Tag: Laurent Nuñez

  • Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    Un dispositif de sécurité d’ampleur de nouveau déployé

    La réponse qui sera apportée sera de la plus grande fermeté » avec « un dispositif opérationnel robuste » face à « un risque de violences urbaines très élevé », a prévenu, dès ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Un peu plus tôt dans la journée, il avait adressé un télégramme aux préfets, les appelant à la vigilance pour le 31 octobre et leur demandant d’avoir « une attention toute particulière aux appels aux rassemblements sur toutes les places publiques à partir de 20 heures qui se multiplient, et aux risques de cortèges sauvages qui en découlent ».

    On prend donc les mêmes et on recommence… Si le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, se refuse à donner des détails sur le dispositif de sécurité prévu, les instructions de la direction générale de la police nationale (DGPN) sont claires : le taux de présence est monté à 75% pour l’acte III, contre 60% en temps normal, nous confie une source policière. Quitte à suspendre les repos et congés des policiers et gendarmes, a convenu Laurent Nuñez.

    Blindés et canons à eau

    Canons à eau, blindés « Centaure » et camions de CRS devraient de nouveau se positionner dans les rues marseillaises en nombre, ce week-end. Le Raid étant chargé de la protection des bâtiments publics. Des contrôles pourraient également avoir lieu dans les gares et sur les routes, comme préconisé par le ministre de l’Intérieur.

    Dans l’arrêté publié par le préfet des Bouches-du-Rhône, outre l’interdiction des manifestations et rassemblements non déclarés ce week-end, on retrouve l’établissement de couvre-feux chaque soir de 23h à 5h jusqu’au lundi matin, mais pour les mineurs uniquement et toujours dans des zones spécifiques dans les communes de Marseille, Aubagne, Miramas, Salon-de-Provence, Les Pennes Mirabeau et Arles. Sont particulièrement concernées les zones commerciales et le centre-ville marseillais.

    D’autres arrêtés interdisent le port d’équipement de protection individuelle de type casques, gants et lunettes, tout comme le transport de carburant, la vente, le port et le transport d’armes par destination.

  • L’extrême droite RN sous haute protection de l’État pour son congrès

    L’extrême droite RN sous haute protection de l’État pour son congrès

    Le ministre de l’Intérieur a raison. « On parle de la vie démocratique de notre pays, ce n’est pas rien, c’est une liberté constitutionnelle » a-t-il déclaré vendredi, à la veille de la tenue du congrès du RN qui doit lancer officiellement la campagne de la candidate de l’extrême droite à l’élection présidentielle, Marine Le Pen. Sauf que ces propos interviennent alors que la quasi-totalité des manifestations contre la vie chère et pour l’éducation ont été interdites ce samedi 24 octobre. Et que des couvre-feux, apanage des mairies RN, ont été décrétés par des préfets de la République.

    « Il y a une liberté de manifester, il y a une liberté de réunion politique, il faut savoir concilier les deux maintenant ; ça n’est pas tout à fait normal que, pour chaque meeting, on déploie des dispositifs policiers aussi importants », a déclaré le ministre, tandis qu’entre 20 000 et 30 000 opposants au congrès du RN sont attendus samedi, à six mois de l’élection présidentielle.

    Le congrès du Rassemblement national doit réunir quelque 5 000 participants samedi puis jusqu’à 10 000 personnes dimanche lors du lancement officiel de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. « Il est hors de question qu’on ne sécurise pas une réunion, une formation politique (…). Et c’est vrai pour toutes les formations politiques », a encore déclaré Laurent Nuñes. Le parcours de la manifestation organisée samedi à l’appel d’une cinquantaine d’organisations, a par ailleurs été modifié car « le préfet du Loiret, à juste titre, a considéré que, compte tenu de la montée en tension des appels à manifester contre la réunion politique du Rassemblement national, la présence d’individus d’ultragauche, d’extrême gauche radicalisés, justifiait qu’on définisse un parcours qui soit un peu plus sécurisé », a détaillé Laurent Nuñez.

    « Des moyens massifs »

    Toute manifestation est en revanche interdite à Orléans dimanche, selon le préfet du Loiret, Hugues Moutouh. « Des moyens absolument massifs ont été mobilisés par le ministère de l’Intérieur » pour assurer la sécurité à Orléans, dont « une quinzaine d’unités de forces mobiles » tout le week-end, « soit près de 2 000 CRS et gendarmes mobiles supplémentaires », a-t-il assuré jeudi. Un blindé Centaure de la gendarmerie et des engins lanceurs d’eau seront également déployés.

  • [Entretien] Sebastian Roché, CNRS : « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier »

    [Entretien] Sebastian Roché, CNRS : « Le gouvernement confond l’ordre politique et policier »

    La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous des mobilisations des dernières semaines et de la journée du 17 octobre ?

    Sébastian Roché : Le mot de « fiasco » s’impose. On l’avait employé pour le Stade de France, mais là, on est bien au-delà. C’est la démonstration que le maintien de l’ordre très agressif voulu par M. Nuñez est une faillite, contre-productive en plus. Son approche a été de multiplier les arrestations : 7 000 adolescents placés en garde à vue, c’est du jamais-vu. L’usage des grenades et des LBD a fait un nombre inédit de victimes chez les lycéens. C’est une véritable stratégie d’étouffement du mouvement. À des jeunes qui réclamaient de meilleures conditions d’études, on a répondu par des interpellations et des tirs. Faute de réponse politique, la colère ne s’est pas apaisée : elle s’est étendue, jusqu’à rejoindre la mobilisation contre la vie chère. Cette escalade a ainsi ouvert une fenêtre d’opportunité aux pillards, d’autant que le gouvernement avait mal anticipé l’ampleur du mouvement et que les dispositifs policiers se sont révélés désorganisés et débordés.

    Cette répression constitue-t-elle une rupture dans l’histoire récente du maintien de l’ordre ?

    S.R. : Les mutilations, les éborgnements, les arrestations nombreuses, on a déjà vu cela. Mais là, on est passé à la vitesse supérieure. On a probablement cinq mutilations d’adolescents en trois semaines : c’est un niveau jusque-là inconnu. Les interpellations massives servent à faire peur et à étouffer la mobilisation, des jeunes manifestants disent être traités comme des criminels en garde à vue… Ce n’est plus la police qui garantit les droits, c’est le modèle de la police qui fait peur ; et le ministre en fait un nouveau standard. Quand Laurent Nuñez déclare : « Aucune retenue dans l’usage des armes intermédiaires », c’est une phrase historique. Pointer des armes à feu sublétales sur une foule en colère, c’est une anomalie en Europe.

    Vous insistez sur la responsabilité politique. Le comportement
    des policiers dépend-il d’abord
    des instructions reçues
     ?

    S.R. : Le maintien de l’ordre, c’est politique de A à Z. Regardez les agriculteurs en 2024 : ils bloquent les autoroutes, forcent les barrages avec leurs tracteurs, mettent le feu aux grilles des préfectures. Le ministre les appelle des « patriotes ». Résultat : zéro tir de LBD et 60 interpellations. C’est pourtant la même police ! Des travaux attestent d’une proximité des policiers avec l’extrême droite, mais cela n’explique pas leur comportement individuel ici : ce sont des instructions qui viennent d’en haut. En France, le ministre fixe à la fois les objectifs et les moyens ; alors qu’au Royaume-Uni par exemple, le chef de la police détermine seulement les moyens. Le renseignement territorial subit aussi des pressions : les notes disent au ministre ce qu’il veut entendre. Puis, quand les choses tournent mal, on accuse les services. C’est tout un système.

    Vous évoquez une asymétrie entre la violence de l’État et celle des manifestants. Que révèle-t-elle ?

    S.R. : Regardez les tenues : d’un côté, des adolescents ; de l’autre, des policiers équipés comme des « Robocops », avec des armes à feu sublétales. L’État dispose du monopole de la violence légitime, mais cela ne signifie pas que tous les usages de la force sont légitimes. Or, le gouvernement semble oublier cette asymétrie. Il parle de violences, mais les mutilations sont du côté des manifestants. Bien sûr, des policiers prennent des coups, notamment du fait de la stratégie d’interpellations massives, mais ils n’ont aucun blessé grave. L’État doit trouver un équilibre entre le maintien de l’ordre et la garantie des droits. Aujourd’hui, on ne recherche plus que l’ordre par la contrainte, alors que l’ordre politique repose sur le consentement. On cherche davantage à dissuader de manifester qu’à garantir le bon déroulement des manifestations, et c’est assez inquiétant

    .

    La France est-elle en train de basculer vers un État policier ?

    S.R. : Dans un État policier, les contrôles de la police auraient été supprimés. Ce n’est pas le cas en France. Il reste une justice, des médias libres, des associations d’avocats, des universitaires critiques : des contre-pouvoirs. Mais la police prend une place démesurée. C’est un problème scolaire : les étudiants demandent des profs, on leur envoie les CRS. Le gouvernement confond l’ordre politique et l’ordre policier. Quand le Premier ministre associe la République aux forces de l’ordre, il renverse les choses. La République, ce n’est pas le gouvernement : ce sont les citoyens, leurs droits et leur expression politique. On est sur la mauvaise pente, mais dire que tout est déjà plié serait faux.

    Que vous inspirent les couvre-feux et l’évocation du recours à l’armée ?

    S.R. : Le gouvernement est en train de se noyer. Il cherche des symboles pour faire croire qu’il contrôle la situation. Comme il n’arrive pas à obtenir le consentement, il cherche les symboles de puissance les plus extrêmes, et quoi de mieux que le domaine militaire : couvre-feux, hélicoptères qui survolent Paris, opérations autrefois réservées à l’antiterrorisme, comme Sentinelle. On caricature la jeunesse en parlant de « violences urbaines » et l’extrême gauche en l’associant au terrorisme. C’est une manière de faire peur et de justifier le fait de brandir les symboles militaires de l’État.

    Qu’est-ce que ce discours dit de l’état de notre débat public ?

    On est dans un moment orwellien, avec une inversion complète du sens des mots. Le ministre affirme que tous les usages de la force sont « proportionnés », alors même que des adolescents sont mutilés. La proportionnalité signifie désormais qu’on mutile ! Un mouvement étudiant devient des « violences urbaines », la police censée vous protéger est celle qui interdit les cortèges, et les restrictions de liberté sont présentées comme des mesures prises pour notre bien. Comme chez Orwell, les mots finissent par signifier leur contraire. Le gouvernement peut ainsi ignorer la réalité tout en prétendant défendre la République.

    Quelles mesures permettraient de renouer avec un maintien de l’ordre respectueux du droit de manifester ?

    S.R. : D’abord, un geste de paix : suspendre les armes à feu sublétales dans la police des foules. Brice Hortefeux, ministre de Nicolas Sarkozy, avait suspendu les LBD après une mutilation. Le rappeler à Laurent Nuñez a une certaine dose d’ironie, mais c’est malheureusement juste. Il faut cesser l’escalade. Ensuite, remettre la politique au cœur de la question. Il y a des destructions, c’est vrai, mais elles se greffent sur un mouvement social de mécontentement. Le gouvernement veut déployer des forces extraordinaires pour traiter ce qui s’agrège au mouvement sans traiter le mouvement lui-même. Un maintien de l’ordre efficace est d’abord politique. Il n’y a pas de solution technique au fait que la jeunesse ne trouve pas de place dans la société. Il n’y a pas de solution policière à une crise de gouvernement.

  • Les syndicats face au mur de Matignon

    Les syndicats face au mur de Matignon

    L’heure est venue un « nouveau cap » dans la mobilisation a estimé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, mercredi, après plus de deux heures de réunion infructueuse avec le locataire de Matignon. Pour sa part, Marylise Léon de la CFDT a, elle, jugé « impératif qu’il y ait des réponses sociales » d’ici le 5 novembre, date d’une journée de grèves et de manifestations interprofessionnelle à l’appel de tous les syndicats, hormis, pour l’heure, la CFE-CGC.

    « Le Premier ministre, le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications », a déclaré Sophie Binet, à l’issue d’une réunion d’environ 2 heures et demie. Elle a estimé que « l’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais » à partir du 5 novembre à l’occasion d’une nouvelle journée annoncée début octobre par l’intersyndicale.

    La CGT dans la rue samedi

    Samedi 24 octobre, la CGT sera présente dans la rue « pour accompagner celles et ceux qui souhaitent se mobiliser, pour protéger les jeunes et les travailleurs et travailleuses qui souhaitent se mobiliser […] », a également annoncé la responsable de la confédération. Certains organisateurs de la journée de mobilisation du 17 octobre ont appelé à un « acte II » ce jour-là, déclarant notamment une manifestation à Paris.

    Pour la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, « le rendez-vous de mobilisation, c’est le 5 novembre et d’ici là, il est impératif qu’il y ait des réponses sociales à ces attentes de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses qui attendent depuis […] de nombreuses années, une reconnaissance ». Elle poursuit : « Quand on leur dit [au gouvernement] qu’il y a déjà une colère qui monte, il y a besoin d’apporter des réponses, c’est dès aujourd’hui qu’il faut pouvoir y répondre sur la question des salaires, sur la question des rémunérations des fonctionnaires », a-t-elle insisté, trouvant « le gouvernement pas vraiment dans le tempo ».

    Le président de la CFTC Cyril Chabanier a également jugé la réunion « très décevante » mais souligné que le gouvernement avait « ouvert la porte à ce qu’il y ait une discussion autour du Smic ». Devant le Sénat, le Premier ministre a expliqué avoir confié un « chantier » au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur les questions de salaires et d’aides aux entreprises. Sur ces sujets, « il faut avancer vite », dit Sébastien Lecornu.

    « La meilleure façon pour calmer les manifestations, c’est d’avoir des premières mesures qui font tomber la colère, et ça, aujourd’hui, on ne l’a pas », a-t-il constaté. Côté Éducation nationale, la secrétaire générale du Snes-FSU (second degré), Sophie Vénétitay, a dit sortir de la réunion « avec un calendrier et une méthode », notamment la date de lundi pour une réunion « sur la base des remontées sur la plateforme » de concertation ouverte pour les lycéens. « Au bout de quatre semaines de mobilisation, c’est quand même très en dessous de ce qu’on peut attendre. Ça veut dire qu’aujourd’hui, le gouvernement n’est toujours pas en mesure d’apporter des réponses concrètes à la fois aux lycéens et au personnel », a déploré Sophie Vénétitay, estimant que « ce gouvernement a trois trains de retard ».

    Après le fiasco du maintien de l’ordre de samedi dernier où les pillages, en marge des grandes manifestations pacifiques, n’ont pas été stoppés pendant des heures, le gouvernement a choisi la réponse ultra-sécuritaire. Le très décrié ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé lors des questions au gouvernement, mardi, qu’il déploiera « évidemment » les forces Sentinelle de l’armée. Elles auront pour objectif d’être « en substitution des forces de sécurité intérieure principalement sur des missions de sécurisation statique » afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l’ordre ». À côté de ces militaires, il y aura aussi la BRI, le GIGN, et le Raid. Les nouveaux blindés Centaure de la gendarmerie, des hélicos et les engins lanceurs d’eau pourront être mobilisés pour l’Acte II des manifestations contre la vie chère samedi prochain.

  • À Marseille, Aubagne et Cabriès, les mineurs bannis la nuit

    À Marseille, Aubagne et Cabriès, les mineurs bannis la nuit

    C’est le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), qui a grillé la politesse au préfet de région, encore en train de rédiger son arrêté, ce mardi 20 octobre. L’élu a annoncé en fin de matinée la mise en place d’un couvre-feu partiel, le soir, à partir de 22h.

    La mesure concerne « uniquement les mineurs et exclusivement les zones commerciales de notre ville, particulièrement touchées par les pillages survenus ce week-end et menacées si nous devions vivre de nouveaux épisodes de violences », a dévoilé Benoît Payan. Le maire de Marseille estimant que « cette décision, si elle peut soulager les commerces et faciliter le travail des forces de l’ordre, doit être accompagnée d’un déploiement suffisant de forces de police sur l’ensemble de la ville ».

    L’arrêté préfectoral, finalisé dans l’après-midi, indique qu’à « l’issue des échanges entre le préfet et le maire de Marseille », un couvre-feu est instauré de 22h à 5h jusqu’à vendredi inclus dans des secteurs « identifiés ». Sont concernés l’hyper centre-ville, du Centre Bourse au quai des Belges en passant par le cours Pierre-Puget, la rue de Rome et le bas de La Canebière, mais aussi les grands centres commerciaux comme les Terrasses du Port, Grand Littoral, Bonneveine ou la Valentine. Les trottoirs, espaces de livraison, locaux techniques ou stationnements autour de ces derniers font partie du périmètre.

    D’autres communes sont aussi sous le coup de cet arrêté, avec la zone des Paluds à Aubagne, et celle de Plan-de-Campagne, à l’exception du cinéma, à Cabriès.

    Les adolescents non accompagnés de leur représentant légal et qui auraient envie de faire du shopping la nuit sont prévenus : ils sont passibles d’une amende de 4e classe, 90 euros minimum, le préfet Jacques Witkowski assurant que « les forces de sécurité nationales et municipales » seront mobilisées. Suite aux violences survenues samedi, Benoît Payan s’était interrogé sur la nature des consignes données aux forces de l’ordre et avait déploré leur nombre selon lui insuffisant. Attendu en début d’après-midi lundi, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, avait fini par se rendre dans la cité phocéenne dans la soirée, histoire d’éteindre la polémique.

    L’armée, le GIGN et le Raid

    Concrètement, sur les promesses du ministre de mettre en place davantage de forces de l’ordre à Marseille pour encadrer la manifestation prévue ce samedi 24 octobre, rien n’est encore calé. Il s’agirait notamment de compagnies mobiles que Beauvau doit encore valider, nous confie une source policière ce mardi, sans être en mesure de quantifier pour le moment ces effectifs. « Samedi et dans les jours qui viennent, je serai aux commandes et comptez sur moi pour être extrêmement ferme », a martelé Laurent Nuñez lors des questions au gouvernement, mardi après-midi. Prévoyant d’être confronté au « même type de casseurs », il compte déployer l’armée avec les forces sentinelles, et « d’autres forces comme la BRI, le Raid, le GIGN, pour chercher ces groupes épars », précise-t-il.

    La mise en place du couvre-feu a réjoui la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, « une première décision nécessaire face aux violences et aux pillages », estime-t-elle avant d’appeler à « une fermeté absolue ». Pour Hendrik Davi (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, « la solution doit être politique » et « réside dans la justice sociale et le respect des libertés fondamentales ». Et l’élu d’appeler à la mobilisation syndicale du 5 novembre.

    Dans un communiqué commun ce mardi, Amapola Ventron, maire de Cabriès, et Romain Amaro, maire des Pennes-Mirabeau, renouvellent « leur demande à l’État de déployer des moyens militaires sur la zone commerciale, comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises : mise en place d’un dispositif de type Vigipirate et déploiement de militaires de l’opération Sentinelle. »

    ET AUSSI

    Couvre-feux également à Paris et Lyon

    Un nouveau couvre-feu a été instauré à Paris, autour de la place de la République et des Halles, de mardi 23h jusqu’à mercredi 6h. Le préfet du Rhône a reconduit le couvre-feu dans l’hypercentre de Lyon, à partir de mardi 21h jusqu’à 6h mercredi, estimant que cette mesure ciblée avait « contribué au calme », a annoncé la préfecture.

    Un homme fiché S interpellé à Limoges

    Dans l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges, un homme, fiché S et connu pour son appartenance à l’ultragauche, a été interpellé en Haute-Vienne. La sous-direction antiterroriste (SDAT) a été saisie.

    Nuñez accuse LFI qui rétorque

    Laurent Nuñez a reproché mardi aux Insoumis d’avoir « jeté de l’huile sur le feu » en accusant le ministre de l’Intérieur « de manipuler les services de renseignements pour les diriger contre La France insoumise » lors des événements violents du week-end. Mediapart a publié une enquête lundi soir dans laquelle il assure que le ministre de l’Intérieur a donné des consignes à ses services pour faire de LFI le bouc émissaire du « fiasco » du week-end de violences, citant notamment un commissaire du renseignement territorial qui affirme qu’il lui a été demandé « texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT », les renseignements territoriaux. Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement a dénoncé mardi matin « un scandale d’État » et annoncé saisir la Cour de Justice de la République.

    L’ONU condamne « tous les actes de violence »

    Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a condamné mardi « tous les actes de violence » survenus lors de manifestations ces derniers jours en France et d’autres pays européens, et a appelé les parties prenantes à « apaiser les tensions ». « Les manifestations de grande ampleur qui se déroulent en Albanie, en Belgique, en France, en Italie et au Portugal suscitent des préoccupations en matière de droits humains. Je condamne tous les actes de violence et j’appelle toutes les parties concernées à apaiser les tensions et à empêcher toute nouvelle violence », a déclaré Volker Türk dans un communiqué. « Les gens ont le droit de manifester pacifiquement et de faire entendre leurs voix. Les États doivent faciliter l’exercice de ces droits », a-t-il ajouté, déplorant à la fois les actes de vandalisme et une réponse parfois « excessive » des forces de l’ordre.

  • Vers un dispositif plus mobile pour sécuriser Marseille

    Vers un dispositif plus mobile pour sécuriser Marseille

    « Je ne peux pas croire que le ministre de l’Intérieur ne sera pas là d’ici quelques heures, parce que cela voudrait dire que c’est un déserteur, et je ne crois pas que Laurent Nuñez soit un déserteur », lâchait le maire (DVG) de Marseille face à la presse, ce lundi soir, en attente de réponses après les violences qui ont secoué la ville, ce samedi 17 octobre. Initialement attendu en début d’après-midi, le résidant de la place Beauvau est finalement arrivé sur les coups de 21h30 sur le perron de l’hôtel de ville, pour un entretien avec l’édile marseillais de plus de trois quarts d’heure.

    « J’ai eu des réponses sur toutes les questions que j’ai posées, j’avais des questions claires, j’ai eu des réponses claires », appréciait Benoît Payan à l’issue d’une discussion « franche et salutaire ». Face aux appels à manifester, « il appartient désormais à ceux qui sont en charge de l’ordre républicain de prendre toutes les mesures ». Et d’annoncer : « Marseille doit être protégée à la hauteur de ce qu’elle mérite, les forces de l’ordre seront là en nombre. »

    « Je suis ici pour répondre en toute franchise et transparence aux questions légitimes de Monsieur le maire », commençait pour sa part le ministre de l’Intérieur. Il décrit les évènements de la journée de samedi, avec une mobilisation de « l’ultra gauche » plus importante que prévue en matinée, puis l’arrivée de « délinquants en plusieurs points de Marseille, très mouvants ». « Les forces de sécurité intérieure ont fait un travail remarquable », défend-il. En annonçant un prochain dispositif « en extrême réactivité ». « Le président de la République m’a donné mandat pour que ce qui s’est passé samedi ne se reproduise plus », résume-t-il. La mise en place d’un couvre-feu reste en discussion avec le préfet.

    « Chair à canon »

    Plus tôt dans la soirée, le maire avait une fois de plus dénoncé face à la presse la gestion du maintien de l’ordre à Marseille, ce samedi 17 octobre, « un fiasco du début à la fin ». « Ce que j’ai vu samedi, c’est le contrat social déchiré, dénonçait-il. C’est d’avoir fait des forces de l’ordre et des lycéens de la chair à canon, avoir demandé aux forces de l’ordre de gazer des lycéens pendant qu’au même moment, en toute impunité, des dizaines de magasins étaient pillés pendant des heures sous les caméras de vidéosurveillance. » Il appelait à revenir sur les doctrines de maintien de l’ordre, face à « la déliquescence des valeurs républicaines ». « Quand j’entends des représentants de l’État confondre les manifestants et les casseurs, j’ai honte pour eux », appuyait-il en rappelant de « justes revendications ». Il l’assure, la municipalité enverra au gouvernement la facture des commerçants, mais aussi des services municipaux déployés en urgence ce week-end. « Quand nous nous substituons à l’État, que l’État paye, parce qu’il est en carence », réclamait-il.

  • Face aux pilleurs, la gestion de l’état critiquée

    Face aux pilleurs, la gestion de l’état critiquée

    Marseille a la gueule de bois en ce dimanche 18 octobre, au petit matin. Si la veille, autour de 100 000 manifestants ont témoigné leur exaspération sociale provoquée par le gouvernement (voir page 4), « environ 30 000 pilleurs, dont 8 000 émeutiers parmi lesquels beaucoup de jeunes majeurs » selon les estimations de la Préfecture, ont mis la ville à sac en marge des rassemblements. Alors que des agents de la propreté et des équipes de police s’affairent au milieu des débris de verre, du mobilier urbain carbonisé, des commerces éventrés et des emballages de produits dérobés, Benoît Payan arrive le regard meurtri à l’angle Canebière-rue Saint-Ferréol. L’épicentre d’émeutes et vols ayant aussi touché d’autres quartiers de la ville.

    « Ce matin, j’ai mal au cœur et n’ai pas les mots pour décrire ce que jamais je n’aurais imaginé vivre dans cette ville. Des hordes de casseurs et pilleurs s’en sont pris à nos bien communs, à la mairie, à un commissariat, aux forces de l’ordre, à des pompiers, à des lycéens dans le but de casser les revendications légitimes de ceux qui manifestaient pacifiquement », rappelle le maire de Marseille. « J’ai alerté dès vendredi sur cette situation qui pouvait potentiellement dégénérer. J’espère que dans la sixième puissance du monde, certains ont bien compris qu’on ne jouait pas avec le feu. Je n’ai jamais vu une telle manière de maintenir l’ordre samedi. Je veux savoir s’il a été demandé aux forces de l’ordre de s’occuper uniquement des manifestants et de leur lancer des lacrymos sans s’occuper des pillages dans la ville », tonne l’édile qui entend demander des comptes au ministre de l’Intérieur, en visite ce lundi à Marseille. Le premier magistrat de la ville souligne d’ailleurs avoir décidé samedi de « faire sortir dehors toute la police municipale pour atténuer le drame alors que ce n’est pas son métier ».

    Des dégâts et un déni

    « 434 policiers et 240 CRS ont été engagés entre 7h et 1h du matin », situe la Préfecture, avant d’être rejoints par une centaine de renforts. « 4 000 grenades lacrymogènes ont été lancées, avec 99 gardes à vue, directement liées aux émeutes. 118 effectifs ont été blessés, dont trois hospitalisés. » Quant aux interrogations autour des consignes données pour la gestion du maintien de l’ordre et d’un dispositif jugé insuffisant, Benoît Payan lâche : « Je pense que la situation de la ville et les images permettent de répondre à cette question. » Une chose est sûre, les violences de samedi ont été du pain béni pour le gouvernement dans le but de décrédibiliser le mouvement social. Pire encore, au niveau du Préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, qui a déclaré samedi vers 17h à l’Évêché : « Depuis 11h30, on n’est pas face à des manifestations mais du pillage. Ils n’ont aucune revendication. Si vous avez vu des pancartes, montrez-les moi. » Un déni de réalité.

    Le chaos provoqué par les émeutiers s’est poursuivi très tard dans la nuit de samedi. Au final, des centaines d’enseignes ont été dévalisées et l’Hôtel de Ville envahi et dégradé. Le commissariat de la police municipale, au 42 La Canebière, a aussi été attaqué comme en atteste encore dimanche matin son hall du rez-de-chaussée, totalement défiguré, où le seul mobilier qui tienne encore debout est une affiche indiquant : « Pour votre sécurité, la ville de Marseille renforce ses effectifs de police municipale. »

  • L’usage légal de la force en manifestation

    L’usage légal de la force en manifestation

    Par Swane Mas, du SAF Marseille

    Après qu’une grenade a arraché la main d’un lycéen à Lens, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé « suspendre provisoirement l’usage des grenades assourdissantes » pour la mobilisation lycéenne. Effet d’annonce : seul le modèle Ef-son est visé, quatre autres modèles de grenade restent dans l’arsenal policier. Face à une répression d’une rare intensité et à des violences inédites sur mineurs, se pose la question des limites que le droit fixe à l’usage de la force. La doctrine du maintien de l’ordre prévoit une riposte graduée. Après des sommations vaines, les forces de l’ordre peuvent recourir aux grenades lacrymogènes, aux charges et aux lanceurs d’eau. Si cela ne suffit pas, les grenades assourdissantes, les GM2L et les lacrymogènes tirées au lanceur deviennent possibles. La grenade de désencerclement doit être roulée au sol, jamais lancée en cloche. Le LBD, classé matériel de guerre et potentiellement létal à moins de dix mètres, n’est autorisé qu’en cas d’agression contre les forces de l’ordre. Face à des jets de pierres ou de canettes, la cour d’appel de Paris a déjà jugé le tir de LBD ni nécessaire ni proportionné. De nombreuses pratiques illégales ont été observées pendant les mobilisations. Le tir tendu de grenades lacrymogènes est prohibé, sauf légitime défense. Le 28 septembre, il a pourtant grièvement blessé à la mâchoire un lycéen de 14 ans à Saint-Ouen-l’Aumône. La clé d’étranglement, proscrite depuis 2021 en raison du risque d’asphyxie, reste couramment pratiquée. Enfin, des policiers municipaux ont été vus en renfort des unités de maintien de l’ordre lors des manifestations lycéennes, alors que cela est interdit.

    Un choix politique

    Depuis 2017, Amnesty International réclame la suspension des LBD et l’interdiction des grenades GLI-F4 et de désencerclement. En novembre 2024, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU a invité la France à « réexaminer l’opportunité » d’autoriser grenades explosives et LBD en manifestation, au vu du « nombre de blessés graves ». Le 9 octobre, Shabia Mantoo, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, a appelé à éviter tout recours disproportionné à la force et à respecter le droit de réunion pacifique. L’emploi de ces armes relève d’un choix politique : l’Irlande, l’Allemagne ou le Royaume-Uni maintiennent l’ordre sans LBD ni grenades explosives. Une proposition de loi a été déposée le 5 octobre, visant à interdire les armes mutilantes, comme le LBD, les grenades assourdissantes et de désencerclement, ainsi que le plaquage ventral et les clés d’étranglement.

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  • Aubagne : le parquet national antiterroriste se saisit de l’affaire Lakanal

    Aubagne : le parquet national antiterroriste se saisit de l’affaire Lakanal

    L’affaire du collège Lakanal à Aubagne prend une autre tournure… Les premières investigations, « notamment l’exploitation des supports numériques du mineur, mettent en évidence la probable adhésion à la mouvance True Crime Community (TCC) ainsi que l’inscription de l’action criminelle intervenue au sein de son établissement scolaire dans cette idéologie », a indiqué le Parquet national anti-terroriste (Pnat) dans un communiqué ce mardi 13 octobre, précisant qu’il se saisissait de faits. Et de détailler : « La TCC est un écosystème de communautés numériques qui glorifie les auteurs de tuerie de masse et incite, dans certaines formes, au recours à la violence extrême. »

    Une enquête a été ouverte pour « tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes et infractions à la législation sur les armes, en relation avec une entreprise terroriste » et confiée à la Sdat (sous direction anti-terroriste), service coordonnateur, à la DGSI et à la direction zonale de la police nationale Sud. Des précisions devant être apportées à l’issue de la garde à vue du jeune homme démarrée lundi.

    De « mal aimé » à « acte prémédité »

    Élève de troisième au sein du collège, le jeune homme qui a tiré, à plusieurs reprises, au fusil de chasse sur le principal et une professeure, avait dans un premier temps été décrit comme mal dans sa peau, se « sentant mal aimé » selon les premières constatations. Mais sur les ondes de FranceInter ce mardi le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, avait lui insisté sur « le caractère prémédité » de l’acte. « Il avait organisé son périple et il a eu le temps quand même de recharger son fusil en cours de route. Donc, on est quand même bien sur un jeune qui avait une intention claire de tuer », a-t-il ajouté.

    Dans les témoignages des autres élèves recueillis devant l’établissement quelques heures après le drame, une de ses camarades, Sarah, également élève de 3e et en classe avec lui l’an dernier, raconte être sortie de son cours en courant et être tombée sur le jeune tireur. « Il a dit : “Je suis venu que pour les profs, pas pour les élèves. De toute façon, les profs font chier” », assurait-elle décrivant « un élève perturbateur, qui avait beaucoup de rapports mais s’en fichait (…) il n’obéissait pas aux profs ». Alors que d’autres évoquent un élève qui « avait l’air calme ». Le père et la mère de l’adolescent ont aussi été placés en garde à vue « pour essayer de comprendre comment ce jeune s’est retrouvé en possession de cette arme », avait indiqué lundi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez venu avec son homologue de l’Éducation, sur les lieux.

  • Dîner du Crif à Marseille

    Dîner du Crif à Marseille

    « Marseille est une ville enrichie par les différences, avec un même désir d’appartenance. Chaque arrivée a contribué à construire la ville » a-t-il indiqué avant de dénoncer la recrudescence de l’antisémitisme depuis le 7-octobre. « L’antisémitisme n’est pas un problème juif, c’est une alerte démocratique », a-t-il insisté. Dans le public se trouvaient également Yonathan Arfi, président national du Crif mais aussi Benoît Payan, maire DVG de Marseille, Martine Vassal, présidente DVD du Département des Bouches-du-Rhône et François de Canson, président DVD de Région Sud. Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur représentait Laurent Nuñez.