Les attaques contre les Bourses du travail se multiplient

Si pendant la campagne des élections municipales le Rassemblement national ne parle que de sécurité et de nouveaux moyens alloués à la police, ses premières décisions une fois élu pourraient être écrites à l’avance. Le programme est simple : annuler tous les événements culturels qui ne leur conviennent pas, couper les subventions aux associations, notamment celles à vocation sociale, puis déloger les syndicats. La troisième phase est lancée à Bagnols-sur-Cèze. Après avoir annulé une dizaine de spectacles à son arrivée puis supprimé une aide de 190 000 euros à deux centres sociaux, Pascale Bordes (RN) a donc demandé aux associations et aux syndicats de quitter leurs locaux de Mendès-France d’ici le 30 novembre.

Si cette décision pouvait logiquement être attendue, la demi-douzaine d’associations sur place qui partagent ces locaux avec la CGT, la CFDT, FO et la CFTC a été surprise par cette décision. Pour l’heure, associations et syndicats ont décidé d’écrire à la municipalité pour lui demander des précisions, notamment concernant l’avenir du bâtiment. Ils n’ont reçu aucune réponse. Si la CGT a déjà annoncé qu’elle ne quitterait pas les locaux dans ces conditions et qu’elle était prête à se battre, les autres syndicats et les associations disent encore attendre quinze jours avant de communiquer et d’agir. « Nous n’avons reçu aucune réponse à nos différents courriers, ni aucun retour sur l’engagement de la municipalité à revenir vers les syndicats et les associations pour donner la position de sa majorité sur le décalage de la date d’expulsion », précise Pascal Le Boulch, secrétaire de l’UL CGT de Bagnols, qui souhaite désormais interpeller la communauté d’agglomération et la préfecture.

Les Bourses du travail transformées en ZAD

Les syndicats bagnolais s’apprêtent donc à rentrer en résistance, comme le font leurs collègues à Arles et Carcassonne. Dans la préfecture de l’Aude, le nouveau maire Christophe Barthès (RN) a décidé dès le 30 avril, pour son deuxième conseil municipal, de mettre fin à la mise à disposition des locaux municipaux occupés par la CGT, la CFDT, Solidaires et la FSU. Rapidement les quatre syndicats se sont mis d’accord pour s’opposer à cette expulsion. Début juin, un commissaire de justice est venu constater que les syndicats occupaient toujours les locaux et la CGT a alors indiqué vouloir engager une procédure judiciaire. Lors d’une manifestation devant la mairie pour s’opposer à cette décision le 26 juin, le maire n’a pas hésité à sortir un tuyau d’arrosage et à asperger les manifestants depuis sa fenêtre. En attendant une éventuelle décision du tribunal, les syndicats continuent d’occuper leurs locaux.

Une situation similaire se déroule à Arles. Il y a trois ans, le maire Patrick de Carolis (Horizons) a lui aussi refusé de renouveler la convention permettant à l’UL CGT d’occuper la Bourse du travail, comme c’est le cas depuis 120 ans. Le 9 juillet, le tribunal administratif de Marseille a finalement donné raison au maire et a demandé à la CGT de libérer les locaux occupés. Il prévoit une astreinte de 50 euros par jour si les mesures d’exécution ne sont pas justifiées dans les deux mois suivant la notification du jugement.

Mais malgré cette décision, la CGT résiste et demande un moratoire sur les expulsions des syndicats de leurs locaux. Le 17 septembre, Sophie Binet, la secrétaire nationale de la CGT, s’est déplacée à Arles pour affirmer que la Bourse du travail était désormais une « zone à défendre » (ZAD).

Non loin de là, la Maison des syndicats de Tarascon pourrait aussi se transformer en ZAD. Là aussi, le maire RN nouvellement élu, Alexandre Ducouret, a mis fin à la convention d’occupation des locaux par la CGT et FO notamment. Et là aussi, les syndicats ont refusé de partir. Le bras de fer entre les nouveaux maires d’extrême droite et les syndicats est lancé.

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