Devant la grille ouverte de la friche industrielle de l’avenue des Platanes, une dizaine de riverains laissent éclater leur colère. « Ils sont entrés par effraction le 24 août. On a alerté la police, la Métropole, la mairie de secteur, on a tout fait dans les 24h… Il n’y a eu aucune intervention des pouvoirs publics », déplorent Annie Thomas et Evelyne Beylot, respectivement présidente et secrétaire du CIQ (Comité d’intérêt de quartier) Capelette.
Extrêmement remontés, ces habitants décrivent « vivre un enfer au quotidien » depuis un peu plus d’un mois. « On ne dort plus ! Entre les bruits d’activité de ferraille, les hurlements des bagarres nocturnes, les dégradations, les branchements électriques, les tentatives d’intrusion, les vols », listent-ils, en assurant « multiplier les plaintes ». « Ils fouillent dans nos poubelles », s’exclame une autre retraitée. Le 23 septembre, un incendie a attisé « la peur de voir nos maisons brûler ».
Intriguées par l’agitation, six femmes, avec des enfants, arrivent à l’entrée du site. « C’est de ça qu’on vit, ferraille et poubelles », plaide une des trois femmes enceintes. Mère de trois enfants, Argentina promet « un effort ». à la caserne de la Belle de Mai, où elles vivaient depuis deux ans, les efforts n’ont pas tenu et l’expulsion a eu lieu, le 24 août. « Les enfants ne vont plus à l’école », regrette Argentina. « Il faut évidemment une solution plus stable », convient Gilles Prou-Gaillard, président du CIQ de Pont-de-Vivaux. Propriétaire du site, la Métropole confirme avoir « déposé une plainte avec un constat d’huissier le 25 août ». Elle ajoute : « La situation est dans les mains de la justice. C’est à l’état de trouver une solution. » Mais les nuits d’hôtel proposées aux plus vulnérables ne peuvent constituer une réponse.
Les habitants attendent « une réponse immédiate ». La situation réveille le souvenir du bidonville des Aciéries, à quelques encablures. Une soixantaine de personnes s’étaient installées, en 2016, sur le site de l’armée. En 2018, des associations y ont porté un projet expérimental : plutôt que d’expulser, la préfecture leur laissait le temps de travailler à l’insertion des familles. Le site occupé par 150 personnes a été évacué le 28 août 2025, avec 27 000m3 de déchets. Jean Régis Rooijackers, régisseur social de Just, explique : « On n’a jamais réussi à obtenir de bail d’occupation pour travailler sérieusement. Un “chef” a profité de la situation et a transformé l’expérience en produit financier. La police ne s’était pas saisie du dossier. »
Le projet de village d’insertion initié par le préfet à l’Égalité des chances, Laurent Carrié, et l’adjointe (PCF) au maire, Audrey Garino, n’a pas non plus abouti. Le régiseur social est amer : « Aujourd’hui on n’a plus d’interlocuteur à l’état. » à l’échec des politiques d’expulsions, il faut ajouter la valse des préfets.

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