Tag: Architecture

  • [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    La Région Sud monte au créneau. Elle vient d’achever l’inventaire thématique du patrimoine fortifié en Provence-Alpes-Côte d’Azur, un vaste travail scientifique lancé il y a quarante ans et désormais en ligne à la disposition de tous.

    Cette étude exhaustive et richement illustrée a démarré en 1986 dans le Briançonnais à l’occasion de l’étude topographique de ce territoire au moment où ces ouvrages historiques étaient devenus sans intérêt pour l’armée. « La thématique de l’enquête s’est centrée sur l’architecture fortifiée du pouvoir royal, puis national, entre le XVIe et le XXe siècles, en excluant du corpus les ouvrages de l’époque féodale et en y englobant les constructions italiennes devenues françaises au gré des fluctuations de la frontière alpine », décrit Marceline Brunet, conservateur du Patrimoine, chef de l’Inventaire général de PACA, un service qui s’est entouré de trois experts : Philippe Truttmann, Christian Corvisier et Bernard Cros.

    418 dossiers d’inventaire ont ainsi été constitués. Dans les Hautes-Alpes, on retient la place forte de Briançon, l’ensemble fortifié italien à Névache et Montgenèvre, les places fortes d’Embrun et de Mont-Dauphin, Fort-Queyras. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’ensemble fortifié de l’Ubaye, les places fortes de Colmars, Seyne, Sisteron et Entrevaux. Chaque ouvrage a sa fiche explicative détaillée.

    Dans les Alpes-Maritimes, les positions de l’Authion et du Mont-Ours, les places fortes de Nice, Antibes, Saint-Paul-de-Vence, Sainte-Marguerite, les fortifications italiennes du Vallo Alpino, la redoute de Menton, etc.

    Dans le Var, l’ensemble fortifié des îles d’Hyères, la citadelle de Saint-Tropez, l’ensemble des ouvrages côtiers de Carqueiranne, du Pradet et La Seyne-sur-Mer, de Toulon. Pour des raisons de sécurité, l’accès a été refusé au fort présidentiel de Brégançon et au fort sensible de Six-Fours.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les internautes apprécieront de redécouvrir la place de Marseille, ses batteries côtières avec tous les ouvrages du Südwall, ceux du Frioul, de Cassis, de La Ciotat et tout au long de la Côte bleue jusqu’à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

    Ce patrimoine militaire est analysé comme « probablement le plus varié en termes de typologies et de périodes de construction, mêlant architecture frontalière de montagne et du littoral, du début du 16e siècle à 1944 ». Il a aussi la particularité de recéler des « ouvrages très remarquables dus aux ingénieurs italiens, depuis les forteresses du duché de Savoie au XVIe siècle jusqu’aux lignes fortifiées édifiées dans l’Entre-Deux-Guerres par le gouvernement de Mussolini ».

  • [C’est l’été] Visite nocturne à Marignane

    [C’est l’été] Visite nocturne à Marignane

    La découverte de ce lieu datant du XIVe siècle est guidée par Michel Méténier, professeur d’histoire, conférencier et écrivain. Vous pourrez voir les détails architecturaux éclairés à la bougie dans les pièces d’apparat. La visite sera émaillée de saynètes inédites. À la fin, un verre de l’amitié est offert. L’office de tourisme distribue les petites lanternes.

    G.C.

    Tarif de 10 euros, 5 euros pour les moins de 12 ans

  • [Patrimoine] Au Frioul, l’hôpital aux quatre vents de Proust

    [Patrimoine] Au Frioul, l’hôpital aux quatre vents de Proust

    L’hôpital Caroline, complexe sanitaire de soins et de quarantaine trouve son origine dans l’épidémie de fièvre jaune de 1820 qui décima les équipages des ports de Méditerranée. Durant l’été 1821, un navire venant de Cuba avait introduit la fièvre jaune à Barcelone provoquant 20 000 morts. Dans la foulée, un navire infecté venant de Malaga était mis en quarantaine à Pomègues. 12 marins décédaient, mais la cité phocéenne n’était pas touchée, ce qui convainquait l’Intendance sanitaire de demander à Louis XVIII de construire au Frioul un port bastionné pour la quarantaine. Il aura coûté 638 000 francs-or sur des fonds du Trésor public, de la Chambre de commerce et de la Ville. Son nom est un hommage rendu à la duchesse de Berry, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles qui séjourna en quarantaine au la zaret d’Arenc.

    Le projet est confié à l’architecte Michel-Robert Penchaud qui édifie en 1828 cet hôpital sur un promontoire battu par les vents de l’île de Ratonneau suivant un système pavillonnaire autour de deux grandes cours et obéissant aux préceptes d’isolement, de surveillance et d’aération maximale. Il est conçu pour accueillir 48 malades et 24 convalescents dans 12 corps de bâtiments sur 3 500 mètres carrés.

    « C’est une ruine »

    En 1847, le secrétaire de l’Intendance Sanitaire décrit un bouge : « Ce que j’ai vu dépasse toute idée de malpropreté que j’avais pu me faire, les quatre pavillons habités par les ouvriers sont dans un état déplorable. Il n’existe pas de cloaque plus sale, plus dégoûtant ; les escaliers intérieurs, les paliers et les planchers sont meublés d’ordure… En fait les quatre pavillons sont dans un état pitoyable… »

    Ce qui n’empêche pas en 1850, d’y transférer les malades du lazaret d’Arenc. Puis l’armée réquisitionne les lieux jusqu’en 1856 pour y soigner plus de 700 soldats atteints parfois du typhus de retour d’Afrique et de Crimée. 308 navires débarquent alors 33 500 marins, 124 200 militaires et 5 090 passagers civils. 709 malades furent traités à l’hôpital parmi lesquels on déplora 165 décès, dont 90 dus au typhus.

    En 1900, 35 malades de la peste y sont hospitalisés. En décembre 1903, un rapport à l’Académie de médecine signale son état déplorable : « Qu’il me soit permis de vous dénoncer l’hôpital Ratonneau destiné aux malades atteints de la peste, de la fièvre jaune ou du choléra. Il vous est impossible de vous représenter un hôpital aussi délabré et aussi abandonné. Il ne renferme ni pharmacie, ni instruments, en un mot il n’y a rien ; ce n’est pas un hôpital, c’est une ruine » écrit le docteur Josias.

    Deux ans plus tard, le docteur Adrien Proust, père de Marcel Proust, vient à Marseille prodiguer ses conseils pour lutter contre l’épidémie de choléra. Son rapport « sur les améliorations à apporter au fonctionnement du service [sanitaire] dans le port de Marseille et au Lazaret du Frioul », fustige le recrutement des auxiliaires du lazaret parmi « les personnes errant sans emploi sur les quais de Marseille et qui n’ont aucune notion du travail auquel on les destine ». En 1923, le nom d’Adrien Proust est brièvement donné à l’hôpital du Frioul.

    Il sert encore d’hôpital en 1941 en raison d’une épidémie de typhus dans les prisons de Marseille puis devient un dépôt de munitions de la Wehrmacht pilonné à la Libération. Racheté par la Ville en 1978, il est inscrit aux monuments historiques en 1980. L’association Caroline s’est battue avec la fédération Remparts pour lancer des travaux de restauration au travers du bénévolat estival puis a bâti un partenariat avec la prison des Baumettes pour des chantiers de réinsertion avec des détenus en fin de peine. Progressivement le pavillon Saint-Roch, l’ancienne infirmerie, le pavillon des morts, les murs d’enceinte, le pavillon des entrées, le pavillon de bains puis le pavillon Chevalier Roze ont été restaurés avec la chapelle centrale de style hellénistique pour rappeler les origines de la cité phocéenne. En 2007, Acta Vista poursuit le chantier pour le pavillon des intendants, la capitainerie.

    Il se visite à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. On peut longer l’enceinte et à travers la grille observer la cour intérieure, la chapelle et les pavillons, tout en jouissant d’une vue exceptionnelle sur la rade phocéenne.

  • [C’est l’été] Monuments marseillais en modèles réduits

    [C’est l’été] Monuments marseillais en modèles réduits

    Sitôt le seuil des Archives municipales de Marseille franchi, une maquette de la Villa Palestine, ce « pastiche architectural » de style néo-mauresque édifié au début du XXe siècle à l’Estaque, s’offre à la vue des visiteurs. Au sein de l’exposition actuellement accueillie par le bâtiment de la rue Clovis Hugues, à la Belle de Mai, c’est l’un des 29 modèles réduits (sur 90) du service Monuments et patrimoine historiques réalisé par le maquettiste Eric Majan, par ailleurs commissaire du parcours. « La protection au titre des monuments historiques sanctuarise et met en valeur les édifices publics ou privés concernés. La ville en compte aujourd’hui plus d’une centaine, dont une quarantaine entre 2020 et 2026. C’est cette politique volontariste que la présente exposition entend valoriser », souligne un cartel. La mise en lumière d’une ville marquée par des gestes d’architectes de tous ressorts parmi lesquels Henri-Jacques Espérandieu en 1864 avec la Bonne mère, ou encore Jean-Charles Danjoy avec le Château Pastré construit deux ans plus tôt à « l’âge d’or des bastides marseillaises ».

    Maquettes et aquarelles

    De la Cité radieuse du Corbusier, dont le chantier est rappelé par des clichés de 1952, à la maison de Pierre Puget construite en 1681, angle rue de Rome – Rue de la Palud, Marseille recèle de pépites architecturales plus ou moins scrupuleusement entretenues. Dans la salle de lecture, au 1er étage, l’atelier-maison construit en 1924 par Gaston Castel au 2, rue Croix de Régnier (4e), trône discrètement avec sa « proue de bateau » parmi d’autres édifices remarquables. Outre les maquettes, « 16 des 300 aquarelles de Catherine d’Ortoli », auteur de Marseille monuments (2019, Parenthèses), témoignent avec minutie de la diversité de styles à l’œuvre sur les bâtiments de la ville.

    Philippe Amsellem

    Le lundi de 13h à 17h et du mardi au vendredi de 9h à 17h

  • [C’est l’été] À Apt, le César est un Monument historique

    [C’est l’été] À Apt, le César est un Monument historique

    Rénové il y a 7 ans, ce cinéma du centre-ville est le seul de la sous-préfecture vauclusienne. Si certains n’y trouvent pas leur compte, il faut compter 1h30 de route et 70 km aller-retour pour se rendre à Cavaillon… Mais l’offre du César, qui accueille chaque année un festival des cinémas d’Afrique, est aussi historique. Avant de diffuser des films, le site était un bâtiment religieux : la chapelle des Pénitents blancs, inscrite aux Monuments historiques depuis 1996. De l’extérieur, on distingue les restes d’une façade rappelant la chapelle. L’écran d’une des trois salles cache également les restes de l’ancien autel.

  • L’intrigante création d’un maçon du XVIIIe siècle

    L’intrigante création d’un maçon du XVIIIe siècle

    C’est probablement l’une des curiosités les plus connues du Champsaur. La chapelle des Pétètes, terme qui signifie « poupées » en langue populaire locale, a été édifiée sur les hauteurs de Saint-Bonnet-en-Champsaur, entre 1740 et 1743. D’après les services du patrimoine de la Communauté de communes Champsaur-Valgaudemar, il s’agit de la création de Jacques Pascal, un maçon et menuisier local. Créée par un artisan et non à la commande de l’Église, la chapelle a cette allure particulière des créations populaires, nées du rêve visionnaire et de la volonté acharnée d’un individu. Aussi, sur la façade, on trouve des niches abritant des statues aux traits peu vraisemblables avec un regard pénétrant, sévère et hagard à la fois. Parmi ces fameuses « pétètes » qui ont donné son nom à l’édifice, on retrouve la Sainte famille (Jésus, Marie, Joseph) mais aussi des saints comme Saint-Grégoire, patron de la chapelle, ou Saint-Antoine.

    Parmi les inscriptions latines, on retrouve des maximes en français, fait rare pour l’époque où le français n’était pas la langue locale. Sur certaines statues, on peut encore discerner des traces de peinture, laissant penser qu’elles n’ont pas toujours été de leur actuelle couleur d’albâtre. L’une d’elles dénote, celle de la Vierge Marie, au dessin légèrement détaillé, plus ronde. Il s’agit en fait d’une copie, destinée à remplacer l’originale, volée. Une des niches est étrangement vide, et sur une autre, là où toutes ont le nom du saint ou du personnage qu’elle représente, l’écriture semble avoir disparu ou avoir été effacée. Enfin, les bénitiers, petits bassins qui contiennent l’eau bénite, ne se trouvent pas à l’intérieur comme d’ordinaire mais à l’extérieur, sur le mur de la façade. De même, deux trous dans l’épaisse porte d’entrée en bois ouvragée, laissent à penser que les confessions se faisaient peut-être sur le parvis de la chapelle, la porte séparant le fidèle et le confesseur.

    L’intérieur aussi réserve des surprises. On est d’abord frappés par la richesse du retable, qui étonne pour une petite chapelle isolée de montagne. L’autel, de grande taille, est recouvert de plusieurs ouvrages de cuir de Cordoue, à savoir du cuir recouvert d’une légère feuille d’argent. Les motifs, floraux et orientalisants, rappellent que cette technique, importée en France par la corporation des Cordobans au XIVe siècle, vient originellement de Syrie. Les différences de style et de couleurs indiquent qu’il s’agit de l’addition de plusieurs morceaux séparés. On pense qu’elles proviennent du Château des Lesdiguières, sur la commune du Glaizil. Reste à savoir si les cuirs de Cordoue auront été dérobés durant les secousses de la Révolution, ou justement sauvés des pillages de ces dernières. La qualité et la délicatesse de l’ouvrage, qui semble fait sur mesure pour les dimensions de la chapelle, suggèrent plutôt la seconde option.

    La chapelle dite « des amoureux »

    Sur les peintures qui accompagnent le retable, on retrouve la sainte famille : la vierge à l’enfant et Saint-Joseph, mais aussi Saint-Grégoire, moine qui a refusé d’être nommé Pape avant de céder sous l’insistance populaire en 590. Sur un autre tableau, on peut voir Saint-Roch, saint pèlerin de Montpellier protecteur des malades, toujours suivi de son fidèle chien.

    Enfin, le principal intérêt et le principal mystère de la Chapelle des Pétètes, réside peut-être dans la raison même de sa construction. S’il est certain qu’elle est l’œuvre du maçon Jacques Pascal, la légende locale veut que ce soit un jeune berger qu’il ait édifié pour sa bien-aimée. Si la chapelle est aussi appréciée des Champsaurins c’est justement parce qu’ils se sont approprié son histoire et sa signification au fil du temps. Que la légende soit vraie ou non, l’édifice reste en tout cas placé sous le signe des amoureux, en témoignent les deux grandes têtes rondes anonymes sculptées et discrètement abritées dans une niche, sous le clocher, tout en haut de la façade, qui échappent au regard peu attentif et rappellent un couple.

  • Les forteresses du Languedoc inscrites à l’Unesco

    Les forteresses du Languedoc inscrites à l’Unesco

    C’est la reconnaissance de plus d’une décennie de préparation et de travaux historiques menés par l’association Mission patrimoine Mondial composée notamment des Départements de l’Aude et de l’Ariège. « Le système de forteresses de la sénéchaussée de Carcassonne (XIIIe-XIVe siècles) » a été classé, dimanche 26 août au patrimoine mondial de l’Unesco. La proclamation a été faite de Busan (Corée du Sud) où le comité de l’Unesco était réuni en session. Derrière l’intitulé un peu âpre le « bien culturel » désormais classé est constitué des remparts et du château de Carcassonne et d’une sélection de sept châteaux établis dans sa périphérie. Cette série de fortifications, contemporaines les unes des autres, témoigne de la conquête du Languedoc par le roi de France et ses vassaux, dans la première moitié du XIIIe siècle, et de son objectif : le contrôle d’un vaste ensemble territorial par l’affirmation du pouvoir royal. Au sein d’un ensemble de châteaux qui répondaient aux mêmes objectifs politiques et militaires et avaient les mêmes caractéristiques architecturales, la série sélectionnée présente les sites les mieux conservés et les plus authentiques. Elle reflète une homogénéité thématique et une cohérence historique, à l’échelle d’un large territoire.

    Chaque élément constitutif est porteur d’une partie spécifique de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Les caractéristiques majeures de cet ensemble militaire, politique et symbolique du XIIIe et du début du XIVe siècles sont les suivantes : une approche territoriale d’ensemble du système défensif qui fut mis en place par le roi de France, à l’issue de la Croisade contre les Albigeois (1209-1229), et dont Carcassonne était le centre militaire, politique et administratif aux XIIIe et XIVe siècles ; un témoignage unique, par son homogénéité architecturale de ce que pouvait être un réseau fortifié capétien aux XIIIe et XIVe siècles ; un exemple remarquable d’importation et d’adaptation des principes de la fortification capétienne à des sites escarpés ; une situation paysagère exceptionnelle.

    Un « levier »

    de développement

    La présidente du Département de l’Aude, Hélène Sandragné, a salué le classement des Forteresses royales du Languedoc à l’Unesco, le qualifiant de « levier » pour le développement touristique et économique. « Il va accroître notre attractivité et l’Aude en a besoin », a-t-elle déclaré.

    Souvent perchées en haut de pitons rocheux escarpés, les huit forteresses, celles de Montségur en Ariège et celles de Peyrepertuse, Quéribus, d’Aguilar, de Lastours, de Peyrepertuse, de Puilaurens, de Termes et de Carcassonne dans l’Aude, ont été édifiées à l’issue de la croisade contre les Albigeois (1209-1229), lorsqu’une partie du Languedoc tombe dans le domaine royal. Certains de ces sites avaient servi auparavant de refuge aux Cathares accusés d’hérésie.

    Avec ces forteresses, le roi de France voulait garder un œil sur la population locale encore considérée comme dissidente et surveiller le royaume d’Aragon, situé à quelques dizaines de kilomètres à peine de Quéribus ou Peyrepertuse.

    Les forteresses étaient administrées par un sénéchal installé dans la Cité de Carcassonne, elle aussi reconstruite à la même époque et déjà inscrite au patrimoine mondial de l’humanité en 1997. Considérés comme un « élément central du système défensif », son château et ses remparts font aussi partie de ces huit monuments désormais sur la liste de l’Unesco. « Ces forteresses témoignent de l’adaptation exceptionnelle de l’architecture militaire aux contraintes topographiques et de l’émergence de nouvelles formes d’organisation du territoire par la monarchie française », a estimé l’Unesco.

    « Ironie de l’histoire, ces forteresses qui hier ont brisé la fougue rebelle du peuple languedocien lui donneront demain un nouvel élan », a encore déclaré Hélène Sandragné qui voit dans cette distinction un atout pour la « préservation et la restauration » de ces citadelles.

    Pour Fabrice Chambon, guide-conférencier au château de Montségur, où plus de 200 « hérétiques » ont été brûlés en 1244 avant la construction de la forteresse qu’on visite aujourd’hui, l’effacement du mot « cathare » a « ému pas mal de personnes ». Une pétition d’opposants à ce changement de dénomination a été signée par près de 9 400 personnes.

    Mais la polémique ne peut masquer l’immense atout que représente ce classement au patrimoine mondial de l’Unesco d’un ensemble unique. « L’Association mission patrimoine mondial est au cœur du dispositif de gestion. Composée de l’ensemble des collectivités propriétaires et autres gestionnaires territoriaux elle coordonne et anime le présent système de gouvernance, mobilisant instances et partenaires, et constitue l’interface de gestion principale du bien en série », précise le dossier soumis à l’Unesco. L’organisme de l’ONU a été convaincu.

  • [Passerelle interculturelle] Shanghai et Marseille : deux villes ouvertes sur le monde

    [Passerelle interculturelle] Shanghai et Marseille : deux villes ouvertes sur le monde

    Aujourd’hui, pour un voyageur français, Shanghai n’est plus si loin de Marseille. Grâce à la liaison aérienne directe entre les deux villes et à l’exemption de visa accordée par la Chine aux titulaires d’un passeport français pour les séjours de courte durée, il suffit presque d’acheter un billet d’avion pour partir de la Méditerranée et se retrouver, quelques heures plus tard, sur les rives du Huangpu. Cette liaison directe donne une réalité nouvelle aux relations entre Shanghai et Marseille, officiellement jumelées depuis le 26 octobre 1987. Les deux villes sont très différentes par leur taille, leur architecture et leur paysage, mais elles partagent une longue histoire liée au port, au commerce maritime et aux échanges avec le monde extérieur.

    Shanghai s’est développée à l’embouchure du Yangtsé, autour du fleuve Huangpu. Son port a fait entrer des marchandises, des capitaux, des voyageurs, mais aussi de nouvelles idées et différentes influences culturelles. Aujourd’hui, Shanghai constitue l’une des principales portes d’accès au delta du Yangtsé, l’une des régions économiques les plus dynamiques de Chine.

    Cette histoire reste visible dans son paysage urbain. Sur le Bund, les bâtiments historiques témoignent des échanges anciens entre Shanghai et l’étranger. Certains quartiers de l’ancienne concession française conservent également des rues bordées de platanes, des villas et des immeubles d’inspiration européenne. De l’autre côté du Huangpu, les gratte-ciel de Pudong incarnent une métropole financière et technologique tournée vers l’avenir.

    Contraste architectural saisissant

    Shanghai se découvre aussi par sa cuisine. Le matin, les habitants peuvent acheter des shengjian bao, de petits pains farcis à la viande et grillés à la poêle, ou des xiaolongbao, servis dans de petits paniers en bambou. On trouve également des nouilles, des raviolis, des poissons et des plats légèrement sucrés, caractéristiques de la cuisine locale.

    La ville offre de nombreuses manières de passer une journée. On peut commencer par une promenade sur le Bund, traverser le Huangpu en ferry pour rejoindre Pudong, puis monter dans l’une des tours afin d’observer la ville d’en haut. Plus tard, les jardins de Yuyuan permettent de découvrir une architecture chinoise traditionnelle au milieu d’un quartier très animé.

    Le soir, Shanghai change encore de visage. Les façades du Bund s’illuminent, tandis que les tours de Pudong se reflètent dans le fleuve. Les restaurants, les théâtres, les salles de concert et les petites rues commerçantes restent animés jusque tard. La ville mêle ainsi patrimoine, consommation, culture et loisirs dans un même espace urbain.

    Shanghai et Marseille ont chacune leur caractère, mais toutes deux savent accueillir ceux qui arrivent par la mer ou par les airs. Dans ces deux villes, le voyage ne commence pas seulement au moment du départ.

    Dong Qiao, correspondante de China Media Group à Paris

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • Deux aspirantes cités de caractère dans les Hautes-Alpes

    Deux aspirantes cités de caractère dans les Hautes-Alpes

    L’une est au pied d’un rocher, l’autre nichée sur une colline. Orpierre et Rosans, communes de 316 et 511 habitants, préparent toutes deux une candidature au label « Petites Cités de Caractère », distinction qui valorise les communes engagées dans la préservation et la mise en valeur de leur patrimoine, avec l’objectif d’obtenir l’homologation au printemps 2027.

    Jeudi 23 juillet, une première réunion à Rosans a permis d’entamer les démarches, en présence de Laurent Mazurier, directeur de l’Association nationale des Petites Cités de Caractère. « La marque ne récompense pas uniquement un patrimoine remarquable ; elle distingue aussi une volonté collective de le préserver, de le mettre en valeur et d’en faire un moteur de développement durable », a-t-il rappelé. La réunion s’est poursuivie par la visite des centres anciens de Rosans et d’Orpierre, avant un déplacement à Serres, première commune haut-alpine à avoir obtenu le label en 2019 avec Garde-Colombe.

    Orpierre la grimpeuse, Rosans la médiévale

    Les critères d’obtention reposent sur une charte nationale exigeante, qui évalue aussi bien la qualité du patrimoine que les politiques publiques pour le préserver et le faire vivre : restauration du bâti, aménagement des espaces publics, animation des centres-bourgs, etc. Les deux villages sont des étapes incontournables des Baronnies provençales avec des atouts à mettre en avant. Orpierre est notamment renommée pour ses sites d’escalade et Rosans pour son architecture médiévale préservée.

  • [Week-end] Plongée dans un fort de guerre à Niolon

    [Week-end] Plongée dans un fort de guerre à Niolon

    Depuis la départementale 48 s’ouvre la calanque de Niolon, terminée à sa pointe par un curieux complexe faisant face à la mer avec une vue privilégiée sur la rade de Marseille. Les calanquais le connaissent depuis près de deux siècles, sous des formes différentes au gré des transformations du site.

    Ici, les pierres meulières de 1861, date inscrite sur l’encadrement de porte du fort de Niolon, côtoient le béton des bunkers allemands de 1943 et les matériaux modernes de 1975 utilisés pour les petits bungalows d’inspiration méditerranéenne du centre de plongée de l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA), qui occupe le site depuis 1966.

    Depuis la reprise du club de voile local, l’association a bien modifié les lieux. « À l’origine, on proposait des stages de voile, mais très rapidement, on a développé la plongée en parallèle » retrace Thierry Sturzer, directeur de l’UCPA Niolon depuis deux ans. La peinture blanche et les postes informatiques trahissent la nouvelle occupation du bâti maçonné. « Au tout début, on utilisait l’intérieur du fort comme logement, puis comme magasin pour le matériel de plongée », poursuit le directeur, jusqu’en 2012, où il a été réhabilité comme bâtiment administratif.

    Le lieu est occupé à des fins de défense depuis le début du XVIIIe siècle, sur ordre du Roi-Soleil. Certaines sources font état d’une réquisition de dix Carryens en 1665 pour aménager les premières fortifications servant à barrer la rade de Marseille et le mouillage de l’Estaque, terminées en 1702. Les premières ébauches du fort que l’on connaît aujourd’hui furent posées sous la forme d’une tour-modèle 1811 de type 2, abritant 30 hommes et pouvant accueillir trois canons sur son toit. Cet ensemble a été fortement modifié au cours de la fin du XIXe siècle avec la progression de la portée des canons et la construction, en conséquence, de fortifications plus hautes et retranchées comme le fort de Niolon haut, fin 1880.

    « 70 000 plongées chaque année »

    L’occupant allemand et son organisation Todt ont aussi participé au dessein défensif du site. C’est en se promenant au cœur du village d’inspiration méditerranéenne dédié aux logements des stagiaires que l’on peut les reconnaître. Là où se trouvaient autrefois des pièces d’artillerie françaises de 90 mm récupérées, se trouvent désormais des portes-fenêtres offrant une vue privilégiée sur la mer. « Tout l’existant a été réutilisé », reprend Thierry Sturzer, « tous les bungalows datant de 1975 sont en rénovation depuis deux ans » et les quatre bunkers servant d’habitation vont également l’être. Le poste de direction de tir en béton, comme les autres bunkers, est quant à lui utilisé pour la technique.

    Une grande partie de la muraille ouest est surplombée d’un espace de restauration, tandis que le pôle technique, inauguré en 2012, trouve sa place au plus près des quais du Port, toujours sur le promontoire fortifié. « Le centre s’est développé à partir du fort » au fil des années, resitue le directeur, pour devenir aujourd’hui « l’un des plus gros centres de plongée d’Europe » selon son tenancier. « Il y a un ou deux ans, on avait calculé 70 000 plongées par an » complète-t-il, d’où les infrastructures dédiées.

    Cette aventure est rendue possible par le contrat qui liait l’UCPA à Marine nationale, propriétaire jusqu’au 15 novembre 2008, date de cession au Conservatoire du littoral. Une convention renouvelée en 2025 lie toujours l’association et le Conservatoire jusqu’en 2055. « Durant cette période, l’UCPA verse une redevance à la commune du Rove qui permet de financer la gestion du site, dont un agent de terrain qui est garde du littoral », détaille le Conservatoire.

    Thierry Sturzer souhaite valoriser l’histoire des lieux. « J’aimerais bien mettre quelques photos de canons dans les bunkers. Pourquoi ne pas dédier une salle à l’histoire ? Voire une ouverture au public aux journées du patrimoine ? » Les idées ne manquent pas.