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  • Le festival du film politique de Carcassonne refuse toute aide de la mairie RN

    Le festival du film politique de Carcassonne refuse toute aide de la mairie RN

    C’est un geste fort que celui du Festival du film politique de Carcassonne (FFPC). Un geste de résistance dans une ville tombée, en mars dernier, aux mains de l’extrême droite.

    Le 15 avril, l’association CinéBastide, organisatrice de l’événement, a annoncé qu’elle renonçait à ses demandes habituelles de subventions à la mairie (10 000 euros par an, environ 5% du budget), jusqu’ici co-réalisatrice de la manifestation, ainsi qu’à la mise à disposition des salles municipales qui représentaient 80% de la capacité d’accueil.

    Lancé en 2018, le FFPC, dont la dernière édition a attiré plus de 22 000 participants, propose chaque année en janvier la projection d’une quarantaine de fictions ou de documentaires. « Nos choix de programmation ont toujours été de montrer des films qui aident à penser le monde, qui ouvrent des débats, bousculent parfois nos idées reçues. On a toujours mis l’accent sur la complexité, la nuance. À l’heure où les populismes s’emploient à tout simplifier à l’extrême, cela nous paraît plus que jamais nécessaire », insiste Francine Raymond, présidente de l’association CinéBastide. « Cette ligne éditoriale s’accompagne d’un engagement sur des valeurs de tolérance, d’inclusion, de lutte contre toutes les discriminations », poursuit-elle.

    « Nous considérons que les orientations du Front national sont incompatibles avec les valeurs qui fondent cet événement », déclare l’association CinéBastide dans un communiqué. « Co-réaliser le FIFP avec la nouvelle majorité municipale reviendrait à contribuer à la normalisation de l’extrême droite, à laquelle nous ne souhaitons pas participer. »

    Le choix de rester

    à Carcassonne

    La décision a donc été prise, à l’unanimité, de s’affranchir de tout lien avec la mairie. Reste désormais à relever le défi de l’avenir, qui continuera de s’écrire dans la cité médiévale. « On a fait un choix responsable, mais qui a évidemment un coût [la perte de 80% de la capacité d’accueil en salles constitue un défi logistique et financier majeur, Ndlr.]. Il faut donc qu’on réinvente la cartographie du festival, sa narration. Le choix a été fait de rester à Carcassonne et de s’élargir aux alentours. Pour relever ce défi, on a besoin de soutiens », insiste la présidente de CinéBastide. « On n’a pas fait le choix le plus facile », souligne-t-elle. « On aurait pu partir, on a des sollicitations dans d’autres villes où les choses auraient été plus simples. Mais le festival n’a pas été créé à Carcassonne par hasard. L’Aude est un département peu favorisé économiquement, où il n’y a pas de grand centre culturel évident. Le choix de ce territoire a un sens et nous ne souhaitons pas l’abandonner », explique Francine Raymond. « L’idée est donc de rester et de se développer, de donner un élan pour faire encore grandir le festival en l’élargissant à l’extérieur de Carcassonne. » Les trois dernières éditions, à guichets fermés, témoignent de la nécessité d’augmenter notamment la capacité d’accueil en salles. « Le FFPC continuera de faire rayonner positivement Carcassonne et son territoire à l’échelle nationale et européenne », promet l’association CinéBastide.

  • Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Si le Rassemblement national (RN) ne réussit pas le raz-de-marée qu’il s’était fixé, force est de constater que ce dernier – et plus largement l’extrême droite – s’ancre un peu plus dans l’Hexagone. De 17 villes en 2020, il se retrouve à la tête de 62 municipalités en 2026. « Il y a aussi toutes ces villes où des listes sans étiquette l’ont emporté et on voit que certaines penchent à l’extrême droite  », analyse Sophie Mazas, avocate et membre de la LDH. L’Occitanie n’échappe pas à la règle : Agde, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne, toutes sont tombées dans les griffes de l’extrême droite. « Le RN profite de circonstances particulières pour être élu : soit du contexte local, comme à Agde avec les affaires judiciaires de l’ancien maire, ou du maintien des listes au second tour comme à Castres », tempère Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    En effet, le front républicain ne sort pas grandi de ces élections. « Certaines listes n’appellent pas à faire barrage. Si on veut éviter que l’extrême droite soit élue, il faut se retirer. Ne pas le faire participe à sa banalisation », poursuit Serge Ragazzacci. Une banalisation qui témoigne également de la porosité entre la droite et l’extrême droite. À l’instar d’Agde, où le maire sortant Sébastien Frey, arrivé troisième au premier tour, s’est retiré mais sans appeler à voter contre le RN, qui s’est imposé. Une douche froide pour les progressistes agathois. « Pour certains, ce second tour a fait l’office d’une claque. Ils ont été choqués. Nous allons nous rassembler et surveiller les projets de la majorité et s’y opposer en fonction », avance Arthur Labatut (PRG). Tête de liste de gauche éliminée au premier tour, ce dernier annonce la constitution d’un collectif citoyen « sur des thématiques sociales et environnementales » fin avril.

    Tambouille politique

    D’un autre côté, l’abstention progresse fortement. Avec 42,18% au second tour, celle-ci progresse de quatre points par rapport à 2014. Inquiétant pour des élections réputées mobilisatrices. « On constate que les partis politiques n’arrivent plus à répondre aux enjeux démocratiques, aux attentes des citoyens, à débattre du fond et à apporter des solutions », se désole Sophie Mazas. Les tambouilles politiciennes participent également à cette désillusion. « Il y a une responsabilité des politiques. Cette division et ces accusations entre les partis de gauche qui durent depuis des mois et qui semblent continuer ne créent pas de dynamique positive en termes de vote. Ça obère toute discussion sur les projets et le débat ne porte pas sur les choses du quotidien. Les potentiels électeurs de gauche n’y ont pas trouvé leur compte et ne se sont pas déplacés », observe Serge Ragazzacci, regrettant que « les partis passent plus de temps à se taper dessus que sur le capital. » Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, elles, gagnent en visibilité – notamment sur la sécurité – et participent à fracturer l’État de droit. « Le travail de sape réalisé par l’extrême droite a atteint nos institutions, notamment la justice et le fait de ne pas respecter ses décisions. Or, envisager un monde sans justice est très dangereux, il va falloir y faire face  », soutient Sophie Mazas, qui a publié une tribune en ce sens dans L’Humanité.

    Alors pour contenir la vague brune et remobiliser les déçus, le syndicaliste appelle notamment la gauche à se ressaisir des questions sociales, à retrouver des marqueurs : « Nous, on continuera à faire ce qu’on fait : former nos militants, descendre dans la rue pour lutter contre l’extrême droite. Mais il faut aussi qu’il y ait des mesures de progrès social. On ne peut pas être moralisateurs sur l’extrême droite si de l’autre côté on n’a pas d’intentions politiques d’établir la justice sociale  ». Des intentions politiques qui doivent être portées par les citoyens eux-mêmes, pour Sophie Mazas. « On appelle tout le monde à rejoindre des syndicats, des associations et à participer à cette réflexion pour repenser notre mode de fonctionnement et ensuite porter nos revendications.  »