Tag: mobilisation

  • [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    Rémy Cougnenc : D’ordinaire le mouvement social est calme avant la Présidentielle. Qu’est-ce qui fait que c’est différent cette fois ?

    Mathieu Guy : Habituellement en effet les mois qui précédent une échéance électorale sont plutôt calmes. Cette année ça ne l’est déjà pas. Le contexte s’est dégradé ces dernières années. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’annonce des économies dans la prochaine loi de finances. Le mouvement a débuté le 29 septembre avec la fonction publique avec toutes les difficultés rencontrées par les fonctionnaires avec le gel du point d’indice et les missions qu’ils n’arrivent plus à mener à bien à cause du manque de moyens. Cette dynamique de diminution d’effectifs est engagée depuis trop longtemps dans les services publics et les gels de salaires qui font qu’on a de moins en moins de candidats, notamment chez les enseignants. On a un ras-le-bol général. Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte. On pense qu’il peut y avoir une convergence qui mènerait vers des victoires le plus rapidement possible.

    Rémy Cougnenc : En 2023 sur les retraites, la mobilisation était massive mais le gouvernement avait fait la sourde oreille. Est-ce que le vent de fraîcheur de la jeunesse peut aider à la convergence des luttes qui a pu faire défaut par le passé ?

    Mathieu Guy : Je pense qu’il a manqué des ingrédients en 2023. On a pris la rue avec d’énormes mobilisations. Mais ce qui a été difficile c’est de mettre l’économie à l’arrêt. On avait travaillé à la CGT pour intégrer la notion de grève reconductible. Malheureusement c’est resté trop à la marge pour porter un coup d’arrêt. Ceci étant, on ne peut pas dire que 2023 a été un échec de la mobilisation. Il y a eu énormément de monde et les salariés ont retrouvé la confiance envers les syndicats qui avait peut-être été un peu perdue les années précédentes. Derrière cela a permis à la CGT de se renforcer en terme d’adhérents.

    Olivier Nottale : N’oublions pas que faire grève coûte de l’argent aux salariés qui ont déjà des problèmes de pouvoir d’achat…

    Arnaud Jean : Je voudrais rajouter que la lutte paye. Pour les retraites, dans les endroits où la grève reconductible a tenu, par exemple à la SNCF avec 59 jours de grève, on sort avec un accord de cessation progressive d’activité de 18 mois. C’est-à-dire que ce que le gouvernement nous a enlevés d’un côté, on l’a gagné par les négociations de l’autre côté avec la SNCF. Comme quoi quand on se mobilise, que les salariés sont unis notamment par la grève, au bout on arrive à obtenir des choses du patronat. La grève générale est un grand mot. La grève se décrète par les salariés entreprise par entreprise, chantier par chantier. Ça passe par des assemblées générales chaque jour sur les lieux de travail.

    Rémy Cougnenc : Quels sont les mots d’ordre de l’intersyndicale ?

    Mathieu Guy : Déjà le combat contre la vie chère. On la combat ainsi que l’inflation par des augmentations des salaires. Les primes existent de plus en plus. Un tiers de nos revenus dans la fonction publique sont des primes. C’est assez dramatique parce qu’elles ne sont pas comptabilisées dans les cotisations et ne financent pas nos systèmes de retraites. On demande une augmentation générale des salaires et des pensions, ce qui permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux salariés, retraités et des recettes pour l’État pour mieux redistribuer à travers la Sécurité sociale notamment. Je crois que l’inflation est à 15% donc il faut 15% de hausse des salaires. C’est la base minimale pour sortir la tête de l’ornière et faire en sorte que les travailleurs puissent vivre dignement de leur travail.

    Olivier Nottale : Et aussi puissent aller travailler car certains sont pris à la gorge…

    Mathieu Guy : Vu le prix de l’immobilier à Montpellier, Sète ou Lunel, bref sur l’arc littoral, on constate que les travailleurs ne vivent plus sur leur lieu de travail, ils en sont de plus en plus éloignés. Avec le prix de l’essence, un salarié qui se déplace pour travailler ça lui coûte de l’argent.

    Rémy Cougnenc : Le patronat vous rit au nez quand on parle d’augmenter les salaires. Soi disant qu’il n’y a plus d’argent !

    Mathieu Guy : Un rapport a rappelé que 211 milliards d’euros sont donnés chaque année aux entreprises sans contrepartie. Les grands groupes du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au premier semestre 2026. On voit bien que de l’argent il y en a. Sauf qu’il va vers ceux qui en ont le plus. D’où des inégalités de plus en plus grandes et un monde du travail qui souffre.

    Rémy Cougnenc : Si on touche au capital, il y aurait des délocalisations. C’est l’éternel chantage à l’emploi…

    Mathieu Guy : Les patrons n’ont pas attendu qu’on gagne des hausses de salaires ou plus de justice fiscale pour délocaliser, supprimer de l’emploi, fermer les industries, démanteler tout ce qui peut l’être à leur bénéfice. Seconde revendication : c’est la question des services publics à l’abandon. Sans les pompiers, l’hôpital,… on aurait vécu des choses encore plus dramatiques (…) [Écouter la suite de l’émission avec la question de la liberté de manifester et les violences d’extrême droite].

  • Sur le terrain, les communistes tractent pour inciter à la participation

    Sur le terrain, les communistes tractent pour inciter à la participation

    On se retrouve tous ensemble jeudi pour la grève contre la vie chère ! Ça concerne tout le monde ! » Devant les portes de la station de métro de Sainte-Marguerite Dromel, dans les quartiers sud de Marseille, plusieurs militants communistes donnent de la voix pour la distribution de tracts du jour. « La colère est légitime, la réponse doit être sociale », est imprimé sur les plusieurs centaines de feuilles qui partent en quelques dizaines de minutes. À la criée, Selma, militante du 10e arrondissement, donne le lieu et l’heure de la manifestation marseillaise à venir. « La vie chère, on est tous concernés par le problème. Le mouvement de grève est pour les retraites, pour des conditions de travail dignes et des études dignes », lance-t-elle à tire-larigot. D’un sourire ou d’un signe de tête, les passants prennent volontiers le tract estampillé PCF.

    Dans la plupart des cas, l’échange ne dure que quelques secondes mais certains curieux s’arrêtent et échangent avec les militants. Un jeune qui est au lycée professionnel César Baldaccini lit le tract avec attention après qu’Erwan, militant du 9e arrondissement, lui a confirmé le soutien du PCF au mouvement lycéen. « Fallait bien qu’on se fasse entendre mais c’est pas encore assez », juge le jeune. Avant de développer : « Les horaires, c’est impossible. On n’a pas de vie. » « On veut aussi supprimer la réforme Blanquer et Parcoursup », répond Erwan. Mais le sujet du jour est bien l’invitation à la manifestation de ce jeudi. « Ma mère ne voudra pas que j’y aille mais je vais venir quand même », poursuit le lycéen. « La manif va être sécurisée avec les syndicats », rassure Erwan. L’échange continue quelques minutes, le premier appelant à « arrêter de consommer » quand le militant communiste fait de la pédagogie : « C’est justement l’objet de la grève, arrêter l’économie. » Véronique, la secrétaire de la section du 10e arrondissement, confirme le bon accueil global du jour : « Aujourd’hui, les gens prennent les tracts assez volontiers. On sent un soutien, on sent que ça leur parle. »

    Des milliers

    de tracts distribués

    Même ceux qui refusent les tracts d’un geste de la main restent cordiaux. « Les refus vont rarement jusqu’aux insultes », confirme Florian Le Pape, militant de la section du 10e. Manque de chance, quelques instants après, un retraité refuse avec véhémence et lance « Si j’étais flic… » en mimant des tirs de fusil avec ses mains. Le militant communiste ne désarme pas : « C’est grâce aux communistes que vous avez une retraite ! » Le belliqueux repartira en baissant la tête et en marmonnant dans sa barbe. Pas de quoi enrayer l’ambiance bon enfant de la distribution ni son efficacité : les 500 tracts du soir sont partis comme des petits pains. L’initiative s’inscrit d’ailleurs dans un déploiement plus global de maintes sections communistes cette semaine : la veille, les militants du 8e arrondissement de la ville, ont fait de même du côté du Prado et ont distribué « 1 500 tracts ». Le matin même, c’était ceux du 2e arrondissement qui étaient sur le pont de l’autre côté de la ville.

  • à Aix, plusieurs tentatives de blocus

    à Aix, plusieurs tentatives de blocus

    L’important aujourd’hui, c’est moins le nombre que de montrer que les revendications ne sont pas éteintes. Le mouvement s’est un peu essoufflé localement ce début de semaine mais il va revenir de plus belle », prévient Samir*. Comme une cinquantaine d’autres étudiants, ce jeune répond à l’appel à manifester lancé la veille. Rendez-vous était donné à 11h, sur la Rotonde. Un petit nombre de lycéens et d’étudiants a tenté de former un cortège, avant d’être rapidement délocalisé par les forces de l’ordre, sous peine « d’être verbalisés », rapportaient plusieurs d’entre eux.

    Dans la foulée, le groupe s’est dirigé d’un commun accord, vers le commissariat pour demander la « libération » de camarades interpellés en début de matinée : un peu partout en ville, des tentatives de blocus sont survenues dans les lycées. Selon la police, trois lycées « ont été bloqués ou partiellement bloqués » à Aix. À cela s’ajoute un blocage de Sciences Po et une action devant la fac de lettres. Toujours selon la police, deux personnes ont été interpellées pour « respectivement, jets de projectiles et feu de mobilier urbain ».

    En revanche, si Sciences Po a été bloquée, dans les lycées, les élèves ont eux pu se rendre en cours. « S’ils sont maintenus, alors les élèves se sentent obligés d’y aller, sinon ils sont notés absents. Entre pression des profs et des parents, je comprends qu’ils choisissent d’entrer dans le lycée. C’est pour cette raison qu’il faut qu’on remotive tout le monde ! », expliquait Lina*, devant le lycée Vauvenargues. La faculté de lettres a également vu une mobilisation tenue devant ses grilles, sans annulation de cours. « Il y a énormément d’universités bloquées aujourd’hui. Cela montre que le gouvernement est en perdition : il n’arrive pas à éteindre le mouvement. Ça n’augure que de bonnes choses pour le 5 novembre », avait estimé Younes Dufrenes pour l’Union Étudiante.

    Réfléchir le mouvement

    Sur tous les lieux de mobilisation, les revendications restent les mêmes : abrogation de Parcoursup et du programme Bienvenue en France, précarisation de la jeunesse, conditions d’études et climat. « Mais ça reste difficile de se positionner sur : est-ce qu’on fait les cours en distanciel, pour valider notre licence et avoir une chance d’avoir un master ? Où est-ce qu’on va se battre pour nos droits, pour ceux qui arrivent derrière ? », pose Luna, étudiante. « Pourtant on ne veut pas que ça lâche, on a envie que ça marche, qu’il y ait des réponses et des avancées. » Toutes ces questions ont été redébattues au cours d’une assemblée générale, tenue à l’appel de l’interlycéenne, dans des locaux prêtés par la MJC Prévert. Étudiants et lycéens présents restent déterminés pour « convaincre à venir manifester » et se réorganiser.

    * Le prénom a été modifié.

  • À Aix-en-Provence, les salariés toujours inquiets de la vente de SFR

    À Aix-en-Provence, les salariés toujours inquiets de la vente de SFR

    Finalisée en juin dernier, la vente de l’opérateur télécom SFR par Altice, son propriétaire, à Orange, Bouygues et Free avait suscité angoisses et incompréhension chez ses salariés.

    Déjà en septembre, plusieurs dizaines de salariés étaient descendus au pied du siège aixois de SFR, déplorant un flou quant à leur avenir au sein de la boîte où autour des conditions de départ proposées. Rebelote, ils sont une soixantaine à avoir fait grève ce mardi 3 novembre au matin.

    Pas de visibilité

    Pour rappel en septembre, la mesure prévoyait de passer 2 500 salariés, au total, chez les trois acheteurs : dont environ 2 300 vers Bouygues Telecom. Une SA SFR avait également été créée comme passerelle pour alléger cette refonte. « Sauf qu’au cours des négociations avec le consortium [composé d’Orange, Free et Bouygues, Ndlr.], on découvre qu’une seule offre nous sera proposée », déplore Jonathan Fulpin pour la CFTC. En cas de refus, c’est « le minimum sur un licenciement économique ». Seconde option proposée aux salariés : « Lever la main pour partir, poursuit Jonathan Fulpin. On négocie donc les départs volontaires mais ils restent bien moins avantageux que ceux proposés en 2017. »

    Qui plus est, le syndicaliste indique, entre autres, l’absence de mise en place d’un « plan sénior ». Les discussions sociales devraient reprendre dès vendredi, entre salariés SFR qui promettent d’être « très attentifs à ce qu’on leur propose » et le dit consortium.

  • Débouché politique

    Débouché politique

    Depuis la Charte d’Amiens de 1906, en France le mouvement social et le monde politique marchent séparément mais en parallèle pour ce qui concerne la gauche et le mouvement progressiste. Soutenir sans interférer, travailler chacun dans son domaine mais avec toujours pour objectif le progrès social et l’amélioration de vie de l’immense majorité du peuple.

    Alors que ce peuple gronde de nouveau dans les pas de sa jeunesse révoltée par le présent qu’on lui fait et le futur qu’on lui promet, le rendez-vous du jeudi 5 novembre apparaît déjà comme capital : celui de la jonction du mouvement syndical aux revendications sociales et salariales et de la colère sourde qui monte partout unissant depuis plus de deux semaines toutes les générations.

    Un « pour »

    Le rôle des mouvements progressistes dans leur diversité est aujourd’hui d’offrir un débouché politique à ces protestations qui vont crescendo, proposer un « pour » à l’ensemble de ces « contre ». Tout en respectant bien entendu l’autonomie de ces mouvements divers.

    À six mois d’une élection présidentielle qui est loin d’être jouée malgré ce qu’en disent les perroquets de l’ultralibéralisme qui trouveraient dans le fascisme le seul moyen de faire perdurer leur système mortifère pour l’humanité et la planète, l’occasion est là pour les mouvements politiques de renouer le lien avec leur électorat naturel. Et de briser le mur de méfiance qui s’est progressivement construit ces dernières années. Tous ensemble dans la rue avec le mouvement progressiste au service des aspirations et des exigences de manifestants. La clé pour renvoyer l’extrême droite à sa place naturelle qu’elle arrive à masquer pour l’heure, celle du rempart des possédants contre le peuple.

  • Les salariés du secteur médico-social en action

    Les salariés du secteur médico-social en action

    De la petite enfance aux jeunes majeurs à protéger, de personnes en situation de handicap ou en dépendance, ils sont plus de 3 000 à être accueillis et accompagnés dans les 7 dispositifs de la trentaine de sites gérés par Sauvegarde 13 qui emploie 950 salariés. Ces missions qui participent à la mise en œuvre de politiques publiques sont mises en péril par un déficit de moyens alertent à nouveau les syndicats.

    Mobilisés dans la cour de l’association départementale, 4 rue Gabriel Marie dans le 10e arrondissement de Marseille, où ils organisent un pique-nique revendicatif les salariés exigeront : « Des financements adaptés, des emplois préservés et des droits respectés », résume Myriam Machy, déléguée syndicale CGT Sauvegarde 13. Les syndicats CGT et CFDT Santé-sociaux ont appelé à une journée morte dans les établissements et ont demandé audience auprès du directeur général.

    « Aujourd’hui, la situation financière de l’association est particulièrement préoccupante. Et les orientations retenues pour rétablir l’équilibre budgétaire pèsent sur les emplois, les conditions de travail et la qualité de l’accompagnement proposé », annoncent les syndicats, précisant : « Le CSE central a déclenché une alerte économique et engagé une expertise des comptes. » Dans les crèches, les salariés sont confrontés à « des remplacements qui se raréfient et un nombre d’enfants en augmentation », dans les IME « les dépenses sont réduites » et la direction « vient encore demander des efforts aux personnels dans les établissements ».

    Jérémy Bacchi en soutien

    Soumis à la logique des appels d’offres publics les établissements et services médico-sociaux sont confrontés à des tensions financières croissantes « À l’heure où les difficultés du secteur social et médico-social, et notamment la crise de la protection de l’enfance, sont régulièrement pointées du doigt, il est indispensable de donner aux professionnels les moyens d’exercer leurs missions », a appuyé le sénateur communiste Jérémy Bacchi qui apporte son « plein soutien » à la mobilisation. Les syndicats n’exonèrent pas « la gouvernance associative de ses responsabilités » et exigent « de la transparence ». Ils se joignent également à l’appel à manifester du 5 novembre.

  • Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Ce jeudi 5 novembre, l’intersyndicale de Vaucluse sera dans la rue avec une manifestation prévue au départ de la cité administrative d’Avignon à 10h30. Avec un mot d’ordre commun, ils seront là « malgré les intimidations ».

    Ils évoquent tous les interdictions de se rassembler prononcées dans le centre-ville d’Avignon et autour des remparts lors des journées de mobilisation lancées par les lycéens et étudiants et des mouvements contre la vie chère des samedis 24 et 31 octobre. Deux journées pendant lesquelles des dizaines de manifestants ont été verbalisées, voire parfois arrêtés et placés en garde à vue. Aucune interdiction n’a été prononcée concernant ce jeudi. « Un arrêté d’interdiction ne nous fera pas taire. Et la jeunesse est la première à s’y opposer », lance en préambule Laurence de Villèle, secrétaire générale de la CGT de Vaucluse.

    Avant que chacun des représentants syndicaux n’abonde dans ce sens. « Alors que les rassemblements du 24 et du 31 octobre étaient pacifiques et festifs, le pouvoir cherche la provocation. Le 5, nous ne nous laisserons pas intimider et nous ferons entendre nos revendications. Ces politiques mortifères ne font que faire monter l’extrême droite, qui cherche à diviser le mouvement social et à récupérer les colères pour se renforcer. Nous refusons les discours de haine et les divisions entre jeunes, retraités, salariés, chômeurs ou immigrés », ajoute Alice Raimundo, secrétaire départementale de la FSU.

    Privé comme public

    « Une interdiction serait malvenue sachant qu’il n’y a jamais eu de problèmes aux manifestations syndicales en centre-ville. Le gouvernement tente de manœuvrer une sortie de crise à moindres frais. Mais la majorité des annonces sont des changements prévus pour 2028, quand le gouvernement sera parti. Ce que la jeunesse a très bien compris », poursuit Etienne Raoul, secrétaire départemental de FO. Tandis que pour Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa, il est « hors de question de laisser passer ces décisions liberticides ».

    Les revendications, elles, ne bougent pas. Eric Bultel, représentant de la CFDT de Vaucluse, illustre l’absence de réponse en sortant un communiqué de son syndicat émis au début du mois d’octobre dernier. « Je peux reprendre ce papier et le signer. Rien n’a bougé. On veut simplement vivre de notre travail », explique-t-il. Dans le public, la revalorisation du point d’indice est ainsi demandée. « Pour les agents publics, au 1er juin 2026, on a eu 862 000 agents publics bénéficiaires de l’indemnité différentielle. Donc les bénéficiaires de l’indemnité différentielle, c’est que leur salaire est inférieur au Smic. Donc ça, c’est quand même une donnée importante à prendre. Sachant qu’au 1er janvier 2026, ils n’étaient que 356 000. Donc là, on commence à se rapprocher assez fort du million. C’est assez inquiétant », pointe Etienne Raoul. Alors que les débats autour du budget 2027 sont en cours à l’Assemblée nationale, Alice Raimundo exige des moyens « permettant d’assurer la rénovation du bâti scolaire », mais aussi « des créations [de postes d’enseignant] en nombre suffisant pour diminuer le nombre d’élèves par classe, d’étudiants et d’étudiantes par groupe de TD et assurer la présence d’équipes pluridisciplinaires au complet ». Dans le privé, la fin de l’année civile rime aussi avec le début des négociations annuelles obligatoires. « C’est le moment que le patronat donne un signe fort. Il y a des choix politiques, il y a des choix patronaux qui sont aussi des choix politiques. Et répondre aux demandes d’augmentation de salaire par le biais des NAO, c’est pas donner 15 centimes d’euros d’augmentation », pointe Laurence de Villèle.

  • [Mobilisation] Les salaires au centre de l’appel du 5 novembre

    [Mobilisation] Les salaires au centre de l’appel du 5 novembre

    Manger ou faire le plein ? » À l’approche du 5 novembre, la question placardée par la CGT mines-énergie de l’Hérault donne le ton. Après la grève des services publics le 29 septembre et les mobilisations lycéennes qui ont secoué le pays en octobre, les syndicats appellent à élargir la contestation. Dans le Gard comme dans l’Hérault, salariés du public et du privé, jeunes et retraités sont invités à battre ensemble le pavé pour les salaires, les services publics et les libertés.

    « Quand on travaille, on ne devrait pas avoir à choisir entre se nourrir, se loger, se chauffer ou se soigner », dénonce Sylvie Da Costa, de la CFDT du Gard. Elle réclame notamment 100 euros nets de plus pour le Smic, des négociations salariales dans toutes les branches et une revalorisation des agents publics. À l’hôpital, à l’école ou dans les collectivités, « le dévouement ne paie pas les factures », insiste-t-elle, tandis que les effectifs manquent et que les conditions de travail se dégradent.

    Même constat dans l’énergie. Selon la CGT mines-énergie de l’Hérault, le salaire national de base n’a progressé que de 7,7% en dix ans, contre 20,8% d’inflation cumulée. « Jamais la précarité n’a été aussi forte, même dans nos entreprises », s’indigne le syndicat, qui dénonce le refus des directions d’accorder un rattrapage salarial. « Des agents sautent des repas, ne peuvent plus faire leur plein, se saignent pour payer les études de leurs enfants », alerte la CGT, qui appelle à la grève.

    Pour Pascale Thoirey, de la FSU Gard, l’enjeu dépasse le seul pouvoir d’achat. « C’est juste des êtres humains qui voudraient pouvoir vivre comme des êtres humains de leur travail », résume-t-elle. Elle dénonce le gel du point d’indice et réclame une révision des grilles salariales. Dans l’Éducation nationale, elle décrit des accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) soumises à la précarité : « Certaines ont 18 ans d’ancienneté et arrivent péniblement à 1 000 euros par mois. »

    La jeunesse, moteur

    de la contestation

    La colère sociale rejoint celle des lycéens, mobilisés depuis plusieurs semaines contre le manque de moyens et la sélection dans les études supérieures. Dans l’Hérault, FO réclame « l’abrogation immédiate de Parcoursup », des recrutements massifs d’enseignants et des moyens supplémentaires pour la médecine scolaire. « Les lycéens d’aujourd’hui sont les salariés de demain », souligne l’organisation.

    Les annonces gouvernementales du 26 octobre n’ont pas convaincu. Plafonnement progressif de certaines classes de seconde à 28 élèves, annulation annoncée de 836 suppressions de postes dans le secondaire, pistes d’aménagement de Parcoursup : pour FO, le gouvernement « manœuvre et lâche des miettes ». Pascale Thoirey est plus cinglante : « Ce ne sont pas des avancées. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. » Elle reproche à l’exécutif de reporter une partie des mesures après 2027, alors que les besoins sont immédiats : moins d’élèves par classe, des enseignants formés et remplacés, un véritable statut pour les AESH. La bataille se joue également autour du budget 2027. L’intersyndicale héraultaise exige des hausses de salaires et de pensions, la défense de la Sécurité sociale et une politique industrielle tournée vers l’emploi et la transition écologique.

    À l’approche du rendez-vous, P. Thoirey espère voir « des gens qui n’ont pas l’habitude de venir manifester ». « Les services publics concernent tout le monde », rappelle-t-elle. « Tous les gens qui seront dans la rue le 5 le font dans l’intérêt collectif pour que les générations suivantes puissent vivre mieux que nous. » Quant à la suite, rien n’est écrit : « Le mouvement social ne se décrète pas. » Le 5 novembre devra dire si cette convergence peut prendre de l’ampleur.

    Dans le Gard : à Alès à 10h devant la sous-préfecture et à Nîmes à 14h, en bas de l’avenue Jean-Jaurès. Dans l’Hérault : à Montpellier (14h, place Albert-Ier), Béziers (10h30, Bourse du travail), Lunel (11h30, place de la République), et Sète (10h30, place de la Mairie).

  • À Aix, la jeunesse maintient la pression dans la rue

    À Aix, la jeunesse maintient la pression dans la rue

    Travailleurs, étudiants, lycéens, retraités et familles se sont rassemblés au pied de la Rotonde pour cet « acte III » de la mobilisation, samedi. Cette manifestation, qui n’avait pas été déclarée, a tout de même réuni « 800 personnes », selon un syndicat étudiant, « 700 au plus fort », selon les chiffres de la police. Un peu moins que les semaines précédentes, « mais n’oublions pas les vacances : les étudiants, qui pour beaucoup, rentrent pour les vacances, manifestent dans leurs villes natales et les lycéens habitent loin, n’ont pas le permis… Aix est une ville étudiante et se vide rapidement pendant les congés », analyse Lina, étudiante.

    Le cortège a emprunté le boulevard Victor-Hugo avant de bifurquer vers le boulevard Carnot. Encadrés par les forces de l’ordre, les manifestants ont finalement été contraints de revenir vers le centre-ville. La mobilisation s’est déroulée

    Les revendications demeurent intactes et la détermination ne faiblit pas. « On se sent encore plus obligés d’être là alors qu’on nous interdit de manifester », déroule une étudiante de Sciences Po. « On a une répression assez ferme, avec ce couvre-feu pour les mineurs, cette interdiction de manifester, alors qu’à Aix-en-Provence, les manifestations se sont toujours très bien passées », estime Paul Maille, pour Génération.s et Jeunes Génération.s, lui aussi étudiant. Une mobilisation moins importante en nombre, certes, mais que Léonard, étudiant ayant participé aux premiers blocus avant de rejoindre différents cortèges, juge désormais mieux ancrée.

    « à fond »

    « Aujourd’hui, on est un peu au pic de la mobilisation, j’espère qu’on sera encore plus nombreux, notamment le 5 novembre. Le 17 octobre à bien aidé, on a récupéré beaucoup de personnes, notamment issu du monde professionnel. En tant qu’étudiant, on a commencé depuis longtemps et on espère que ça va s’amplifier. C’est le cas au niveau national, international… Avec l’intersyndicale qui va nous suivre, ça va être encore plus important, analyse Léonard. On espère qu’il y aura de réelles décisions. On a eu des réponses, mais ce ne sont pas celles qui étaient attendues. »

    Au-delà des revendications de la jeunesse, très majoritaire dans le cortège ce samedi, des manifestants de tous âges et issus de divers secteurs professionnels tenaient aussi à faire entendre leur voix. « Je suis AESH et je suis à fond dans cette cause. J’ai 63 ans, bientôt à la retraite, mais je me sens complètement impliquée dans ce mouvement qui est un regroupement des forces, sourit Muriel, qui tient une pancarte indiquant “je ne lâche rien”. Ce n’est pas fini. Je ferais partie des gens dans la rue le 5 novembre, quitte à perdre de mon tout petit salaire. Il y a même des syndicats de mon établissement qui font des cagnottes pour donner à celles qui, comme nous, perdent de leur salaire. »

    Un peu plus loin dans le cortège, une infirmière, accompagnée de sa fille, ne se dit pas surprise par la poursuite du mouvement.« Demandez aux gens, à tous ceux qui font les métiers de première ligne. Demandez-leur s’ils arrivent à vivre, à nourrir leurs gosses, à se projeter. Ils vous répondront sûrement que c’est difficile. Tous ces gens vont se retrouver dans la rue jeudi. » Avant cette date, rumeurs de blocus lycéens et étudiants courent déjà le cortège.

  • À Forcalquier, le mouvement mise sur l’intersyndicale

    À Forcalquier, le mouvement mise sur l’intersyndicale

    Mobilisés sur le rond-point d’Intermarché samedi, de nombreux manifestants se réjouissaient de l’appel à la mobilisation intersyndicale du 5 novembre, espérant qu’il donne davantage de puissance à leur mouvement, plutôt affaibli dans les Alpes-de-Haute-Provence, où environ 80 personnes ont manifesté à Forcalquier et une petite centaine à Digne.

    Lucie, 16 ans, présente à toutes les manifestations lycéennes, était à Forcalquier. « C’est super important d’être là pour le 5 novembre. Cela va être une énorme grève. Avec mes potes, on est toujours prêts, on se met au courant de toutes les manifestations. On voudrait que le mouvement continue et ne s’essouffle pas », explique celle qui est scolarisée au lycée Esclangon, à Manosque.

    Une centaine à Digne

    L’adolescente se réjouit de la présence des syndicats : « Ils ont de l’expérience, ils savent les risques, ce qu’il faut faire si on se retrouve en garde à vue. On se sent protégés quand ils sont là ». « L’intersyndicale, c’est hyper important. Cela nous donnera plus de puissance, c’est évident », abonde Cécile Ahmed Abdi, enseignante à Sainte-Tulle et militante féministe engagée dans diverses associations. Elle sera mobilisée jeudi. « Jeudi, le monde du travail vient s’intégrer dans le mouvement », se réjouit Dylan, militant LFI.

    Lou Terrasson, 27 ans, intermittente du spectacle habitant Forcalquier, manifestait « pour la culture et contre les coupes budgétaires ». « Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres et je suis dans la catégorie des moins riches », regrette celle qui est particulièrement impactée par la hausse des prix du carburant, travaillant pour une compagnie de théâtre marseillaise, Peanuts. « Tout le monde est d’accord pour faire grève à la compagnie. » « Dès le 5, on ne consomme pas ! », lance Nelly, Gilet jaune de Forcalquier.