Tag: Marseille Habitat

  • Pour la cour, ce procès de la rue d’Aubagne sera « nécessairement différent »

    Pour la cour, ce procès de la rue d’Aubagne sera « nécessairement différent »

    Lever de rideau lundi du procès en appel des effondrements de la rue d’Aubagne. Près de trois cents personnes ont pris place dans le calme dans cette même salle des procès hors normes à la caserne du Muy. 106 parties civiles se sont constituées au nouveau procès du drame du 5 novembre 2018 qui doit retenir la cour d’appel d’Aix-en-Provence délocalisée à Marseille jusqu’au 18 décembre.

    Caméras et objectifs ont braqué les visages de 14 prévenus revenus répondre de huit homicides involontaires, de blessures involontaires aggravées, et pour certains de mise en danger d’autrui et de soumission à des conditions d‘hébergement indignes. Les visages sont crispés, conscients que se joue ses prochaines semaines leur sort pénal définitif, avec peut-être moins indulgence qu’il y a deux ans. Une voiture aux vitres fumées débarque Amine Kessaci au procès. Le président de Marseille Habitat – la SEM de la Ville poursuivie pour l’abandon du 63 rue d’Aubagne – débarque avec ses gardes du corps fébriles. Aux familles qui viennent l’embrasser, le jeune homme dit : « C’est important d’être là et de rappeler à tout le monde que chacun doit être responsable. » L’adjoint au maire de Marseille avise la cour qu’il sera retenu aux assises pour l’assassinat de son demi-frère. « Notre démarche reste inchangée : contribuer à la recherche de la vérité, dans le respect de la justice et de la décision que rendra la cour », a-t-il posté sur X.

    « Il y a 8 ans, deux immeubles s’effondraient, entraînant au premier chef la mort de 8 personnes. Cette seule circonstance doit nous inviter à une forme de mesure », a débuté le président de la cour, Fabrice Naudé, qui sait que les débats ne manqueront pas « de susciter à nouveau des réactions ». Il balaye le trouble que peut susciter un procès d’appel dans la même salle qu’en première instance. « Cette unicité de lieu pourra donner un sentiment de déjà-vu, mais ce procès sera nécessairement différent ; différent d’abord parce que les 4 magistrats de cette cour ne sont pas les mêmes. Ils ont des profils, des expériences, des sensibilités différentes ; différent aussi car la cour est comptable de son raisonnement devant la chambre criminelle de la Cour de Cassation. »

    Appelé à témoigner avec d’autres collectifs, Un Centre Ville Pour Tous paraît aborder ce procès dans l’offensive, outrée par la mansuétude du jugement de première instance. Déjà, elle dénonce « les responsabilités politiques » dans la genèse de ce drame, « les stratégies de pourrissement du bâti pour évincer des populations précaires du centre-ville », « la connivence entre les milieux politiques et l’immobilier » que Xavier Cachard, l’un des prévenus, incarne à ses yeux.

    « Il y aura moins de pleurs et plus de rage car on pensait que les prévenus allaient montrer plus de compassion », assure Linda, la cousine de Cherif Zemar, mort dans le taudis loué par Xavier Cachard.

    « Ce procès dépasse Marseille. Il interroge la République tout entière sur sa capacité à protéger chacun de ses citoyens » a déclaré sur X, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) dont la constitution de partie civile de la Ville a été rejetée en première instance, eu égard à la mise en cause du service de la gestion des risques sous Gaudin. « L’habitat indigne n’est pas une fatalité. Il prospère lorsque la vulnérabilité des habitants devient une opportunité économique, lorsque les alertes restent sans réponse et lorsque le droit à un logement digne demeure une promesse inachevée », a encore rappelé Benoît Payan.

    Passées les batailles de procédure, les premières prises de parole des prévenus sont attendues mardi. La cour a déjà salué « la pleine disponibilité » de tous les experts convoqués « pour apporter le maximum d’éclairage sur les faits, pour la confrontation précieuse des analyses et l’échange des points de vue sur ce qui a pu se passer ou pas ».

    « Il y aura moins de pleurs et plus de rage »

  • À Marseille, l’ultime procès de la tragédie du 5 novembre 2018 s’ouvre

    À Marseille, l’ultime procès de la tragédie du 5 novembre 2018 s’ouvre

    Le procès en appel des effondrements tragiques de la rue d’Aubagne, survenus le 5 novembre 2018, s’ouvre ce lundi à 14h, à Marseille, dans la même salle des procès hors-norme de la caserne du Muy où les faits ont été jugés il y a deux ans.

    Le jugement de première instance, rendu le 7 juillet 2025, avait tranché, en 777 pages, en faveur de la culpabilité de dix protagonistes et prononcé la relaxe de six autres dans la mort de Simona Carpignano, Oulouma Said Hassani, Taher Hedfi, Mohamed Cherif Zemar, Julien Lalonde-Florès, Pape Magate Niasse, Fabien Lavieille et Marie-Emmanuelle Blanc. Mal accueillie tant par les collectifs et les 101 parties civiles que par certains prévenus, cette décision a également été frappée d’appel par le parquet. Seule la relaxe d’un cadre de Marseille Habitat est définitive. La Ville, partie civile irrecevable, pourrait néanmoins intervenir dans les débats.

    La chaîne des défaillances

    Sur le banc des prévenus, qui feront face au président de la cour d’appel, Fabrice Naudé, treize personnes, une société d’économie mixte et un syndic composent la chaîne complexe des défaillances et des fautes accumulées qui ont conduit à l’effondrement soudain et inéluctable, le 5 novembre 2018 à 9h07, des immeubles des 63 et 65 rue d’Aubagne, en péril, avec leurs huit occupants.

    Tous répondent de blessures involontaires et homicides involontaires par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence, et pour certains propriétaires, de mise en danger de la vie d’autrui et de soumission à des conditions d’habitat indigne.

    Trente-cinq journées d’audience sont prévues, contre vingt-neuf en première instance, pour cerner les responsabilités dans l’effondrement d’un immeuble dégradé criblé d’arrêtés de péril et d’alertes ignorées. En cause, une litanie de dysfonctionnements, de fautes caractérisées mêlant la négligence, l’incompétence, la désinvolture, les calculs économiques, l’indifférence certaine. Le réquisitoire de l’avocat général, Franck Lagier, est prévu le 11 décembre.

    Le jugement mi-chèvre mi-chou, prononcé le 7 juillet 2025 par le tribunal correctionnel, a relaxé la SEM Marseille Habitat, propriétaire du 61 rue d’Aubagne, et ses deux cadres, Christian Gil et Christian Coulange (la relaxe de ce dernier est définitive). Les juges ont également relaxé Sylvie Coellier, propriétaire bailleuse au n° 65, estimant qu’elle n’avait pas délibérément voulu mettre en danger ses locataires, ainsi que Michèle Bonetto et son fils Alexis.

    Le tribunal correctionnel avait reconnu coupable les trois membres de la famille Ardilly et leur SCI pour leur « désintérêt total et constant aux problèmes structurels » du n° 65 et du taudis loué à une mère de famille décédée. Le tribunal avait fustigé par quatre ans de prison, dont deux ferme, la « stratégie d’obstruction » de Xavier Cachard, avocat, propriétaire et vice-président de la Région, ainsi que sa SCI, qui a tout fait pour retarder les travaux. Pour sa négligence grossière, son indifférence au sort des locataires, son calcul économique, le cabinet Liautard avait écopé de 100 000 euros d’amende et son gestionnaire, Jean-François Valentin, de trois ans de prison avec sursis et de 8 000 euros d’amende.

    Pour s’être « désintéressé du sort de l’immeuble et de ses occupants », l’architecte Richard Carta, qui a bâclé son expertise, pressé de partir en congés le lendemain de sa visite, avait écopé de deux ans de prison avec sursis et de l’interdiction définitive de réaliser des expertises. Une mansuétude qui a choqué les familles, tout comme celle dont a bénéficié Julien Ruas, l’ex-adjoint de Jean-Claude Gaudin délégué à la gestion des risques, condamné à deux ans de prison avec sursis, à 47 amendes à 100 euros et à cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique, alors que le jugement souligne « sa passivité », ne s’étant « aucunement mobilisé pour concevoir et impulser une politique volontariste, efficace, organisée et coordonnée de lutte contre les immeubles en péril ».

    La cour d’appel va tout remettre à plat.

    « Ce n’est pas normal que
    la deuxième ville de France soit devenue
    la capitale
    de l’habitat indigne »

  • L’exigence de justice résonne toujours dans la rue d’Aubagne

    L’exigence de justice résonne toujours dans la rue d’Aubagne

    Huit poignantes minutes de silence respectées devant les 63-65, rue d’Aubagne en mémoire des victimes du 5 novembre 2018, puis une minute de bruit à hauteur des Halles Delacroix pour Mohamed El Khalfioui, décédé suite à l’effondrement d’un immeuble en travaux en juin. Dimanche, Noailles et Marseille ont rendu hommage aux victimes du mal-logement.

    Plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel du Collectif du 5 novembre et de nombreuses associations, pour cette marche pour un logement digne organisée à la veille de l’ouverture du procès en appel du drame de la rue d’Aubagne. « Nous voulons faire de ce procès un moment d’éducation populaire », lâche Kévin Vacher au nom du Collectif du 5 novembre, appelant à des « condamnations exemplaires » y compris pour Marseille Habitat, le bailleur social de la Ville.

    « Le modèle économique qui a conduit à ce drame n’a pas changé, la municipalité doit aller plus loin », martèle de son côté Patrick Lacoste (Un centre-ville pour tous), citant le maire de New York, Zohran Mamdani, avant d’appeler à faire pression pour la mise en place d’un encadrement des loyers sur la commune.

    Plafonner la protection fonctionnelle de Julien Ruas

    « Ils ne comprennent que le rapport de force. Si on ne reste pas déterminé et en colère, ils nous roulent dessus comme d’habitude », assure de son côté Camille François (Syndicat du logement de Marseille). « Ce drame qui n’aurait jamais dû avoir lieu pourrait se reproduire », prévient Bernard Eynaud (LDH) aspirant à faire du logement un droit pour tous à Marseille, en France et en Europe.

    En tête du cortège qui a déambulé dans la rue d’Aubagne de la place Paul-Cezanne à la rue Vacon, Mariella et Domenico, les parents de Simona, et Liliana, la maman de Fabien, tiennent le portrait de leur enfant disparu à la main. « Ne lâchez rien. Moi, je ne lâcherai jamais. Il y a eu un avant et un après effondrement, j’espère qu’il y aura un avant et un après procès », pose avec dignité, Liliana, s’avouant prête à reconnaître sa culpabilité, celle d’avoir inculqué à son fils la confiance en la parole des autres, et par là même celle de ceux qui lui disaient que l’immeuble ne s’effondrerait pas, si les accusés reconnaissent leur responsabilité à la barre du tribunal.

    Les députés (LFI) Manuel Bompard et Sébastien Delogu, suivis du maire insoumis de Saint-Denis, Bally Bagayoko, se sont joints à la foule. Ils ont signé dans la semaine avec Hendrik Davi (L’Après), présent du début à la fin de la marche, un courrier adressé au maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, relayant la demande portée par les associations de plafonnement de la prise en charge des frais de justice de Julien Ruas. L’ancien adjoint (LR) de Jean-Claude Gaudin, en charge des périls, a été condamné en première instance. Sa défense aurait, selon les calculs du collectif, déjà coûté 365 000 euros.

  • [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    La Marseillaise : Le refus par le conseil métropolitain de voter la baisse des dotations de solidarité aux communes – à une voix près – a été un séisme pour l’institution. Où en est-on aujourd’hui ?

    Benoît Payan : Le rôle du maire de Marseille, c’est d’abord de protéger les Marseillais et les Marseillaises. On s’acheminait vers un choix inacceptable pour moi, parce que je suis maire, Marseillais et que je dois défendre cette ville, qui consiste à nous faire perdre 36 millions d’euros. Marseille seule aurait porté 70% des économies de cette Métropole. J’avais prévenu : c’était inacceptable. Je crois à la solidarité métropolitaine, je pense qu’il faut être attentif à d’autres communes et j’avais proposé un chemin qui permettait aux 92 communes de ne rien perdre. Ma proposition a été balayée d’un revers de main. En le faisant j’ai prévenu que ceux qui la balayaient se mettraient dans une situation difficile car je me battrai pour ma ville. C’est ce que j’ai fait. On a réussi a gardé 36 millions d’euros.

    L’histoire n’est pas terminée… Marseille fait-elle toujours partie de cette « gouvernance des maires » ?

    B.P. : Ça a toujours été très particulier la relation de Marseille avec sa Métropole. Quels que soient les maires et les présidents, cette relation a toujours été très difficile parce que Marseille est une grande ville. Elle est tellement plus grande que toutes les autres villes qu’elle fait presque, à elle toute seule, la moitié de cette Métropole. Longtemps elle a été vue comme l’ogre qui allait se servir sur la bête. En réalité, c’est le contraire qui s’est passé. Ce sont les Marseillais qui paient le plus d’impôts métropolitains, pas seulement en millions d’euros mais en pourcentage. Ce sont les Marseillais qui paient la taxe d’enlèvement des ordures ménagères la plus chère. Et pourtant on n’a aucun équipement métropolitain, les politiques métropolitaines sont beaucoup trop absentes de la ville. Pourquoi j’ai souhaité entrer dans la gouvernance de la Métropole ? Parce que cette ville ne peut pas être sans cesse le bouc émissaire des uns et des autres. On n’a jamais revendiqué une hégémonie mais on revendique d’être respectés comme n’importe quelle autre commune. C’est un message qui doit passer.

    Ce message, estimez-vous qu’il est passé auprès de Nicolas Isnard ? La gouvernance de la Métropole restera-t-elle dans un statu quo ?

    B.P. : Il appartient désormais au président de dire ce qu’il veut faire de cette gouvernance, s’il désire en changer, j’ai toujours dit que j’étais prêt à l’accompagner et que je serai là si les choses doivent évoluer. Non pas parce que je serai candidat à la présidence, je ne le suis pas, je ne le serai pas. Quand je dis quelque chose je m’y tiens, je sais qu’en politique ce n’est pas commun. Je n’étais pas candidat il y a un an, six mois, je ne serai pas candidat demain, mais s’il doit y avoir des changements, je les accompagnerai.

    La Métropole a donc un budget élaboré hors des élus. Est-ce supportable ?

    B.P. : C’est un budget qui va peser sur les communes. Je suis allé rencontrer le président, notamment avec Gaby Charroux, pour lui dire « ne commets pas l’erreur de monter les communes les unes contre les autres ». Ce n’est pas parce que la Chambre régionale des comptes ou que le préfet disent quelque chose que nous, élus, sommes dépossédés de notre pouvoir de décision. Nous avons été choisis pour cela. Il y avait des moyens d’économiser ces 50 millions d’euros, de les lisser. Un budget en déséquilibre aurait ouvert un dialogue avec la chambre régionale des comptes. Ses magistrats sont des gens intelligents, ils comprennent qu’on est presque au bout de l’année budgétaire et que ces 50 millions sont lissables sur plusieurs années. C’est ce qu’il fallait faire, cela aurait évité une crise politique et budgétaire, or, là, nous les avons.

    La Métropole a-t-elle un avenir financier et fiscal ? N’est-elle pas déjà enterrée ?

    B.P. : Il ne faut pas se mentir : cette Métropole est mal née, elle est née en siège, dans la douleur et elle ne s’en sort pas. Structurellement, systémiquement, elle est malade. Sa capacité a développer des politiques publiques est inexistante par ce que sa construction, financière, fiscale, budgétaire, l’en empêche. Il m’est arrivé de le dire, Martine Vassal, elle-même, n’était pas en mesure de changer les choses. On ne peut pas faire avec cet outil, ce à quoi il devrait servir. Quand on voit l’état des équipements à Marseille, l’état de la voirie, ce sont des dizaines de millions d’euros qu’il faudrait investir. Il n’y a pas 40 solutions : soit une augmentation massive de la fiscalité mais les habitants sont-ils aujourd’hui en mesure de perdre du pouvoir d’achat ? Soit il faudrait renoncer à l’effet redistributif et contre-péréquateur de cette Métropole qui a sans cesse été pointé par les magistrats de la chambre. On en arrive à une situation insolvable. On ne pourra pas longtemps faire croire que cette Métropole est vivable. Elle ne l’est plus. J’appelle solennellement le gouvernement à se pencher sur cette Métropole. 2026 a été difficile mais 2027 sera apocalyptique. Toutes les circonvolutions, toutes les belles paroles du monde ne suffiront pas à remplir les caisses de la Métropole. Qui va-t-on faire payer ? Les entreprises avec le versement mobilité ? Vous croyez qu’elles sont prêtes à payer pour combler des trous ? Et les particuliers ? Il faut un consentement à l’impôt. L’impôt, c’est un effort pour vivre en collectivité parce qu’il permet de fabriquer des politiques publiques. On ne paye pas d’impôts pour les intérêts de la dette…

    Quelle alternative ?

    B.P. : Tout refaire ! Il faut tout repenser. Il ne peut y avoir ni totem ni tabou. Une Métropole telle qu’elle existe aujourd’hui est vouée à l’échec. À la fin ce sont les Marseillais qui vont trinquer. Je l’ai dit sur tous les tons pendant 6 ans : nous n’avons jamais réussi à faire Métropole, il n’y a que des intérêts particuliers, chacun défendant sa commune. Il ne peut pas y avoir de projet métropolitain dans un ensemble institutionnel sans argent. C’est comme si on jetait quelques subsides dans un cirque romain et qu’on demandait à des gladiateurs de se battre pour les récupérer. Ça ne fonctionne pas ! Les gens sont des adultes, ils se sont choisi des maires dans lesquels ils ont confiance. L’État ne peut pas nous laisser dans cette situation.

    Ça peut vouloir dire une fusion avec le Département ?

    B.P. : Ça peut vouloir dire beaucoup de choses mais je ne pense pas que le bloc communal soit fongible dans le Département, on a vu ce que ça a donné à Lyon. C’est voué à l’échec. On recommencerait à faire un gros machin qui ne fonctionnerait pas. Je crois aux compétences de proximité. Mais cette Métropole ne fonctionne pas. Non pas que Martine Vassal ait vidé les caisses, mais on apprend les choses au compte-goutte. Un établissement de coopération intercommunal doit d’abord être fondé sur la confiance. Ce n’est pas une collectivité, nous sommes les représentants de nos communes, nous sommes les élus de leurs habitants. Cet ensemble institutionnel n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Je vis dans une ville qui fait 5 fois Lyon, 2,5 fois Paris et où le dernier métro a été inauguré avant ma naissance, il y a 48 ans ! Tout ça parce que l’argent a été servi à d’autres. Les attributions de compensation ont été calculées il y a 30 ans, à l’époque Marseille perdait des habitants, des emplois, les entreprises fermaient. Aujourd’hui j’ai des fleurons internationaux à Marseille, une ville qui attire des millions de touristes, qui produit énormément de richesses et nous ne bénéficions pas de tout cela. On me dit « c’est le fruit de l’histoire » mais je préfère regarder l’avenir que d’être tanqué dans un passé qui ne correspond plus à la réalité.

    En participant à la gouvernance métropolitaine dans ces conditions, notamment avec Samia Ghali, l’une de vos adjointes à la présidence de la RTM, n’est-ce pas un piège qui se referme sur vous ?

    B.P. : Elle travaille le plus possible pour améliorer les conditions de transports des usagers, elle fabrique de la tarification sociale, elle essaye de réfléchir à une nouvelle répartition des lignes aériennes, aux cadences des transports. On est en train d’avancer sur ces sujets mais on va se heurter à une réalité financière dans les années qui viennent. La RTM, à mon sens, doit peut-être devenir un établissement public autonome.

    Sur le modèle de la RATP ?

    B.P. : Pourquoi pas ? Il ne faut rien s’interdire. Le modèle tel qu’on l’a connu est éculé, terminé.

    Sentez-vous en cette rentrée, l’exaspération qui monte sur le pouvoir d’achat ?

    B.P. : J’aimerais bien fixer le prix de l’essence ou le niveau des salaires. Ce n’est pas la compétence d’un maire. En revanche, sur la question de la rentrée scolaire, je me suis mobilisé pour que les familles marseillaises aient des conditions meilleures qu’ailleurs avec un kit de rentrée scolaire, avec des grilles tarifaires de la restauration scolaire qui permette à 15 000 petits Marseillais de manger gratuitement, soit 5 000 de plus qu’avant. De la même manière on va augmenter le nombre de petits-déjeuners gratuits pour ne plus jamais avoir des petits qui ont le ventre vide à l’école. On ne peut pas tout, mais tout ce qu’on peut, il faut le faire. Un petit Marseillais, quel que soit son quartier, son histoire, sa religion, sa couleur de peau, il doit avoir les mêmes chances que les autres. L’école c’est fondamental pour moi, c’est là qu’on devient une femme, un homme, émancipés. Nos décisions sont prises avec une seule boussole : qu’est-ce qui est juste ?

    Qu’avez-vous envie de dire au gouvernement qui craint de voir renaître les Gilets jaunes et constate un calendrier syndical qui se remplit un peu plus chaque jour ?

    B.P. : Il est entre des feux contradictoires. Choisir c’est renoncer. Je crois profondément que la fiscalité dans ce pays est injuste. Celles et ceux qui gagnent le plus d’argent ne sont pas des ennemis mais ils ont des devoirs envers leur patrie. Quand on gagne beaucoup d’argent, c’est un honneur. Je ne dis pas de tout prendre mais que chacun contribue à sa juste mesure. On nous explique que les gens vont partir, ce sont des histoires à dormir debout, des berceuses des années 1980. Je crois que quoi qu’il en coûte, il faut aider les Français sur le pouvoir d’achat.

    Amine Kessaci, mécontent de ne pas pouvoir choisir la directrice de Marseille habitat dont il est le président vous a présenté sa démission. Comment avez-vous reçu cette nouvelle ?

    B.P. : D’abord je comprends qu’il puisse être affecté par ce vote. Ce ne doit pas être simple de se retrouver seul, mis en minorité par l’ensemble des administratrices et administrateurs d’un bailleur que l’on préside. Je le recevrai dans les prochains jours pour discuter de ce qu’il s’est passé. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a poussé à faire ce choix. Aujourd’hui encore je ne comprends pas. J’ai entendu que c’était « le bureau de recrutement » que je ne connais pas qui avait motivé son choix. À partir du moment où il a souhaité mettre fin au contrat du directeur général qui a donné toute satisfaction jusqu’à présent, en tant que nouveau président, après tout pourquoi pas, je lui ai dit : « le choix devra se faire dans la plus grande transparence et qu’il n’y ait aucun doute sur la personne choisie ». Je pense que ni l’une, ni l’autre des conditions posées n’ont été remplies.

    Vous lui en voulez ?

    B.P. : La question n’est pas de savoir si je lui en veux ou pas. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a amené à faire un choix aussi baroque. Il semble qu’il n’ait pas été convaincu par les multiples alertes données sur cette personne.

    Des alertes données par qui ? La mairie ?

    B.P. : Des alertes données par pas mal de personnes dont moi-même.

    Quand le verrez-vous ? Il a même proposé d’assumer lui-même le rôle de directeur général et, dit-il, à faire économiser de l’argent au bailleur.

    B.P. : Dans les prochains jours. Je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire. Amine Kessaci est quelqu’un de très intelligent, mais le dernier conseil que je lui donnerais c’est d’être président-directeur général. Cela l’exposerait juridiquement. Quand je vois la fougue et l’emportement qui sont les siens, je lui conseille de savoir raison garder. Je suis maire de Marseille, pas directeur général des services de la Ville. Il ne faut pas tout confondre.

    Cela signifie-t-il qu’il pourrait ne plus être votre adjoint ?

    B.P. : Je crois qu’il faut décorréler la situation à Marseille Habitat que j’ai besoin de comprendre et la confiance que je peux lui accorder par ailleurs. Si demain il devait démissionner de son poste d’adjoint, il faudrait qu’il m’en explique la raison.

    Dans notre région, ce sont dans les Bouches-du-Rhône que la gauche est dans la meilleure posture pour les sénatoriales. Quel est votre pronostic et où se porte votre soutien ?

    B.P. : Vous m’avez demandé 27 fois mon pronostic sur les municipales et 27 fois je vous ai répondu que je n’en faisais pas. C’est pareil pour ces sénatoriales. J’espère que cette liste d’union, solide, qui représente les territoires, les sensibilités, avec des histoires différentes, des horizons et des enracinements différents, arrivera en tête. Ce serait un très beau signal pour la gauche dans le pays, pour tout ce à quoi je crois. Le rôle des sénateurs va s’accroître dans un pays instable qui peut connaître le pire. Le rôle du Sénat doit être celui de garant de l’État de droit et de la continuité républicain, celui d’une vigie. Pour cela, il faut des sénateurs qui ont la conviction profonde que la République est une et indivisible, que sa devise est « Liberté, Égalité, Fraternité », que ses racines plongent dans la Révolution française, dans les forces de la lumière contre celle de l’obscurité. J’y crois avec force. Les listes de gauche qui n’ont aucune chance de faire un siège, vont prendre des voix à la liste d’union et à la fin c’est quoi ? Un siège en plus pour l’extrême droite. Je leur dis les yeux dans les yeux.

    Votre famille politique d’origine organise une primaire, vous intéresse ? Vous positionnerez-vous ?

    B.P. : Non.

    Pourquoi ?

    B.P. : Mon travail est d’être maire de Marseille. Je reste un homme de convictions. J’entrerai dans la danse si je sens un danger arriver. Je ne m’occupe pas des partis. Ça ne m’intéresse pas. Je dis simplement une chose : vous n’avez pas le droit de vous diviser. Je n’aurais pas l’outrecuidance ni la vacuité de penser que c’est duplicable. Mais c’est un exemple comme un autre. On nous a expliqué que le Printemps marseillais c’était des rigolos. Il se trouve qu’on a été élus en 2020 et réélus en 2026 sur un totem, celui de l’union. Les divisions permanentes pour savoir qui est le plus à gauche, qui est le moins gauchiste, le plus écologiste, le plus raisonnable, le plus révolutionnaire… Ce sont des débats de chambre. Les gens veulent une seule proposition. Je dis : ne partez pas en ordre dispersé parce qu’à la fin c’est l’échec.

    À Marseille, votre conception du rassemblement c’était sans LFI. Quand vous parlez d’une seule candidature, c’est avec ou sans LFI ?

    B.P. : C’est Jean-Luc Mélenchon qui a déjà répondu à cette question. Il est parti, il croit en son destin, l’ambition de sa vie n’est rien d’autre que d’occuper le fauteuil de François Mitterrand. Il se fout pas mal de ce qui se passera à la fin, il espère être président de la République quel qu’en soit le coût. C’est triste.

    Renaud Muselier a confié à « La Marseillaise » que vous lui aviez donné votre accord pour travailler à une cérémonie de clôture des JO 2030 à Marseille. Vous n’étiez pas en si bons termes auparavant ?

    B.P. : Le président Muselier est un pragmatique. Il m’a demandé si j’étais d’accord pour que ça se passe à Marseille. J’ai lui ai naturellement répondu oui parce qu’on sait faire, on sait organiser des événements internationaux. Renaud Muselier sait que ça sera réussi si c’est à Marseille. Mieux qu’ailleurs !

  • Amine Kessaci prêt à quitter la présidence de Marseille Habitat

    Amine Kessaci prêt à quitter la présidence de Marseille Habitat

    à la sortie de la salle vitrée du conseil d’administration de Marseille Habitat, Amine Kessaci le concède : « Ce n’est pas un moment très joyeux que de voir ses collègues voter contre nous. » Ce mardi après-midi, le très jeune président (EELV) du bailleur social de la Ville a essuyé un double camouflet, avec le refus des cinq autres élus marseillais (parmi les onze administrateurs) qui siègent dans l’instance d’approuver la nomination d’une nouvelle directrice générale, puis, dans la foulée, de laisser Amine Kessaci assurer lui-même l’intérim à cette fonction.

    Deux mois après l’éviction de l’ancien directeur général, Frédéric Pâris, la municipalité n’a en effet découvert que vendredi, au moment de l’envoi de l’ordre du jour du conseil d’administration, le profil de celle qui avait été sélectionnée pour lui succéder : l’ancienne directrice juridique de 13 Habitat. De quoi susciter des inquiétudes au sein de l’hôtel de ville, alors que le bailleur social du Département des Bouches-du-Rhône était pris dans une tourmente judiciaire. Malgré tout, le quatrième adjoint au maire a décidé de maintenir une candidature qu’il savait vouée à l’échec, et pour laquelle il a été le seul à voter favorablement.

    « Ce profil m’a été présenté par un cabinet de recrutement indépendant, qui a mené plus de 89 études sur des candidatures », défend Amine Kessaci, qui indique avoir agi « en conscience ». « Le jury de recrutement que nous avions réuni, la semaine dernière, n’avait soumis aucune alerte sur cette candidate, j’ai moi-même vérifié chacun des points », assure-t-il.

    « Aux côtés du maire »

    Alors, face à la presse présente à l’issue de la séance, il annonce : « Je tire les conséquences de cet échec au conseil d’administration et je présenterai dès ce soir au maire de Marseille ma démission de Marseille Habitat. Ce sera à lui seul de décider s’il l’accepte ou non. » Déclaration qu’il n’avait pas présentée dans le huis clos du conseil. « Je continuerai mon travail à Marseille, aux côtés du maire Benoît Payan », promet-il.

    En début de soirée, la municipalité phocéenne indiquait cependant que ni le maire, ni le conseil d’administration de Marseille Habitat n’avaient reçu « aucune démission formelle ». « Au vu de la situation délicate, des choix et des déclarations d’Amine Kessaci cet après-midi, un entretien avec le maire sera programmé la semaine prochaine pour évoquer sa proposition de démission et l’avenir du bailleur, dont le bon fonctionnement et la poursuite des projets sont la priorité de la municipalité », indique la Ville par communiqué. Tandis que le jeune militant contre le narcotrafic regrettait de ne pouvoir parler de la rénovation de 169 logements à la Paternelle, le bailleur doit aussi mener à bien sa recapitalisation. Quant aux agents, le syndicat CFTC discute d’une possible mobilisation en soutien au président de Marseille Habitat.

  • Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Quatre autres suspects ont été interpellés, ce mardi 30 juin, dans l’enquête sur l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, 20 ans, dont le frère Amine est une figure de la lutte contre le narcotrafic, ont indiqué, mercredi, une source policière et une autre source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.

    Fin mars, six personnes, cinq hommes et une femme, avaient déjà été mises en examen dans l’enquête sur la mort du jeune homme de 20 ans, totalement étranger au trafic et inconnu de la police comme de la justice, tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille, le 13 novembre 2025.

    Trois des suspects sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la logistique, en ayant participé à l’organisation ou aux actes commis après les faits, selon la source proche.

    Le quatrième, d’après la même source, aurait été engagé comme tireur pour une opération la veille, qui n’a finalement pas eu lieu. Ce dernier est présenté comme un exécutant de la DZ Mafia, précise Le Parisien.

    L’assassinat de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, évoquant d’emblée un meurtre « d’avertissement ». S’en était suivie une vaste marche blanche d’hommage au jeune homme, à Marseille et un peu partout en France, à l’appel de l’association Conscience, fondée par Amine Kessaci, pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic.

    Une exécution menée

    par la DZ Mafia ?

    Les enquêteurs de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), qui voient dans ce meurtre la main de la DZ Mafia, gang marseillais de narcotrafiquants, sont parvenus à déterminer que les tueurs s’étaient « trompés de cible » et qu’ils visaient Amine Kessaci.

    Militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, Amine Kessaci (EELV) est devenu depuis 4e adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), à l’issue des élections municipales fin mars.

    L’information judiciaire sur la mort de Mehdi Kessaci a été confiée à des juges d’instruction parisiens et suivie par le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

    Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre en baisse par rapport aux précédentes années (24 morts en 2024 après le record de 2023 avec 49 morts liés à une guerre des gangs pour le contrôle des points de deal dans les Bouches-du-Rhône).

    Pour Amine Kessaci, le combat continue. « Je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays, on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays », indiquait le jeune élu dans nos colonnes, fin mai. Favorable aux prisons de sécurité mises en place par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, il s’est aussi engagé à travailler en profondeur sur la prévention avec la Ville, et également à apporter un soutien aux familles de victimes, dans le cadre d’un comité inter-bailleurs, en tant que président de Marseille Habitat, pour les reloger.

    « Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir », estimait Amine Kessaci, bien décidé à agir pour y parvenir.

  • Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un immeuble en chantier de la SPLAIN s’effondre

    Un nouveau drame a été évité à Noailles à deux cents mètres de la tragédie du 5 novembre 2018. Jeudi à 21 heures, un immeuble sous arrêté de péril, objet d’un projet de réhabilitation lourde de la SPLA-IN, s’est effondré en château de cartes au 3 Halles Delacroix / 16 rue d’Aubagne, dans un nuage de poussière. Sa façade a tenu. Le bâtiment, côté halles, n’est plus qu’une coque remplie de gravats.

    Quatre passants incommodés par les poussières respirées ont été pris en charge. Le sinistre a mobilisé 70 marins-pompiers, 22 policiers municipaux et plusieurs dizaines de policiers nationaux pour mettre le secteur sous périmètre de sécurité. La place des Halles Delacroix est interdite au public. Les rues adjacentes sont coupées et des commerces fermés. Cinq immeubles dont deux mitoyens ont été évacués, le temps d’un diagnostic structurel. « 17 personnes évacuées n’ont pas pu réintégrer hier soir. 10 ont été pris en charge en hôtel par la Ville, les 7 autres n’en ont pas exprimé le besoin parce qu’ils avaient d’autres solutions », indique l’adjointe au logement Audrey Garino. Des opérations de reconnaissance étaient en cours pour s’assurer de l’absence de victimes sous les gravats de ce bâtiment inoccupé.

    La SPLA-IN Aix-Marseille Métropole avait racheté en 2023 cet immeuble à Marseille Habitat pour 627 560 euros. Elle assurait les études de conception et des travaux de gros œuvre de ce chantier complexe et coûteux (8 120 000 euros, prix hors second œuvre). Sur les causes, un mur de refend au rez-de-chaussée se serait déstructuré lors de la dépose progressive du plancher bas en poutres métalliques, suscitant par précaution la veille l’arrêt du chantier. La décompression soudaine de ce mur porteur à 21h a emporté en château de cartes tous les planchers jusqu’à la toiture. L’immeuble sur cave étayée se trouvait pourtant « dans un état ordinaire sans pathologies importantes » écrivait en janvier 2025 le bureau d’études structure.

    Le principe général du projet structurel était de conserver au maximum les ouvrages en place en les renforçant. Le marché de travaux que La Marseillaise a consulté prévoyait la dépose précautionneuse et progressive du plancher bas du commerce, côté place Delacroix, la démolition de la dalle en béton côté cour intérieure et des colonnes de toilettes sur cour. Les travaux globaux devaient générer 485 tonnes de déchets sur plus de 1 000m² de plancher à curer/démolir.

    « Un immeuble de grande qualité »

    L’immeuble bâti en 1795 est protégé dans le secteur patrimonial remarquable de Marseille. « C’est un immeuble de grande qualité qui souffre à la fois d’un manque d’entretien et de transformations de son architecture, notamment au rez-de-chaussée par des adaptations aux usages commerciaux, menées en toute ignorance de ses compositions architecturales et historiques », décrivait la maîtrise d’œuvre (Groupement Atelier Cord / Chancel Architecture / SP2I / B.M.I / Raedificare SAS) dans le permis de construire délivré en juillet 2024.

    L’immeuble sur cave comprend cinq niveaux de logement avec deux commerces en rez-de-chaussée, l’un orienté rue d’Aubagne, l’autre sur la place des Halles Delacroix. La parcelle est formée de deux ailes articulées autour d’une cour centrale à ciel ouvert. Il était frappé d’un arrêté de mise en sécurité urgente en octobre 2024 après l’incendie du commerce de légumes. La SPLAIN projetait la fin des travaux pour aménager 13 logements, 3 commerces et 1 surface de locaux d’activité à l’automne 2028. Le bailleur Erilia devait assurer le second œuvre. Il faut désormais tout reprendre.

    « La priorité, c’est de mettre les gens en sécurité. Quand on se retrouve encore devant des gravats, on pense au 5 novembre », réagit la conseillère d’arrondissement des 13-14, Lynda Kherbache, cousine de Cherif Zemmar décédé au 65 rue d’Aubagne, venue apporter son aide aux délogés. Le Collectif du 5-Novembre critique « des délogements gérés dans le chaos » avec une « SPLA-IN largement absente du terrain », une « gestion improvisée, approximative et profondément anxiogène » des délogés « ravivant des souvenirs que cette ville ne devrait plus jamais revivre ». Plus fondamentalement, le C5N interroge : « Comment un immeuble intégré à une opération urbaine de rénovation peut-il finir par s’effondrer ? » Contactée, la SPLAIN n’a pas souhaité s’exprimer.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Amine Kessaci

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité Amine Kessaci

    Jeunesse, narcotrafic, Marseille habitat, actualité marseillaise…

    À vous la parole ⬇️

  • Amine Kessaci élu à la tête de Marseille Habitat

    Amine Kessaci élu à la tête de Marseille Habitat

    « S’il a 22 ans et est très certainement le plus jeune président des bailleurs sociaux du pays, il a beaucoup d’ambition pour les habitants », promettait le maire (DVG) Benoît Payan. Ce mardi matin, sans surprise, c’est le 4e adjoint (EELV) au maire de Marseille, Amine Kessaci, qui a été élu à la tête de Marseille Habitat, le bailleur social de la municipalité, prenant la succession de l’ancienne adjointe (PS) à la politique de la ville, aujourd’hui chargée de l’urbanisme, Audrey Gatian.

    « J’ai conscience de toutes ces problématiques, conscience de tout ce que cela implique pour notre ville », assurait le jeune militant écologiste face au conseil d’administration largement renouvelé. En rappelant son enfance dans les logements sociaux de Frais Vallon (13e). « Toute ma vie, j’ai aidé mes parents, mes voisins, à écrire des courriers l’hiver pour dire qu’on avait froid, que l’eau chaude ne fonctionnait pas, que les ascenseurs étaient en panne », témoignait-il, en promettant qu’il saura « répondre au téléphone, me déplacer, aller rencontrer et aussi trouver les solutions lorsque cela sera nécessaire, aller chercher des moyens ».

    Rénovations urbaines

    Au moment de présenter sa candidature, le maire Benoît Payan prend le temps aussi de saluer le travail déjà réalisé lors de la précédente mandature, « un premier mandat de consolidation », avant de promettre de faire de la société d’économie mixte « un exemple en France ». Certes, le passé n’est jamais loin : le procès en appel des effondrements de la rue d’Aubagne se tiendra à partir du 2 novembre, avant l’audience en septembre 2027 sur les intérêts civils.

    Mais d’autres chantiers majeurs ont déjà été engagés. « Marseille Habitat est un bailleur qui répare, engage de nouveaux chantiers, des démolitions d’immeubles », brosse rapidement Amine Kessaci, évoquant la cité Kallisté, ancienne copropriété reprise par la société d’économie mixte où a été engagée la démolition, en février, du bâtiment G (notre édition du 18/02), ainsi que Félix-Pyat où doit être démolie la tour B. Autre chantier en coulisse, la recapitalisation du bailleur social, dont le conseil municipal avait déjà approuvé le principe, en décembre dernier, à hauteur de 22,5 millions d’euros afin de mener à bien son plan stratégique patrimonial pour notamment rénover 59 immeubles. La Ville doit apporter la moitié des fonds, reste aux actionnaires minoritaires 
    -Caisse d’Épargne, Action logement et la Caisse des dépôts- à se prononcer.

    Surtout, le jeune militant contre le narcotrafic espère faire de Marseille habitat le fer de lance pour reloger les familles de victimes. « Nous allons mettre tous les acteurs autour de la table pour expliquer l’urgence de reloger ces familles et donc de créer un contingent spécifique dédié à leur relogement », explique-t-il, en précisant que le bailleur marseillais ne portera pas seul cette responsabilité.

  • Marseille Habitat reprend la main sur le 11, rue d’Aubagne évacué

    Marseille Habitat reprend la main sur le 11, rue d’Aubagne évacué

    Le bailleur social Marseille Habitat a eu recours à l’article 38 de la loi anti-squat Kasbarian-Berger de juillet 2023 – ce qui n’est pas une première – pour reprendre en urgence, avec l’aide de l’État et sans passer par un juge, le contrôle de son immeuble tombé sous la coupe d’individus qui l’avaient ciblé pour en organiser le squat.

    De prime abord, le 11 rue d’Aubagne (1er) est l’adresse connue de l’épicerie fine L’Idéale de Julia Sammut, un commerce branché au cœur du quartier populaire de Noailles. « On a vu les policiers bloquer la rue et du monde monter dans les étages. On espère qu’une solution a été trouvée pour tous ces gens », confiait jeudi un employé. À côté du commerce, une porte anti-effraction blinde l’accès aux cinq étages.

    Les services de l’État ont procédé mardi matin à l’« évacuation forcée » des occupants de dix appartements squattés depuis juillet 2025. L’expulsion du 11e logement occupé sans droit ni titre depuis septembre 2022, s’est faite, elle, sur la base d’un jugement du 5 décembre 2024, indique la préfecture. Son communiqué précise que « dès la fin de la trêve hivernale, le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de procéder à l’évacuation du site, en coordination avec l’ensemble des partenaires concernés ». Selon elle, « l’évacuation s’est déroulée dans le calme, sans incident ni tension particulière. Les forces de sécurité intérieure, les agents de l’État et les partenaires associatifs ont agi de manière coordonnée et humaine, garantissant le respect de la dignité des personnes tout en assurant la sécurisation des lieux ». L’État indique demeurer « pleinement mobilisé aux côtés des collectivités et des associations pour prévenir la reconstitution de nouveaux squats et prévenir les expulsions ». En 2025, dans les Bouches-du-Rhône, près de 400 évacuations forcées au titre de l’article 38 ont été accordées sur 500 demandes.

    « Une répétition de squats qui se régénéraient »

    Rien n’évoque dans la narration officielle, l’identité du propriétaire : Marseille Habitat, bailleur social de la Ville de Marseille, entier propriétaire de ce « trois fenêtres » marseillais racheté à Marseille Aménagement. L’immeuble a été réhabilité en 2013-2015 avec renforcement des communs et des escaliers mais connaissait des désordres signalés dans un article de Marsactu en 2019, sans toutefois être en péril.

    « Il y a eu une répétition de squats qui se régénéraient et faisaient pression sur les locataires », nous dit-on à Marseille Habitat. Un locataire avait été même chassé et n’osait pas porter plainte. Les squatters avaient ouvert des passages entre les appartements et des accès par l’extérieur. C’était un défilé d’hommes seuls qui se renouvelait d’une nuit à l’autre suivant les constats policiers. Le matin de l’expulsion, une mère avec deux enfants s’est présentée avec un bail d’inconnu.

    « On a pris soin de reloger nos trois derniers locataires ces derniers mois pour permettre l’organisation d’une expulsion de l’ensemble de l’immeuble », explique un cadre. La trêve hivernale est étrangère à la procédure, puisqu’il ne s’agit pas d’une expulsion locative mais d’une évacuation forcée après mise en demeure sur les critères de l’urgence et d’une occupation illicite après voie de fait.

    Un diagnostic structure sera fait dans les prochains jours. Si l’immeuble est sain, ce sera une remise en état de quelques mois, sinon une opération de réhabilitation plus lourde après désignation d’un maître d’œuvre.

    Expulsions locatives

    Il n’est pas constaté dans le département d’accroissement des expulsions entre 2024 et 2025, selon la Préfecture. Sur 3 000 demandes de réquisitions de la force publique, l’État ne l’a accordé que dans 2 000 cas. En 2025, près de 20 commissions de coordination des actions de prévention des expulsions sont installées et accompagnées par les services de l’État qui a consacré près de 900 000 euros à la prévention des expulsions. Elles ont examiné près de 4 000 situations. Les équipes mobiles d’associations Soliha et SOS solidarités ont réalisé 113 diagnostics renforcés et accompagné 175 ménages l’an dernier.