Tag: Corruption

  • Marché du Soleil : le procès de l’insécurité

    Marché du Soleil : le procès de l’insécurité

    Souriant mais affaibli, Georges Dahan, 81 ans, le patron du Marché du Soleil comparaissait lundi pour refus de fermeture d’un établissement recevant du public (ERP) malgré les arrêtés et mises en demeure de la Ville en 2023 et 2025 pour non-conformité aux règles de sécurité et, concomitamment, pour mise en danger d’autrui.

    Ce chef d’entreprise est à la tête depuis 1987 d’un bazar populaire de 3 600 m² près de la Porte d’Aix. Une opération de police et des douanes menée sous l’égide de la loi Narcotrafic a entraîné la fermeture par la préfecture le 30 janvier des 168 boutiques de vêtements, de quincaillerie… et parfois d’articles de sport contrefaits. 14 personnes dont 3 sociétés doivent être jugées en juin pour négoce en bande organisée de marchandises contrefaisantes et blanchiment. Trois policiers municipaux et un agent de la préfecture répondront, eux, de corruption et de trafic d’influence.

    S’agissant du volet sécurité incendie jugé lundi, le Marché du Soleil était sous le coup d’un premier arrêté municipal de fermeture de juin 2008 suite à un incendie, arrêté resté totalement inappliqué sous Jean-Claude Gaudin qui a laissé faire sa réouverture en 2015. Les travaux réalisés depuis n’ont jamais trouvé grâce aux yeux de la commission communale de sécurité et les deux arrêtés de fermeture d’octobre 2023 et octobre 2025, sont restés lettres mortes.

    « On n’était pas dangereux. On a mis pour 450 000 euros de sprinklers sur 3 000 m² et il n’y a plus de faux plafond. Nous avons six sorties de secours balisées. Aujourd’hui les commerçants pleurent d’être à la rue », proteste le patriarche. « à aucun moment le marché n’a été en insécurité », témoigne son frère Théodore, architecte. « On a l’impression d’un capharnaüm mais les choses sont régulées. Il y a des détecteurs, des extincteurs, des sprinklers, des exutoires de fumées asservies, Je ne sais pas où ils ont vu un péril imminent. On a fait 700 000 euros de travaux mais ils nous ressortent toujours les mêmes choses ! »

    « Il y a un risque majeur évident en termes de sécurité incendie sur ce bâtiment », oppose le procureur Guillaume Bricier. « En cas de survenance d’un sinistre, ces manquements exposent à un risque immédiat de mort ou d’infirmité permanente. Oui, tout le monde pense au drame de Crans Montana en Suisse même si notre saisine date d’avant », précise-t-il démentant que ce dossier soit instrumentalisé par l’autre volet pénal. De requérir pour « la gravité des manquements et la persistance à maintenir le marché ouvert » une peine d’un an de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et 5 ans d’interdiction de gérer contre l’octogénaire ; 75 000 euros d’amende et 5 ans d’interdiction contre sa société.

    « Dans ce bal des hypocrites ! »

    Plaidant la relaxe, Me Stéphane Ceccaldi, a rappelé que l’arrêté de fermeture de 2008 a été signé par l’adjoint au maire José Allegrini qui pourtant avait été l’avocat de George Dahan en 2005. « Entre 2008 et aujourd’hui, Il y a eu 25 procès-verbaux de la commission de sécurité, mais il faut attendre le 17 février 2026 pour que la Ville prenne un arrêté de mise en sécurité urgente sur un petit escalier branlant, après la fermeture préfectorale du 30 janvier 2026, ce qui veut dire qu’un arrêté “matraque” était possible. En réalité, chacun trouvait son compte dans ce bal des hypocrites ! » Se fondant sur un arrêt de la Cour de cassation, Me Ceccaldi rappelle que la violation d’une obligation de sécurité ne suffit pas, fut-elle particulièrement grave, pour caractériser une mise en danger délibérée, cynique de la vie d’autrui, « le risque devant être imminent, concret, immédiat et presque en voie de réalisation ce qui n’est pas le cas. Un travail de mise en sécurité progressive et de régularisation était mené face à une administration de plus en plus réticente à valider ».

    Délibéré le 6 juillet.

  • Déjà 31 affaires traitées en six mois par la cellule anticorruption du parquet de Marseille

    Déjà 31 affaires traitées en six mois par la cellule anticorruption du parquet de Marseille

    « La cellule anticorruption a vocation à regrouper les dossiers de corruption et d’atteinte à la probité pour avoir une vision transversale et panoramique, assurer un traitement centralisé pour mettre en œuvre des stratégies face à l’infiltration et la pénétration du crime organisé », pose solidement le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessonne, qui a dévoilé hier les premiers résultats de cette « COC » créée il y a six mois, le 1er octobre 2025.

    « Détecter et poursuivre » sont les pivots de cette cellule qui traite tous les corps de métier impactés par un phénomène corruptif en expansion : agents pénitentiaires, policiers, militaires, gendarmes, auxiliaires de justice, avocats, notaires, opérateurs privés à des postes stratégiques, dockers, agents de sécurité, élus, agents publics « jusqu’aux personnels des services judiciaires car nous ne sommes pas épargnés », se désole le procureur dont la cellule a lancé plusieurs enquêtes flash pour des levées de doute rapides. Si les signalements abondent chaque semaine, il n’y a pas toujours au bout des infractions. « On imagine le pire et on trouve de l’incompétence, une erreur de bonne foi, du je-m’en-foutisme, l’absence de tout repère professionnel », observe aussi le procureur.

    « On est très fortement impactés à Marseille »

    « Jusqu’alors on s’arrêtait à l’écume des choses, la face émergée de l’iceberg, que sont les violations de secrets, les consultations de fichiers, les remises illicites d’objets, l’objectif de cette cellule est d‘aller au-delà. » La montée en puissance a été rapide. Partant d’un portefeuille de 17 dossiers récupérés dans différents services, la cellule est montée à 31 dossiers. Le stock actuel est de 28 dossiers, trois dossiers ayant été clôturés : un classement sans suite, une condamnation d’un policier syndicaliste marseillais corrompu (La Marseillaise du 3 avril) et un transfert à la Jirs.

    « On est très fortement impacté par le phénomène à Marseille », reconnaît le procureur qui passe en revue les cas : un élu dont il ne dira rien, deux auxiliaires de justice, six agents des services judiciaires, neuf affaires impliquant des agents pénitentiaires et treize affaires concernant des policiers. Les infractions vont du détournement de fichiers à la corruption passive, de la participation à association de malfaiteurs à la violation du secret professionnel ou de l’instruction. Deux dossiers vont bientôt toucher la barre de la 6e chambre correctionnelle.

    Cartographie des risques

    Une problématique généralisée se dégage sur des recrutements rapides sans enquête sérieuse de moralité, mais surtout la consultation de fichiers avec détournement de données. « C’est un vrai sujet qui impose des réflexions au niveau de l’administration centrale sur la traçabilité, les contrôles aléatoires surtout dans une société totalement numérisée. L’inspection des services judiciaires et l’Agence française anticorruption sont venues la semaine dernière cartographier les risques et les points de fragilités. On attend un retour de cet audit sur les failles de sécurité », explique Nicolas Bessone.

    Cette cellule a pour mérite de redresser des pratiques. Le président du tribunal judiciaire s’est emparé du sujet de l’accès des agents du tribunal aux différents fichiers d’État. La directrice de greffe a procédé à un audit et une remise à plat des droits d’accès des agents, droits qui finissaient par rester ouverts après des mutations internes.

    « Désormais chaque agent du tribunal qui ouvre son ordinateur voit une fenêtre s’ouvrir l’avertissant qu’il traite des données sensibles qui ne doivent faire l’objet d‘aucunes compromissions et dont on pourra vérifier l’utilisation irrégulière », observe le procureur. « La multiplication en quelques années des applicatifs et des fichiers a amélioré le fonctionnement des services mais il a aussi banalisé l’importance des fichiers », note Jean-Yves Lourgouilloux, le vice-procureur chargé de la grande délinquance économique et financière.

  • Un flic ripou qui renseigne des trafiquants condamné et radié à Marseille

    Un flic ripou qui renseigne des trafiquants condamné et radié à Marseille

    Un fonctionnaire de police, délégué syndical Alliance, a été condamné, mardi, à Marseille à trois ans de prison avec sursis pour corruption passive, violation du secret professionnel, détournement de données de fichiers, faux, usage et offre de stupéfiants et détention d’arme. Au vu du « risque élevé de réitération » de ces « faits particulièrement graves », le tribunal a prononcé l’interdiction définitive d’exercer dans la police et d’occuper tout emploi dans la fonction publique pour une durée de 5 ans.

    L’affaire démarre à la suite de deux signalements du chef de l’antenne marseillaise de l’Office anti-stupéfiants visant le brigadier-chef Yannick G., 49 ans. Ce fonctionnaire de police depuis 2001 est aussi délégué syndical Alliance depuis 2023. Interpellé en mars 2024, il apparaissait depuis deux ans dans des écoutes opérées sur deux individus écroués depuis et soupçonnés d’avoir convoyé un débarquement de 124 kg de cocaïne dissimulés dans un navire, à Marseille.

    « Pas de soucis, frérot »

    En cinq mois, le policier a échangé à 120 reprises avec l’un d’eux, un braqueur qu’il connaît depuis sa sortie de prison. La proximité est telle que ce dernier demande au policier de vérifier s’il est inscrit au fichier AGRIPPA des possesseurs d’armes. Le suspect a dirigé une entreprise de nettoyage qui a embauché le fils du policier. Ce dernier l’a déjà aidé après un accident de moto pour récupérer au plus vite ses clés et son téléphone portable restés à la Brigade accident en se présentant comme son cousin. Il appelle le second type pour le rassurer : « Pas de soucis, mon frérot, je vais passer à Noailles pour voir les collègues s’ils ont d’autres détails », tout en lui demandant de le « dépanner de 50 ou 100 balles », car le flic est toujours fauché.

    Dans une interception du 10 janvier 2023, le policier a une bonne nouvelle à partager. Il est désormais délégué syndical Alliance, ce qui lui « ouvre les portes de tous les commissariats de Marseille et de l’Évêché ». Il lui précise qu’un permanent du syndicat est un ancien enquêteur de l’Ofast qui a gardé des contacts dans le service. De quoi épouvanter ceux qui écoutent. « C’était pour briller, me la jouer, m’attirer sa sympathie », nuance le policier, qui dit l’avoir connu dans un bar des Crottes quand il était à l’Unité de prévention urbaine. Il le présente comme un indicateur qu’il a omis d’inscrire au bureau central des sources. « J’ai préféré faire ça à l’ancienne. »

    « Un peu partout

    sur les points de deal »

    Dans d’autres écoutes, il est sollicité par des tiers pour sortir des données des fichiers SIV (plaques d’immatriculation), FPR (personnes recherchées) et TAJ (antécédents judiciaires), en passant parfois par des collègues ou par son ex-compagne, gardienne de la paix, « en contrepartie d’un bout de shit », et ce pour « rendre service » à un type de la Bricarde, recherché pour une « expulsion “physique” contre rémunération » pour un garagiste. Lui dit avoir refusé, mais il consulte. « C’était pour savoir ce qu’il en était de leurs demandes. » Il s’immisce ainsi dans des enquêtes en cours et des litiges privés. Il le fait en échange d’« un quelque chose », d’« un marron » (la couleur du billet de 50 euros). Autant de données à caractère personnel obtenues « sans aucune justification professionnelle et transmises à des tiers hors de tout cadre légal », fustige la 6e chambre.

    Le policier, consommateur habituel de cannabis, s’approvisionne « un peu partout sur les points de deal ». Chez lui, on découvre 10 gr de shit et un calibre trouvé « près d’une poubelle sur le boulevard National ». Dépendant aux psychotropes, il est hospitalisé en psychiatrie.

  • Baumettes : un surveillant faisait passer des sacs

    Baumettes : un surveillant faisait passer des sacs

    Un surveillant pénitentiaire a été condamné vendredi à Marseille pour corruption passive et violation du secret professionnel à trois ans de prison dont deux avec sursis. Il effectuera la partie ferme sous bracelet électronique. Il est interdit définitivement d’exercer toute fonction publique et il est privé durant cinq ans de ces droits civils et civiques.

    Romuald, 30 ans, affecté aux Baumettes en 2017 à sa sortie de l’École nationale de l’administration pénitentiaire, avait été pris en flagrant délit en août 2022 introduisant un sac d’objets et de denrées pour des détenus. L’information judiciaire a établi qu’il touchait 150 euros par sac et qu’il a également monnayé la fiche pénale de deux membres du narcobanditisme pour 200 euros chacune. Après 4 mois de détention provisoire, il a été libéré sous caution en décembre dernier.

    « Frérot, c’est bon »

    Des soupçons se portaient depuis quelque temps sur lui. Il avait fait l’objet de deux signalements de sa hiérarchie. Il ne mettait jamais de procédures disciplinaires et était souvent en retard à sa prise de poste, une tactique pour accélérer le contrôle d’entrée. Ce 2 août 2025, le surveillant entrait avec un sac contenant des lotions capillaires, des paquets de bonbons Haribo, du charbon à chicha, de la vodka, sept brosses à dents, du déodorant, sac qu’il abandonnait dans une poubelle du rez-de-chaussée du quartier pour hommes. Il a reconnu le faire à raison de « deux à trois fois par semaine » pour 150 euros par passage. Il dit n’avoir pas rentré de téléphones portables. « J’ai refusé car ça sonne au portique » ni de stupéfiants. Un ancien détenu entendu au cours de l’instruction l’accable au contraire disant qu’il était « plus connu qu’une pute du Jarret. Il faisait rentrer du shit à gogo. »

    De ses commanditaires, le prévenu n’a rien dit. « Je ne souhaite identifier personne par peur de représailles », a-t-il déclaré au juge d’instruction, expliquant que des individus se seraient présentés devant la crèche et l’école de la Cayolle de ses trois enfants, menaçant de s’en prendre à sa famille. « Je n’avais pas le choix. Ça a été l’erreur de ma vie de ne pas parler par peur des représailles », a-t-il dit. « C’est paradoxal car vous savez dire non pour les téléphones. Pourquoi n’avoir pas demandé à être extrait des Baumettes alors ? Ce n’est pas plutôt vos problèmes financiers ? », a insisté la présidente Joncoux qui ajoutait : « Ça parait antinomique d’avoir été payé sous la menace » et c’est guère compatible avec la familiarité d’une conversation sur WhatsApp avec un commanditaire : « Frérot, c’est bon, j’ai un petit contretemps. »

    La transmission de fiches pénales est l’aspect le plus dérangeant et sensible du dossier. Dans l’enquête sur un règlement de comptes commis le 22 août 2021 à la cité de la Marine Bleue (14e) qui a fait deux morts, les enquêteurs ont retrouvé dans la boîte à gants du véhicule d’un suspect deux fiches pénales, la photo d’un narcotrafiquant qui d’ailleurs vivait en concubinage avec une surveillante de Tarascon, mais aussi le planning de travail de l’agent corrompu.

    Ce dernier avait accès au fichier Génésis pour constituer le dossier des détenus arrivants. « J’ai juste transmis par peur. C’était pour 200 euros. Je n’ai pas réfléchi aux enjeux liés à ces fiches », a-t-il dit. « Mais enfin des fiches pénales ! Les conséquences peuvent être funestes. Vous ne vous rendez pas compte de la gravité de les transmettre à ces gens-là dans le contexte marseillais de guerre entre clans ?! Le premier intérêt d’une fiche pénale, c’est la date de libération », lui a lancé le procureur qui exclut la thèse de la menace et qui rappelle qu’une fois connue d’un rival, la date de sortie d’un détenu laisse le temps au clan adverse de préparer un règlement de comptes.

    David Coquille

    « Des fiches pénales ! Les conséquences peuvent être funestes. »

  • À Arles, de Carolis visé par trois plaintes

    À Arles, de Carolis visé par trois plaintes

    En pleine campagne électorale, l’affaire fait couler de l’encre. Le maire sortant d’Arles Patrick de Carolis (Horizons) est visé par des plaintes de Sofiane Boualem et Romain Djefaflia, respectivement président et vice-président de l’Athlétic Club arlésien (ACA), pour des faits de harcèlement moral et de harcèlement au travail.

    Les deux dirigeants, par ailleurs agents territoriaux et élus syndicaux CGT au sein de la communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette (ACCM), l’accusent de pressions et de chantage pour les évincer du bureau de la première association sportive de la ville, alors qu’ils y ont été réélus le 19 décembre 2025.

    Dès ce jour-là, alors que Romain Djefaflia quitte ses fonctions de président et présente Sofiane Boualem pour lui succéder lors de l’assemblée générale, le versement d’un acompte de subvention de 67 500 euros, voté la veille en conseil municipal, aurait été conditionné à leur exclusion. Auprès de La Provence, Patrick de Carolis justifie cette suspension par une gestion du club entachée « de nombreuses irrégularités ». Sofiane Boualem affirme travailler à un « démenti officiel avec un commissaire aux comptes ».

    Une autre plainte pour corruption

    Christophe Fouiller, entrepreneur bien connu de la vie arlésienne qui possède notamment le Grand café Malarte, aurait subi lui aussi des pressions. En juillet 2025, le commerçant, qui fait partie du comité de direction de l’ACA et est l’un des financeurs de l’association, souhaite acheter les murs et l’immeuble de son principal établissement mais se heurte au droit de préemption de la mairie.

    Dans un enregistrement réalisé par Sofiane Boualem au Café de la Fontaine, à Maussane, le 27 décembre 2025 – retranscris par un cabinet d’huissiers eyguierien – Patrick Chauvin aurait confirmé la thèse des deux dirigeants : « Le maire (…) a dit : écoute, si Christophe prend la présidence du club, alors je serais prêt à discuter pour enlever la préemption. » « Oui, mais c’est vrai ça », aurait répondu l’ancien premier adjoint d’Hervé Schiavetti, désormais colistier de Patrick de Carolis.

    Christophe Fouiller a porté plainte le 10 mars dernier au tribunal de Tarascon contre le maire sortant pour des faits de corruption, pour avoir « proposé le retrait d’une décision de préemption sur l’immeuble, sis 14 boulevard des Lices, en contrepartie du départ de Romain Djefaflia et Sofiane Boualem du bureau de l’ACA ».

    La plainte, que nous avons pu consulter, pointe également des propos qui pourraient révéler un délit de détournement de fonds publics, puisqu’un passage d’un second enregistrement, daté du 30 janvier, évoque un dédommagement avec l’argent public de la Ville.

    Patrick de Carolis n’a pas donné suite à nos sollicitations. Auprès de nos confrères de La Provence, il nie tout lien avéré avec sa personne et dénonce « une grossière machination politique », annonçant lui-même porter plainte pour dénonciation calomnieuse.

  • À Marseille, un gendarme corrompu au service d’un escroc fini

    À Marseille, un gendarme corrompu au service d’un escroc fini

    Un gendarme de la brigade de surveillance du littoral de Marseille a été condamné, lundi, à trois ans de prison avec sursis et cinq ans d’interdiction de la fonction publique pour corruption passive par personne dépositaire de l’autorité publique et détournement de données de fichiers d’État.

    Le commanditaire, Dany Hadid, était à la tête du restaurant Al Baladi, promenade Georges Pompidou (8e), où le gendarme se régalait gratuitement. Ce Libanais de 51 ans, connu pour avoir été condamné pour de nombreuses escroqueries, a écopé de trois ans de prison ferme assortis d’un mandat de dépôt pour corruption active. Le tribunal a accepté la confusion partielle de sa peine à hauteur d’une année avec sa dernière condamnation, en septembre 2023, à six ans de prison, qu’il purge pour des faits similaires. Dany Hadid, écroué à Luynes, avait escroqué un couple d’entrepreneurs marseillais de 853 000 euros et un commerçant arménien de 90 000 euros, en se faisant passer pour un agent de la DGSE. En 2017, il avait écopé de 5 ans de prison, à Versailles, pour avoir ruiné un restaurateur égyptien avec la complicité d’un ex-musicien de la fanfare de la gendarmerie.

    Appâté par une promesse de prêt de 100 000 euros à taux zéro, l’adjudant Jamel M., 48 ans, était intervenu d’octobre à décembre 2022 pour mettre la pression sur des commerçants. Loin de ses fonctions de surveillance des trafics maritimes et dissimulant l’intervention à ses collègues, il s’était rendu, en tenue militaire et en véhicule de gendarmerie, dans un restaurant libanais concurrent de Hadid au prétexte de vérifier qu’un salarié en arrêt maladie y travaillait, puis il s’était présenté dans l’épicerie fine de l’épouse pour réclamer une dette de 10 000 euros. « Je demandais juste aux personnes de payer. Je ne pensais pas faire peur. Quand j’ai dit “de toute façon, on va le retrouver”, ça voulait dire que la justice allait s’occuper de lui », a-t-il expliqué à l’audience du 10 février. Le militaire utilisait aussi son contact à l’Urssaf pour organiser un contrôle administratif auprès d’un restaurateur concurrent de Hadid et obtenir des infos dans le cadre d’un litige professionnel avec un employé.

    « Est-ce normal de régler des litiges à l’amiable dans le cadre de vos fonctions de gendarme ? Vous n’étiez pas respectueux, vous avez mis la pression », a opposé le procureur, qui a requis 3 ans de prison, dont un an ferme sous surveillance électronique. « Il m’a proposé de lui-même ce prêt sans contrepartie », a contesté le gendarme, muté depuis à Toulon. Il était bien noté et apprécié de sa hiérarchie. Le prêt devait prendre la forme d’une prise de participation au capital de MMMT, une société basée à Dubaï spécialisée dans l’extraction d’or et de diamants que le gendarme gère, ayant investi 270 000 euros provenant de la cryptomonnaie… Ce militaire décidément singulier possède aussi des comptes bancaires à l’étranger et sept appartements à Marseille qu’il loue, tout en vivant dans un logement de l’armée.

    « J’ai été bête sur ce coup-là, ça me rend malade. Je crois en l’humain, je lui ai fait confiance, je le considérais comme un ami, je n’ai pas cherché à comprendre », a dit le gendarme, qui réfute tout lien entre le prêt et les services rendus. Il était aussi reproché au pandore, qui avait accès aux fichiers d’État : 24 consultations au fichier de traitement des antécédents judiciaires, 16 au fichier des personnes recherchées, 17 au fichier des permis de conduire et 10 au fichier des véhicules, entre 2020 et 2023. Le tribunal a jugé « peu convaincantes » ses explications selon lesquelles « c’était pour montrer à des stagiaires de 3e ».

    Les 315 appels téléphoniques et SMS échangés entre les deux hommes établissent « un concert frauduleux », a estimé le tribunal, qui a toutefois relaxé le gendarme de tentative d’extorsion, car rien n’indique qu’il ait exercé des menaces ou des violences. Les restaurateurs victimes n’avaient pas voulu témoigner dans la procédure.

  • Le milliardaire Mohed Altrad veut jouer son match retour à Montpellier

    Le milliardaire Mohed Altrad veut jouer son match retour à Montpellier

    Novice en politique en 2020, le milliardaire Mohed Altrad a échoué à devenir maire de Montpellier. Troisième avec 13,31% au premier tour (6 899 voix) et à la même place au second tour avec seulement 18,12% (9 226 voix), il a fini d’être plombé par son alliance opportuniste incomprise avec Alenka Doulain (proche des Insoumis) et l’humoriste Rémi Gaillard.

    Pas de quoi refroidir l’homme d’affaires qui jure avoir appris de ses « erreurs ». « Trébucher, tomber, me relever, c’est toute ma vie », a-t-il confié à ses 500 soutiens venus l’écouter au Dièze Warehouse. Parmi eux figuraient le sénateur Jean-Pierre Grand (parti Horizons d’Édouard Philippe), l’ex-secrétaire d’État macroniste Patricia Mirallès, le maire de Saint-Georges d’Orques Jean-François Audrin (Horizons). Des anciens compagnons de l’ancien maire Philippe Saurel également à l’instar de Stéphanie Jannin ou Annie Yague. Mais aussi le professeur Charles Sultan, fâché avec Michaël Delafosse. Sans oublier le fidèle Salim Jawari élu d’opposition. Actuel président de la commission des finances, celui-ci fustige « l’endettement multiplié par 5 de la Ville de Montpellier » et « l’écologie dogmatique financée par vos impôts » avec des plantations à « 435 000 euros l’arbre place de la Comédie ».

    Ultra-protégé avant sa montée sur scène, Mohed Altrad n’a lui aussi pas tardé à dégainer. « Montpellier est dirigée comme une section du PS. Je suis venu pour démanteler ce système et rendre Montpellier à ses habitants », prévient le patron du club de rugby (MHR) en conflit avec la municipalité au sujet du stade et de son projet de « village rugby ». Il projette de revoir les attributions de subventions aux associations pour « mettre fin au clientélisme ».

    Cantines gratuites

    et couvre-feu dès 22h

    Pour convaincre les curieux, il a d’abord recyclé sa parabole de « l’enfant du désert » parti de rien pour devenir richissime. Plutôt qu’un « politicien de plus » dont Montpellier dit-il n’a pas besoin, il se présente comme un « bâtisseur ». Fort de son succès dans les affaires, il promet – sans dire comment – de créer 30 000 emplois et de faire de Montpellier une « ville zéro chômeur », ce qui n’existe nulle part ailleurs.

    Au risque que cela déplaise à la frange droitière de son électorat, il souhaite doubler le nombre d’habitats sociaux et favoriser l’accession à la propriété après 15 ans. « Le logement social ne doit pas être une prison. » Pour transformer « l’une des villes de sa taille parmi les plus pauvres de France », Mohed Altrad entend « passer de la politique des discours à la politique des actes ».

    Procès en appel en 2026

    Jonglant avec les paradoxes, il critique le coût de la gratuité des transports – « Un jour quelqu’un devra payer la note » – mais n’y touchera pas puisqu’elle est appréciée. Il fustige la « Ville qui vit à crédit » mais promet « des cantines scolaires gratuites pour tous les enfants sans conditions ». Le tout sans hausse d’impôts. Acrobatique.

    Comme inspiré par Robert Ménard (extrême droite) à Béziers, Mohed Altrad prévoit « pour protéger » un couvre-feu dès 22h pour les mineurs de moins de 16 ans. « Traîner dans les rues à 12-14 ans, ce n’est pas la liberté, c’est l’abandon. » Il veut aussi créer une brigade municipale de propreté et un plan « anti-bouchons ». S’il est élu maire, celui qui n’a jamais mis un pied au conseil municipal avant de démissionner en 2024, jure d’abandonner le projet de chaudière CSR (Combustible solide de récupération) pour brûler les déchets. « Je ne veux pas de scandale sanitaire. Montpellier ne sera pas un énième cobaye. La santé des Montpelliérains ne se négocie pas. »

    À bientôt 78 ans, l’entrepreneur qui vise aussi la présidence de la Métropole de Montpellier, conclut son entrée en campagne sur une note populiste. « Je ne prendrai pas un centime. Mes indemnités seront reversées aux associations. » Quand on pèse plusieurs milliards d’euros, c’est plus simple. En revanche pas un mot sur sa condamnation en première instance pour « corruption active, trafic d’influence et abus de biens sociaux » dans l’affaire qui le lie à la Fédération française de rugby. En septembre 2026, les compteurs seront remis à zéro lors du procès en appel. Fin 2022, Mohed Altrad avait écopé de 18 mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité.

  • Les vœux des juges face au narcotrafic

    Les vœux des juges face au narcotrafic

    Le président du tribunal judiciaire de Marseille, Olivier Leurent, a redit jeudi lors de l’audience de rentrée son inquiétude devant « les atteintes graves et répétées à l’État de droit à travers la mise en cause de la légitimité des magistrats » et alerté sur « l’embolie programmée de la justice criminelle face à la montée de la criminalité organisée ».

    Les effectifs du Siège ont certes progressé de 138 à 146 magistrats avec l’engagement d’atteindre 151 magistrats en 2026, « décision prise par le garde des Sceaux lors de sa venue en novembre dernier à la suite de l’assassinat de Mehdi Kessaci, drame qui révèle l’urgence d’une réaction forte de l’État dans la lutte contre le narcotrafic », a souligné le président toujours préoccupé par l’état de son greffe : 40 postes seront vacants dans quelques semaines, dont 7 de greffiers ou cadres greffiers et 24 postes d’adjoints administratifs et techniques.

    La prégnance du narcotrafic se lit dans « l’explosion du nombre d’ouvertures d’informations en lien direct avec le narcotrafic » au sein des sections « délinquance organisée » et « Jirs ». « Quatre cabinets de la délinquance organisée gèrent en moyenne chacun 90 dossiers et une soixantaine de détenus ce qui génère un épuisement chez les greffiers et juges d’instruction, outre des risques procéduraux accrus en matière de détention », déclare Olivier Leurent qui a rendu un hommage appuyé aux « 11 collègues qui mènent cette guerre acharnée, parfois au péril de leur vie, souvent au détriment de leur équilibre personnel et familial ». Le quartier de sécurité annoncé à Luynes et dédié au haut du spectre de cette criminalité, est « attendu avec impatience ».

    Organiser l’exfiltration

    de mineurs victimes

    Le narcotrafic irrigue jusqu’au tribunal pour enfants qui a connu une augmentation de 18% des mineurs poursuivis. « Cette délinquance est marquée par des passages à l’acte de plus en plus violents, par le recrutement de mineurs dans les réseaux de narcotrafic, mineurs qui deviennent souvent victimes d’actes de torture et de barbarie, de séquestration voire d’assassinats. » En février, seront jugées les premières affaires criminelles Jirs pour des assassinats reprochés à des mineurs de moins de 16 ans, avec des modalités inédites de recrutements sur les réseaux sociaux et d’utilisation d’armes de guerre. Des mineurs victimes aussi de ces réseaux et parfois exposés à des menaces de mort. Une convention « pour organiser leur exfiltration et celle de leur famille, en lien avec la Ville de Marseille et les bailleurs sociaux », est en cours d’élaboration, a-t-il révélé.

    Le procureur de la République, Nicolas Bessone, a réaffirmé la stratégie globale d’attaque systémique pour enrayer le narcotrafic et « la contre-société qu’il veut imposer », soulignant le taux de 66% d’affaires élucidées, d’où par ricochet la baisse du nombre de narchomicides : 49 en 2023, 24 en 2024, 16 en 2025. « Nous sommes la juridiction la plus saisissante » : 50 millions d’euros d’avoirs criminels ont été saisis en 2025 et 15 millions d’euros confisqués par jugement. La cellule anti-corruption créée l’an dernier instruit actuellement 21 dossiers.

  • Déchetterie de la Capelette : pourboires ou corruption ?

    Déchetterie de la Capelette : pourboires ou corruption ?

    Cinq agents de la Métropole, formant alors l’équipe de la déchetterie du boulevard Bonnefoy (10e) à la Capelette, ont comparu ce lundi pour corruption passive et vols aggravés de 2019 à 2021. Suspendus 18 mois et à demi-traitement, 4 ont été réintégrés dans d’autres services.

    « À un moment donné, ça suffit ! La corruption, c’est la rupture d’égalité. C’est faire sa loi pour arrondir ses fins de mois », a fustigé la procureure Anne-Sophie Larrouy. L’affaire fait suite aux plaintes d’usagers ayant dû s’acquitter de 5 à 20 euros, un droit de péage à la barrière, pour un service public gratuit aux particuliers.

    En mars 2019, l’un d’eux s’était plaint de s’être vu refuser l’accès tout en voyant trois individus déverser après avoir glissé des billets. « Entre nous, cette fois je te laisse, mais si tu veux revenir c’est 200 euros la journée ou sinon tu vas dans une autre déchetterie », dira un agent à un usager qui était un policier en civil. « Si on ne donne pas les sous, on ne rentre pas », témoigne un autre usager.

    Des professionnels du BTP pas autorisés à déposer, y trouvaient leur compte pour déverser incognito et à peu de frais. Veolia s’était plaint à la Métropole de ce que depuis 2 ans les professionnels jetaient de plus en plus à Bonnefoy. « Ton gardien a pris 300 euros ce matin. Ils attendent que les agents de maîtrise partent et ils font rentrer les camions », avait dit un agent de Veolia. « C’est tellement devenu une habitude que les gâcheurs ont déjà le billet en main en arrivant », témoignait un autre. Contre un billet, des particuliers pouvaient même récupérer une porte, un frigo. Ce qui est interdit. Les agents ont admis revendre des déchets valorisables, un « chiffonnage » qui contourne un marché de récupération.

    « Je ne pensais pas commettre quelque chose d’illégal » explique Yves, 60 ans, qui comme ses autres collègues, admet « 100 euros par mois de pourboire » ajoutant que si la Métropole ne voulait pas que cela se produise « il faudrait mettre des agents manchots et aveugles ». André, 72 ans, soutient qu’il « aidait les clients ». Le mot d’« usager » ne lui vient pas. « On était sympathiques alors ils nous donnaient, ça servait pour déjeuner. » Quant au « chiffonnage » proscrit, « pour moi c’était naturel et logique comme dans toutes les déchetteries ».

    Pour Cédric, 43 ans, « c’était des pourboires pas systématiques pour l’équipe pour manger, boire, acheter des produits d’hygiène car on travaille au milieu des rats ». Il nie toute forme de racket. « Il y a 10 caméras en permanence et des contremaîtres avec nous toute la journée. » La présidente lui fait remarquer que les caméras étaient souvent débranchées et quand elles fonctionnent, « on ne voit jamais les agents aider à décharger et pourtant il y a des remises d’argent dès l’entrée à la barrière ».

    « Qu’on me présente une seule personne à qui j’ai demandé un centime ! » peste Marc « en colère » car pour lui, cette affaire est « une blague pour que la déchetterie passe au privé en disant c’est notre faute ». « On voit un fourgon à l’entrée vous tendre un billet que vous mettez dans votre poche. Eux disent que c’était la contrepartie sans quoi ils ne pouvaient pas décharger », oppose la juge. « On a pu me remettre mais c’est sans condition… » Tony, 37 ans, qui dit avoir été embauché après avoir « posé mon CV à un élu » admet « des pièces, quelques fois 5 euros ». « C’est un acte de gentillesse de gens qui sont contents, ça change de ceux qui vous prennent de haut. »

    « Un modus operandi a été instauré avec un petit manège en place à l’entrée » dénonce l’avocat de la Métropole qui après avoir estimé son préjudice à 527 701,14 euros, a réduit ses prétentions à 20 872 euros de préjudice économique et 10 000 euros de préjudice moral. De quoi outrer les avocats de la défense qui dénoncent « un dossier monté de toutes pièces ». Ils n’ont pas manqué de citer l’ordonnance de renvoi qui pointe « des glissements de pratiques professionnelles pour certaines manifestement tolérées et non explicitement dénoncées en interne (…) au sein de cette déchetterie au climat de travail délétère où les consignes fixées par la Métropole étaient floues, parfois contradictoires et sans cohérence entre les différents responsables d’équipes ».

    Délibéré le 10 février.

  • La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    Une « énième affaire de
    corruption
     », regrette Emmanuel Merlin, vice-procureur de la République. Face à lui, cinq prévenus sont dans le box des accusés du tribunal correctionnel, à peine assez grand pour tous les contenir.

    Assise à une extrémité des vitres se tient Julie L., 24 ans. Il y a encore deux mois, avant d’être interpellée, la jeune femme était surveillante pénitentiaire au sein de la maison d’arrêt de Luynes. Julie, qui occupait un premier poste depuis sa sortie d’école en 2022, est en détention provisoire. Accusée d’« association de malfaiteurs » et de corruption « passive ». Dans la nuit de vendredi à samedi, la jeune femme, dépositaire de l’autorité publique, a été reconnue coupable d’avoir introduit des savonnettes de résine de cannabis. Elle restera en détention, après avoir écopé de trois ans de prison, dont deux ferme.

    Comme trois des hommes qui comparaissent avec elle, serrés à l’autre extrémité du box. Mohamed S. et Kamel S. Le premier est le neveu du second. Avec Laurent B. ils travaillent tous trois pour la société Gepsa, spécialisée dans la maintenance en milieu carcéral. Ils resteront eux aussi en détention pour trois ans, coupables d’avoir, pendant plusieurs mois, introduit parfums, cigarettes et vapoteuses, cannabis, cartes SIM, téléphones et autres objets illicites contre rémunération.

    Puis il y a Sid-Ahmed B., dont le profil est différent. Même peine pour ce trentenaire, déjà condamné à 20 ans de réclusion criminelle. C’est le seul à être accusé de corruption dite « active ». Pourtant, cet auxiliaire en prison nie les faits. Sur les bancs d’une salle de tribunal pleine à craquer, seul Jérôme C. comparaissait libre. Cet autre salarié de la Gepsa a été relaxé.

    L’affaire, déterrée après un signalement venant des « coursives » de la prison implique en majorité des accusés jeunes, au casier judiciaire vierge. Elle est symptomatique d’un phénomène qui touche la prison de Luynes, concernée par plusieurs dossiers de corruption. D’ailleurs, les témoignages des accusés qui reconnaissent les faits, convergent tous vers des phénomènes de « pression ». Mohammed S. par exemple, raconte avoir été « énormément sollicité » par des détenus depuis son arrivée au Gepsa.

    « 1 000 euros pour du shit »

    « On était jetés dans la fosse aux lions », poursuit le jeune homme. « Mais comment avez-vous mis le doigt dans l’engrenage ? », demande l’un des assesseurs. « On finit par dire oui, pour avoir la paix », répond le jeune homme.

    Kamel S. gérant de la société et prestataire pour « plusieurs autres prisons », relate avoir « vécu un enfer. J’en ai fait un malaise », raconte le prévenu qui témoigne avoir été suivi jusque chez lui. Sa voiture aurait été dégradée, une plainte déposée contre X. « Aix 1, c’est un site dangereux. J’ai encore vu aux infos ce matin que trois agents ont été agressés. Ce n’est pas de la rigolade », ajoute Kamel S. « Ce que vous dites est extrêmement inquiétant, ça remet en cause toute une sécurité générale », remarque la présidente du tribunal. « Qu’est-ce qu’ils nous auraient faits si on avait dit non ? », rétorque Laurent B. « Il fallait se demander ce qu’il allait se passer si on dit oui ! reprendra au cours de ses réquisitions le vice-procureur. Trois téléphones au moins ont été introduits. C’est à cause des gens comme ça que la criminalité organisée continue de vivre. Ce petit ver dans le fruit suffit à fragiliser l’édifice. »

    Le cas de Julie est différent. Elle, raconte avoir été harcelée par des collègues, faits confirmés par une ex-collègue de travail à la barre, avant d’être diagnostiquée dépressive en 2024. La jeune femme a demandé sa mutation, dès son arrivée. Il y aura aussi l’épisode où Julie a dû « décrocher un pendu », la poussant à se mettre en arrêt de travail. « Comment on vous retrouve là ? », lui demande la présidente. Julie raconte avoir eu des problèmes d’argent et honte de demander de l’aide à ses parents. « Pour du shit, c’était 1 000 euros. J’avais des difficultés financières, j’en ai parlé aux mauvaises personnes », raconte la jeune femme, Elle remet le produit à Sid-Ahmed. Et ce selfie dans lequel elle apparaît, prise avec le téléphone de ce même détenu ? Pourquoi ne pas avoir signalé la présence de l’appareil ?, l’interroge la juge. « Une inconscience », répond Julie. Il y a aussi le passage d’un flacon de parfum, à la demande de Mohammed S., avec qui la jeune femme aurait eu une relation amoureuse de quelques mois. L’avocate de Julie insiste sur les conditions de travail en détention, la proximité avec les détenus et soulève le risque de basculement : « On passe la moitié de la journée avec des détenus. »

    Le vice-procureur a d’ailleurs rappelé qu’une « dizaine » de surveillants à Luynes étaient concernés par des faits de corruption en 2025.

    Eva Bonnet-Gonnet

    Darmanin en visite au centre pénitentiaire

    Le Garde de Sceaux s’est rendu samedi matin sur le centre pénitentiaire de Luynes pour décorer trois agents agressés par un détenu, vendredi. Après s’être rendu au chevet de l’un d’eux, en soins intensifs après avoir été touché à la gorge, Gérald Darmanin a ensuite décerné une médaille aux deux autres agents, aux primo-intervenants et à l’équipe de soignants également entrés en action. Si le ministre a ensuite échangé avec les agents, aucune « grande annonce » n’a été faite, rapportent les syndicats, qui avaient organisé le blocage de la prison le matin de sa visite en empêchant les « entrées et sorties » du site, rapporte Ufap-Unsa Justice. Une mesure rapidement levée. Pour autant, pour le syndicat, la visite se résume à un « bref effet d’annonce (…) Il nous manque toujours des effectifs et des moyens matériels. » Soit du budget.