Tag: précarité

  • [Entretien] « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors »

    [Entretien] « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors »

    Sur un grand drap blanc posé à même le sol, place Jean-Jaurès, 21 peluches sont disposées sur des taies d’oreiller. Elles représentent « 21 enfants scolarisés à Montpellier, de la crèche à l’université », qui, depuis la rentrée scolaire, « n’ont dû leur mise à l’abri qu’à des citoyennes et des citoyens, et non à l’État ». 21 enfants « qui dormaient avec leurs parents dans des halls d’immeubles, dans leurs voitures, dans des tentes, à deux pas de chez nous, de chez vous », interpelle, au micro, Murielle Kosman, de l’association Une École Un Avenir.

    Lundi 2 novembre, le collectif Un Toit Un Avenir, qui réunit la FCPE, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), La Cimade, le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Droit au logement (DAL) et l’association Une École Un Avenir, appelait, avec le soutien du Réseau Universités Sans Frontières (RUSF), à un rassemblement pour « rendre visibles » ces familles qui dorment dans la rue à l’approche de l’hiver.

    « Ces 21 enfants ne sont que la partie émergée de l’iceberg », souligne Murielle Kosman, selon laquelle une centaine d’enfants seraient aujourd’hui sans abri à Montpellier, d’après les estimations des associations. « Quand on dort dans la rue, on a moins de chances pour étudier, construire son avenir, on a une santé fragilisée. Tout est mis en péril. C’est quoi le droit à l’éducation, le droit à la santé pour les enfants qui dorment dehors ? », interroge la porte-parole.

    Depuis septembre, la mobilisation citoyenne impulsée par le collectif a permis de financer « plus de 150 nuits de mise à l’abri, dont plus de 110 chez des habitants solidaires, et de récolter plus de 11 000 euros ». Hébergement chez des particuliers, nuitées d’hôtel ou dans des locations de type Airbnb financées par des cagnottes, dons de nourriture et de vêtements : faute de solutions institutionnelles, la solidarité prend le relais.

    « La solidarité a ses limites »

    Mais « les pouvoirs publics ne sauraient se reposer plus longtemps sur la générosité des citoyens pour s’acquitter d’une obligation qui leur incombe », insiste le collectif, qui rappelle que l’article L. 345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles « garantit un accès inconditionnel à l’hébergement d’urgence pour toute personne sans abri en situation de détresse, quel que soit son statut administratif ». Il réclame donc un plan « zéro enfant à la rue » dès cet hiver à Montpellier, porté conjointement par l’État et la Ville. « La solidarité a ses limites, il faut de la sécurité. Ces familles sont en stress permanent », alerte Murielle Kosman.

    « Malgré la trêve hivernale, il est évident qu’il va y avoir des familles à la rue cet hiver. Des familles se retrouvent dans la situation suivante : elles appellent le 115, mais il n’y a pas de solution, malgré des injonctions. Pire, l’État a décidé de réduire encore le nombre de places d’hébergement d’urgence », dénonce la représentante d’Une École Un Avenir.

    Une audience auprès de la préfète de l’Hérault a été sollicitée. La municipalité est elle aussi interpellée : « Nous pensons que Michaël Delafosse est en mesure d’aider le secteur associatif et de faire le travail de conviction nécessaire auprès de la préfecture », estime Murielle Kosman. « Des chartes sont signées, des jolis mots sont dits mais nous souhaitons des actes concrets pour que derrière les inscriptions à l’école suivent des toits, des hébergements. Quelle que soit la manière dont les pouvoirs publics s’y prendront. La réquisition, on est pour. L’habitat intercalaire, pourquoi pas. La construction de logements sociaux, évidemment », énumère la militante.

    À la nuit tombée, les participants étaient invités à allumer leurs lampes-torches pendant les prises de parole. Une façon de mettre en lumière ces familles que la précarité contraint trop souvent au silence. « Je salue le courage de ces familles. Parce que c’est très difficile pour elles d’aller demander de l’aide, d’accepter les conditions dans lesquelles elles vivent », rappelle la porte-parole du collectif, qui prévient : « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors. »

  • [Entretien] « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors »

    [Entretien] « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors »

    Sur un grand drap blanc posé à même le sol, place Jean-Jaurès, 21 peluches sont disposées sur des taies d’oreiller. Elles représentent « 21 enfants scolarisés à Montpellier, de la crèche à l’université », qui, depuis la rentrée scolaire, « n’ont dû leur mise à l’abri qu’à des citoyennes et des citoyens, et non à l’État ». 21 enfants « qui dormaient avec leurs parents dans des halls d’immeubles, dans leurs voitures, dans des tentes, à deux pas de chez nous, de chez vous », interpelle, au micro, Murielle Kosman, de l’association Une École Un Avenir.

    Lundi 2 novembre, le collectif Un Toit Un Avenir, qui réunit la FCPE, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), La Cimade, le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Droit au logement (DAL) et l’association Une École Un Avenir, appelait, avec le soutien du Réseau Universités Sans Frontières (RUSF), à un rassemblement pour « rendre visibles » ces familles qui dorment dans la rue à l’approche de l’hiver.

    « Ces 21 enfants ne sont que la partie émergée de l’iceberg », souligne Murielle Kosman, selon laquelle une centaine d’enfants seraient aujourd’hui sans abri à Montpellier, d’après les estimations des associations. « Quand on dort dans la rue, on a moins de chances pour étudier, construire son avenir, on a une santé fragilisée. Tout est mis en péril. C’est quoi le droit à l’éducation, le droit à la santé pour les enfants qui dorment dehors ? », interroge la porte-parole.

    Depuis septembre, la mobilisation citoyenne impulsée par le collectif a permis de financer « plus de 150 nuits de mise à l’abri, dont plus de 110 chez des habitants solidaires, et de récolter plus de 11 000 euros ». Hébergement chez des particuliers, nuitées d’hôtel ou dans des locations de type Airbnb financées par des cagnottes, dons de nourriture et de vêtements : faute de solutions institutionnelles, la solidarité prend le relais.

    « La solidarité a ses limites »

    Mais « les pouvoirs publics ne sauraient se reposer plus longtemps sur la générosité des citoyens pour s’acquitter d’une obligation qui leur incombe », insiste le collectif, qui rappelle que l’article L. 345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles « garantit un accès inconditionnel à l’hébergement d’urgence pour toute personne sans abri en situation de détresse, quel que soit son statut administratif ». Il réclame donc un plan « zéro enfant à la rue » dès cet hiver à Montpellier, porté conjointement par l’État et la Ville. « La solidarité a ses limites, il faut de la sécurité. Ces familles sont en stress permanent », alerte Murielle Kosman.

    « Malgré la trêve hivernale, il est évident qu’il va y avoir des familles à la rue cet hiver. Des familles se retrouvent dans la situation suivante : elles appellent le 115, mais il n’y a pas de solution, malgré des injonctions. Pire, l’État a décidé de réduire encore le nombre de places d’hébergement d’urgence », dénonce la représentante d’Une École Un Avenir.

    Une audience auprès de la préfète de l’Hérault a été sollicitée. La municipalité est elle aussi interpellée : « Nous pensons que Michaël Delafosse est en mesure d’aider le secteur associatif et de faire le travail de conviction nécessaire auprès de la préfecture », estime Murielle Kosman. « Des chartes sont signées, des jolis mots sont dits mais nous souhaitons des actes concrets pour que derrière les inscriptions à l’école suivent des toits, des hébergements. Quelle que soit la manière dont les pouvoirs publics s’y prendront. La réquisition, on est pour. L’habitat intercalaire, pourquoi pas. La construction de logements sociaux, évidemment », énumère la militante.

    À la nuit tombée, les participants étaient invités à allumer leurs lampes-torches pendant les prises de parole. Une façon de mettre en lumière ces familles que la précarité contraint trop souvent au silence. « Je salue le courage de ces familles. Parce que c’est très difficile pour elles d’aller demander de l’aide, d’accepter les conditions dans lesquelles elles vivent », rappelle la porte-parole du collectif, qui prévient : « Nous ne nous tairons pas tant qu’un seul enfant dormira dehors. »

  • Un collectif dresse un bilan alarmant des morts de la rue

    Un collectif dresse un bilan alarmant des morts de la rue

    Le collectif « Les morts de la rue » (CMDR) a recensé, en 2025, 927 décès de personnes sans domicile. Ce chiffre, paru dans le rapport annuel du CMDR sur les décès liés au sans-abrisme, représente une faible amélioration par rapport aux 938 morts enregistrés en 2024, alors que le nombre de décès de personne à la rue augmente régulièrement depuis la création du collectif, en 2003.

    Le rapport dénonce une « urgence humanitaire » et fait part de l’enquête du collectif sur les causes, souvent violentes, des morts de la rue. « L’âge moyen des décès dans la rue est de 49 ans, soit 30 ans d’écart avec la population générale. Mourir sans chez-soi, c’est mourir avant l’heure, systématiquement. Derrière chaque chiffre, il y a une personne, une vie brisée par le sans-abrisme », déplore le rapport de 182 pages.

    Un recensement loin d’être exhaustif

    Le CMDR collabore avec des associations locales comme les Marseillais solidaires des morts anonymes (MSMA). Ils œuvrent pour assurer des funérailles dignes aux personnes décédées dans la précarité et accompagner les proches en deuil, lorsqu’ils parviennent à les retrouver. Bérangère Grisoni, présidente des MSMA, constate une hausse des décès dans la rue à Marseille. « Et le recensement est loin d’être exhaustif. Il dépend des signalements d’associations partenaires. Ce n’est pas la totalité des décès qui concernent les personnes sans-abri », ajoute celle qui est aussi présidente du CMDR.

    Une cérémonie d’hommage aux personnes décédées à Marseille sans proches identifiés aura lieu ce samedi à 11h au cimetière Saint-Pierre.

  • Avignon : au-delà de l’arrêté, quelles mesures face à la grande précarité

    Avignon : au-delà de l’arrêté, quelles mesures face à la grande précarité

    Ce dimanche 1er novembre doit s’achever l’arrêté municipal « portant réglementation des activités constituant un trouble à l’ordre public ». Un document pris le 24 septembre, quelques jours seulement après que la justice a retoqué un premier arrêté similaire qualifié « d’anti-mendicité », notamment par la Ligue des droits de l’homme et la fédération des acteurs de la solidarité qui avaient déposé un recours. Si un jugement au fond est toujours attendu, ce second arrêté n’avait pas été attaqué dans l’attente – vaine – d’un retour du maire Olivier Galzi (DVD) à ces associations et de la durée plus courte du document. « On va le renouveler pour un mois avec les mêmes conditions, on constate encore des difficultés », indique, ce jeudi à La Marseillaise, la municipalité.

    « Je ne suis pas choqué par le fait qu’Olivier Galzi ait pris un arrêté qui réprime les troubles à l’ordre public », réagit le préfet, interrogé mardi par nos soins. Mais Thierry Suquet précise que sa réponse s’inscrit dans un contexte plus global où l’État et la Ville ont signé en janvier un pacte local des solidarités. « Il a pour objectif d’apporter une réponse individualisée à des gens qui sont en situation de très grande marginalité, qui sont connus des services parce qu’ils passent souvent par la case garde à vue et parce qu’on a mis ce système en place, qui fonctionne, je ne suis pas choqué », argue-t-il. Une défaillance qui avait interpellé le préfet avant l’instauration du pacte. « À l’époque, on pouvait placer un individu en garde à vue pendant 48 heures sans qu’aucuns des services sociaux ne s’en préoccupent », retrace-t-il.

    Vers un nouveau lieu pour l’accueil de nuit

    Là où le maire se borne à récuser tout amalgame entre précarité et délinquance, assurant que son arrêté ne vise pas les plus vulnérables, le préfet estime que l’arrêté est un appui du pacte car il « participe au dispositif et facilite la connaissance des gens parce qu’ils passent par les mains de la police ». Un pacte dont le public cible vise justement l’intra-muros et ne concerne que 15 à 20 personnes. Signé fin janvier par l’ex-maire Cécile Helle (PS), il est aujourd’hui mis en place par son successeur. « Beaucoup de gens intervenaient pour la maraude, de la domiciliation, de la lutte contre la toxicomanie, voire même du logement, mais on avait du mal à avoir de la continuité », rappelle Thierry Suquet. L’idée n’étant plus de fonctionner en silos mais que collectivement une solution très individualisée soit apportée.

    « C’est l’esprit du pacte local des solidarités, abonde Vincent Lelionnais, sous-préfet en charge de la politique de la Ville. On met tous ensemble des services et des acteurs qui travaillent auprès des grands précaires pour créer cette logique de parcours parce qu’on est vraiment sur des fragilités qui commandent d’aller assez loin dans l’accompagnement individualisé. » Coffre-fort numérique pour stocker les documents administratifs et favoriser l’accès aux droits, projet de café social ou « dispositif de la rue à l’emploi qui permet de remettre le pied à l’étrier avec quelques heures de travail par semaine », liste Vincent Lelionnais.

    Autre action forte, le projet à plus long terme d’un nouvel accueil de nuit à la place de l’actuel rue Mérindol, jugé trop vétuste et exigu. Sans augmenter forcément sa capacité de 15 places mais « pour y adjoindre un lieu ressources où on pourra mettre en place cette logique de parcours avec des travailleurs sociaux », détaille Vincent Lelionnais. D’une durée initiale de trois ans, le pacte réunit aussi bien la mairie avec aussi la police municipale, que le SIAO [service qui gère l’hébergement d’urgence], l’Agence régionale de santé, les médiateurs sociaux ou la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités.

  • Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Singulier échange hier entre des lycéens marseillais et des lycéens tunisiens à l’occasion des Rencontres d’Averroès.

    En apparence si différents, ces jeunes sont si semblables dans leurs aspirations, leurs doutes, leur rapport à l’avenir.

    De part et d’autre de la Méditerranée, ces jeunes sont confrontés aux questions posées par notre drôle d’époque
    à la nouvelle génération.

    Cet échange a eu lieu alors que la France
    est secouée par un mouvement social d’une très grande ampleur, initié par des lycéens, mais aussi par le contrecoup de l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi.

    Cauchemar social et identitaire

    Quelles perspectives d’avenir notre monde offre-t-il à sa jeunesse ? Une vie socialement pire que celle vécue par les générations précédentes ? Un cauchemar identitaire ?

    Si l’on ajoute à cela, les guerres qui défigurent la planète et les conséquences du dérèglement climatique… Il y a de quoi plonger dans un infini marasme.

    Personne ne peut s’épanouir avec le poids du fatalisme et de la désespérance sur les épaules.

    C’est aussi la raison pour laquelle le mouvement de la jeunesse en cours dans notre pays et ailleurs dans le monde doit obtenir des réponses concrètes à ses revendications légitimes.

    Tout doit être fait pour lever les obstacles qui bouchent l’horizon et permettre aux jeunes de faire des rêves.

    Cela ne se fera pas sans eux, sans leur détermination individuelle et leur mobilisation collective pour remettre nos sociétés sur le chemin du progrès et de la paix.

  • Coupe de subventions en vue pour la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban

    Coupe de subventions en vue pour la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban

    L’annonce a été un choc pour les salariés de la MJC de Château-Arnoux-Saint-Auban et les jeunes qui y sont accueillis toutes les semaines : la mairie les a informés de sa volonté de supprimer la subvention de 20 000 euros dont l’association bénéficiait pour la jeunesse. L’agent du CCAS, mis à disposition pour animer le point information jeunesse, va également devoir arrêter sa mission en décembre, sur demande de la mairie. Le point information, qui permet d’orienter les jeunes de 11 à 30 ans vers la mission locale, pour leurs démarches, le permis ou encore la santé, va ainsi cesser d’exister. Une vingtaine de jeunes y sont accompagnés à l’année, et 800 jeunes bénéficient d’interventions et d’ateliers dans leurs établissements scolaires chaque année.

    « Le maire Philippe Bertrand a demandé à nous recevoir pour nous annoncer la coupure de subventions suite à un audit qu’ils ont fait après leur élection. Il conclut qu’il faut faire des économies. C’est tout leur argument », avance Chloé Droulin, coordinatrice de la MJC. « Ils nous disent qu’il n’y a plus d’argent, mais pourquoi c’est sur les jeunes qu’on fait des économies ? », se questionne-t-elle. « Nous sommes prêts à participer à un effort collectif, mais pas supprimer la totalité de la subvention pour les jeunes. »

    Les jeunes à l’origine

    d’une pétition

    Les adolescents accueillis au sein de l’association ont écrit une pétition pour défendre leur MJC. Les jeunes qui siègent au conseil d’administration de l’association vont se réunir à la rentrée pour décider de la suite de leur mobilisation.

    Quand la nouvelle est tombée, « je l’ai très mal pris, je cherchais les raisons, pourquoi nous. J’étais choquée et triste », regrette Isis, 16 ans, habituée du lieu. « J’ai toujours pas compris pourquoi la MJC », abonde Clémentine, 14 ans, qui vient tous les samedis. Seul lieu dédié aux jeunes de la commune, la MJC a accueilli une quarantaine de jeunes depuis janvier, avec un noyau de quinze adolescents qui viennent très régulièrement. Avec la coupure de subvention, l’emploi de Marie Loup-Forest Argemi, coordinatrice du projet jeunesse, est également menacé.

    « On est les seuls à avoir une coupe aussi drastique, mais ils ont annoncé des coupes budgétaires à plein d’autres associations », affirme Chloé Droulin.

    Contacté, le maire Philippe Bertrand n’a pas répondu à nos sollicitations. La pétition* rassemble à ce jour plus de 350 signatures en ligne, et près de 90 en papier, selon Marie Loup-Forest Argemi.

    *change.org/p/pétition-pour-maintenir-l-accueil-jeunes-de-la-mjc-de-château-arnoux-saint-auban

  • L’inspection du travail au secours de deux salariés étrangers à Marseille

    L’inspection du travail au secours de deux salariés étrangers à Marseille

    « Je remercie vraiment l’inspection du travail qui a permis la reprise des deux salariés », salue Kamel Bouanani, délégué CGT chez Kalhyge Marseille, la blanchisserie industrielle de Saint-Jean du Désert. Deux salariés étaient suspendus en raison du non-renouvellement de leur titre de séjour, les demandes étant coincées à l’instruction en préfecture comme des dizaines de milliers de dossiers.

    Le Code du travail interdit à un employeur de conserver à son service un étranger non muni du titre l’autorisant à exercer une activité salariée. Le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile accorde bien un délai de grâce de trois mois après l’expiration du titre de séjour, mais le retard des préfectures à traiter des milliers de demandes laisse sur le plan national un million d’étrangers dans l’attente et est à l’origine selon le Défenseur des droits d’atteintes massives à leurs droits tout en fragilisant des pans entiers de l’économie.

    Saisie en urgence par le délégué syndical de Kalhyge, une inspectrice du travail a considéré que la faute n’était imputable ni à l’employeur ni aux salariés et a téléphoné à l’employeur pour l’autoriser à titre exceptionnel à reprendre les salariés sans s’exposer à des poursuites judiciaires. « Ils ont repris aujourd’hui mais ils n’ont pas les papiers et ils ont perdu plus d’un mois et demi de salaire alors qu’ils galèrent déjà en travaillant à finir le mois avec leur Smic », ajoute le syndicaliste qui rappelle « les conséquences qu’ont ces retards administratifs sur la vie déjà précaire de ces salariés réglos sont graves. Du jour au lendemain, ils sont sans revenus ».

    Armine, Arménienne de 53 ans, est manutentionnaire à Kalhyge depuis cinq ans. Le 2 septembre, son contrat de travail a été suspendu faute de réponse de la préfecture sur sa demande de renouvellement de sa carte de séjour de 10 ans alors que le dossier de son mari déposé le même jour était lui validé. « Je suis soulagée de retravailler car on a un crédit pour l’appartement » soupirait hier cette mère de labeur. Mohamed, Comorien de 49 ans, a vu son contrat de travail être suspendu le 21 septembre, privé de salaire et de droits sociaux, sa demande de carte de séjour de dix ans restant coincée dans la plateforme Anef.

    Le président du tribunal administratif s’en était ému le mois dernier en interpellant en pleine audience solennelle le Préfet sur l’explosion des référés d’étrangers en attente de prolongation ou de renouvellement de leur titre de séjour du fait des dysfonctionnements persistants de la plateforme Anef, des retards administratifs combinés à des moyens humains insuffisants des services préfectoraux davantage concentrés sur les procédures d’éloignement, les OQTF. « Ces recours émanent d’étrangers auxquels il n’est pas répondu dans les délais et surtout à qui on ne délivre pas de récépissé ou d’attestation de prolongation d’instruction de leur demande. Ces personnes parfois perdent leur travail, leur stage ou leurs droits sociaux » avait lancé le président Thierry Trottier.

  • [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    Deuxième jour d’audience et même ballet incessant de membres des forces de l’ordre cagoulés et de véhicules blindés. Le procès du triple narchomicide n’en est encore qu’à ses prémices. Durant trois semaines de débats, les magistrats devront examiner les circonstances de l’assassinat brutal de trois jeunes hommes.

    Parmi les victimes, le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic qui, après une première journée « éprouvante », a de nouveau pris place dans la salle d’audience, sous étroite protection. Face aux cinq accusés, il a assisté, ce mardi, à l’examen de leurs personnalités au fil des interventions d’experts, pour la plupart en visioconférence. Les rapports de personnalité et expertises psychologiques, voire psychiatriques, présentés à la cour ont parfois été réalisés dans le cadre de cette affaire de triple assassinat, parfois dans le cadre d’autres procédures. Pour rappel, les cinq accusés avaient nié en bloc, la veille, leur implication dans le triple assassinat.

    Déjà connus de la justice

    Leur lecture dessine, au fil des interventions, des trajectoires marquées par la délinquance, le trafic de stupéfiants et, dans ce dossier, une possible bascule vers des faits d’assassinat, dont ils restent présumés innocents. Mais aussi de « mettre un peu d’humanité dans un dossier qui, parfois, en manque », estime l’un des médecins. Les cinq accusés présentaient déjà de nombreuses mentions à leur casier judiciaire. Leurs parcours sont souvent marqués par la précarité, des « carences affectives » – une expression revenue à plusieurs reprises -, ainsi que par des scolarités difficiles…

    La journée a notamment permis de lever le voile sur la personnalité d’Amine Oualane, présenté comme un supposé cadre de la DZ Mafia. « à 9 ans, je volais des sandwichs, c’était pour manger », déclare-t-il au président alors que son parcours était examiné. Dans ce dossier, il est soupçonné d’être l’un des tueurs présumés et un relais de Karim Harrat, considéré comme la figure centrale du dossier, sur le terrain. Une première enquête de personnalité, évoquée la veille, décrivait une enfance dans les quartiers nord de Marseille, marquée par des violences intrafamiliales, l’absentéisme scolaire et une première incarcération à 18 ans. Une psychologue, qui l’avait examiné dans le cadre d’une autre procédure, n’avait relevé ni « maladie psychiatrique » ni « déficience intellectuelle ».

    Une psychiatre a ensuite rapporté des évocations régulières de « la crainte des représailles et du danger », décrivant un personnage « méfiant » avec une « faible tolérance à la frustration » et des « traits de personnalité antisociale ». Amine Oualane a profité de l’audience pour revenir sur son parcours, rappelant qu’il n’avait jamais été mis en examen dans un dossier lié au trafic de stupéfiants. Il a également affirmé vouloir désormais « voir [ses] enfants grandir ». L’accusé s’est toutefois montré agacé lorsque l’avocate générale l’a interrogé sur une autre affaire. « Je vous le dis, vous êtes déjà dans le conflit », a-t-il lancé.

    Autre personnalité longuement examinée : celle de Malik Kariba, accusé d’avoir dissimulé, voire démembré, l’une des victimes. Lors d’un entretien avec un psychologue en 2022, l’accusé avait affirmé « agir sur ordre ». « Sa vie était en jeu, il a agi par obligation », déroule l’expert. Des « capacités intellectuelles limitées » et un « retard mental moyen » sont aussi soulignées par ce même médecin. Une psychologue clinicienne, cette fois présente à la barre, a décrit un homme qui « n’a pas la capacité d’anticipation d’un grand manipulateur ». Malik Kariba racontera à cette experte ce qu’il a découvert, à 15 ans : « Ma mère a accouché de moi et m’a donné le nom d’une autre personne. » Une dernière intervention autour du profil de Malik Kariba doit avoir lieu ce mercredi. Les directeurs d’enquête pourront ensuite entamer leur passage à la barre.

  • Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    À la caisse du supermarché, les maires ne peuvent pas faire baisser l’addition. Mais sur celle de la cantine, du bus ou de la médiathèque, ils peuvent agir. Face à la vie chère et à l’austérité, les collectivités tentent d’alléger les dépenses contraintes. Une autre manière de défendre le pouvoir d’achat, sans avoir la main sur les salaires.

    À Montpellier, Michaël Delafosse a baptisé cette politique « bouclier social ». Depuis décembre 2023, tramways et bus sont gratuits pour les habitants de la métropole, munis du Pass gratuité. Une frontière tarifaire demeure : les non-résidents continuent de payer. Côté alimentation, à la cantine, les repas coûtent 50 centimes pour certaines familles en grande précarité. Plus original : une Caisse alimentaire commune, soutenue par les pouvoirs publics, réunit 600 foyers qui cotisent selon leurs moyens et reçoivent chaque mois de 100 à 220 euros en monnaie alimentaire à dépenser dans des commerces conventionnés. Le CCAS propose aussi des paniers de légumes à 3 ou 5 euros. Enfin, dans 14 communes, les 15 premiers mètres cubes d’eau sont gratuits pour les abonnés disposant d’un compteur individuel. S’y ajoutent une mutuelle communale et, pour les locataires montpelliérains, l’encadrement des loyers. L’enjeu est de rendre ces dispositifs accessibles sans multiplier les démarches pour les familles.

    À Nîmes, la nouvelle majorité de Vincent Bouget a avancé ses premières mesures dès la rentrée, et a distribué des kits de fournitures scolaires aux élèves du CP au CM2, avec une dotation portée à 60 euros par enfant. Depuis le 1er septembre, les bibliothèques sont gratuites pour tous : près de 1 000 inscriptions ont été enregistrées à la mi-septembre, trois fois plus qu’un an auparavant à la même période. La Ville a également consacré 100 000 euros aux vacances de plus de 1 000 jeunes. Une mutuelle municipale reste à l’étude et un centre de santé est annoncé au Mas de Mingue en 2027.

    Le prix de la gratuité

    Les Départements disposent aussi de leviers. Le Gard plafonne à 3,50 euros le repas dans ses collèges publics. Dans l’Hérault, les aides permettent à certaines familles de payer un euro ; le Département soutient également deux épiceries solidaires itinérantes et met en avant la distribution de 16 tonnes de produits frais et la transformation d’invendus en 20 000 bocaux. La Région revendique, elle, 74 millions d’euros pour la rentrée des lycéens : ordinateurs, manuels, premiers équipements et transports scolaires gratuits pour les ayants droit. Carole Delga assure vouloir « protéger plutôt que de laisser faire ».

    Reste la question de la facture. À Montpellier, la Métropole a relevé en 2026 son taux de taxe foncière sur le bâti de 0,16% à 5,8%. « L’impôt n’est jamais agréable, mais c’est ce qui finance le commun et la qualité de vie », défend Michaël Delafosse. Des choix de redistribution, donc, mais des boucliers inégaux selon les territoires et les publics. Et aucun tarif social, aussi utile soit-il, ne remplace une hausse des salaires ou des pensions.

  • La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    Jusqu’ici, les bénévoles chargeaient des denrées sous la pluie ou en plein soleil. Désormais, un auvent de 500 m² les protège. Au Marché Gare de Nîmes, la Banque alimentaire (BA) du Gard a pris possession, le 5 octobre, de son nouvel entrepôt, qui sera inauguré samedi 17 octobre à partir de 10 heures. Un soulagement pour son président, Joseph Pronesti : « On avait autant chaud dehors que dedans, et autant froid dehors que dedans. » Les anciens locaux, sombres et vétustes, n’offraient ni vestiaires ni douches. Malgré tout, quitter cet endroit où se sont succédé des centaines de bénévoles a suscité « beaucoup d’émotions ». « C’était un lieu mythique », confie-t-il.

    L’adresse reste la même, ou presque : le 3214, route de Montpellier. Mais le changement d’échelle est considérable. Installée dans l’ancien bâtiment de Promocash, la structure dispose désormais de 1 400 m² auxquels s’ajoutaient plusieurs espaces loués, contre 600 m² auparavant. Les chambres froides positives ont triplé de volume et les capacités de stockage des surgelés sont passées de 20 à 52 palettes. « On a un outil de travail très performant », se réjouit le président.

    Il aura fallu batailler pour en arriver là. Rendu nécessaire par la requalification du Marché Gare, le déménagement a donné lieu à de longues négociations avec Nîmes Métropole et la SPL Agate. L’État a apporté 400 000 euros et le Département 250 000 euros. L’association doit toutefois rembourser un emprunt de 600 000 euros. Un coup de pouce est aussi venu de l’élan de solidarité né après l’incendie criminel de six camions en 2024 : sur les 538 000 euros récoltés, une partie du surplus a contribué au nouvel entrepôt.

    Plus de place car toujours plus de besoins

    Si l’association pousse les murs, c’est aussi parce que la pauvreté gagne du terrain. Selon Joseph Pronesti, la BA accompagnait 19 800 personnes en 2019. Elles étaient 46 000 en 2025, au travers de 94 associations partenaires. L’an dernier, 1 673 tonnes de denrées ont été distribuées, représentant, selon la structure, 3,4 millions de repas. « Et aujourd’hui, c’est l’équivalent de 15 000 repas par jour qui partent sur tout le département », précise le président. Ce qui le frappe ? Les nouveaux profils qui ont désormais recours à l’aide alimentaire : les étudiants contraints de se tourner vers l’aide alimentaire, les personnes âgées qui n’osaient jusqu’ici rien demander et les familles monoparentales.

    Avec ce nouvel entrepôt, Pronesti entend aussi repenser la manière d’aider. Ses capacités de stockage accrues doivent notamment faciliter l’approvisionnement des épiceries sociales, où chacun peut choisir ses courses à prix très réduits, plutôt que de se voir imposer un colis. « Votre dignité est retrouvée, parce qu’on ne vous impose rien du tout », insiste-t-il. Le bâtiment doit également servir de point d’appui pour réduire les « zones blanches » de l’aide alimentaire, notamment dans les secteurs ruraux entre Bagnols-sur-Cèze, Alès et Le Vigan.

    Ce sont aussi des bras qui manquent : malgré plus de 60 bénévoles mobilisés chaque semaine, une nouvelle campagne de recrutement doit être lancée. Pronesti évoque même un statut avec une indemnisation pour les bénévoles des grands réseaux d’aide alimentaire. « On est quasiment un service public à l’heure actuelle », souligne-t-il. Et d’assumer, avec malice : « C’est un petit vœu de gaucho. » Samedi 17 octobre, visites, discours et défilé de créations de bénéficiaires rythmeront la fête. Mais derrière les réjouissances demeure une réalité moins souriante : la Banque alimentaire grandit parce que la faim, elle, ne recule pas.