[Entretien] Frédéric Souillot, FO : « Pour Fibre Excellence, la bataille n’est pas finie »

La Marseillaise : Comment appréciez-vous le niveau de mobilisation de ce 15 septembre ?

Frédéric Souillot : C’est un excellent niveau de mobilisation dans les IEG (Industries électriques et gazières). Il y avait aussi les retraités. Car le tarif agent qui est remis en cause, c’est leur contrat social. Cet été, quand il y a eu des incendies partout, quand il y a eu la canicule dans les hôpitaux, ils sont venus d’astreinte pour remettre tout en route. Ils remplissent une mission de service public en étant sous convention collective. J’ai entendu le Premier ministre les féliciter, comme dans la santé. C’est une vraie richesse à chaque crise et après, sous l’angle économique, ça devient un coût.

Ces métiers manquent d’attractivité. Quelle est la solution ?

F.S. : à chaque fois qu’il y a un concours d’entrée dans la fonction publique, il manque un tiers des candidats. Or, dans la fonction publique c’est un investissement et ça garantit la cohésion sociale de la République. Comment va-t-on chercher les 1,3 million de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’éducation nationale ? C’est une vraie perte pour la nation. Ils sont souvent récupérés par l’économie parallèle. Comment on les ramène ? Comment on leur propose une vraie carrière avec de l’évolution professionnelle ? On travaille dessus avec la négociation d’un accord national interpro. On a remis au goût du jour l’Arpe (Allocation de remplacement pour l’emploi) : le départ de deux anciens pour l’embauche d’un jeune et où on peut accepter des aides publiques. Et parallèlement, une retraite progressive dès 60 ans.

Pensez-vous qu’il soit encore possible de dialoguer avec le gouvernement ?

F.S. : Le gouvernement va présenter un budget au Parlement, on verra bien ce qu’il y a dedans. Depuis 2017, il repousse les corps intermédiaires. Mais même les organisations patronales disent qu’il faut redonner sa place à la démocratie sociale et à la négociation collective. C’est pour cela que nous les avons reçues à FO et que nous avons discuté d’un agenda social autonome. Le premier sujet sur lequel on veut discuter, c’est comment on se projette : comment on parle de modèle productif à vingt ans ?

On parle beaucoup de réindustrialisation, mais des usines ferment. Quels sujets seront abordés lors de la Journée de l’industrie de FO, le 8 octobre ?

F.S. : Les politiques en parlent comme un slogan juste avant les élections. Maintenant, pour revenir sur les déserts industriels, il faut passer aux actes. Notre projection pour la réindustrialisation, c’est commencer par se demander comment on revoit le Conseil national de l’industrie ? Il y a 20 ans, il a été créé pour mettre en place des filières de branche. Aujourd’hui, il n’est plus au goût du jour. Il faut repenser la politique industrielle, avec la transition énergétique, mais surtout, il faut en discuter avec les travailleurs pour mettre socialement les choses en place. Si on avait fait de la politique écologique dans les années 2000, on aurait peut-être avancé sur ces questions. Aujourd’hui, on nous parle de fermer des sites.

Quel avenir pour Fibre Excellence à Saint-Gaudens et à Tarascon ?

F.S. : à Tarascon, la seule organisation syndicale qui avait proposé la nationalisation temporaire le temps qu’on trouve un repreneur, de faire des investissements pour modifier les sites industriels pour faire de la pâte à papier plus valorisée, c’est FO. Aujourd’hui, il y a liquidation. à Saint-Gaudens, la Région Occitanie et d’autres organisations syndicales la demandent. On continue à suivre ce dossier. Ce qu’on dit au ministre de l’Industrie, c’est : trouvez un papetier et nous, avec la Région Paca, la CCI d’Arles, on trouvera des investisseurs. Ce sont 270 familles qui sont concernées. Et à Tarascon, retrouver un emploi… C’est déjà un désert industriel ! Nous sommes toujours dans les starting-blocks. Il n’y a pas plus tard que deux jours, nous avons interpellé le préfet. La bataille ne peut pas être finie. Il y a eu des investissements, si ça s’arrête, c’est de l’argent jeté par les fenêtres.

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