« On n’est pas une famille de contrefacteurs », assure Théodore Dayan, 60 ans, accusé avec trois autres frères d’« avoir participé et profité à cet écosystème de contrefaçons » de Georges l’aîné et usé de moyens illégaux pour le sauver. « Ce n’est pas une gestion familiale, on a aidé chacun à son niveau dans la fratrie à sortir notre frère du problème. » Depuis trente ans, cet architecte tente de mettre aux normes ce marché qui depuis juin 2008 cumule les arrêtés municipaux de fermeture jamais appliqués.
« Je n’imaginais pas que la contrefaçon avait pris cette ampleur. Pour moi c’est un problème uniquement de police », explique Théodore. « Il a fallu 200 à 300 policiers et gendarmes pour fermer le marché et vous pensez que mon frère, dans l’état où il est, aurait pu faire face à 170 commerçants qui ne sont pas là d’ailleurs aujourd’hui. C’est un procès de contrefaçons sans contrefacteur ! »
Le président lui oppose une écoute de janvier 2026 où Théodore lance à Abdelhamid, un gardien du marché qui explique qu’il presse les commerçants de vider leur stock de contrefaçons : « Moi honnêtement s’ils font ça discrètement, je m’en fous, tant que c’est pas visible ! Moi ce que je veux c’est que ça ne se voit pas, c’est tout. » Que Leila Hireche, la gestionnaire soit accusée de prendre des commissions ? « J’en ai rien à foutre, honnêtement tant que le marché était ouvert et que les loyers rentraient ! », balance Théodore au téléphone.
Solliciter l’intervention d’une agent de la préfecture s’inscrit dans cette mobilisation familiale pour sauver le marché. Six mois de fermeture préfectorale, c’est un million d’euros perdus ! « Je n’étais pas au courant », répond Théodore à la barre. « Chacun maladroitement ou naïvement a essayé de faire quelque chose. De toute façon, ce n’est pas une secrétaire de préfecture qui pouvait rouvrir le marché. » « Les frères ont tous entrepris de faire jouer leurs relations pour obtenir une réouverture anticipée », écrit l’enquêtrice des douanes.
Michel Dahan, 69 ans, répond de trafic d’influence : la remise d’une enveloppe de 1 500 euros au domicile d’une fonctionnaire en arrêt maladie de la préfecture, Zoubida Kerbadou, 66 ans, qui l’avait déjà aidée, pour qu’elle joue de son influence. « Elle m’a sorti d’un problème pendant le Covid, elle peut nous avoir un rendez-vous avec le préfet », dit-il sur écoute. À la barre, il est mal. « Je me suis fait beaucoup d’illusions. Elle me disait c’est en cours, c’est en bonne voie… La vérité, elle m’a baladé. Si ça avait réussi, on aurait mis le marché en gérance tout remis d’aplomb et viré tous ceux qui faisaient de la contrefaçon. »
Bernard Dahan, 72 ans, a retiré les 1 500 euros de sa banque. « J’ai pas réfléchi. On était vraiment perturbé. On a fait une grave erreur. Nous sommes des gens sérieux, sans casier. On est des commerçants tranquilles. Pour moi la corruption, c’est ce qu’a fait Sarkozy… »
Absente au procès, l’adjointe administrative à l’intercommunalité avait nié en garde à vue avant d’être confrontée aux preuves. Sur écoutes, elle était prudente. « Moi je n’aime pas parler au téléphone, j’ai la misophonie, une maladie qui touche le conduit auditif, je ne peux pas rester longtemps au téléphone. Je préfère que les personnes passent chez moi pour discuter. » Elle était déjà intervenue dans le passé pour 200 euros comme intermédiaire d’un policier qui lui a empoché 13 000 euros pour arranger un titre de séjour à une clandestine qui au final n’a rien obtenu. « À la préfecture, y’en a beaucoup qui font des bêtises », entend-on sur l’écoute.
Dernier frère jugé, William Dahan, 73 ans et sa SCI qui détient un lot de près de 1 200m2 du Marché du Soleil. Installé en Israël, il n’a jamais été entendu.
Le réquisitoire de la procureure Anne Sophie Larrouy est attendu aujourd’hui.

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