Les colères lycéennes se font entendre sur le pavé depuis mi-septembre, portées par une soif de justice sociale : nos jeunes veulent pouvoir étudier dans de bonnes conditions, avec un professeur dans chaque classe, dans des locaux décents, ne plus dépendre d’un système sélectif opaque et d’emplois du temps délirants. Ils aspirent à voir se concrétiser la promesse de l’égalité républicaine, dans une société où les pouvoirs publics actuels tournent le dos à cette visée. Cette aspiration à la justice sociale anime également les retraités syndiqués, mobilisés ce mercredi pour leurs pensions. Nos anciens, comme nos jeunes, veulent vivre dignement, s’occuper en bonne santé de leurs petits-enfants, apporter à la société leur savoir-faire et leur expérience. Or, les pensions de retraite sont au rabais et le projet de loi de finances pour 2027, le budget de la nation, prévoit de taper encore dur sur les revenus de nos aînés. Mais jeunes et anciens ne tombent pas dans le piège de la division. Ils font vivre des convergences dans les luttes et prennent date.
Ch.C.
Bouches-du-Rhône
C’est devant le siège du Medef, à Marseille, que les retraités de l’intersyndicale des Bouches-du-Rhône ont choisi de manifester pour demander la revalorisation des retraites au niveau de l’inflation. « On est tous très en colère », clame Josette Biancheri (USR CGT), remontée contre la répartition des actifs de la caisse de retraite complémentaire dans des produits financiers.
« L’Agirc-Arrco a placé 90 milliards d’euros en bourse. C’est l’argent qui a été produit pendant que nous étions en activité, il doit nous revenir ! », soutient la retraitée, qui demande à « ce qu’on ne gèle pas le point de retraite ». Un sentiment d’injustice partagé par les participants, qui dénoncent « la baisse du pouvoir d’achat entamée en 2010 et qui s’accentue depuis 2017 ».
Patronat et gouvernement main dans la main
Ils déplorent plus largement les dysfonctionnements du service public. « Ça n’a échappé à personne que le patronat et le gouvernement sont main dans la main pour défendre des intérêts communs », expose Josiane Dragoni (FSU). Roselyne Garcia (Solidaires) dénonce « la capitalisation dans laquelle avance le patronat, le Medef et le gouvernement », défendant que « s’attaquer au montant des retraites, c’est attaquer le fondement même de notre système de retraite ».
« On est complètement opposé au budget en cours et l’Agirc-Arrco n’est qu’une étape dans ce processus », affirment les trois retraitées, qui appellent à une convergence intergénérationnelle. « La démonstration est faite qu’il n’y a pas d’opposition entre les revendications des jeunes, des salariés et des retraités, parce que nous ne faisons pas partie de la dépense publique », constatent-elles. « La jeunesse a tout compris de l’avenir qui lui est réservé », conclut Roselyne en désignant par là « les services publics sacrifiés comme l’éducation nationale ».
Var
Rassemblés devant les locaux toulonnais de l’Agirc-Arrco, les retraités alertent sur la dégradation de leurs conditions de vie avec ce message clair : le refus d’être une nouvelle fois mis à contribution. « Notre pouvoir d’achat est en baisse. Nos pensions ne sont pas revalorisées et tout augmente », déplore Nadine Nazzi (CGT). Une diminution des ressources qu’elle met en parallèle avec les dividendes versés aux actionnaires des grands groupes, comme Total, qui eux n’ont fait que croître. « Il y a de quoi être remonté », estime-t-elle.
Avec des conséquences sur leur quotidien bien réelles. « Il y a des retraités qui nous disent qu’ils ne sortent plus, qu’ils ne prennent plus la voiture, d’autres qui ne se chauffent plus ou qui ne font qu’un repas par jour », dénonce Brigitte Cheinet (CGT). Une précarisation qui ne concerne pas uniquement les retraités les plus modestes, mais aussi les classes moyennes qui se retrouvent elles aussi fragilisées, prend soin de préciser Gilberte Mandon (FSU).
Revendications légitimes
Christian Godmet (Solidaires) critique les mesures envisagées pour les retraites, notamment la sous-indexation des pensions de base des retraités percevant plus de 1 260 euros par mois.
L’occasion pour tous de rappeler que les difficultés rencontrées par les différentes générations se rejoignent. « Les minots, on les soutient complètement, leurs revendications sont légitimes », affirme Nadine Nazzi, en fustigeant une société qui privilégie les dépenses militaires au détriment de l’éducation.
Pour Alain Bolla, (CGT), l’objectif gouvernemental d’économiser 54 milliards d’euros va impacter le pouvoir de vivre des retraités, des salariés et des jeunes. « Il faut donc que le monde du travail embraye, c’est ce à quoi on travaille », conclut Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’Union départementale CGT, en mettant en avant une véritable convergence des luttes.
Vaucluse
Devant l’Agirc-Arrco d’Avignon, ils sont une soixantaine à être venus défendre les droits des retraités. Plusieurs d’entre eux ont accompagné lycéens et étudiants, ces derniers jours, dans les manifestations. Parmi eux, Claude Guigue, ancien employé de la SEPR Saint-Gobain, fulmine : « J’ai travaillé avec des produits chimiques toute ma vie et autour de moi, je vois des maladies en pagaille. Mon père est mort à 60 ans de la silicose. J’ai une petite-fille de 23 ans, c’est pour elle que je me mobilise. »
Derrière la banderole, Alain Grangé, également militant CGT et membre du PCF, évoque comme réponse un « salaire à vie ». « Dans retraite, il y a l’évocation de la mise en retrait et on devient un coût, plus un investissement. Et cela compte aussi pour les jeunes. » Une partie des manifestants confie prévoir de participer à la manifestation du 17 octobre, mais à titre personnel. Une vingtaine de retraités vauclusiens se rendront également à Paris, le 19 novembre.
Aux côtés de la CGT se trouve également Daniel Gressier, de la FSU retraités. Venu apporter son soutien, il rappelle que de « nombreux agents de la fonction publique ont aussi travaillé dans le privé et sont concernés par ces évolutions ». Daniel Gressier rappelle également que les revendications des lycéens et étudiants sont largement partagées. « Les remarques et revendications sont les mêmes que celles des salariés de l’éducation nationale, entre remplacements demandés et locaux dégradés », expose-t-il.
« Une fable »
« Le gouvernement tente par tous les moyens d’opposer les uns contre les autres. D’un côté, les jeunes à qui on promettait un avenir, mais qui sont sacrifiés. De l’autre, les boomers, ces retraités trop gourmands qui coûtent trop cher. Il y en a assez, cette mise en opposition est une fable », abonde Laurence de Villèle, secrétaire générale CGT de Vaucluse.
Hautes-alpes
La délégation de l’Union syndicale des retraités CGT des Hautes-Alpes s’est rendue au siège de l’Union pour les entreprises, à Gap. Le syndicat a pu rencontrer la secrétaire générale de l’organisation patronale pour lui remettre une pétition reprenant leurs revendications, signée par plus d’une centaine de Haut-Alpins. « C’est pas mal pour notre petit département », souligne Michel Caussemille.
La pétition demande une revalorisation des pensions complémentaires Agirc-Arrco afin de restaurer le pouvoir d’achat perdu par les retraités depuis 2020. « L’Agirc-Arrco possède 116,6 milliards d’euros de réserves, équivalent de 14 mois de pensions, précise le syndicat. Il faut sortir du pilotage financier de ce régime de retraite complémentaire. L’argent appartient aux retraités, est issu de leur travail, ils doivent pouvoir en bénéficier. »
« Les retraités en prennent plein la gueule, nous sommes la cible du gouvernement et du patronat », estime Philippe Cottet, qui rappelle que la majorité d’entre eux sont sous le Smic. « C’est scandaleux qu’on puisse dire qu’un retraité qui reçoit 2 000 euros par mois est riche, complète Michel Caussemille. Vue l’inflation des prix des loyers et de l’essence, c’est le minimum pour vivre ! »
Les syndiqués sont tous solidaires des luttes lycéennes : « Leurs revendications, c’est les nôtres ! », affirme le retraité. « Le mouvement des jeunes dépasse ses revendications, poursuit Philippe Cottet. Il montre un malaise beaucoup plus global sur leur avenir et sur le présent anxiogène. » Ils espèrent que la manifestation du 5 novembre, présentée comme celle de « la convergence des luttes », sera une date charnière. Un tournant où « tout s’enclenchera ».