L’œcuménisme porté en étendard par le président (LR) de la Métropole Aix-Marseille, Nicolas Isnard, en a pris un coup ce mercredi après-midi. À l’occasion du conseil qui se tenait dans l’hémicycle du Pharo, seule une minorité des élus métropolitains ont approuvé le report au mois d’octobre du versement aux municipalités de la dotation de solidarité communautaire (DSC). Une délibération intégrée à l’ordre du jour en début de séance en faisant adopter une procédure d’urgence.
« Elle devait être versée avant le 30 juin, conformément à ce qui avait été voté le 28 avril, expliquait Nicolas Isnard. Compte tenu des turpitudes qui sont les nôtres, et pour ne pas verser une DSC qu’il faudrait re-réclamer en partie aux communes, il est proposé de la verser en octobre maximum, peut-être avant si nous trouvons une solution d’ici là. » De quoi mettre les pieds dans le plat des coupes budgétaires. Après le refus des conseillers métropolitains de voter leur budget, la chambre régionale des comptes avait en effet préconisé de sabrer 53 millions d’euros dans cette dotation de solidarité, qui bénéficie en premier lieu à Marseille, tandis que le budget finalement arrêté par le préfet imposait de les retirer parmi les attributions de compensations reversées aux communes sur la base de l’ancienne taxe professionnelle.
« Si un effort devait être demandé, il ne pourrait être supporté de la même manière par une commune populaire confrontée à d’importants défis sociaux et par une commune disposant de ressources plus importantes. La solidarité métropolitaine doit continuer à jouer pleinement son rôle », avertit d’emblée le maire (PCF) de Septèmes-les-Vallons, André Molino. Dans la foulée, le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan s’en prend aux 91 millions d’euros d’économies imposés par la chambre régionale des comptes et la préfecture. « Ils y sont allés avec une hache émoussée, ils ont tapé dans tous les sens et il y a du sang sur tous les murs », dénonce-t-il. Surtout, il prévient que ceux qui ne paieront pas cette année devront l’assumer dans les années à venir, face à un déficit structurel en raison du développement des transports. « Marseille est prête à faire des efforts, même si elle a des charges de centralité », annonce-t-il. « Mais nous voulons un travail qui ne soit pas une boucherie », réclame l’édile, ne croyant pas à une augmentation par le Parlement du taux de versement mobilité payé par les entreprises pour financer les transports pour les années à venir.
Fasse aux hausses d’impôts esquissées, « augmenter la fiscalité n’apparaît pas comme une solution responsable, il faut préserver le pouvoir d’achat », s’oppose le maire (DVD) de Cuges-les-Pins, Bernard Destrost. Une opinion partagée par le président (DVC) des maires des Bouches-du-Rhône Georges Cristiani, qui implore : « J’ai un chemin, simple, étroit : restons très unis. »
Alors le président de l’intercommunalité retrace le discours déroulé depuis le refus de voter le budget, s’escrime contre l’État qu’il accuse une nouvelle fois de « semer la zizanie ». Mais il promet : « Nous réfléchissons à des solutions pour atténuer la casse, et je crois que des solutions sont possibles, surtout si l’on entend les mots d’apaisement que nous avons entendu. »
Après le scrutin public réclamé par la gauche marseillaise, ils sont malgré tout 125 à s’abstenir sur le report du versement de la dotation de solidarité, seulement 98 à l’approuver. Et dix à s’y opposer. La droite marseillaise se répartit entre les trois blocs.
« Dire que ce n’est pas possible de toucher aux attributions de compensation, c’est tourner en rond comme un poisson rouge dans un bocal », tempête à la sortie Benoît Payan. En bousculant la position du président de la Métropole : « Quand on appelle au secours l’État, on ne déchire pas sa copie. » Mais face aux dissensions exposées au grand jour, il paraphrase François Mitterrand : « Une crise ne se résout que quand elle atteint son paroxysme. » Et de compléter : « Ce qu’on a vu, c’est que nous avons atteint le point avant le paroxysme. »

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