Tag: expulsion

  • [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    La Marseillaise : Vous avez été reçue le 22 mai en préfecture. Quelle était votre requête ?

    Sophie Trochet : Faire remonter au préfet de l’Aude qu’on a besoin de faire légiférer de façon urgente sur le sujet des Bourses du travail. Cela peut se faire par décret ou ordonnances progressistes, comme pour la Sécurité sociale, pour sacraliser les Bourses du travail et Maisons des syndicats. Ce sont des locaux interprofessionnels qui ne sont pas prévus par le Code du travail. À minuit moins une avant la possible arrivée du RN au pouvoir, c’est une question de liberté d’expression et de liberté syndicale.

    Pourquoi le maire RN veut-il expulser l’UL et l’UD CGT ?

    S.T. : Tout est parti en avril d’une manifestation de jeunes contre l’extrême droite pour laquelle la CGT, FSU, Solidaires et la CFDT ont affiché leur solidarité. Le maire Christophe Barthès a annoncé couper nos subventions et nous expulser des locaux. Le 5 mai, on reçoit un premier courrier pour justifier de notre titre d’occupation sous peine de procédure d’expulsion à compter du 13 mai. Il se trouve qu’il y a eu un quiproquo. En 2023, au moment de signer une nouvelle convention avec l’ancienne municipalité, on leur avait signalé des travaux à réaliser, du coup ils ne nous l’ont pas envoyée et on ne l’a pas signée. Ceci dit, on a des archives de 1938 qui indiquent qu’on est là depuis 89 ans !

    Une Bourse du travail sans syndicat, quel intérêt ?

    S.T. : Le but d’une Bourse du travail est d’y loger les syndicats, d’avoir un échange de coordination, de faire de la formation syndicale, économique et sociale (obligatoire pour les élus CSE) et d’accueillir les salariés sans représentation syndicale (entreprises de moins de 11 salariés). Or, les très petites entreprises (TPE) forment la majorité du tissu économique de l’Aude. On a aussi les inspections du travail qui nous envoient régulièrement des salariés pour les aider à monter leurs dossiers aux prud’hommes surchargés. On héberge aussi plusieurs boîtes aux lettres d’associations et les précieuses archives de l’Institut de l’Histoire sociale de la CGT.

    Pourquoi la CGT est-elle la seule ciblée ?

    S.T. : La LDH l’a été aussi. C’est une bataille idéologique. La mairie RN se cache derrière une soi-disant absence de titre. En fait, la CGT dérange car elle affirme ses valeurs de solidarité envers tous les salariés en disant que le RN c’est l’inverse : le repli sur soi, la haine de l’autre, la division des travailleurs et c’est pro-patronat. On invite les citoyens à être curieux. Le RN a voté contre l’augmentation du Smic, des pensions, contre l’indexation des salaires sur les prix. Contre toutes les mesures qui pouvaient donner du souffle aux salariés et retraités. Sans parler que ce parti, fondé par des anciens de l’OAS, est issu du fascisme. Le RN fait même du révisionnisme. Le 1er-Mai, il fête Jeanne d’Arc plutôt que les luttes des travailleurs. S’ils peuvent virer la CGT, ils continueront. On ne lâchera rien.

    Quelle est la date butoir ?

    S.T. : Un courrier nous a signifié notre sortie au 1er juin. On a une intersyndicale solide*. On a fait un courrier commun aux ministres du Travail et de l’Intérieur qui demande à ce que l’État prenne le dossier à bras-le-corps contre cette attaque des libertés syndicales et d’expression.

    * Un rassemblement intersyndical s’est tenu devant la mairie jeudi 28 mai.

  • La préfecture confirme la forte hausse des expulsions locatives en Vaucluse

    La préfecture confirme la forte hausse des expulsions locatives en Vaucluse

    Il y a deux semaines, la confédération nationale du logement en Vaucluse (CNL 84) avait organisé un rassemblement devant la préfecture contre les expulsions locatives. L’association déplorait ne pas avoir de chiffre précis concernant le nombre de personnes sorties de leur logement par le concours de la force publique, ni d’ailleurs d’avoir eu une réponse de la préfecture à sa demande d’audience.

    « Je ne reçois pas la CNL qui demande zéro expulsion, ça ne marche pas, ce n’est pas possible quand le juge décide que vous devez quitter le logement, vous devez le quitter, la préoccupation sociale que l’on peut avoir, c’est de faire une proposition d’hébergement », justifie le préfet, interrogé ce mardi lors d’un point presse. Thierry Suquet confirme également que le Vaucluse n’est pas épargné par la hausse nationale des « familles jetées à la rue » selon la CNL : « Le nombre d’expulsions avec le concours de la force publique a augmenté de 58 % en 2025 », précise le préfet, soit 300 procédures exécutées sur 423 octroyées.

    Pour autant, tout en étant « ferme quand il y a une décision de justice », Thierry Suquet voit « un constat d’échec quand l’expulsion intervient au bout d’un long processus avant le jugement avec des propositions de relogement et d’hébergement ».

  • À Manosque, préfète et maire dénoncent un incendie « criminel »

    À Manosque, préfète et maire dénoncent un incendie « criminel »

    Sept bus de la communauté d’agglomération DLVA (Durance Luberon Verdon Agglomération) ont été complètement incendiés mardi soir, juste à côté du lieu de l’expulsion de gens du voyage quelques heures plus tôt. Cette même agglomération exigeait, aux côtés de la ville de Manosque, cette expulsion depuis plusieurs mois. Pour le maire de la commune, Camille Galtier (DVD), cela ne fait aucun doute : ce sont ces mêmes personnes expulsées, qu’il désigne comme des « voyous », qui ont commis cet acte « criminel ». « Des propos de représailles ont été tenus toute la journée. Il ne faut pas être dupe », a-t-il lancé. Il affirme avoir été menacé de vengeance à plusieurs reprises pendant l’expulsion. « Ce qu’il s’est passé hier [mardi] montre qu’il y a d’un côté les pouvoirs publics, et de l’autre les voyous », a-t-il affirmé.

    Des renforts policiers

    Interrogée sur le lien entre l’expulsion et l’incendie, Isabelle Tomatis a répondu : « La préfète est payée pour se poser ce genre de questions. Je m’interroge sur la concomitance entre l’évacuation du matin et les faits du soir. » La clôture séparant les bus et la parcelle évacuée a été dégradée pour pénétrer sur le site. Des bus ont été amenés dès mardi soir en renfort de Forcalquier pour pouvoir assurer la continuité du transport scolaire. La préfète a déploré une « déstabilisation » et a assuré que des renforts policiers avaient été sollicités pour la semaine prochaine.

    « On verra s’ils s’attaquent à autre chose », a conclu le maire de Manosque. Selon lui, la construction de l’aire permanente a coûté plus d’un million d’euros, et le coût des dégradations s’élève à 1,6 ou 1,7 million.

  • Des gens du voyage expulsés de leur aire d’accueil à Manosque

    Des gens du voyage expulsés de leur aire d’accueil à Manosque

    Un important dispositif policier a été déployé mardi matin pour expulser les gens du voyage résidant dans des caravanes sur une parcelle du quartier de la Loubière à Manosque, occupé depuis plusieurs mois. Le maire de Manosque, Camille Galtier (DVD), demandait son évacuation sans relâche. Il avait fait fermer la déchetterie mitoyenne depuis le 23 janvier en vue de l’expulsion. Le campement avait été au cœur du débat pendant les élections municipales, le candidat UDR-RN proposant d’aller à la rencontre des habitants du terrain communal.

    La Ville de Manosque et DLVAgglo (Durance Luberon Verdon Agglomération) avaient saisi le tribunal administratif et le tribunal judiciaire pour
    « faire cesser l’occupation illicite de plusieurs parcelles situées à la Loubière », le 12 janvier. C’est une de ces parcelles qui a été évacuée mardi matin par des policiers et des CRS.

    « À la demande du maire de Manosque, l’État a prêté son concours à l’exécution de la décision du président du tribunal judiciaire de Digne-les-Bains rendue le 29 janvier 2026 ordonnant l’expulsion des occupants sans droit ni titre du terrain appartenant à la commune », a expliqué la préfecture dans un communiqué diffusé mardi. « Cette occupation illicite s’était progressivement développée dans des conditions précaires, insalubres et dangereuses, notamment en raison de branchements électriques sauvages », précise-t-elle.

    Une aire d’accueil

    pour 90 jours seulement

    « En amont de l’intervention, les effectifs de la circonscription de police nationale de Manosque s’étaient présentés à plusieurs reprises sur le site afin d’avertir les occupants de l’imminence de leur expulsion et de les inviter à quitter les lieux », ajoute la préfecture. Les habitants n’étaient ainsi pas sur place au moment de l’expulsion.

    « Cette situation d’occupation illicite était inacceptable pour l’ensemble des citoyens qui respectent les lois de la République », a lancé en réaction le maire de Manosque, Camille Galtier. « La ville de Manosque tient à rappeler qu’elle reste en attente de la décision du Conseil d’État concernant la parcelle CB 37 suite aux décisions contradictoires du tribunal judiciaire et tribunal administratif. Une fois l’expulsion actée par le Conseil d’État, le même processus sera engagé par la Ville de Manosque », a-t-il ajouté. Les gens du voyage sont autorisés à rester seulement 90 jours maximum sur ce type d’aires d’accueil permanentes. « Une aire permanente est dite permanente dans sa fonction d’accueil, mais elle est destinée aux gens du voyage de passage. Elle n’a ni pour vocation ni pour finalité d’offrir des terrains publics viabilisés à des populations sédentarisées. Accepter une telle interprétation reviendrait à détourner l’esprit même du schéma départemental d’accueil et à créer une distorsion manifeste d’équité au détriment des contribuables manosquins », affirment la DLVA et la Ville de Manosque.

    La Ligue des droits de l’Homme 04 appelait, elle, à créer une nouvelle aire permanente pour régulariser la situation.

  • Un comité de soutien pour Amine, menacé d’expulsion

    Un comité de soutien pour Amine, menacé d’expulsion

    Amine Ganzoui a soufflé ses 18 bougies en avril 2025. Arrivé huit ans plus tôt en France depuis la Tunisie, et désormais majeur, il a déposé une demande de titre de séjour et a reçu son récépissé en juillet 2025. Ce document provisoire lui permet de séjourner régulièrement en France durant l’examen de son dossier. « J’étais heureux de me dire que j’allais enfin pouvoir vivre comme les autres et commencer des études », raconte Amine, qui envisage une licence de droit après son bac au lycée Montgrand (1er).

    Mais les choses ne se passent pas comme prévu : la demande est rejetée, et il reçoit le 7 août 2025 une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Cette mesure administrative, délivrée par la préfecture, l’informe qu’il a désormais trente jours pour quitter le territoire avant d’en être expulsé. Le motif ? Selon l’arrêté, « l’intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas l’ancienneté et les liens familiaux » dont il devrait se prévaloir pour justifier la délivrance du titre de séjour. « Comment imaginer m’en aller en un mois alors que toute ma vie est ici ? », interroge Amine. Ses amis, à ses côtés, hochent la tête : « On était choqués, on ne comprend pas comment c’est possible, c’est tellement injuste. »

    Un comité de soutien pour sa régularisation

    Dans la salle des professeurs du lycée Montgrand, des enseignants et des élèves se sont réunis ce mercredi 18 mars pour organiser le comité de soutien pour Amine. Une pétition et un communiqué, appuyés par le Réseau éducation sans frontières (RESF), circulent. Le texte raconte comment Amine est arrivé en France « fin août 2018 » car « ses parents, gravement malades », ont décidé de le « confier à sa sœur qui réside en France dans l’espoir d’une vie meilleure ». Depuis, ses camarades et ses professeurs témoignent de son « parcours exemplaire ». Impliqué dans le dispositif Télémaque, Amine a également pu bénéficier de « soutien scolaire et de sorties culturelles ».

    Autant de preuves de « sa bonne intégration », qui rendent le refus de la préfecture de lui accorder le titre de séjour « incompréhensible » pour la sœur d’Amine, Nouha Hamlet. « Depuis qu’il a appris pour l’OQTF, il vit dans la peur quotidienne de l’expulsion et ça a des conséquences, à la fois physiques et psychiques, sur lui », témoigne-t-elle. Inquiète, elle a informé les enseignants du lycée Montgrand de la situation du lycéen au début de l’année scolaire. Ses professeurs et ses amis ont alors décidé d’organiser un comité de soutien pour « mettre en œuvre tout ce qui est en leur pouvoir pour qu’Amine Ganzoui puisse rester ici, chez lui, et être régularisé ».

    Amine, sa sœur et son avocat ont déposé un recours contre la décision, qui sera jugé le 26 mars prochain au tribunal administratif de Marseille.

  • Face à la menace RN, un appel à l’union de la gauche et des démocrates à Bagnols-sur-Cèze

    Face à la menace RN, un appel à l’union de la gauche et des démocrates à Bagnols-sur-Cèze

    Elle a beau s’être désintéressée* du sort de ses habitants durant tout le mandat qui s’achève, Pascale Bordes fait figure d’épouvantail à Bagnols-sur-Cèze. En 2022, cette avocate d’extrême droite faisait main basse sur la 3e circonscription du Gard. Aux législatives de l’an passé, elle y était encore mieux réélue raflant plus d’un millier de voix supplémentaires. Et voilà que le RN vient de l’investir candidate aux municipales (15-22 mars 2026).

    « Il ne s’agit pas d’agiter une peur, le RN peut gagner la ville », alerte Elian Cellier, le secrétaire de la cellule PCF locale qui (re)lance un grand appel pour « l’union de gauche et de tous les démocrates ». Sans liste de rassemblement, « les candidatures de gauche seraient mort- nées », redoute le socialiste Vincent Poutier qui relaie l’appel de son homologue communiste. Alors que « quand on est unis, on score ! Le NFP l’a prouvé. »

    PCF et PS sur la même longueur d’onde ? Pas si simple. Le travail partenarial n’ayant pas abouti, les socialistes ont désigné leur chef de file (Sylvain Hille) et semblent pencher vers Michel Cegielski, un ancien adjoint du maire macroniste Jean-Yves Chapelet. La position définitive du PS sera donnée en janvier mais V. Poutier concède une « proximité » avec Cegielski. Les communistes, eux, devraient soutenir Philippe Broche. Petit chef d’entreprise dans l’imprimerie, il est connu pour avoir fait ses preuves à la CCI. « On a déjà travaillé avec lui à la réouverture de la ligne de la rive droite du Rhône », insiste Elian Cellier comme gage de confiance. Enfin, sous la bannière « Unitaires 30 », l’élu d’opposition Jérôme Jackel, pro François Ruffin, veut repartir avec une « liste citoyenne ».

    Une ville de 18 000 habitants

    Si l’on ajoute que le maire Jean-Yves Chapelet, bien que décrit par ses opposants comme « affaibli », devrait briguer un nouveau mandat, cela fait beaucoup. Probablement trop dans une ville de 18 000 habitants qui va mal. Après avoir connu son âge d’or grâce à la centrale de Marcoule, Bagnols est une commune « paupérisée, gangrenée par le narcotrafic et le communautarisme », déplore Elian Cellier. Avec l’affaire de l’imam Mahjoubi expulsé ou de la pharmacienne assassinée, le RN pourrait y faire son terreau. D’où l’urgence pour les forces progressistes de prendre leurs responsabilités.

    * En 6 ans, l’élue d’opposition n’a jamais mis un pied au conseil municipal de Bagnols.

  • Alternante, mais menacée d’expulsion à Avignon

    Alternante, mais menacée d’expulsion à Avignon

    « Je suis une battante, pas une menace. Je veux juste travailler », confie avec le sourire, mais le regard inquiet, Fatou*. Cette Ivoirienne de 18 ans est sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), depuis quelques semaines, car elle représenterait « une menace pour l’ordre public ».

    Pourtant, aujourd’hui, elle est en contrat d’alternance dans une entreprise vauclusienne tout en suivant un cursus, une semaine par mois, à Marseille. Et craint de se retrouver à nouveau bloquée dans un pétrin administratif. « J’ai peur de la réaction de mon patron, mais je vais être obligée de lui dire à un moment donné. Alors que tout se passe bien et que je peux potentiellement signer un CDI d’ici les prochains mois », déplore-t-elle avec amertume, ajoutant qu’elle a besoin de ce job pour valider sa formation avec des examens en janvier.

    Elle dit avoir fui son pays d’origine car elle aurait été mariée de force à un homme bien plus âgé qu’elle, qui la battait et abusait d’elle sexuellement. C’est sa tante qui a organisé son départ pour la France. Un long périple à travers le Mali, l’Algérie, la Tunisie et l’Italie, avant d’arriver finalement à Paris. S’en sont suivis des allers-retours dans des hébergements précaires, entre foyers, associations et parfois même la rue. C’est donc dans la bâtisse de l’association Rosmerta, à Avignon, que la jeune femme vit désormais.

    Action en justice

    Alors qu’elle « rêve de travailler un jour à l’hôpital », depuis le décès de son père quand elle était toute jeune, Fatou ne sait pas encore si elle doit retourner dans son pays d’origine, où elle craint d’être à nouveau confrontée à l’homme abusif qu’elle dit avoir quitté à ses 16 ans.

    Un référé de mesure utile a été déposé par l’avocate de l’association pour suspendre l’OQTF, « ce qui lui permettrait de récupérer un récépissé à la préfecture. Et donc de continuer le travail et d’aller au bout de son contrat sans trop de soucis », confie Jenny Prager, membre de la commission juridique de l’association. Une procédure qui prendrait un à deux mois.

    Du côté de la préfecture de Vaucluse, contactée par La Marseillaise, on assure que les OQTF sont prises « si la personne ne répond pas aux conditions d’obtention d’un titre de séjour définies par la loi ou si elle trouble l’ordre public ». Interrogé sur la question, le préfet Thierry Suquet a toutefois estimé que s’il y a un enjeu lié aux métiers en tension, une régularisation peut être envisagée. « S’il y a une impossibilité à vous reconduire, on peut regarder au titre du travail un maintien sur le territoire  », assurait-il. En 2025, la préfecture a émis 1 565 mesures administratives liées au droit du séjour des étrangers.

  • Des dizaines de familles roms dans la tourmente d’évacuations expéditives

    Des dizaines de familles roms dans la tourmente d’évacuations expéditives

    Lundi matin, c’est un campement vide que les forces de l’ordre ont trouvé face à l’aéroport. « Les familles sont parties d’elles-mêmes pour éviter la confrontation. La police est venue les avertir, vendredi, de l’expulsion programmée ce 6 octobre, soit trois jours avant la décision du juge de l’exécution », déplore Marc Durand, membre d’Assoropa, dont l’avocate avait saisi le Jex (juge de l’exécution), avec une décision attendue le 9 octobre.

    Sans solution après leur expulsion, le 8 avril dernier, d’un terrain situé sur le plateau de l’Arbois, les familles, près de 200 personnes dont une soixantaine d’enfants, s’étaient repliées sur une parcelle entre l’aéroport et la ville. Cette dernière est « en cours d’aménagement par la SPLA pour le compte de la Métropole, dans le cadre de cap-horizon », précisait Loïc Gachon (PS), maire de Vitrolles. La SPLA (société publique locale d’aménagement) a promptement réagi en saisissant la justice pour l’évacuation du site.

    Or, le jugement rendu en référé, le 20 juin, ordonnant une expulsion immédiate, est contesté par l’Assoropa. Elle dénonce « un procès sans contradictoire ». Les familles affirment n’avoir jamais reçu l’assignation de l’huissier. L’association assure avoir appris « l’existence du procès et son résultat que nettement plus tard, hors délais pour faire appel. Nous sommes face à un déni de justice… ». Pire, précise Marc Durand : « Nous avions l’intention d’aller au tribunal administratif pour attaquer le préfet qui a fait donner aux roms un avis d’expulsion comme si rien ne s’était passé. Après accord oral avec l’avocate de la partie adverse, elle a contacté la SPLA pour suspendre sa demande d’expulsion, en échange de quoi nous n’allions pas au TA. » Mais cela n’a pas eu lieu.

    Déscolarisation

    Les associatifs attendent un traitement plus respectueux des droits des familles en novembre. D’ici là, les familles sont plongées encore plus profondément dans la précarité. Les dossiers d’inscription des enfants dans les écoles sont restés sans réponse de la part des services municipaux de Vitrolles. « Or, lors du procès, un point essentiel de défense est la scolarisation des enfants », regrette Marc Durand. Et quid du comité de pilotage mis en place en 2022 par le sous-préfet d’Aix avec les collectivités et les partenaires sociaux ?

  • Bidonvilles : « Montpellier se distingue positivement, mais il reste des freins »

    Bidonvilles : « Montpellier se distingue positivement, mais il reste des freins »

    Sur le modèle du bidonville de Celleneuve -l’un des plus gros de France-, dont les 165 habitants ont été accueillis, durant deux ans, au village de transition de la Rauze avant que 105 d’entre eux ne soient relogés en mai 2024, le bidonville dit de la Jasse de Maurin, situé avenue de Maurin à Montpellier, a été expulsé le 28 août. Cette nouvelle résorption est la première à se dérouler dans le cadre de la stratégie partenariale scellée par une convention signée en mai dernier entre l’État, la Ville de Montpellier et la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) visant à mettre à l’abri, dans les 10 prochaines années, 163 ménages, soit 511 personnes, occupant 13 bidonvilles sur le territoire de la Métropole.

    Installé à l’automne 2022, le bidonville de la Jasse de Maurin était situé sur un terrain
    inondable appartenant à la Métropole. Laquelle, face aux risques encourus, a enclenché en septembre 2023 une procédure d’expulsion. Les 91 personnes recensées se sont vues proposer des solutions de relogement : « 5 personnes en accès logement, 27 personnes hébergées sur l’ancienne auberge de jeunesse [mise à disposition de l’Association quatorze par la Ville pour un projet d’hébergement temporaire, Ndlr],
    42
     personnes hébergées par l’État, 3 par le conseil départemental, 14 ont trouvé d’autres solutions », énumèrent Ville et préfecture.

    « Ce qu’il se passe à Montpellier se distingue positivement de ce qui se fait ailleurs en France, où ont surtout lieu des expulsions sèches », souligne José Lagorce, directeur de l’association Area, chargée de l’accompagnement des résidents sur le site de la Jasse de Maurin. « On note les efforts qui ont été faits ainsi que la difficulté, pour les différentes institutions, de trouver des solutions adaptées. » Pour autant, estime-t-il, « il reste de nombreux freins » au succès réel de ces processus de résorption.

    13 personnes à la rue

    À commencer par « le principe de la liste : comme à Celleneuve, toutes les personnes arrivées après une date donnée -le 28 février pour le bidonville de Maurin- n’ont pas été recensées et donc prises en compte dans le cadre de la résorption. Si bien que 5 ménages, soit 13 personnes, se retrouvent aujourd’hui à la rue », explique José Lagorce.

    « Imposer une date butoir, pour peu que les personnes ne soient pas là dans les bonnes périodes, c’est les contraindre ensuite à davantage de précarisation », dénonce-t-il. « Cette idée d’une date fixe qui vient sanctionner ceux qui sont légitimes et les autres est quelque chose qui ne rentre pas dans l’éthique et la conception du travail social. Quand on se retrouve le jour de l’expulsion avec des familles sans solution, pour certaines avec des enfants, c’est complexe à gérer. On nous a dit : ils relèveront du droit commun, sauf que le droit commun est embouteillé. Le 115, les nuitées hôtelières : il n’y en a plus », dénonce le directeur d’Area.

    Cette pénurie dans le logement et l’hébergement -d’urgence ou d’insertion- « induit des conditionnalités d’accueil sur des dispositifs normalement inconditionnels. Tout ça ferme des portes et accroît les risques d’inadaptation de la proposition à la situation des personnes », estime José Lagorce. « On a un grand nombre de familles qui, quand elles rentrent sur des dispositifs non adaptés, finissent par en ressortir et recréer des bidonvilles. Une partie des habitants de l’avenue de Maurin avaient par exemple déjà connu des processus d’expulsion, y compris celui de Celleneuve. Le discours induit, c’est : ça ne sert à rien de créer des dispositifs particuliers car ils n’en veulent pas. Mais non, c’est juste qu’il y a une inadaptation de l’offre à la situation que vivent les personnes. Il faut penser les dispositifs de façon plus souple, plus globale », insiste-t-il.

    « Le besoin, ce n’est pas simplement un toit. Un bidonville est un espace de vie mais c’est aussi un espace de travail. On y travaille la ferraille, les voitures, l’écoreyclage, il y a des biffins. C’est un espace qui permet aux habitants, avant qu’ils ne puissent accéder à de l’emploi, de subvenir à leurs besoins sans tomber dans de l’assistance. Il faut donc mettre en place des espaces où ils pourront pratiquer cette économie populaire, laquelle va leur permettre, petit à petit, d’aller vers l’insertion socio-professionnelle grâce à l’accompagnement social qui va être mis en place. Ce projet d’un terrain de travail est quelque chose qu’Area a porté dès le départ sur le travail de résorption du bidonville de Maurin. Le maire de Montpellier a finalement donné son accord de principe quelques semaines avant l’expulsion. Ce sera donc sûrement pour les prochaines résorptions », espère José Lagorce.

    Selon le préfet de l’Hérault, il reste actuellement « 441 personnes dans 12 bidonvilles à Montpellier ». La prochaine résorption pourrait concerner le bidonville de Bonnier de la Mosson. Le terrain évacué avenue de Maurin sera, quant à lui, dans un premier temps « nettoyé et enroché afin d’éviter toute nouvelle occupation irrégulière », font savoir la Ville et la préfecture, avant que n’y soient aménagés, à terme, « un bassin d’écrêtement des crues et un parc ».

  • Une quarantaine de familles expulsées d’un camp à La Capelette

    Une quarantaine de familles expulsées d’un camp à La Capelette

    « Ici, on avait un campement, des chambres, on était là depuis dix ans. Maintenant, on va devoir dormir dehors ! ». Devant la dizaine de camions de CRS et l’accès bloqué au camp situé au 28 boulevard des Aciéries à Marseille, dans le quartier de La Capelette, plusieurs habitants des lieux font part de leur désarroi. À 8 heures, ce jeudi, ils ont reçu la visite des forces de l’ordre dans le cadre d’une « évacuation » des lieux, suite à une décision de Georges-François Leclerc, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Une évacuation « avec le concours de la force publique et pour mettre un terme à des conditions de vie indignes », selon la préfecture. Cette dernière explique que « les occupants, dont plus d’une quarantaine d’enfants mineurs, vivaient sur un site infesté de nuisibles et sur lequel était entreposé un volume de 27 000 m³ de déchets de toute nature, dont certains dangereux pour leur santé ». Le tout, sur un « site, propriété de l’État, classé en zone rouge du plan de prévention des risques d’inondation ». Si les ex-habitants des lieux déplorent la décision, la Préfecture assure que le lieu était « squatté depuis 2017 » et le qualifie de « bidonville ». D’où « une ordonnance d’expulsion en date du 25 janvier 2018 confirmée par un arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 21 mars 2019 ». Concrètement, le terrain abritait 108 personnes, selon les services de l’état. L’association Bamanan, qui les suivait, estime à environ 80 le nombre de familles sur le site, dont de nombreux minots, même si moins d’une quarantaine était présente, ce jeudi matin.

    « Ils n’ont eu que 15 minutes »

    « Ils espéraient avoir un délai avant de partir, là ils n’ont eu que 15 minutes ! Ce n’était pas un squat, le terrain qui appartient à l’Armée avait été mis à disposition », assure Aïcha, l’une des membres de l’association. Elle explique que l’expulsion « s’est bien déroulée », mais dénonce : « Seules les familles avec enfants ont été prises en charge, pas les autres ». De son côté, la Préfecture assure qu’une « solution de mise à l’abri en hôtel a été proposée aux personnes vulnérables. Les autres occupants se sont dispersés par eux-mêmes et dans le calme. Afin de proposer des solutions aux familles ayant quitté les lieux, plusieurs dispositifs subventionnés par l’État seront maintenus pour assurer un suivi social des familles […] ».

    Pas de quoi convaincre la mairie de Marseille. Audrey Garino (PCF), adjointe au maire en charge de l’Action sociale, explique que « la Ville n’était pas partie prenante de cette expulsion et déplore que les mises à l’abri ne soient plus totales lors de ce type d’évacuation ». Plus que ça, elle « condamne le changement de cap des services de l’état » sur le sujet. « Tous les publics à la rue doivent trouver des solutions de mise à l’abri et c’est la mission des services de l’état », conclut-elle.

    Des propos qui font écho à la position de l’avocate des familles, Me Noémie Zerbib. Si elle reconnaît qu’une « ordonnance est intervenue en 2018 et ordonnait une expulsion », elle précise que « la décision n’a jamais été mise en exécution ». « On a saisi le juge d’exécution pour obtenir un délai et avoir un relogement dans des conditions humaines, on a ensuite saisi la cour d’appel avec une demande de suspension d’exécution. Il y a une procédure en cours, on attendait que le premier président de la cour d’appel statue sur notre demande », développe-t-elle. Avant de dénoncer « des conditions déplorables d’expulsion avec des enfants qui doivent rentrer à l’école, des affaires à récupérer et certaines familles pas prises en charge ». En effet, nous avons pu constater qu’a minima, une famille avec un enfant n’avait pas été relogée.