Tag: Industrie

  • Les briquettes, un patrimoine de l’Uzège à redécouvrir

    Les briquettes, un patrimoine de l’Uzège à redécouvrir

    « Le constat que j’ai fait, c’est qu’il ne reste presque rien de cette histoire industrielle », regrette Brigitte Chimier, la conservatrice du musée Georges Borias. Pourtant, la fabrication de ces briquettes réfractaires, utilisées dans toutes les industries, a permis l’essor économique de l’Uzège au XIXe siècle.

    À l’époque, face à l’industrialisation du pays, une nouvelle utilité à l’argile locale est trouvée. « On savait depuis longtemps que l’argile ici était très résistante à la chaleur, puisque, apparemment, dès le Moyen-Âge, c’était un argument de vente pour les potiers d’ici, notamment ceux de Saint-Quentin-la-Poterie. Ils vendaient leur marmite un peu partout, y compris à Avignon auprès des papes, puisque leurs marmites tenaient mieux sur le feu, parce que l’argile était réfractaire », explique Brigitte Chimier. Pour construire des fours, les hauts fourneaux et des cheminées au XIXe siècle, les matériaux résistants à de très hautes températures sont recherchés. L’argile de l’Uzège, capable de résister jusqu’à 1 750°C, devient dès lors très prisée. Petit à petit, les potiers disparaissent dans la région laissant la place à une nouvelle utilisation de l’argile.

    Des briqueteries sont alors créées dans les villages, au plus près des gisements. Mais elles ne tiendront pas longtemps : de gros industriels décident de les racheter pour avoir la main sur la production. Finalement, ces briqueteries vont accompagner le déclin de l’industrie en France à partir de la deuxième moitié du XXe siècle. La dernière usine à Uzès ferme en 2003.

    Faire renaître le passé industriel

    Sauf que depuis plus de vingt ans, les briquettes, qui étaient toutes marquées par leur fabricant, disparaissent avec les destructions d’usine. Brigitte Chimier se met alors en quête d’en collecter pour présenter cette histoire industrielle aux habitants. De nombreux dons affluent de personnes qui ont récupéré ces briquettes dans leur jardin ou lors d’une visite. Et les marquages réalisés par les industriels permettent d’estimer le lieu et l’année de production.

    L’exposition* retrace ainsi à travers ces briquettes l’histoire de l’industrie de l’Uzège. « Nous avons des panneaux qui expliquent l’histoire de ces différentes briqueteries, des échantillons des productions des différentes usines et un peu d’outillage aussi, notamment les outils des mineurs de terre, puisqu’avant de fabriquer les briques, il fallait trouver de l’argile, c’était le métier des mineurs de terre. Nous avons aussi beaucoup de documents d’archives. Et nous proposons également un regard artistique, puisqu’on a la chance d’avoir toute une série de photographies d’anciennes briqueteries réalisées par Dominique Claret. On sent à travers ces photos la force des lieux et tout le poids de cette mémoire », détaille Brigitte Chimier. Le tout est à retrouver au musée Georges Borias jusqu’au 31 décembre.

    * Ouvert du mercredi au dimanche (de 14h à 18h). Fermé les 31 octobre-1er novembre et le 25 décembre. Entrée : 3 euros, gratuit pour les moins de 15 ans.

  • À La Seyne, les Amis du Laborieux sont prêts à reprendre les rênes

    À La Seyne, les Amis du Laborieux sont prêts à reprendre les rênes

    C’est un article paru récemment chez notre confrère Var Matin qui a mis le feu aux poudres. Le président de l’association Les Amis du Laborieux laissant entendre une probable dissolution de la structure. Remontés, les adhérents ont donc à leur tour pris la plume pour affirmer leur volonté à poursuivre l’activité de sauvegarde d’un des vestiges qui témoigne de la grandeur industrielle passée de l’ex-Cité des Chantiers : la restauration de ce remorqueur labellisé « Bateau d’intérêt patrimonial » (BIP).

    Construit entre 1946 et 1947 par les apprentis des Forges et Chantiers de la Méditerranée, ce « pousseur » a acheminé des tonnes de pièces et transporté les ouvriers dans la rade jusqu’à la fermeture des chantiers navals, en 1989.

    Laissé à l’abandon pendant 32 ans près du fort Balaguier, le bateau avait déjà subi les ravages de la rouille avant la création des Amis du Laborieux, en 2021. Depuis, des milliers d’heures de travail ont été consacrées à sa réhabilitation par les bénévoles, parmi lesquels d’anciens salariés des Chantiers, avec l’aide d’élèves du lycée Langevin (classe de ferronnerie et de menuiserie) et du CFA.

    C’est pourquoi les propos de Marc Lefèbvre, président-fondateur de l’association, créent tant de remous.

    En s’adressant directement à lui, les adhérents lui renouvellent leur estime et lui reconnaissent le droit de vouloir s’arrêter. Mais tiennent aussitôt à préciser : « Nous sommes nombreux à vouloir continuer et sommes prêts à assumer les responsabilités qui en découlent. »

    Ils lui demandent donc de convoquer le plus rapidement possible une assemblée générale, pour accepter officiellement sa démission et élire un nouveau conseil d’administration. Sans quoi, préviennent-ils, ils prendront eux-mêmes l’initiative.

  • Trophées Toulon Provence Méditerranée : l’excellence du territoire sous les projecteurs

    Trophées Toulon Provence Méditerranée : l’excellence du territoire sous les projecteurs

    « C’est un condensé d’excellence, d’innovation et d’audace », déclare en préambule la présidente de la Métropole toulonnaise, avant que ne soient décernées les étoiles aux lauréats 2026 des Trophées TPM. Ils célèbrent chaque année les acteurs économiques, culturels, industriels, gastronomiques, sportifs et solidaires du territoire. Et de poursuivre : « Vous nous rendez très fiers : vous formez ce tissu économique local dont chaque brin compte, un écosystème vertueux et dynamique. »

    L’occasion de mettre en avant « un territoire solide, fertile, qui offre en plus une qualité de vie précieuse ». Mais aussi l’une des compétences de la collectivité qui est d’accompagner le développement des filières d’excellence et d’avenir. Josée Massi a rappelé au passage « les opportunités que va présenter la construction du futur porte-avions France-Libre », comme levier pour l’emploi notamment. Et a salué le rapprochement opéré entre l’enseignement et les acteurs économiques « qui renforce les compétences locales et donne envie de rester sur la métropole ».

    Pour construire l’avenir

    La présidente de TPM est revenue également sur « les pépites agricoles » en insistant sur l’importance qui doit être accordée à l’économie en circuit court.

    Et de conclure : « Notre avenir se construit ensemble en s’appuyant sur les talents, les savoir-faire, avec l’ambition de faire de Toulon-Provence-Méditerranée un territoire plus attractif, plus solidaire, durable où chacune et chacun peut vivre, étudier, travailler, entreprendre et s’épanouir. »

    Dans la catégorie économie circulaire et développement durable, l’étoile a été remise à Dylan Casasnovas, de Plastic & Fils basé au Pradet, un studio de design qui est spécialisé dans le recyclage des déchets et dans la production de mobiliers et d’objets. « Le process est assez simple, on récupère les déchets ici, au local, pour les refondre sous forme de plaques. » Une matière première qui permet à la société de développer des objets ou du mobilier d’intérieur comme d’extérieur.

    Dans la catégorie sport et santé, c’est Erwan Jauffroy, l’athlète toulonnais qui vient de réaliser cet été, la traversée de la Manche en foil, à qui il est revenu le privilège de remettre le prix au docteur Jean-Jacques Raymond, le responsable du service de médecine et de traumatologie du sport de l’hôpital de Sainte-Musse. Une unité qui s’inscrit dans une mission de service public visant à rendre accessibles des soins spécialisés aux sportifs de tous niveaux (professionnels ou amateurs), en proposant un parcours de soins complet. Avec un projet spécifique de prise en charge de la commotion cérébrale.

    Encore une belle moisson de talents récompensés cette année.

  • À Fos-sur-Mer, La concertation s’ouvre pour un pipeline d’hydrogène

    À Fos-sur-Mer, La concertation s’ouvre pour un pipeline d’hydrogène

    Le projet est titanesque : 820 km de pipe line, 512 communes traversées réparties dans cinq régions et douze départements de France, des Bouches-du-Rhône à la Moselle. La concertation publique du projet Hy-Fen, porté par NaTran, s’est ouverte lundi 28 septembre et s’achèvera le 20 décembre prochain.

    Cette infrastructure, qui doit transporter 2 millions de tonnes d’hydrogène par an, formerait un axe majeur à l’échelle européenne, reliant des zones de production importantes, situées notamment dans la péninsule ibérique, et des zones de consommation industrielle en France et dans le Nord de l’Europe. « L’acier, pour se décarboner, va avoir besoin d’hydrogène vert, détaille Anthony Mazzenga. La molécule servira aussi à la production de carburants de synthèses (e-saf) qui pourront se substituer aux carburants fossiles. » Le directeur développement chez NaTran défend un projet « structurant » pour la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, pour la volée de la chimie et les nombreuses industries situées dans le Grand-Est. « Hy-Fen a vocation à être une infrastructure ouverte pour accueillir de nouveaux industriels le long du parcours et faire bénéficier à la France d’une attractivité industrielle », poursuit-il.

    Le projet se pose également comme un maillon essentiel du corridor européen H2Med, et est soutenu par l’Union européenne qui s’est fixé l’objectif d’atteindre 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable produites sur son territoire d’ici à 2030, et de couvrir 20 à 25% de la demande énergétique d’ici à 2050.

    Sur le terrain, les études ont commencé depuis plusieurs mois et se poursuivront jusqu’en 2030. Le périmètre du tracé est en cours d’élaboration, sur une largeur de 5 à 6 km. La concertation « doit permettre de le réduire dans une logique de moindre impact », explique Agnès Sindou-Faurie, déléguée territoriale Rhône Méditerranée chez Natran. Fos-sur-Mer a une place toute particulière dans ce parcours, puisqu’elle sera la zone d’atterrage du tuyau. La mise en service fonctionnelle est prévue en 2032.

  • [Fibre Excellence] En Haute-Garonne, l’usine de Saint Gaudens est soutenue

    [Fibre Excellence] En Haute-Garonne, l’usine de Saint Gaudens est soutenue

    Les 270 salariés de l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens ont remporté une première victoire, le 15 septembre, avec la décision du tribunal de commerce de Toulouse d’accorder trois mois d’activités supplémentaire.

    Dans un entretien à La Marseillaise, le 18 septembre, la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS) affirme que les deux sites du seul producteur de pâte à papier en France, Tarascon et Saint-Gaudens, doivent être appréhendés de concert, même si le premier est désormais fermé : « J’ai défendu jusqu’au bout auprès du tribunal la solution des deux sites. Aujourd’hui je pense aux salariés de Tarascon qui ont perdu leur emploi. On ne les laissera pas tomber : pour garantir la sécurité du site, pour empêcher son démantèlement et proposer un nouveau projet avec la Région Sud. »

    Offre déposée d’ici le 22 octobre

    Pour Carole Delga, les trois mois supplémentaires obtenus pour l’usine de Saint-Gaudens, « sont une nouvelle bataille gagnée pour l’avenir de Fibre Excellence ». La décision du tribunal de commerce de Toulouse a été rendue possible par les financements mobilisés par la Région (3,5 millions d’euros), qui a également obtenu l’engagement de l’État (2 millions d’euros), pour assurer la continuité de l’activité jusqu’en décembre. Une nouvelle offre devra être déposée d’ici le 22 octobre et sera examinée lors d’une audience début novembre. Dans l’intervalle, la Région poursuivra le travail engagé aux côtés des industriels. « Nous avons un projet solide, pérenne et rentable et les conditions sont aujourd’hui réunies pour avancer », précise Carole Delga. L’industriel alsacien, Soprema et un groupe portugais font partie du tour de table. Au total, la Région Occitanie mobilisera 13 millions d’euros et, à ce stade, le projet industriel de reprise se chiffre déjà à 90 millions d’euros. « Nous resterons aux côtés des industriels et des salariés jusqu’au bout pour assurer l’avenir du dernier producteur français de pâte à papier », insiste la présidente de la Région Occitanie. Un enjeu de souveraineté industrielle.

  • [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    [Fibre Excellence] Des sous-traitants inquiets et des fonctionnaires rapatriés

    « On parle de 5 000 emplois induits pour la filière bois, mais il y a aussi tous nos prestataires de services qui commencent à sérieusement sentir les conséquences de l’arrêt de la production », explique Romain Omont, qui travaille depuis 2004 sur le site.

    « Les sociétés Ortec, ou la SAS Phénix pour le nettoyage industriel, la société Someca pour la maintenance mécanique, Soprobois qui assure la récolte et le transport de bois en circuits courts en Paca et Occitanie… », commence à lister un autre ouvrier. Et lundi 21 septembre, deux d’entre elles se sont cassés le nez sur la barrière tenue fermée par les employés de Realtec. La représentante de Chimirec qui traite les produits stockés sur le site dans des conteneurs n’a pas pu accéder à son matériel et restait « dans l’expectative d’une réponse des liquidateurs. Car on ne sait pas sur quel pied danser ».

    Encore moins heureux en manœuvre, le chargé d’affaires de la société d’échafaudages Soprovise s’est également vu refuser l’entrée sur le site où il dispose d’un local cadenassé dans lequel est entreposé du matériel de son entreprise. Les salariés présents dans l’usine témoignent d’un portail fracturé et ils ont « photographié des salariés de Realtec en train d’embarquer des parties d’échafaudage dans un conteneur ». Jean-Michel Bulinge explique encore : « Il nous a dit qu’il devait déposer une plainte pour du matériel saccagé et utilisé. »

    Du côté casse sociale, les inquiétudes sont lourdes et les effets sont en passe de se produire à la chaîne.

    Un scandale d’État

    En conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille, ce mercredi, François Canu, secrétaire de l’UD CGT 13 s’est aussi alarmé : « Ils liquident Fibre Excellence Tarascon en ce moment. Les Finances publiques ont déjà rapatrié à Marseille les 20 postes qui étaient implantées sur le territoire de Tarascon. Quand on dit qu’il y a la suppression de 270 d’emplois, ce n’est pas seulement 270 emplois mais 5 000 indirects et induits. » René Sale, pour l’UD FO 13, abonde : « C’est un scandale d’État qui a donné plus de 130 millions à un actionnaire voyou. Durant l’été, nous avons dit à de nombreuses reprises au Préfet que les seuls à même de sécuriser le site étaient les salariés du site. Aujourd’hui, l’État envoie l’Ademe après que des produits toxiques se sont déversés dans les eaux du Rhône. Le mandataire liquidateur est un croque-mort et corbeau qui spolie les salariés. » Une liquidation trop abrupte qui crée du chômage par ruissellement…

  • Un plan pour relancer Fibre Excellence

    Un plan pour relancer Fibre Excellence

    « Il y a un projet viable avec un investissement à hauteur de 30 millions d’euros pour le redémarrage car aujourd’hui l’outil est fonctionnel », défend François Batista, secrétaire général de l’UD CGT 13, sur le parking devant l’usine où une vingtaine de salariés et leurs syndicats CGT et FO étaient réunis en assemblée générale. « Mais il y a urgence à agir », insistent les salariés de plus en plus inquiets de voir chaque jour les employés de la société Realtec vider leur usine de toute sorte de matériels et convaincus que les liquidateurs « veulent rendre le site inutilisable ».

    Dans un 8e arrêté depuis début septembre, pris le 22 septembre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski précisait bien que les mandataires devaient avoir quitté le terrain pour laisser l’Ademe prendre le relais sur la mise en sécurité du site au 1er octobre. En attendant, ces derniers accélèrent la cadence. Ce mercredi 23 septembre, c’est le piquet de grève des salariés qui a été dégagé, les réfrigérateurs jetés dans l’herbe à l’entrée du site, alors que des ex-salariés de Fibre Excellence continuent gracieusement à veiller au bon fonctionnement de l’outil industriel pour éviter tout accident. « Les câblages en cuivre, l’outillage, on assiste chaque jour à un nouveau pillage, alors que leur mission c’était d’enlever les produits dangereux et les 18 000 tonnes de bois », dénonce le secrétaire général de l’UD CGT 13, qui ne se privera pas de déposer une plainte pour le vol du matériel du CSE, a priori sans danger ni pour l’environnement, ni pour la population.

    Déterminés à défendre leur projet pour la viabilité du site et de toute la filière bois et papeterie, les deux syndicats CGT et FO faisaient le point avec une poignée d’ouvriers. « Là où les autres projets ont pataugé, c’est qu’ils étaient suspendus au prix du kwh, alors qu’on n’en a pas besoin », plaide le syndicaliste. « Le nouveau projet s’appuie sur la réduction des coûts des matières premières et la qualité de la pâte, détaille Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT Fibre Excellence, moins de matière première et plus de tonnage car on travaille sur la valorisation des déchets. » Adrian Arcangeli, délégué syndical FO Fibre Excellence, précise : « Nous nous nous intégrons dans la filière du recyclage et comme la loi impose aux marchands de barquettes de changer de produits, nous proposons du made in France. »

    Un silence institutionnel

    Les salariés sont abasourdis par le « silence institutionnel » autour de l’avenir de Fibre Excellence à Tarascon. A contrario de la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, qui s’est engagée financièrement et dans la recherche de repreneurs pour le site de Saint-Gaudens, le président (Ren.) Renaud Muselier de la région Sud montre peu d’empressement à se porter au secours de l’usine de Tarascon, certes située aux confins de Paca. Interpellé par les salariés sur son niveau d’engagement, « il ne nous a pas encore fixé de rendez-vous, mais la Région aurait un projet sur le site, qui ne serait pas de la production de pâte à papier. Et on sait que la position stratégique de l’usine intéresse les groupes logistiques », craint Jean-Michel Bulinge.

    Leur tendre l’oreille serait pourtant intéressant. Alors que le nombre d’usines de production de papier en Europe est passé de 296 unités de production en 1991 à 129 aujourd’hui, un seuil critique est atteint. De quoi aggraver la dépendance aux importations. Un abandon du site de Tarascon menacerait une capacité stratégique dans la filière bois-papeterie, soit la mise en danger de près de 5 000 salariés induits. La filière du recyclage bois représente également un gisement de valorisation des déchets qui alimente 71% de l’industrie papetière. Et à Tarascon, les 180 millions d’euros d’investissements auraient juste été un coup d’épée dans l’eau ?

  • Une bataille pour l’avenir de l’industrie

    Une bataille pour l’avenir de l’industrie

    Le combat des travailleurs et de leurs syndicats pour l’avenir industriel du site Fibre Excellence de Tarascon, liquidé brutalement le 30 juillet, est exemplaire.

    Profondément attachés à leur outil de travail, leur savoir-faire et à ce métier de fabrication de pâte à papier, ces femmes et ces hommes, jetés comme des malpropres au nom de l’inique loi du profit, sont en train de sauver l’essentiel. À savoir un possible (et souhaitable) avenir pour l’activité industrielle dans un département, les Bouches-du-Rhône, blessé par des décennies de désindustrialisation.

    Des usines ici c’est préserver l’environnement

    Leur lutte n’est pas strictement locale. Comme l’a souligné dans nos colonnes la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, l’usine de Tarascon « produit 40% de la pâte à papier française. L’arrêter, c’est se mettre en situation de dépendance et augmenter encore nos importations ».

    Contrairement à l’idée fausse qui oppose « fin de mois » et « fin du monde », le maintien et le développement de l’emploi industriel, ici, permet de préserver l’environnement à condition de respecter les travailleurs, les habitants, et d’assurer pour cela toutes les mesures de sécurité. Cela oblige à un bras de fer permanent.

    Autre donnée importante de l’équation sur l’avenir de l’unique producteur français de pâte à papier, l’autre usine Fibre Excellence. Implantée en Haute-Garonne sur la commune de Saint-Gaudens, elle est en passe d’être maintenue et développée grâce à un projet de reprise. Dans ce dossier, les outils de la Région Occitanie, collectivité gérée par la gauche, sont moteurs pour fédérer les industriels et mettre le gouvernement devant ses responsabilités. Cela s’appelle avoir le sens de l’intérêt général.

  • Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    Il travaille « bénévolement » pour sécuriser Fibre Excellence

    « Si l’usine redémarre avec un investissement, je remettrai avec une immense joie un pied à l’étrier, assure Nicolas, mais là je ne sais plus où je vais », regrette-t-il dans un sentiment mêlé de colère, d’injustice et de dépit dans ces jours d’incertitude. Dénonçant « l’incurie » des liquidateurs, l’État a déclaré reprendre le contrôle du site Seveso vendredi 18 septembre, mais lundi 21, la Selas Egide et associés serrait encore ses griffes sur l’usine.

    La liquidation, un choc

    Opérateur de régénération sur la chaîne d’évaporation, Nicolas fait partie des huit derniers salariés de Fibre Excellence Provence qui veillent « bénévolement et en conscience » à la sécurité du site depuis qu’ils ont décidé, avec le syndicat CGT, de le réinvestir jeudi 17 septembre, afin d’« éviter une catastrophe pour l’usine, la ville et le Rhône ». Sécurité et rigueur sont des maîtres-mots chez ce jeune quadra. Titulaire d’un BEP tourneur-fraiseur, après avoir enchaîné les boulots en intérim il s’est lancé dans un bac pro en chimie à 38 ans. Dans ce gigantesque labyrinthe de conduits et de machines, « il y a une méthodologie stricte. On se forme sur le long terme sur la chaîne de production et on est amené à toute la connaître ». Dans ce travail d’équipe en 5/8, Nicolas n’était encore affecté « qu’à un poste. Les plus anciens en gèrent plusieurs car on est amené à tourner. Et à évoluer, devenir coordinateur, chef d’orchestre d’une importante supervision ».

    « C’est un site où on se donne corps et âme pour que ça tourne, sachant que sur cette grande chaîne, il suffit d’une unité à l’arrêt pour que tout bloque », explique-t-il avec passion. Un travail d’alchimiste où il contrôle les résidus concentrés dans la chaudière qui alimente l’usine en vapeur, « car on est quasiment autonome en électricité », précise-t-il, fier de faire battre le cœur du site. Ce CDI, « c’était une super opportunité et ça m’a permis d’obtenir un prêt immobilier ». Il s’y est lancé avec toute son énergie, conscient des difficultés de l’usine car « ça fait 20 ans qu’on entend que ça va fermer, mais Fibre, c’est une survivante, l’emblème de Tarascon ». Alors quand la liquidation a été prononcée, « ça a été un choc. Pour tous. On a mis du temps à réaliser ».

    Une situation ubuesque

    Avec ses collègues, ils ont « tout surmonté, les hauts et les bas, les mois d’attente avec l’espoir d’un redémarrage pour les 270 salariés, et pour les 5 000 induits… ». Mais « l’insupportable, ça a été la condescendante affichée d’Alexis Brenac avec les salariés », un des co-mandataires judiciaires. « Son rire narquois devant les collègues inquiets, ses tentatives d’intimidations, ses menaces jusque sur nos familles, c’est ce qui m’a décidé à réinvestir l’usine jeudi ». Car ils vivent une situation « ubuesque, même l’État n’arrive pas à l’arrêter, c’est l’enfer. Avec Realtec venu pour dépecer, c’est le bras de fer chaque jour pour éviter les catastrophes, il y a eu les fuites de liqueurs noires, ils ont bousillé les enzymes de l’aérateur, dernière porte de sortie des effluents avant le Rhône, ils bloquent le droit au chômage… ». Vendredi, l’annonce du ministre délégué ressemblait à un souffle, « mais lundi, quand j’ai vu les liquidateurs sur le site, ça m’a fusillé », lâche-t-il, avouant être ce mardi, « incapable de se projeter ».

    L’Ademe, maître officiel à bord

    Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône, a publié ce 22 septembre deux arrêtés concernant le site de Fibre Excellence Provence. La mise en sécurité de l’usine est confiée à l’Agence de la transition écologique (Ademe) pour une durée de 24 mois qui réalisera les travaux d’office à compter du 22 septembre, aux frais de la société représentée par ses liquidateurs.

  • Les liquidateurs de Fibre Excellence ont gardé les clés de l’usine

    Les liquidateurs de Fibre Excellence ont gardé les clés de l’usine

    « On s’attendait ce matin à voir Realtec et les mandataires judiciaires quitter le terrain pour laisser place à l’Ademe [Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, ndlr], pour que soit enfin procédé à la mise en sécurité des installations », s’étonne Jean-Michel Bulinge. Le délégué syndical du site et trois autres ex-salariés restent en veille et s’inquiètent « de la lenteur de frappe du gouvernement alors qu’il y a urgence à agir et que des décisions ont été prises », par le ministre de la Transition écologique et le préfet des Bouches-du-Rhône.

    Depuis que la station d’épuration et les pompes qui alimentent le système incendie ont été remises en fonctionnement, le 17 septembre dernier par les anciens salariés, ils sont une poignée à se relayer « pour gérer le lessivage des eaux polluées », détaille Julien, technicien de maintenance. Dans l’usine, lundi matin, les salariés de Realtec, société « spécialisée dans la fermeture de site » missionnée par les administrateurs judiciaires, géraient toujours, quant à eux, les entrées et les sorties sur le site Seveso.

    Deux entreprises prestataires de Fibre Excellence s’y sont cassé le nez. La première, Chimirec, spécialisée dans le tri et traitement des produits chimiques, entendait récupérer ses conteneurs « toujours stockés dans l’usine et remplis », indiquait la salariée, un peu « inquiète d’être restée sans réponse des mandataires ». Le second prestataire, Soprovise échafaudages, venu récupérer son matériel dans le local où il l’entrepose s’est également vu refuser l’entrée. Jeudi, lors d’une visite du site, les ex-salariés, en présence de journalistes, avaient constaté que la grille du local de cette entreprise avait été forcée. « La situation est des plus préoccupantes, confirme l’UD CGT 13, les salariés présents assistent impuissants à des méthodes qui s’apparentent à du pillage de matériels, d’outillages et d’éléments divers dans l’usine. »

    Renaud Muselier « attentif »

    En fin de matinée, les agents de l’Ademe et de la Dreal Paca (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) sont entrés accompagnés d’un huissier et ont procédé à un tour du site. « On subit une vraie pression de la part des liquidateurs, témoigne Julien, alors qu’on s’évertue à éviter les catastrophes étant donné qu’ils ont tout stoppé n’importe comment ». Une nouvelle fuite serait survenue « depuis le retour de Realtec sur le site », précise l’UD CGT 13 qui demande « l’intervention de la préfecture, de la Dreal et des services compétents pour constater l’origine et l’étendue de la fuite, le prélèvement et l’analyse du réseau pluvial dans le Rhône, un inventaire des matériels présents » et « la suspension de tout démantèlement ».

    Car la CGT est convaincue qu’il y a un avenir pour la production de pâte à papier sur le site de Tarascon comme à Saint-Gaudens où la présidente (PS) de la Région Occitanie s’est engagée à la recherche d’un industriel et financièrement. Interpellé par le syndicat sur son niveau d’engagement en faveur de Fibre Excellence Provence dont 270 emplois directs et toute une filière dépendent, le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, « a bien reçu la demande d’audience de l’UD CGT 13 et le projet présenté par le syndicat fait actuellement l’objet d’une étude attentive ». Mais il y a urgence à agir.

    Licenciés et dans l’impasse

    Tous les contrats de travail ont été stoppé au 29 Août, selon le délégué syndical, « mais certains ont continué jusqu’au 1er septembre, voire jusqu’au 17 , et on a déjà un licencié dans ce cas que France Travail a prévenu que ce qui lui a été versé après le 29 août pourrait être un trop perçu car le mandataire est sensé le payer ». Un autre, qui a refusé le CSP et a créé son entreprise, est bloqué « parce qu’il n’obtient pas les documents administratifs nécessaires à son inscription à France Travail et il est en train de perdre ses futurs clients ».