaux et plusieurs dizaines de policiers nationaux pour mettre le secteur sous périmètre de sécurité. La place des Halles Delacroix est interdite au public. Les rues adjacentes sont coupées et des commerces fermés. Cinq immeubles dont deux mitoyens ont été évacués, le temps d’un diagnostic structurel. « 17 personnes évacuées n’ont pas pu réintégrer hier soir. 10 ont été pris en charge en hôtel par la Ville, les 7 autres n’en ont pas exprimé le besoin parce qu’ils avaient d’autres solutions », indique l’adjointe au logement Audrey Garino. Des opérations de reconnaissance étaient en cours pour s’assurer de l’absence de victimes sous les gravats de ce bâtiment inoccupé.

    La SPLA-IN Aix-Marseille Métropole avait racheté en 2023 cet immeuble à Marseille Habitat pour 627 560 euros. Elle assurait les études de conception et des travaux de gros œuvre de ce chantier complexe et coûteux (8 120 000 euros, prix hors second œuvre). Sur les causes, un mur de refend au rez-de-chaussée se serait déstructuré lors de la dépose progressive du plancher bas en poutres métalliques, suscitant par précaution la veille l’arrêt du chantier. La décompression soudaine de ce mur porteur à 21h a emporté en château de cartes tous les planchers jusqu’à la toiture. L’immeuble sur cave étayée se trouvait pourtant « dans un état ordinaire sans pathologies importantes » écrivait en janvier 2025 le bureau d’études structure.

    Le principe général du projet structurel était de conserver au maximum les ouvrages en place en les renforçant. Le marché de travaux que La Marseillaise a consulté prévoyait la dépose précautionneuse et progressive du plancher bas du commerce, côté place Delacroix, la démolition de la dalle en béton côté cour intérieure et des colonnes de toilettes sur cour. Les travaux globaux devaient générer 485 tonnes de déchets sur plus de 1 000m² de plancher à curer/démolir.

    « Un immeuble de grande qualité »

    L’immeuble bâti en 1795 est protégé dans le secteur patrimonial remarquable de Marseille. « C’est un immeuble de grande qualité qui souffre à la fois d’un manque d’entretien et de transformations de son architecture, notamment au rez-de-chaussée par des adaptations aux usages commerciaux, menées en toute ignorance de ses compositions architecturales et historiques », décrivait la maîtrise d’œuvre (Groupement Atelier Cord / Chancel Architecture / SP2I / B.M.I / Raedificare SAS) dans le permis de construire délivré en juillet 2024.

    L’immeuble sur cave comprend cinq niveaux de logement avec deux commerces en rez-de-chaussée, l’un orienté rue d’Aubagne, l’autre sur la place des Halles Delacroix. La parcelle est formée de deux ailes articulées autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Il était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, 3 commerces et 1 surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Le bailleur Erilia devait assurer le second œuvre. Il faut désormais tout reprendre.

    « La priorité, c’est de mettre les gens en sécurité. Quand on se retrouve encore devant des gravats, on pense au 5 novembre », réagit la conseillère d’arrondissement des 13-14, Lynda Kherbache, cousine de Cherif Zemmar décédé au 65 rue d’Aubagne, venue apporter son aide aux délogés. Le Collectif du 5-Novembre critique « des délogements gérés dans le chaos » avec une « SPLA-IN largement absente du terrain », une « gestion improvisée, approximative et profondément anxiogène » des délogés « ravivant des souvenirs que cette ville ne devrait plus jamais revivre ». Plus fondamentalement, le C5N interroge : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? » Contactée, la SPLAIN n’a pas souhaité s’exprimer.

  • Face à l’habitat indigne, les acteurs locaux prônent une réponse collective

    Face à l’habitat indigne, les acteurs locaux prônent une réponse collective

    À Marseille, selon l’Adil, 27 770 logements sont aujourd’hui qualifiés de potentiellement indignes dans le parc privé : moisissures, risque d’effondrement, concentration de plomb… Le sujet n’est pas nouveau. L’Hôtel du Département a accueilli, ce mercredi, une conférence-débat dédiée à ce sujet, organisée par l’Adil des Bouches-du-Rhône. « Un habitat est considéré comme indigne lorsqu’un logement possède des conditions qui ne répondent pas à des exigences minimales, portant atteinte à la santé ou à la sécurité des personnes », explique Thierry Moallic, directeur de l’Adil 13.

    Les acteurs locaux de l’habitat tentent de répondre « collectivement » à ce fléau. La plateforme « Signal Logement », lancée par le gouvernement, permet aux habitants de signaler en ligne leur situation. 3 475 signalements ont été réalisés dans le département en 2025, selon l’Adil.

    Isabelle Epaillard, préfète déléguée à l’Égalité des chances, rappelle l’importance du relogement : « Il faut proposer un logement pendant les travaux du bâtiment, et pas seulement dans les hôtels. Il est nécessaire d’anticiper ces besoins avec la Métropole. » Autre volonté : étendre le « permis de louer » actuellement appliqué dans le quartier de Noailles, à Marseille : « Dès le préavis de départ, les professionnels de l’immobilier ont l’obligation de prendre connaissance des problématiques. On ne peut pas louer un logement insalubre », déclare Laurence Pont, présidente de la Fédération nationale de l’immobilier des Bouches-du-Rhône.

    Des variables sociales

    Plusieurs conditions favorisent l’habitat indigne. « Les offres dignes et abordables sont insuffisantes. Les ménages sont de plus en plus précaires et la résolution des désordres est complexe et très longue, témoigne Cyrille Guiraudou, membre de l’Association de défense des locataires HLM (ADLH). Il y a un sentiment de redevabilité envers le bailleur qui a été le seul à fournir un toit, mais aussi un sentiment de honte et une peur de se retrouver à la rue. »

    Selon Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille déléguée au logement et présidente de l’Office Provence Métropole Logement, une vingtaine de propriétaires ont été condamnés, cette année.