Tag: roms

  • La Busserade évacuée et 24 personnes abritées à l’hôtel

    La Busserade évacuée et 24 personnes abritées à l’hôtel

    Ce jeudi 27 août, la préfecture des Bouches-du-Rhône a coordonné une opération d’évacuation d’un squat situé rue Busserade dans le 3e arrondissement de Marseille. Une expulsion qui fait suite à « une décision du tribunal judiciaire de Marseille prise en mai 2025 » ont précisé les services préfectoraux. La dangerosité du site est invoquée dans les motifs de la décision. Il « présentait des risques et des dangers caractérisés pour la sécurité des occupants et des riverains. En effet, il existait des risques incendies majeurs, en raison des branchements électriques sauvages, et le bâtiment souffre d’une fragilité structurelle à divers niveaux. Les nuisances étaient également importantes pour les riverains », indique le communiqué de la préfecture.

    La ville de Marseille, propriétaire du foncier, avait sollicité le concours de la force publique, « ce qui a été porté à la connaissance des occupants par courrier du 7 juillet 2026 ». Et « le concours de la force publique a été accordé à compter du 27 juillet dernier, afin que les occupants puissent se préparer à quitter les lieux, anticiper l’opération d’évacuation et préserver la scolarisation des enfants ».

    À quelques jours de la rentrée, le délai semble d’autant plus court qu’aucune solution n’a été proposée alors qu’un accompagnement social était mené depuis des mois par l’Addap 13 auprès de 58 personnes sur le site. La majorité des familles ont quitté les lieux avant l’expulsion. Des associatifs étaient aux côtés des 24 occupants présents le jour de l’opération, des femmes enceintes avec des enfants en bas âge et une personne malade, qui ont été dirigés dans des hôtels. Les travailleurs sociaux du Samu social et de Saralogisol les accompagnaient.

  • Un sursis pour les Roms de la Valentine

    Un sursis pour les Roms de la Valentine

    L’audience en référé suspension demandée auprès du président de la Cour d’appel par Maître Adam Borie, l’avocat des 250 personnes qui vivent sur la friche de l’ex-usine Procida, le long de l’Huveaune, et qui devait avoir lieu ce lundi 24 août a finalement été repoussée au 24 septembre après demande de renvoi du conseil du propriétaire d’une grande partie du terrain, Prodev.

    Deux opérations avortées

    Ce dernier assurant que le recours à la force publique pour expulser les familles ne serait pas demandé avant le 30 septembre. Où l’on apprend au passage que deux opérations d’expulsion ont été programmées puis annulées au cours de la période écoulée… C’est donc un « sursis » s’est félicité Maître Borie. De quoi permettre aussi aux enfants, tous scolarisés, de faire leur rentrée. En espérant qu’ils puissent mener leur année à son terme. Une audience en appel de la décision du 24 décembre reste programmée au 23 février 2027.

  • À la Busserade les familles organisent leur départ forcé

    À la Busserade les familles organisent leur départ forcé

    Le vague espoir de gagner un délai permettant d’assurer une rentrée scolaire à leurs enfants, le temps d’une conférence de presse organisée en urgence sur le site le 18 août dernier, s’est totalement évaporé. Alors que ce collectif s’interroge sur une mobilisation à organiser, ce lundi 24 août les familles qui le pouvaient chargeaient leurs affaires sur les camions pour éviter la confrontation avec la police, annoncée mardi matin.

    Beaucoup d’abattement à l’intérieur de l’ancienne caserne du 3e arrondissement dans cet après-midi caniculaire de la fin août. Les hommes ont déjà démonté ce qui pouvait l’être, embarqué le maximum de matériaux pour reconstruire des abris et les appareils indispensables à la cuisine et la lessive. Ils s’apprêtent à réaménager un nouvel espace abandonné de la ville en un lieu viable. Découragé, mais fataliste, un père de quatre enfants explique la situation : « on sait qu’il n’y aura que des places d’hôtel pour les malades et les quatre femmes enceintes. Alors, comme d’habitude, on a tourné un peu partout pour chercher un autre endroit où s’installer ».

    Un terrain a été identifié dans le 10e arrondissement. « Il faudra réinscrire les enfants qui étaient à l’école ici dans de nouvelles écoles, ça va retarder leur rentrée. Mais les assistantes sociales vont nous aider pour ça », se rassure-t-il. Quelques-uns y sont déjà et ont « reçu la visite de la police. Ils ont vérifié nos identités et compté le nombre de personnes », complète un autre homme qui fait une pause à l’ombre d’un des bâtiments après avoir hissé une commode en bois sur un diable.

    Un référé liberté déposé

    « Depuis 16 ans que je mène des actions culturelles avec les enfants de ces familles, c’est la même histoire, on déplace la misère, on n’y apporte pas de solution », déplore Framboise Robert, d’arte Chavalo. Pourtant pour les quelques-unes avec qui un travail d’intégration a été réalisé et suivi, « ça a bien fonctionné ». La Ville de Marseille avait engagé un suivi social de ces familles roms dont les enfants ont été scolarisés dans les écoles de la Belle de Mai depuis deux ans. Un accompagnement mené en coordination avec les services préfectoraux qui devaient assurer leur relogement.

    Sept familles étaient identifiées. « D’autres sont venues s’installer sur le site au fil des mois », témoigne Sétif, riverain de la caserne dont les fenêtres donnent sur la cour. « Le souci, c’est qu’ils faisaient des feux. Je comprends qu’ils vivent d’une activité de ferraille. Mais on n’en pouvait plus d’être intoxiqués et du tapage le soir ». Les services municipaux ont été alertés. « Des efforts ont été faits avec des associations, mais bon, ça a recommencé », regrette le jeune père de famille de ce quartier populaire qui souhaite que « l’État trouve une solution pour ces gens et leurs enfants ».

    Le travail sur l’expérimentation d’un village d’insertion porté par l’ancien préfet délégué à l’égalité des chances, Laurent Carrié, et l’adjointe au maire en charge de la solidarité, Audrey Garino (PCF), a été abandonné par la préfecture. Maitre Adam Borie a déposé ce lundi un référé liberté pour ces familles : « Le concours de la force publique a été accordé sur une décision judiciaire de juillet 2025 et depuis la situation a changé », précise-t-il. Sollicitée, la préfecture n’a pas souhaité communiquer.

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    À Marseille comme partout en France, les expulsions en série qui frappent les familles roms, tsiganes, les gens du voyage, les personnes exilées et les sans-abri participent d’une véritable politique de relégation, où la répression se révèle depuis trop longtemps comme seule modalité d’action, piétinant les droits fondamentaux.

    Le racisme systémique, qui motive ces politiques, est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. En désignant les populations les plus précaires comme responsables des difficultés sociales, elles détournent le débat des seules causes de la crise du logement : la spéculation foncière, la financiarisation de l’immobilier, la pénurie de logements accessibles et le désengagement de l’État. Elles opposent les classes populaires entre elles au lieu de s’attaquer aux inégalités qui les frappent.

    À Marseille, plusieurs lieux de vie roms sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Le cas le plus emblématique est celui du 156 route de la Valentine, terrain appartenant à M.Frey, dirigeant de Retail Prodev, classé parmi les 500 plus grandes fortunes de France, où vivent près de350 personnes, dont de nombreux enfants. Des millions d’euros d’argent public pourraient être consacrés à une opération policière d’expulsion, qui ne ferait que déplacer la misère, une fois de plus, sans apporter aucune solution durable. L’État se révèle comme gestionnaire de la valeur immobilière et foncière et non comme garant du droit fondamental au logement.

    Depuis plusieurs années, les expulsions de lieux de vie roms se succèdent, programmées, à intervalles réguliers. Saint-Just (2020, expulsion du squat d’un bâtiment de l’évêché),Maison Blanche (2021, évacuation brutale et enfants déscolarisés), La Parette (2022,destruction du lieu de vie sans relogement), Le Mail (expulsion d’un bâtiment sécurisé parles habitant·es), La Madrague / La Cabucelle ((2023-2024, opérations policières répétées)ou encore Saint-Marcel (2024-2025) et Air Bel démolition de 400 logements(2026). À chaque fois, les conséquences sont les mêmes : enfants déscolarisés, emplois perdus, ruptures des suivis sociaux, destruction des parcours d’insertion et aggravation de la précarité. L’État expulse l’été, quand les familles ne peuvent pas se défendre. En Haute-Savoie, cinq familles avec de jeunes enfants ont reçu fin juillet un arrêté préfectoral d’expulsion.

    L’été, les tribunaux fonctionnent au ralenti, les avocats sont moins disponibles, les associations disposent de moins de moyens et les mobilisations sont plus difficiles. Expulser lorsque les familles sont les plus vulnérables limite les possibilités de recours et de défense. L’Etat doit faire des propositions de relogement avant toute expulsion .À Marseille, les familles n’ont pu résister pour l’instant que grâce à la solidarité des associations, des collectifs, des syndicats, des habitantes et habitant·es mobilisés à leurs côtés. Les injonctions du préfet dans l’hébergement d’urgence marquent une nouvelle étape dans la répression des plus vulnérables. En ordonnant au SIAO 13 de sortir des familles de l’hôtel sans solution de relogement, l’État viole le droit à la continuité de la prise en charge et teste sa capacité à imposer des remises à la rue en pleine pénurie de places. Le refus unanime des associations rappelle que ces pratiques ne relèvent pas d’erreurs administratives mais d’une stratégie de gestion répressive de la pauvreté, qui fragilise les familles, alimente les réseaux d’exploitation et participe à la même logique de division et de contrôle que les expulsions de lieux de vie.

    Face à cette politique du chaos et de relégation, les familles roms montrent qu’une autre politique est possible. Dans le 15ᵉ arrondissement de Marseille, des familles roms ont créé la première association rom de la ville et développé un projet d’agriculture urbaine pour entretenir et valoriser leur lieu de vie. Elles démontrent leur capacité à s’organiser collectivement, à produire et à contribuer à la vie du quartier. Au lieu d’accompagner cette dynamique, une procédure d’expulsion a été engagée. Cette contradiction montre combien l’autonomie des classes populaires, en particulier lorsqu’elle émane de populations racisées, vient bousculer les logiques d’exclusion. Les gens du voyage subissent la même stigmatisation.

    Dans le 6ᵉ secteur de Marseille, le maire Rassemblement national a fait de la dénonciation des occupations dites « illégales »un axe central de son action politique et a récemment pris pour cible des familles venues participer à un rassemblement traditionnel. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’avait pourtant toujours pas réalisé les aires d’accueil et l’aire de grand passage prévues par la loi, malgré les condamnations prononcées par la justice administrative. On ne peut pas refuser de respecter ses obligations légales puis faire porter aux familles la responsabilité de cette carence.

    Nous appelons les organisations antiracistes, les collectifs de défense du droit au logement, les syndicats, les associations, les habitant·es des quartiers populaires, ainsi que toutes les personnes attachées aux droits humains, à unir leurs forces pour défendre le droit au logement, la dignité et toutes les familles victimes de ces politiques de relégation.

    Aux stratégies de division, opposons une mobilisation unitaire des classes populaires. Un toit est un droit. La dignité n’est pas négociable. Le racisme systémique est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. Nous le combattons.

    Signataires. l’inter orga : association ZOR (association de roms.) DAL France, ANC13, POI, VAI, Forces Vives, La France Insoumise 13, Faisons Front Commun, NPA a , Attac Marseille, soutien 59 Saint Just, Collectif 113, un Centre Ville Pour Tous, Comité antifasciste du 4è, Syndicat des associations de proximité, La Penne Insoumise, Insoumis de la Vallée de l’Huveaune, Insoumis.es de Saint Marcel, Arte Chavalo, Riposte Anti Fasciste, Collectif du 5 Novembre, Collectif contre les Violences d’état, Extinction Rébellion, Anti Cra Marseille, Collectif Al Manba, Afroqueer Revolution-R, ASCM, Sai13, UCL Marseille, Syndicat du Logement.

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Alors qu’approche la date de l’audience en référé suspension engagé par leur avocat, Adam Borie, prévue le 24 août, les dizaines de familles installées depuis près de deux ans sur le site de la friche Procida à La Valentine (11e) restent plus que jamais vigilantes. Sous le coup d’un arrêté d’expulsion pris à la veille de Noël, le 24 décembre 2025, elles sont dans l’angoisse. Leur crainte notamment : que les enfants, en grande partie scolarisés dans les établissements alentour, ne puissent pas faire leur rentrée de septembre.

    Rencontrée fin juillet, à l’occasion d’une mobilisation de soutien d’associatifs, militants politiques et riverains, cette petite fille âgée de 8 ans nous avait confié « être la meilleure de sa classe » et vouloir « retrouver tous [ses] copains » quand les adultes eux, l’assurent : « On travaille, on est fatigués d’être expulsés chaque année. »

    Pour mémoire, Maître Borie a indiqué le 5 août au préfet des Bouches-du-Rhône par courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion. La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence ayant fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Des projets avortés

    Il rappelait notamment que dans cette affaire, une sortie négociée, avec un protocole serait pourtant envisageable. Un accord entre la préfecture, les familles et le propriétaire d’une grande partie du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, spécialisée dans le développement de centres commerciaux. Pour rappel, elle prévoyait dans un premier temps sur cet espace un projet baptisé « My Valentine », 29 000m² avec 70 enseignes, avorté, puis une plateforme logistique auquel la Ville de Marseille, sous pression des riverains, effarés par l’afflux de poids lourds, ne délivrera pas de permis de construire. Une partie du terrain appartient aussi à la Métropole avait opposé l’avocat. La collectivité ayant acheté le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte.

    Surtout, cette décision d’expulsion, comme celle qui frappe d’autres sites dans la ville rappellent associatifs et collectifs dans leur tribune, s’inscrit également dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence. Instruction ayant été donnée par l’État de réduire le nombre de place en hôtel…

  • Une vie de Rom

    Une vie de Rom

    « Renverser les regards et lutter contre les stéréotypes et un antitsiganisme pluriséculaires. » Telles étaient les intentions, en 2023, de la grande exposition événement du Mucem à Marseille, intitulée « Barvalo/Roms, Sinti, Gitans, Manouches, Voyageurs ». Ce fut un temps fort du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, car cette exposition était conçue avec les intéressés et le public fut au rendez-vous.

    Trois ans après, les préjugés et les stigmates collent toujours aux familles roms qui vivent en France et notamment dans la cité phocéenne. Une exposition, si remarquable soit-elle, ne peut venir à bout à elle seule de l’antisiganisme et du racisme anti Roms. Si ces rejets persistent c’est qu’ils jouissent d’une tolérance insupportable au sein de la société et des institutions.

    Projets citoyens

    Pour « renverser les regards », encore faut-il commencer par respecter les personnes regardées. Les familles roms qui vivent à Marseille dans des campements et sont menacées d’expulsion ont des enfants scolarisés dans les écoles. Dans d’autres villes, comme la proche Montpellier, les collectivités (Ville et Métropole) et l’État – lorsqu’il est représenté par un Préfet solidement républicain – ont mené avec des familles un processus de village de transition et, à l’issue, toutes ont été relogées et sont sorties des marginalités dans lesquelles on les assignent en permanence.

    À Marseille, des familles roms ont créé une association dans les quartiers nord. Autant de projets citoyens exemplaires et autrement plus créatifs que le mur de la répression. Il est si facile de procéder aux expulsions ! C’est un réflexe multiséculaire et rétrograde aux antipodes d’une République et d’une démocratie dignes de ce nom.

  • Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Pour le moment « rien n’a bougé » mais message aurait été passé aux travailleurs sociaux que l’expulsion était définitivement prévue pour le mois d’août, assure Laurent Sapin, riverain du camp de fortune où se sont installés depuis un peu moins de deux ans au moins 250 personnes, route de la Valentine (11e). Avec des militants LFI, le conseiller d’arrondissements PCF, Michel Provost, des associatifs, il s’était mobilisé fin juillet pour alerter sur leur situation précaire.

    L’urgence est telle que l’avocat des familles, Maître Borie a déposé un référé suspension, une date a été fixée au 24 août nous indique-t-il ce jeudi 6 août. La veille, il avait indiqué au préfet des Bouches-du-Rhône dans un courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion du 24 décembre 2025, la Cour d’Appel d’Aix en Provence ayant également fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Il ajoute aussi d’autres éléments « nouveaux » à son argumentaire. Objectant pour commencer que le propriétaire du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, ne l’est pas entièrement. La Métropole en ayant acheté une partie, 57 000 mètres carrés, le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte, indique la délibération votée en octobre 2024. Soit avant la décision préfectorale.

    Une crise humanitaire

    Maître Borie pointe également l’absence de délais et de trêve lors de l’ordonnance d’expulsion. Il rappelle la « grave crise de l’hébergement d’urgence à Marseille » revenant sur la lettre commune envoyée au préfet par les associations du SIAO, plateforme qui gère notamment le 115. Ces dernières refusant de répondre aux injonctions du représentant de l’État qui appelle à réduire drastiquement le nombre de places hôtelières et donc à remettre des personnes à la rue.

    « Une éviction des habitants créerait une crise humanitaire sans précédent et des troubles à l’ordre public plus grave qu’une violation momentanée du droit de propriété », estime maître Borie qui estime que « les occupants, Prodev et la préfecture ont tout intérêt à conclure un protocole d’accord tripartite ou une convention d’occupation précaire pour prévoir une sortie du site à une date certaine ». Un protocole qui permettrait entre autres « d’éviter les surcoûts, de réaliser un diagnostic social des occupants, de les responsabiliser » et aussi de « valoriser l’image de Prodev comme acteur responsable ».

    En attendant, les soutiens aux familles ont promis d’être vigilants.

  • À Marseille, plusieurs dizaines de familles menacées d’expulsion

    À Marseille, plusieurs dizaines de familles menacées d’expulsion

    « On est fatigués d’être expulsés chaque année. Nos enfants, ils sont fâchés parce que bientôt, ils vont recommencer l’école. » Réunis ce mardi soir, hommes, femmes et enfants sont inquiets. Installés depuis un peu moins de deux ans sur la friche de l’ex-usine Procida, route de la Valentine (11e), ils craignent d’être évacués au cœur de l’été.

    Le camp de 250 personnes est sous le coup d’une ordonnance d’expulsion en date du 24 décembre 2025, explique leur avocat Me Borie, portée par le propriétaire des lieux, Retail Prodev. Une filiale du groupe Frey, spécialisée dans le développement de centres commerciaux. Pour mémoire, l’entrepreneur imaginait implanter là, fin 2024, un vaste centre de logistique, au grand dam des habitants, dénonçant un afflux de poids lourds dans un quartier déjà saturé. Ces derniers imaginant plutôt de laisser la place à un espace vert alors que coule l’Huveaune non loin, ce genre d’équipement étant réduit comme peau de chagrin dans le secteur. La Ville de Marseille refusera finalement de délivrer le permis de construire quelques mois plus tard.

    Solidarité à tous les étages

    Aux côtés des familles roms, des représentants de la CGT Interim, de la Confédération générale du logement, des riverains, des membres d’ATD Quart Monde, Michel Pruvost (PCF), conseiller d’arrondissement des 11e et 12e arrondissements, et Jean-Marc Guéris, animateur du groupe d’action La Penne insoumise. « Nous sommes là si vous avez besoin d’aide », assure ce dernier. De son côté, l’élu communiste, accompagné de Jean-Pierre Breda, secrétaire de la section PCF du 11e, estime que tout le monde doit rester « tant qu’il n’y a pas de solutions de relogement » et indique avoir « fait remonter le problème » à la mairie centrale. « Le jour où vous devrez quitter ce camp, c’est avec des alternatives, pour pouvoir être relogés, et notamment pour que les enfants, qui sont scolarisés, gardent une stabilité », insiste-t-il.

    Un squat à Saint-Just en 2020, une évacuation « brutale » à Maison Blanche en 2021, une destruction de lieu de vie à la Barasse en 2022, puis en 2023 et 2024 à la Madrague, à la Cabucelle… Laurent Sapin, riverain, revient sur les expulsions à répétition qui bouleversent le quotidien de familles dont les parents travaillent et dont les enfants sont inscrits dans les établissements scolaires alentours, comme en attestent les certificats remis ce jour-là à Me Borie. Certains petits ont un parcours brillant, précise Agnès, qui anime avec ATD Quart Monde des ateliers livres tous les samedis.

    « Un recours a été déposé auprès de la cour d’appel d’Aix-en-Provence », ajoute l’avocat, une audience étant prévue en février 2027. D’ici là, il espère une sortie négociée, pour permettre aux enfants de suivre une année scolaire complète.