Directement inspiré du mouvement des crabes, cet engin en projet est issu d’une collaboration entre le Département et Aix-Marseille Université.
Tag: 13
-
![[Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/07/7ad137f3bc0d06c2e03bae4081a82b5f.jpg)
[Grand entretien] Tatou : « La course de baignoires, un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat »
La Marseillaise : Qu’est-ce que symbolise pour vous cette course de baignoires organisée par Ciotat Chourmo ?
Tatou : C’est un clin d’œil à l’histoire de La Ciotat. On était, et on est toujours un peu, une ville de constructeurs de bateaux. Avec un grand chantier naval qui a malheureusement fermé ses portes [en 1988], même si grâce à la lutte des types qui étaient sur le site, on a pu conserver l’activité navale. Mais bon, on n’a plus de pétroliers, de méthaniers, d’immenses navires qui étaient un peu l’âme de la cité. Donc, cette idée de continuer à construire des trucs qui flottent, des baignoires, avec nos petites mains, c’était un clin d’œil aux anciens. C’est aussi l’occasion de faire une fête populaire, qui draine de plus en plus de monde. Ça ressemble un peu aux 24 heures du Mans, il y a des stands avec les baignoires, chacun peut admirer l’inventivité de ceux qui les construisent. Ensuite, tu as la course et ça finit toujours par un concert.
Comment expliquez-vous l’engouement autour de cette course ?
Tatou : C’est sympa, populaire, gratuit, festif. Et on célèbre notre amour pour la ville. Chacun y met un peu de fierté.
Sur le titre « Lo Chaple », en 2008, vous chantiez : « Qu’ont-ils fait à ma ville, ils l’ont déshéritée, tu vois. Ils ont fermé l’usine, ont rangé les bateaux pendant qu’on n’y était pas. » Quel est votre regard sur l’évolution de La Ciotat ?
Tatou : Déjà, le temps passant, on est sortis du traumatisme. Après la fermeture du chantier, on n’a pas eu le moral pendant 25 ans. Cette fermeture a touché toutes les familles de la ville. « Lo Chalpe », ça veut dire la catastrophe en provençal. Après, il faut relever la tête. Il y a eu beaucoup d’initiatives associatives pour se remonter le moral comme celles de La Chourmo. Sinon, il y a aussi pour moi une dérive tourismatique, même si elle n’est pas propre à La Ciotat : la multiplication des Airbnb, le tourisme de masse qui fait que, même si nous sommes des Ciotadens ouverts et qui aimons voir débarquer du monde d’ailleurs, ça nous gonfle un peu parfois. Pour la jeunesse ciotadenne, ça manque aussi un peu de débouchés, d’avenir. Même si les villes changent, ça ne doit pas nous empêcher de proposer à nos jeunes un horizon un peu sympa. C’est aussi la rançon de la désindustrialisation. Mais le fait que la lutte, ici, ou au moins la conservation du patrimoine industriel et de la place que tient l’usine dans la ville, nous sauve un peu de la gentrification.
Fin 2025, vous avez réédité en vinyle le premier album de Moussu T, « Mademoiselle Marseille », reflet du bouillonnement culturel de la ville dans les années 1920-1930, des opérettes marseillaises aux musiques afro-américaines. À quel point l’œuvre de Claude McKay, poète jamaïcain et figure du Harlem Renaissance témoin de cette effusion, vous a marqué ?
Tatou : J’ai fondé Massilia Sound System au Panier. Je découvre Claude McKay, un auteur jamaïcain qui écrit sur le quartier détruit pendant la guerre par les nazis et l’État français. En plus, un livre qui parle de musiciens. Ça a été ma porte d’entrée sur les rapports entre Marseille et le jazz. Et je suis retombé sur l’opérette marseillaise que je connaissais avant juste comme ça. Avec Massilia, on l’avait repris par clin d’œil. Comme c’est un monument de l’histoire musicale de Marseille, on est obligés d’y passer. Mais je l’ai redécouvert sous une autre facette : le fait que ça soit du jazz en quelque sorte. Scotto, Sarvil, Sellers étaient des grands fans de jazz. Sellers, qui vient de Martigues, est l’arrangeur de Scotto mais aussi celui de Joséphine Baker. Ça crée plein de ponts. C’était parfait pour nous qui avions envie d’avoir une ville diverse et ouverte : alors que beaucoup pensent que c’est le summum du terroir, ces opérettes marseillaises, c’était quand même de la musique black. Ça fait comprendre que ces histoires de pureté musicale ou culturelle n’ont aucun sens.
Il a beau être contemporain d’un Marcel Pagnol, tous deux ne dépeignent pas le même Marseille. McKay a su, lui, saisir son esprit…
Tatou : McKay fait partie du Harlem renaissance, dont une autre grande figure est Langston Hughes qui va se retrouver dans les brigades internationales en Espagne. Ce sont des types qui vivent. On le voit dans son autobiographie Un sacré bout de chemin, toutes les aventures possibles de son époque, McKay les vit : en Russie pendant la Révolution comme dans des studios cinéma à Nice… Fatalement, il écrit son époque. C’est marrant que vous parliez de Pagnol car moi, la première chose qui m’est venue quand j’ai lu Banjo (1929), c’était de le comparer à Bagatouni de Valère Bernard, ce grand écrivain marseillais qui écrit en provençal, lui. Ils ont la même façon de décrire depuis la rue. McKay a parfaitement saisi la place des Marseillais dans le monde. Si on le compare aux écrivains de son époque qui écrivent sur Marseille, la différence et encore plus grande qu’avec Pagnol car il y a tout ce délire, presque colonial, d’écrivains français sur Marseille. McKay vit et comprend fort bien Marseille mais aussi ce qu’est la renaissance culturelle noire. Il est à la fois noir, communiste, bisexuel et a donc beaucoup de problèmes dans la société. McKay nous donne une leçon d’altérité : on peut être autre et être ensemble. Et il raconte des trucs qu’aucun intellectuel français n’a raconté sur nous : des mecs en bleu de chine, des peintres marseillais… pour nous, c’est une arme. Le mec qui a écrit le plus beau roman sur Marseille est un Jamaïcain.
Pour revenir à la musique, quelle est votre actualité ? Des projets avec Massilia ou Moussu T e lei Jovents ?
Tatou : Avec Moussu T pas grand-chose, avec Massilia, non plus. Tu sais, on est les vieux membres d’un vieux groupe. Je m’intéresse à plein de choses à côté. Demain, je suis par exemple en studio, mais pour conseiller. Je vais écouter le DJ de Massilia, Kayalik, qui est en train de construire un truc super intéressant avec un groupe traditionnel du Tarn. Une rencontre entre la dance music et la danse balèti. Sinon, je viens de finir de donner quelques avis sur un disque de mon collègue, Louis Pastorelli, chanteur du groupe Nux Vomica. Et je continue aussi bien sûr à me régaler avec DJ Kayalik en faisant du sound system en essayant de recréer la soirée dansante jamaïcaine on va dire. C’est le balèti à la jamaïcaine.
Vendredi dernier, vous étiez aussi en concert avec Massilia Sound System à Vitrolles. Toujours un refuge à la morosité ambiante pour le public qui a communié avec vous…
Tatou : L’idée de chanter pour une communauté a toujours été dans notre cahier des charges. On chante pour nos voisins, les gens de nos quartiers et villes. On a toujours dit qu’on avait envie d’être des chanteurs folkloriques mais au vrai sens du mot du folklore, c’est-à-dire le langage du peuple. C’est notre grande fierté. Massilia, c’est le truc repère de toute la famille, le disque que peuvent écouter des parents comme des enfants. Les jeunes et les vieux s’y retrouvent, tout en restant jeunes et vieux. Et là, avec Moussu T à La Ciotat, on va jouer avec une formation très simpliste qui rappelle les premières heures du jazz à La Nouvelle-Orléans, il n’y a que du banjo, une batterie réduite a sa plus simple expression, des percussions. C’est formidable.
Entretien réalisé par Philippe Amsellem
Exposition des baignoires à 14h, course à 16h et début du concert vers 19h30
-
![[Grand entretien] « Le jazz est censé repousser les limites et briser les règles »](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/07/fd23a9573708d6536b9fd2090683c998.jpg)
[Grand entretien] « Le jazz est censé repousser les limites et briser les règles »
La Marseillaise : Comme Mino Cinelu, Mike Stern et Bill Evans, avec qui vous êtes en concert à Marseille, vous avez commencé à travailler avec Miles Davis en 1981, sur l’album « The man with the horn ». Parlez-nous de votre première rencontre avec lui…
Marcus Miller : Tout a commencé avec Bill Evans [le saxophoniste, Ndlr.], qui m’a recommandé auprès de lui. Miles cherchait à monter un groupe de jeunes musiciens. Bill me connaissait grâce à la scène des séances d’enregistrement new-yorkaises et lui a suggéré de faire appel à moi. Miles m’a téléphoné deux heures avant le début de la séance pour me demander si je pouvais me rendre aux studios Columbia. Cet appel était incroyable, d’autant plus que Miles s’était totalement retiré de la scène pendant cinq ou six ans [pour raisons de santé], au point que je ne savais même pas s’il était encore en vie. Ce qui m’a frappé lors de notre première rencontre, c’est de réaliser que Miles Davis était tout simplement un être humain. Jusque-là, c’était pour moi un dieu du jazz, venu d’un autre monde. Mais lorsqu’il est entré dans le studio, il avait l’air d’un homme ordinaire. J’ai compris que cette musique sublime, créée par les géants du jazz, émanait d’êtres humains et non de dieux. Je n’avais alors que 21 ans et cette expérience a changé ma vie. Elle m’a fait penser que, puisque nous sommes tout simplement humains, je pouvais peut-être, moi aussi, accomplir quelque chose d’exceptionnel.
Chez Miles Davis, les années 1980 ont permis d’ouvrir le jazz à un public plus large. À l’époque, cela était mal perçu par les critiques, qui pensaient qu’il tournait le dos au genre. Avec le recul, comment l’analysez-vous ?
M.M. : Miles a dû faire face aux critiques des spécialistes du jazz depuis 1969 jusqu’à mon époque, à la fin des années 80 et au début des années 90. Ce n’était donc pas nouveau. à mon avis, si la musique de Miles n’avait pas suscité de critiques des puristes du jazz, c’est qu’elle n’aurait pas rempli sa mission. Le jazz était censé repousser les limites, être rebelle, briser les règles. Miles se consacrait à la création d’une musique pour l’instant présent. Quand Miles jouait dans les années 1940, il ne jouait pas de la vieille musique, mais plutôt une musique inédite, parfaitement adaptée à cette époque. Même chose dans les années 50 : Miles ne jouait pas du « bebop des années 50 », il jouait une musique nouvelle que personne n’avait entendue auparavant. Elle correspondait à son temps. Idem pour les années 60 : il n’y avait rien de traditionnel dans ce que Miles faisait alors avec Herbie Hancock, Tony Williams, Wayne Shorter et Ron Carter. Même chose dans les années 70 : la musique avait évolué entre les deux décennies et Miles a surfé sur cette vague. Ainsi, lorsque j’ai travaillé avec lui dans les années 80, mon objectif était de créer une musique adaptée à cette époque. En composant Tutu, j’imaginais Miles marchant sur Broadway à 18h, au milieu des embouteillages et de l’agitation, réagissant à ce monde nouveau, avec sa technologie, ses nouveaux sons et rythmes. Si les puristes du jazz avaient aimé l’album, j’aurais eu le sentiment d’avoir échoué.
Quelle est la principale leçon que vous retenez de Miles Davis ?
M.M. : C’est qu’il faut découvrir qui l’on est, puis devenir la meilleure version possible de soi-même. Il peut être difficile de trouver son identité, mais une fois que c’est fait, il suffit de se concentrer pour la faire fructifier : c’est là la leçon la plus importante. Faites-vous confiance et sachez que vous avez quelque chose de spécial à offrir.
En 1989, vous avez aussi produit, composé et joué pour l’album de Miles Davis « Amandla », qui tire son nom d’un cri zoulou repris par les opposants à l’apartheid en Afrique du Sud. Miles Davis a par exemple été l’un des rares musiciens de l’époque à refuser de jouer là-bas. Diriez-vous qu’en plus de son génie musical, ses convictions politiques ont aussi contribué à sa grandeur ?
M.M. : Oui, Miles était profondément convaincu de ses opinions politiques, surtout en ce qui concernait les Noirs en Amérique et en Afrique du Sud. Je ne suis donc pas surpris qu’il ait refusé de jouer à Sun City [complexe de loisirs sud-africain qui a servi de caution au régime d’apartheid]. Je pense que l’album Tutu [1986] a marqué la première prise de position publique de Miles concernant l’apartheid en Afrique du Sud. Personnellement, j’étais inspiré par Desmond Tutu [archevêque et militant ayant combattu l’apartheid]. J’ai composé un morceau en son honneur et je l’ai fait écouter à Miles. Ensuite, à ma grande surprise, il a décidé de nommer l’album suivant Amandla, ce qui signifie « pouvoir » en zoulou et constituait le cri de ralliement du mouvement anti-apartheid en Afrique du Sud. J’en ai éprouvé une grande fierté.
Durant votre carrière, vous êtes venu jouer de nombreuses fois à Marseille. Quelle est votre relation à la ville ?
M.M. : à chaque fois que je viens, je suis enthousiasmé par l’énergie qui s’en dégage. Cette ville a quelque chose qui me rappelle un mélange de New York et de La Nouvelle-Orléans : New York pour l’énergie et La Nouvelle-Orléans parce que c’est une ville portuaire où se rencontrent de nombreuses cultures et de nombreux pays. J’adore cela et je trouve que cela s’accorde parfaitement avec la musique que je crée.
Marseille a aussi vu passer dans les années 1920 le poète jamaïcain et figure du Harlem Renaissance, Claude McKay, qui a décrit le Marseille des quais et des vieux quartiers où a débarqué le jazz. Il a écrit dans son roman « Banjo » : « Le patriote aime, non sa nation, mais la mesquinerie spirituelle de sa vie, dont il s’est fait une frontière qui lui cache la beauté d’autres horizons. » Tout l’inverse du jazz, non ?
M.M. : Claude McKay était un écrivain exceptionnel qui, dans ses écrits, dépeint avec une grande beauté la condition des Afro-Américains aux États-Unis au début du XXe siècle. Quant à votre citation, je pense qu’il a raison. Nous attachons de l’importance aux petits aspects de notre existence qui nous sont propres, qui nous réconfortent et nous rendent uniques. C’est ce qu’on appelle la culture. Aujourd’hui, le mot « patriote » a fini par prendre une connotation négative. Pourtant, il n’y a aucun mal à être fier de ses origines. Il nous faudrait sans doute employer un autre terme désormais, puisque « patriote » est associé à l’extrémisme. On peut aimer son pays tout en étant en désaccord avec certaines de ses actions. Je suis très fier d’être Américain, et plus particulièrement afro-américain. Lorsque vous m’entendez jouer, il ne fait aucun doute d’où je viens. J’intègre à ma musique tout ce qui a façonné mon enfance et mes origines. Et pour répondre à la dernière partie de votre question, oui, le jazz est une musique inclusive, mais chacun y apporte ses propres ingrédients authentiques et sa culture, le tout avec fierté.
Site web : marseillejazz.com
-

Une Marche des fiertés à Toulon pour dire non aux discriminations
C’est demain sur le pavé toulonnais que la nouvelle édition de la Marche des fiertés est attendue. Le principe est simple : rendre visibles celles et ceux qui ont longtemps été contraints au silence à cause de leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, victimes de rejets et de violences ou de stigmatisations sociales.
Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il reste encore du boulot, d’autant plus dans la Var, où l’extrême droite exerce de plus en plus son emprise sur les consciences. Rappelons que la députée RN Laure Lavalette avait dénoncé la programmation du Théâtre Liberté sur la thématique du genre avec ce type de propos : « Non, nous ne sommes pas tous concernés par ces théories nauséabondes… propagande LGBTQI avec l’argent du contribuable. »
Raison de plus pour venir se mobiliser dans l’espace public et dire non à toutes les discriminations qui demeurent encore hélas une réalité dans de nombreux domaines.
Festive et revendicativeEt toutes les avancées obtenues ont été arrachées comme toujours par la lutte et la mobilisation. La Marche des fiertés s’inscrit dans cette tradition de lutte collective.
L’occasion aussi d’alerter sur les violences homophobes et transphobes qui continuent.
Une Marche des fiertés revendicative donc qui n’en oublie pas pour autant la dimension festive. La joie, la créativité et l’expression collective devenant alors aussi des moyens de résistance aux passions tristes exacerbées par les réactionnaires de tout crin.
Rendez-vous donc ce samedi 13 juin dès 13h sur la place d’Armes.
Pour ce qui est du programme, la journée sera marquée par plusieurs temps forts politiques et associatifs. Ainsi de 14h45 à 15h15, les associations prendront la parole afin de rappeler les réalités vécues par les personnes LGBTQIA+, les combats encore nécessaires et l’importance d’une mobilisation collective face aux discriminations.
À noter également parmi les prises de paroles annoncées, la présence du premier adjoint à la mairie de Toulon, Julien Orlandini, ainsi que de Patrice Cazaux, adjoint à la Citoyenneté. Un signe fort envoyé par la municipalité à toutes les minorités.
Vers 17h15, le cortège aura rejoint l’avenue de la République où un discours militant sera prononcé par le Collectif Fiertés Toulon et l’association Trans-mission Var. Afin de rappeler que « la République doit protéger tous ses enfants, quelles que soient leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur expression de genre ».
Chacun devant prendre sa part dans la construction d’une société réellement égalitaire.
La journée se terminera par la fête de 19h30 à 00h avec DJ Set sur la place de l’Equerre.
-

Ligne THT : l’État accélère malgré les oppositions
Les opposants au projet s’indignent d’un passage en force. Le 13 mai, l’État a annoncé avoir engagé l’instruction de la demande de déclaration d’utilité publique (DUP), déposée par le gestionnaire du transport d’électricité RTE le 3 avril, relative au projet de ligne aérienne très haute tension de 400 000 volts entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent (Gard).
« La situation géopolitique souligne plus que jamais la nécessité d’accélérer l’électrification de nos usages pour mettre fin, à terme, aux dépendances de notre pays aux énergies fossiles importées », justifie le ministère chargé de l’Énergie, qui appuie sur « l’importance stratégique de cette infrastructure pour l’avenir et la résilience énergétique de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos – étang de Berre ». Les pouvoirs publics et les industriels y projettent de 16,9 à 19,9 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030. Avec, à la clé, la création potentielle de 10 000 emplois.
« Décision descendante »Cette instruction marque une nouvelle étape décisive pour ce projet, pourtant largement décrié lors de la concertation publique préalable qui s’était déroulée du 12 février au 7 avril 2024. Si l’État affirme rester attentif à l’organisation du dialogue local avec la nomination de deux tiers facilitateurs d’ici fin mai, les opposants s’insurgent d’un choix politique brutal.
Le Collectif THT 13/30, qui rassemble 36 associations, dénonce une décision « unilatérale » qui « confirme une orientation politique déjà arrêtée depuis plusieurs mois, au détriment d’un examen réellement objectif solutions alternatives ». Pour rappel, il avait présenté une option enterrée de 2GW continu passant sur les bords du Rhône puis sur les digues, sur des terrains exclusivement publics. Cette possibilité, plus coûteuse et moins rapide à mettre en œuvre que le projet porté par RTE (estimé à 300 millions d’euros lors de la concertation préalable), n’a « jamais été sérieusement écartée par des arguments techniques probants ». Pour le porte-parole du collectif Jean-Laurent Lucchesi, le délai est « un faux argument. Les délais industriels passent, les seuls qui sont prêts c’est Marcegaglia. Ce sont les échéances politiques qui dictent le calendrier. »
La maire (SE) de Saint-Martin-de-Crau Séverine Dellanegra plaide également pour des « solutions alternatives », et déplore que des « espaces reconnus, protégés au niveau national et international » tels que le Parc naturel régional de Camargue et la Réserve naturelle des Coussouls de Crau soient « menacés par une décision descendante, technocratique et hors-sol ».
Le Collectif THT 13/30 affirme qu’il ne « renoncera pas » et qu’il renforcera « les actions militantes ». Il assure disposer de moyens financiers suffisamment conséquents pour « poursuivre et engager les actions juridiques nécessaires ». La majorité de Saint-Martin-de-Crau va, lors du prochain conseil municipal, mettre au vote une délibération pour lui accorder une « enveloppe » en ce sens.
« Le président de notre communauté d’agglomérations envisage de faire appel à un conseil juridique pour défendre notre territoire », précise Séverine Dellanegra. Une réunion avec l’ensemble des acteurs concernés devrait avoir lieu la semaine prochaine pour envisager la mobilisation à venir. Les élus du territoire finalisent également un courrier à l’adresse de la ministre Maud Bregeon. « On appelle tous de nos vœux la sécurisation électrique de la zone, mais pas en sacrifiant notre territoire », résume la maire de Saint-Martin-de-Crau.
-

Ces jeunes-là ne sont pas invisibles. Et ils chantent « Bella Ciao ! »
En Italie, le 25 avril marque la célébration de la libération du nazisme et du fascisme. La fin d’une dictature, le point de départ de la démocratie. Ce jour-là, il y a quatre-vingt-un ans, furent posés les fondements historiques de la Constitution.
Cette année, le 25 avril revêt une signification particulière. Car, avec le référendum sur la justice du 23 mars, les Italiens furent, de fait, appelés à défendre les valeurs de la Charte constitutionnelle. Supprimer certaines dispositions aurait porté atteinte à certains des principes fondamentaux du droit qui régit notre démocratie.
Contre toute attente, 58,9% des Italiens se sont rendus aux urnes. 53% ont rejeté la réforme.
Mais le revirement spectaculaire ne résidait pas seulement dans la victoire du Non. C’était aussi le fait que 61% des jeunes de 18 à 34 ans aient voté « non ».
Un chiffre frappant, inattendu, inimaginable. Il a soulevé de nombreuses questions, tant à droite qu’à gauche. Et un coup dur pour Giorgia Meloni et sa coalition. Car ces jeunes qu’elle imaginait hypnotisés par leurs écrans de téléphone portable, donc influençables et soumis, se sont mobilisés pour défendre la liberté.
Où étaient-ils cachés ? se demandaient Giorgia Meloni et Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate. Sans oublier les analystes de la société italienne qui les imaginaient survivre péniblement, dans leur situation précaire, pour un salaire de misère.
Pourtant, un signe était là. Lors des grandes manifestations pour Gaza en octobre dernier, qui ont rassemblé deux millions de personnes dans les rues, on a remarqué une forte présence des moins de 30 ans.
Les jeunes sont donc là. Invisibles en politique, mais présents dans le grand chœur italien qui n’a pas oublié les accents de Bella Ciao !
« Les jeunes nous ont sauvés ! », ont commenté de nombreux partisans du Non.
Il s’agit maintenant d’aller de l’avant. D’élaborer des propositions politiques pour reconquérir ces énergies, qui ont prouvé qu’elles étaient loin d’être indifférentes.
La droite tente de rectifier le tir en revoyant certaines positions qui se sont révélées contre-productives, à commencer par son soutien au trumpisme.
La gauche commet la grave erreur de se poser la question des candidatures futures, sans saisir pleinement le message qui, grâce à l’appel du syndicaliste Maurizio Landini, est émané de la grande marche pour Gaza, où la jeunesse « invisible » s’est manifestée pour la première fois.
Dans cette Italie, outragée par Trump, qui insulte même le Pape, et qui paie et paiera le prix de certaines amitiés malheureuses, pouvons-nous renouer avec le débat politique ? Et surtout, nous adresser aux jeunes ?
Le 25 avril sera une nouvelle occasion cruciale de le comprendre. Ces événements surviennent alors que Giorgia Meloni rencontre Edi Rama, le Premier ministre albanais, pour renforcer la coopération en matière d’immigration et d’infrastructures. Alors que les centres de détention en Albanie demeurent un échec coûteux et illégal, dénoncé par les manifestations et les tribunaux. Alors que le pays, chiffres à l’appui, est englué dans une pauvreté qui touche également la classe moyenne. Alors que les 18% de jeunes ni en études ni en emploi représentent le deuxième taux le plus élevé d’Europe, cela souligne une crise profonde.
C’est pourquoi le 25 avril ne sera pas seulement le Jour de la Libération. Ce sera aussi un jour de résistance qui, après 81 ans, est nécessaire pour défendre les valeurs de paix et de liberté. Un acte indispensable dans un monde devenu fou, où seuls ces jeunes, privés même du droit de rêver, peuvent nous sauver.




