Face aux pilleurs, la gestion de l’état critiquée

Marseille a la gueule de bois en ce dimanche 18 octobre, au petit matin. Si la veille, autour de 100 000 manifestants ont témoigné leur exaspération sociale provoquée par le gouvernement (voir page 4), « environ 30 000 pilleurs, dont 8 000 émeutiers parmi lesquels beaucoup de jeunes majeurs » selon les estimations de la Préfecture, ont mis la ville à sac en marge des rassemblements. Alors que des agents de la propreté et des équipes de police s’affairent au milieu des débris de verre, du mobilier urbain carbonisé, des commerces éventrés et des emballages de produits dérobés, Benoît Payan arrive le regard meurtri à l’angle Canebière-rue Saint-Ferréol. L’épicentre d’émeutes et vols ayant aussi touché d’autres quartiers de la ville.

« Ce matin, j’ai mal au cœur et n’ai pas les mots pour décrire ce que jamais je n’aurais imaginé vivre dans cette ville. Des hordes de casseurs et pilleurs s’en sont pris à nos bien communs, à la mairie, à un commissariat, aux forces de l’ordre, à des pompiers, à des lycéens dans le but de casser les revendications légitimes de ceux qui manifestaient pacifiquement », rappelle le maire de Marseille. « J’ai alerté dès vendredi sur cette situation qui pouvait potentiellement dégénérer. J’espère que dans la sixième puissance du monde, certains ont bien compris qu’on ne jouait pas avec le feu. Je n’ai jamais vu une telle manière de maintenir l’ordre samedi. Je veux savoir s’il a été demandé aux forces de l’ordre de s’occuper uniquement des manifestants et de leur lancer des lacrymos sans s’occuper des pillages dans la ville », tonne l’édile qui entend demander des comptes au ministre de l’Intérieur, en visite ce lundi à Marseille. Le premier magistrat de la ville souligne d’ailleurs avoir décidé samedi de « faire sortir dehors toute la police municipale pour atténuer le drame alors que ce n’est pas son métier ».

Des dégâts et un déni

« 434 policiers et 240 CRS ont été engagés entre 7h et 1h du matin », situe la Préfecture, avant d’être rejoints par une centaine de renforts. « 4 000 grenades lacrymogènes ont été lancées, avec 99 gardes à vue, directement liées aux émeutes. 118 effectifs ont été blessés, dont trois hospitalisés. » Quant aux interrogations autour des consignes données pour la gestion du maintien de l’ordre et d’un dispositif jugé insuffisant, Benoît Payan lâche : « Je pense que la situation de la ville et les images permettent de répondre à cette question. » Une chose est sûre, les violences de samedi ont été du pain béni pour le gouvernement dans le but de décrédibiliser le mouvement social. Pire encore, au niveau du Préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, qui a déclaré samedi vers 17h à l’Évêché : « Depuis 11h30, on n’est pas face à des manifestations mais du pillage. Ils n’ont aucune revendication. Si vous avez vu des pancartes, montrez-les moi. » Un déni de réalité.

Le chaos provoqué par les émeutiers s’est poursuivi très tard dans la nuit de samedi. Au final, des centaines d’enseignes ont été dévalisées et l’Hôtel de Ville envahi et dégradé. Le commissariat de la police municipale, au 42 La Canebière, a aussi été attaqué comme en atteste encore dimanche matin son hall du rez-de-chaussée, totalement défiguré, où le seul mobilier qui tienne encore debout est une affiche indiquant : « Pour votre sécurité, la ville de Marseille renforce ses effectifs de police municipale. »

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *