Tag: expulsion

  • La Busserade évacuée et 24 personnes abritées à l’hôtel

    La Busserade évacuée et 24 personnes abritées à l’hôtel

    Ce jeudi 27 août, la préfecture des Bouches-du-Rhône a coordonné une opération d’évacuation d’un squat situé rue Busserade dans le 3e arrondissement de Marseille. Une expulsion qui fait suite à « une décision du tribunal judiciaire de Marseille prise en mai 2025 » ont précisé les services préfectoraux. La dangerosité du site est invoquée dans les motifs de la décision. Il « présentait des risques et des dangers caractérisés pour la sécurité des occupants et des riverains. En effet, il existait des risques incendies majeurs, en raison des branchements électriques sauvages, et le bâtiment souffre d’une fragilité structurelle à divers niveaux. Les nuisances étaient également importantes pour les riverains », indique le communiqué de la préfecture.

    La ville de Marseille, propriétaire du foncier, avait sollicité le concours de la force publique, « ce qui a été porté à la connaissance des occupants par courrier du 7 juillet 2026 ». Et « le concours de la force publique a été accordé à compter du 27 juillet dernier, afin que les occupants puissent se préparer à quitter les lieux, anticiper l’opération d’évacuation et préserver la scolarisation des enfants ».

    À quelques jours de la rentrée, le délai semble d’autant plus court qu’aucune solution n’a été proposée alors qu’un accompagnement social était mené depuis des mois par l’Addap 13 auprès de 58 personnes sur le site. La majorité des familles ont quitté les lieux avant l’expulsion. Des associatifs étaient aux côtés des 24 occupants présents le jour de l’opération, des femmes enceintes avec des enfants en bas âge et une personne malade, qui ont été dirigés dans des hôtels. Les travailleurs sociaux du Samu social et de Saralogisol les accompagnaient.

  • À la Busserade les familles organisent leur départ forcé

    À la Busserade les familles organisent leur départ forcé

    Le vague espoir de gagner un délai permettant d’assurer une rentrée scolaire à leurs enfants, le temps d’une conférence de presse organisée en urgence sur le site le 18 août dernier, s’est totalement évaporé. Alors que ce collectif s’interroge sur une mobilisation à organiser, ce lundi 24 août les familles qui le pouvaient chargeaient leurs affaires sur les camions pour éviter la confrontation avec la police, annoncée mardi matin.

    Beaucoup d’abattement à l’intérieur de l’ancienne caserne du 3e arrondissement dans cet après-midi caniculaire de la fin août. Les hommes ont déjà démonté ce qui pouvait l’être, embarqué le maximum de matériaux pour reconstruire des abris et les appareils indispensables à la cuisine et la lessive. Ils s’apprêtent à réaménager un nouvel espace abandonné de la ville en un lieu viable. Découragé, mais fataliste, un père de quatre enfants explique la situation : « on sait qu’il n’y aura que des places d’hôtel pour les malades et les quatre femmes enceintes. Alors, comme d’habitude, on a tourné un peu partout pour chercher un autre endroit où s’installer ».

    Un terrain a été identifié dans le 10e arrondissement. « Il faudra réinscrire les enfants qui étaient à l’école ici dans de nouvelles écoles, ça va retarder leur rentrée. Mais les assistantes sociales vont nous aider pour ça », se rassure-t-il. Quelques-uns y sont déjà et ont « reçu la visite de la police. Ils ont vérifié nos identités et compté le nombre de personnes », complète un autre homme qui fait une pause à l’ombre d’un des bâtiments après avoir hissé une commode en bois sur un diable.

    Un référé liberté déposé

    « Depuis 16 ans que je mène des actions culturelles avec les enfants de ces familles, c’est la même histoire, on déplace la misère, on n’y apporte pas de solution », déplore Framboise Robert, d’arte Chavalo. Pourtant pour les quelques-unes avec qui un travail d’intégration a été réalisé et suivi, « ça a bien fonctionné ». La Ville de Marseille avait engagé un suivi social de ces familles roms dont les enfants ont été scolarisés dans les écoles de la Belle de Mai depuis deux ans. Un accompagnement mené en coordination avec les services préfectoraux qui devaient assurer leur relogement.

    Sept familles étaient identifiées. « D’autres sont venues s’installer sur le site au fil des mois », témoigne Sétif, riverain de la caserne dont les fenêtres donnent sur la cour. « Le souci, c’est qu’ils faisaient des feux. Je comprends qu’ils vivent d’une activité de ferraille. Mais on n’en pouvait plus d’être intoxiqués et du tapage le soir ». Les services municipaux ont été alertés. « Des efforts ont été faits avec des associations, mais bon, ça a recommencé », regrette le jeune père de famille de ce quartier populaire qui souhaite que « l’État trouve une solution pour ces gens et leurs enfants ».

    Le travail sur l’expérimentation d’un village d’insertion porté par l’ancien préfet délégué à l’égalité des chances, Laurent Carrié, et l’adjointe au maire en charge de la solidarité, Audrey Garino (PCF), a été abandonné par la préfecture. Maitre Adam Borie a déposé ce lundi un référé liberté pour ces familles : « Le concours de la force publique a été accordé sur une décision judiciaire de juillet 2025 et depuis la situation a changé », précise-t-il. Sollicitée, la préfecture n’a pas souhaité communiquer.

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Alors qu’approche la date de l’audience en référé suspension engagé par leur avocat, Adam Borie, prévue le 24 août, les dizaines de familles installées depuis près de deux ans sur le site de la friche Procida à La Valentine (11e) restent plus que jamais vigilantes. Sous le coup d’un arrêté d’expulsion pris à la veille de Noël, le 24 décembre 2025, elles sont dans l’angoisse. Leur crainte notamment : que les enfants, en grande partie scolarisés dans les établissements alentour, ne puissent pas faire leur rentrée de septembre.

    Rencontrée fin juillet, à l’occasion d’une mobilisation de soutien d’associatifs, militants politiques et riverains, cette petite fille âgée de 8 ans nous avait confié « être la meilleure de sa classe » et vouloir « retrouver tous [ses] copains » quand les adultes eux, l’assurent : « On travaille, on est fatigués d’être expulsés chaque année. »

    Pour mémoire, Maître Borie a indiqué le 5 août au préfet des Bouches-du-Rhône par courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion. La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence ayant fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Des projets avortés

    Il rappelait notamment que dans cette affaire, une sortie négociée, avec un protocole serait pourtant envisageable. Un accord entre la préfecture, les familles et le propriétaire d’une grande partie du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, spécialisée dans le développement de centres commerciaux. Pour rappel, elle prévoyait dans un premier temps sur cet espace un projet baptisé « My Valentine », 29 000m² avec 70 enseignes, avorté, puis une plateforme logistique auquel la Ville de Marseille, sous pression des riverains, effarés par l’afflux de poids lourds, ne délivrera pas de permis de construire. Une partie du terrain appartient aussi à la Métropole avait opposé l’avocat. La collectivité ayant acheté le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte.

    Surtout, cette décision d’expulsion, comme celle qui frappe d’autres sites dans la ville rappellent associatifs et collectifs dans leur tribune, s’inscrit également dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence. Instruction ayant été donnée par l’État de réduire le nombre de place en hôtel…

  • Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Quand le préfet des bouches-du-Rhône veut mettre à la rue des demandeurs d’asile

    Le préfet demandait vendredi 14 août au juge des référés du tribunal administratif d’enjoindre des étrangers ayant perdu leur droit à un hébergement dans un centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) d’évacuer les lieux, ce qui revient pour des familles à des mises à la rue sèche.

    Pour ces audiences, la Préfecture n’envoie même pas de représentant à la barre du tribunal à la Joliette, à Marseille. Ses conclusions sont expédiées par mail au juge. À l’appel du dossier d’Helena, hébergée dans un logement de la cité d’Air Bel, son avocate Juliette Grebaut interpelle le magistrat sur l’argumentaire du Préfet qui invoque la saturation des dispositifs d’asile dans les Bouches-du-Rhône. Aucun document n’est fourni par la Préfecture à l’appui de cette affirmation suivant laquelle, en mars et selon une statistique de l’OFI, 152 demandeurs seraient en attente d’hébergement. « Il est impossible d’en vérifier l’authenticité. Je n’ai pas à pallier l’absence probatoire du préfet qui ne se donne même plus la peine d’étayer ses arguments avec des pièces justificatives. Vous lui rappellerez la règle du contradictoire » demande avec vigueur l’avocate.

    Sa cliente est une mère isolée avec un enfant de 6 ans et une fille de 18 ans astreinte à une prise en charge médicale. « Cette mère est en situation régulière depuis mars 2024. Elle travaille à temps partiel. Elle justifie de ses attaches en France. Elle n’a eu aucune proposition d’hébergement donc vous rejetterez la requête du préfet. »

    « Allez courage ! »

    La procédure suivante est vite examinée. « La famille a quitté le logement qu’elle occupait à Salon de Provence. Cette famille a pu être orientée vers un centre d’hébergement » explique Me Grebaut qui demande au juge de prononcer un non-lieu.

    Le cas de Blessing, que le préfet veut sortir d’un logement de la rue Stanislas Torrent, interpelle. « Elle est déboutée d’asile depuis 4 ans et on vous saisit maintenant ? L’absence d’urgence est patente » souligne son avocate qui rappelle qu’elle conteste en référé l’arrêté de refus de renouvellement de son titre de séjour. La jeune femme est arrivée mineure il y a 9 ans en France. Elle a été régularisée avec son enfant malade. L’avocate plaide les circonstances exceptionnelles devant la densité et la complexité de l’état de santé de sa fille de 7 ans, née prématurée. « Une expulsion avec mise à la rue rendra impossible le suivi médical de l’enfant. Elle n’a pas vocation à rester toute sa vie dans un Cada. Donnez-lui des délais conséquents pour quitter les lieux. Elle ne fait pas la fine bouche. L’envoyer à la Roque d’Anthéron n’aurait pas de sens, sa proximité avec le système de soin est nécessaire. »

    Comment chasser de son logis Kadiatou et ses enfants du 32 rue de Crimée ? Me Julie Grebaut insiste sur « la vulnérabilité de cette mère isolée avec deux enfants de 1 an et 2 ans. Le papa qui ne s’investit pas n’est même pas à Marseille. Elle est proactive dans ses démarches de renouvellement. Elle frappe à toutes les portes ». L’avocate demande a minima un sursis à exécution d’une expulsion à l’initiative d’un « préfet qui ne saurait se défaire de sa responsabilité sur le Département dans le manque de places d’hébergement ».

    Cinquième dossier avec Mariam dont les accompagnantes du Cada soulignent la fragilité psychologique de cette mère isolée de 20 ans avec un enfant d’un an. « Une mise à la rue aurait des conséquences disproportionnées pour elle et son enfant » argumente Me Grebaut qui demande un sursis jusqu’à son orientation vers une structure.

    Aïcha, 22 ans et Aboubakar, 27 ans, débarquent de Miramas en train en poussant le landau du bébé de 18 mois au pied du juge. La mère enceinte est épuisée et peine à se lever. Ayant un refus d’asile, le préfet veut les expulser de ce Cada éloigné où ils sont depuis janvier 2025. Leur avocate n’est pas là. « Y a pas de traducteur ? » demande Aïcha. « Non, ce n’est pas prévu, mais vous n’êtes pas obligée de parler. J’ai lu le mémoire de votre avocate » dit le juge. « On tape beaucoup de portes. On appelle le 115 pour nous aider, mais y a rien. Je suis malade et enceinte de 6 mois. Je ne sais pas où on va… On veut rester dans le Cada s’il vous plaît ». Elle pleure, pose sa tête sur l’épaule de son mari qui lui caresse les cheveux. « Allez courage ! Vous pouvez y aller » conclut le juge qui rendra ses délibérés la semaine prochaine.

  • Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Pour le moment « rien n’a bougé » mais message aurait été passé aux travailleurs sociaux que l’expulsion était définitivement prévue pour le mois d’août, assure Laurent Sapin, riverain du camp de fortune où se sont installés depuis un peu moins de deux ans au moins 250 personnes, route de la Valentine (11e). Avec des militants LFI, le conseiller d’arrondissements PCF, Michel Provost, des associatifs, il s’était mobilisé fin juillet pour alerter sur leur situation précaire.

    L’urgence est telle que l’avocat des familles, Maître Borie a déposé un référé suspension, une date a été fixée au 24 août nous indique-t-il ce jeudi 6 août. La veille, il avait indiqué au préfet des Bouches-du-Rhône dans un courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion du 24 décembre 2025, la Cour d’Appel d’Aix en Provence ayant également fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Il ajoute aussi d’autres éléments « nouveaux » à son argumentaire. Objectant pour commencer que le propriétaire du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, ne l’est pas entièrement. La Métropole en ayant acheté une partie, 57 000 mètres carrés, le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte, indique la délibération votée en octobre 2024. Soit avant la décision préfectorale.

    Une crise humanitaire

    Maître Borie pointe également l’absence de délais et de trêve lors de l’ordonnance d’expulsion. Il rappelle la « grave crise de l’hébergement d’urgence à Marseille » revenant sur la lettre commune envoyée au préfet par les associations du SIAO, plateforme qui gère notamment le 115. Ces dernières refusant de répondre aux injonctions du représentant de l’État qui appelle à réduire drastiquement le nombre de places hôtelières et donc à remettre des personnes à la rue.

    « Une éviction des habitants créerait une crise humanitaire sans précédent et des troubles à l’ordre public plus grave qu’une violation momentanée du droit de propriété », estime maître Borie qui estime que « les occupants, Prodev et la préfecture ont tout intérêt à conclure un protocole d’accord tripartite ou une convention d’occupation précaire pour prévoir une sortie du site à une date certaine ». Un protocole qui permettrait entre autres « d’éviter les surcoûts, de réaliser un diagnostic social des occupants, de les responsabiliser » et aussi de « valoriser l’image de Prodev comme acteur responsable ».

    En attendant, les soutiens aux familles ont promis d’être vigilants.

  • [Exclusif] Expulsion sauvage à 13 Habitat : le parquet ouvre une enquête

    [Exclusif] Expulsion sauvage à 13 Habitat : le parquet ouvre une enquête

    Le parquet de Marseille a confirmé à La Marseillaise avoir ouvert une enquête préliminaire sur les conditions de l’expulsion violente de l’occupant d’un logement de 13 Habitat. Vendredi 26 juin à 16 heures, trois policiers nationaux pénètrent de force avec deux agents de l’office HLM et un serrurier dans un appartement au 4e étage du 8, rue Félix Éboué, 2e, un immeuble haussmannien qui n’est pas en péril. Le couple et leurs quatre enfants de 4, 7, 8 et 13 ans vivaient jusqu’alors chez des proches. Ils ont emménagé le 11 juin dans le T4. « Ils ont été arnaqués par quelqu’un qui leur a proposé l’appartement. Ils ont versé six mois d’avance. L’escroc leur a donné les clés, le badge d’entrée et n’a plus répondu au téléphone » explique l’avocat du couple, Me Nicolas Chambardon qui a déposé plainte contre 13 Habitat et tout intervenant pour expulsion illégale, violences volontaires en réunion avec arme et à caractère raciste, violation de domicile, menace, atteinte arbitraire à la liberté individuelle.

    « Prends tes merdes

    et casse-toi ! »

    « Ils ont forcé la porte et m’ont insulté » relate Mahdi, 31 ans, livreur qui nous reçoit dans l’appartement, « je leur disais que ma femme allait arriver pour leur montrer l’abonnement EDF. » Les policiers n’ont présenté ni jugement, ni arrêté préfectoral d’évacuation forcée. « Ils m’ont dit “dégage, prends tes merdes et casse-toi !” D’un coup, dans le salon, un policier m’a fait une clé au cou. Je me suis évanoui. J’ai repris connaissance sur le palier. Un policier m’a lancé “Vous les Arabes vous prenez les Français pour des cons”. Quand j’ai voulu me relever, ils m’ont plaqué et tazé ». Sur son corps, les brûlures des pics caractéristiques d’un pistolet à impulsions électriques en mode contact.

    Alertées par les cris, ses voisines, deux dames âgées, le découvrent menotté au sol. « Il gémissait. J’ai voulu lui venir en aide. J’ai dit “Arrêtez, il crache du sang !” Ils étaient sur lui alors qu’il n’était pas agressif. Il leur disait qu’il était asthmatique. J’ai nettoyé sa bouche. Le grand policier m’a dit de ne pas m’en mêler et a refusé que je lui donne de l’eau » explique Fatiha qui vit au 5e étage. « C’est scandaleux. J’étais choquée de voir ça. On l’a sauvé ! » intervient Asnia, la voisine de palier qui précise que les anciens locataires étaient partis il y a plus de six mois. Son fils a filmé un bout de la scène. Sur la vidéo d’une minute, Mahdi gémit et dit « il m’a cassé la tête », le policier paraît gêné : « C’est pas méchamment, mais ça ne vous regarde pas. Il y a un problème avec l’appartement qui est squatté, ça sert à rien de filmer ! »

    « La vérité, ces dames m’ont sauvé » dit Mahdi qui explique que les policiers lui retirent alors les menottes, le vouvoient. « Ils m’ont dit qu’ils me faisaient un cadeau en ne mettant pas en garde à vue. » Quand l’épouse arrive, elle parvient à noter le numéro RIO d’un policier. À l’Hôpital européen où Mahdi est conduit par les marins-pompiers qu’il a dû lui-même appeler, le certificat médical fait état d’un traumatisme crânien, d’un trauma de l’épaule et d’un genou, des cervicalgies, des douleurs thoraciques et un choc psychologique. 3 jours d’ITT sont prescrits.

    « Faire sortir les gens

    à la mexicaine »

    Lundi 29 juin, le couple revient à l’appartement. 13 Habitat qui a recruté un vigile, l’autorise à les laisser prendre leurs effets. Amina et Mahdi décident alors de rester et déposent plainte en ligne pour escroquerie. Ils disent avoir été ensuite appelés par un policier en mode masqué qui les menace d’un « Si vous ne partez pas, nous allons revenir très nombreux vous expulser et vous enlever vos enfants ». Vers 17h, des policiers se présentent, calmes et rassurants. Le couple leur parle de l’assaut du 26 juin. « Ils ont recherché sur leur terminal mais n’ont rien trouvé. Ils ont dit qu’il y a des brigades qui travaillent un peu au noir avec des sociétés pour faire sortir les gens à la mexicaine » se souvient le père.

    Interrogé, le bailleur 13 Habitat nous a répondu par écrit qu’un « problème structurel détecté sur un plancher affaissé » a justifié « il y a plusieurs semaines » le départ des anciens locataires, qu’un prestataire venu faire un diagnostic a constaté le 26 juin que la porte anti-intrusion n’était plus en place. « Le squat constaté étant inférieur à 24 heures, l’homme présent dans l’appartement a été évincé par la police, qui est intervenue en raison de la dangerosité potentielle du logement pour tout occupant » affirme 13 Habitat qui ajoute : « Nos services ont permis aux squatteurs de récupérer leurs affaires. Ils ont profité de cette occasion pour se réinstaller dans le logement en toute illégalité, et malgré le danger qu’ils prennent compte tenu du problème structurel. » L’office HLM dit avoir « déclenché une procédure contentieuse afin d’aboutir au plus vite à une expulsion. »

    Le bureau Déontologie et Enquêtes de la Police nationale a lui débuté ses investigations.

  • À Marseille, une école de danse contrainte de quitter ses locaux du diocèse

    À Marseille, une école de danse contrainte de quitter ses locaux du diocèse

    À Marseille, l’école de danse dirigée par Nathalie Setz est menacée d’expulsion après vingt ans d’occupation des mêmes locaux, sans que les raisons n’en aient été précisées à la directrice. « Le diocèse veut récupérer son bâtiment pour en faire ce qu’il veut. “Je n’ai pas besoin de savoir”, m’ont-ils dit », rapporte-t-elle.

    Pendant longtemps, son interlocuteur n’était pas directement le diocèse, mais le patronage Vauban, qui occupe le local du rez-de-chaussée et avec lequel elle avait passé une convention d’occupation. Ce dernier aurait toutefois rompu cet accord pour éviter d’être impliqué dans un éventuel contentieux, selon la directrice. « Ils se sont retirés, mais ils sont toujours là en vérité. Ils se sont couverts par le diocèse », estime la directrice, qui se retrouve seule face au propriétaire, sans véritable contrat.

    Plusieurs éléments laissent penser que ce départ forcé pourrait être lié à un projet d’installation du bar à tapas Gigi Marseille dans ces locaux : la police serait intervenue à trois reprises pour un transfert de licence 4, autorisant la vente d’alcool.

    Le diocèse a proposé

    une solution

    Face au refus du diocèse de la maintenir dans les lieux jusqu’à sa retraite, Nathalie Setz dit traverser une période difficile : « Mentalement et moralement, je suis parfois à l’envers. Ça me met une pression terrible, alors que j’ai tout donné pour cette école. » Une inquiétude partagée par ses élèves, dont certains suivent ses cours depuis des années, et ce plusieurs fois par semaine. « Les diocèses font normalement énormément de choses pour nous, les seniors. Mais là, ça me choque », confie Angélika Imbert, 75 ans, élève de l’école. Jean-Philippe Imbert, 78 ans, professeur de philosophie retraité, y voit aussi un lieu essentiel pour son bien-être : « Nathalie me permet de rester en forme. Et je ne vois quasiment pas de kinésithérapeutes. »

    Le diocèse a néanmoins proposé une solution : un relogement dans un autre bâtiment de l’Église. Mais, arrivée sur place, Nathalie Setz constate que cela est impossible : « À la salle du Roucas Blanc au CMA, on me propose seulement un créneau de 18h à 20h le vendredi. »

    Depuis décembre, la directrice verse ses loyers sur un compte verrouillé géré par son avocate, faute de cadre contractuel officiel. Une audience en référé est prévue le 1er juillet pour déterminer la légalité de cette expulsion. Sollicités, le diocèse et le patronage Vauban ont indiqué préférer s’abstenir de tout commentaire, l’affaire étant désormais entre les mains de la justice.

  • [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    [Entretien] Sophie Trochet : « Une attaque des libertés syndicales et d’expression » dans l’Aude

    La Marseillaise : Vous avez été reçue le 22 mai en préfecture. Quelle était votre requête ?

    Sophie Trochet : Faire remonter au préfet de l’Aude qu’on a besoin de faire légiférer de façon urgente sur le sujet des Bourses du travail. Cela peut se faire par décret ou ordonnances progressistes, comme pour la Sécurité sociale, pour sacraliser les Bourses du travail et Maisons des syndicats. Ce sont des locaux interprofessionnels qui ne sont pas prévus par le Code du travail. À minuit moins une avant la possible arrivée du RN au pouvoir, c’est une question de liberté d’expression et de liberté syndicale.

    Pourquoi le maire RN veut-il expulser l’UL et l’UD CGT ?

    S.T. : Tout est parti en avril d’une manifestation de jeunes contre l’extrême droite pour laquelle la CGT, FSU, Solidaires et la CFDT ont affiché leur solidarité. Le maire Christophe Barthès a annoncé couper nos subventions et nous expulser des locaux. Le 5 mai, on reçoit un premier courrier pour justifier de notre titre d’occupation sous peine de procédure d’expulsion à compter du 13 mai. Il se trouve qu’il y a eu un quiproquo. En 2023, au moment de signer une nouvelle convention avec l’ancienne municipalité, on leur avait signalé des travaux à réaliser, du coup ils ne nous l’ont pas envoyée et on ne l’a pas signée. Ceci dit, on a des archives de 1938 qui indiquent qu’on est là depuis 89 ans !

    Une Bourse du travail sans syndicat, quel intérêt ?

    S.T. : Le but d’une Bourse du travail est d’y loger les syndicats, d’avoir un échange de coordination, de faire de la formation syndicale, économique et sociale (obligatoire pour les élus CSE) et d’accueillir les salariés sans représentation syndicale (entreprises de moins de 11 salariés). Or, les très petites entreprises (TPE) forment la majorité du tissu économique de l’Aude. On a aussi les inspections du travail qui nous envoient régulièrement des salariés pour les aider à monter leurs dossiers aux prud’hommes surchargés. On héberge aussi plusieurs boîtes aux lettres d’associations et les précieuses archives de l’Institut de l’Histoire sociale de la CGT.

    Pourquoi la CGT est-elle la seule ciblée ?

    S.T. : La LDH l’a été aussi. C’est une bataille idéologique. La mairie RN se cache derrière une soi-disant absence de titre. En fait, la CGT dérange car elle affirme ses valeurs de solidarité envers tous les salariés en disant que le RN c’est l’inverse : le repli sur soi, la haine de l’autre, la division des travailleurs et c’est pro-patronat. On invite les citoyens à être curieux. Le RN a voté contre l’augmentation du Smic, des pensions, contre l’indexation des salaires sur les prix. Contre toutes les mesures qui pouvaient donner du souffle aux salariés et retraités. Sans parler que ce parti, fondé par des anciens de l’OAS, est issu du fascisme. Le RN fait même du révisionnisme. Le 1er-Mai, il fête Jeanne d’Arc plutôt que les luttes des travailleurs. S’ils peuvent virer la CGT, ils continueront. On ne lâchera rien.

    Quelle est la date butoir ?

    S.T. : Un courrier nous a signifié notre sortie au 1er juin. On a une intersyndicale solide*. On a fait un courrier commun aux ministres du Travail et de l’Intérieur qui demande à ce que l’État prenne le dossier à bras-le-corps contre cette attaque des libertés syndicales et d’expression.

    * Un rassemblement intersyndical s’est tenu devant la mairie jeudi 28 mai.