Tag: gouvernement

  • [Entretien] « Il y a une volonté de délégitimer la mobilisation sociale »

    [Entretien] « Il y a une volonté de délégitimer la mobilisation sociale »

    La Marseillaise : Quelle analyse faites-vous des éléments de langage utilisé par le gouvernement pour parler des manifestations ?

    Alexis Lévrier : Il y a une volonté de délégitimer la mobilisation sociale en adoptant un lexique qui réduit les manifestants à des pilleurs. Alors, ces pillages, ils existent. Ce qui s’est passé le 17 octobre est extrêmement choquant mais la mobilisation, on sait qu’elle est nettement antérieure, qu’elle a commencé avec les lycéens et s’est étendue à l’université. Il y a certainement une volonté de masquer les failles du dispositif policier puisque tout le monde savait que le 17 octobre allait être une énorme mobilisation, elle était annoncée depuis des mois. On savait aussi que ce serait très hétérogène puisqu’il y aurait à la fois les lycéens et les étudiants, des syndicats traditionnels, les Gilets jaunes qui ont toujours une dimension très éruptive et puis le risque effectivement de black bloc ou de casseurs.

    Au lieu de souligner l’hétérogénéité de ce mouvement, le gouvernement a préféré ne garder que la partie la plus visible et la plus condamnable qui était les pillages. Le lexique reflète cela. On peut considérer que c’est un contre-feu médiatique qui a été créé par le gouvernement pour délégitimer ce mouvement et d’autre part pour ne pas reconnaître ses propres failles.

    Comment expliquer que certains médias reprennent parfois mot pour mot ces éléments de langage ?

    A.L. : Il y a ce qu’on appelle le journalisme de préfecture qui fonctionne très bien. Pour être plus nuancé, il y a toujours au début cette tendance-là qui est de relayer le discours dominant. Au moment des Gilets jaunes il y avait eu une fake news qui venait du ministère de l’Intérieur accusant des Gilets jaunes d’être entrés à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans les salles de réanimation pour volontairement mettre en danger la vie des patients. La presse a révélé, Le Parisien en l’occurrence le soir même, que ce n’étaient pas des gens sans foi ni loi qui voulaient tuer de pauvres patients, c’était des gens qui avaient été nassés, qui avaient été victimes de gaz lacrymogènes et cherchaient un lieu où se réfugier pour fuir les violences policières. Ça avait d’ailleurs conduit à une plainte contre Christophe Castaner, le fragilisant considérablement.

    C’est un phénomène extrêmement classique dans les médias mainstream, dans les médias audiovisuels, sur les chaînes d’information en continu qui doivent retransmettre l’événement en direct pour lesquels le discours gouvernemental est une source considérée comme fiable au départ et qu’on met à distance dans un second temps. C’est souvent la presse écrite qui, dans un second temps, a décrypté et démasqué les faux-semblants de la communication gouvernementale.

    Pourquoi les comptes rendus de manifestation se focalisent surtout sur les débordements ?

    A.L. : Une manifestation traditionnelle ça ne les intéresse absolument pas. C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont maintenu en état de vie végétative le mouvement des Gilets jaunes qui ne représentait plus rien. Ces mouvements, ces violences sont télégéniques. La clé, c’est ça. Il y a le discours gouvernemental, la passivité, la tendance à reprendre un discours officiel, au moins dans un premier temps. Mais il y a aussi la télégénie de la violence et le fait que ça sera toujours plus vendeur et plus synonyme d’audience de filmer des feux de poubelle, des exactions, des gens qui pillent et qui cassent. Donner l’impression d’un mouvement intrinsèquement violent, alors même que ces violences sont périphériques. On ne filme pas les manifestants pacifiques. On filme les violences. C’est ce qui fait de l’audience.

    Mais n’est-ce pas un traitement anxiogène ?

    A.L. : Oui, ça fabrique de la peur, mais il faut aussi s’interroger sur le regard des téléspectateurs qui sont friands de cette violence-là. Si ça fait de l’audience, c’est bien parce qu’il y a des gens qui regardent. Il faut aussi peut-être s’interroger nous-mêmes, sur ce que nous attendons de ces images. Est-ce que nous sommes capables de regarder un cortège qui manifeste dans le calme avec des revendications parfaitement légitimes, partagées par une large partie de la population, mais qui ne génère pas de violence ?

    Par ailleurs, je trouve qu’on n’a pas tiré les leçons des Gilets jaunes qui ont été une faillite des médias dans la façon de raconter les violences policières. Ils ont été victimes de manière structurelle de cette violence : ils ont été éborgnés, ils ont perdu des mains, ils ont vraiment eu des blessures extrêmement graves pour un certain nombre d’entre eux. On voit aujourd’hui que les lycéens sont concernés – ça paraît encore plus scandaleux quand il s’agit d’enfants – et qu’aucune manifestation, alors que c’est un des droits les plus fondamentaux dans une démocratie, ne se déroule dans un cadre normal. Dans ces journées de mobilisation, on relaye toujours le discours policier. Que CNews le fasse, c’est son idéologie mais que les autres chaînes aussi, c’est beaucoup plus problématique.

    L’auteur de l’attentat raciste de Trappes, Kevin T., a justifié son acte en disant avoi voulu « venger les commerçants » après les événements du 17 octobre en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes ». Quelle responsabilité des médias ?

    A.L. : J’attends beaucoup des jours qui vont suivre et de la campagne qui s’ouvre. Cet attentat à Trappes nous montre que « les mots sont des pistolets chargés », comme disait Jean-Paul Sartre, et que la violence de la presse d’extrême droite a des conséquences sur le terrain. Toute l’histoire de l’extrême droite médiatique le montre. Durant l’entre-deux-guerres des mouvements politiques qui dépendaient de ces médias d’extrême droite. La Fédération nationale des Camelots du roi était adossée à l’Action française, s’en prenait physiquement à des hommes politiques ou à des figures de la société civile, des universitaires, qui avaient été ciblés dans le journal. Les mots de l’extrême droite ont une traduction dans la société civile. Il était évident que le discours de CNews, qui est tenu de manière obsessionnelle à l’encontre de l’immigration et de l’islam, allait conduire à des actes de ce type. Le grand remplacement, dont il faut rappeler qu’Aurore Bergé, la ministre en charge de la lutte contre la discrimination estime que ce n’est pas une théorie raciste, a déjà conduit à des attentats dans le monde, et notamment en Nouvelle-Zélande. II était évident qu’en France aussi, il se passerait la même chose. La violence des mots a pour vocation, dans la presse extrême droite, de déboucher sur une traduction physique. Ça a été le cas à Trappes, il y en aura d’autres. On sait désormais à quoi conduisent les mots de l’extrême droite. Il serait temps d’en tirer les conséquences dans la façon dont on l’accueille sur les plateaux. Je m’inquiétais beaucoup de l’évolution de l’audiovisuel public mais j’ai été rassuré par la façon dont Sarah Knafo a été reçue dans la matinale de Franceinfo, c’est-à-dire en rappelant toutes les condamnations dont Éric Zemmour a été l’objet, et en lui demandant s’il n’y avait pas un lien entre ce discours raciste, obsessionnel de son parti, et finalement l’attentat de Trappes.

  • Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Ce jeudi 5 novembre, l’intersyndicale de Vaucluse sera dans la rue avec une manifestation prévue au départ de la cité administrative d’Avignon à 10h30. Avec un mot d’ordre commun, ils seront là « malgré les intimidations ».

    Ils évoquent tous les interdictions de se rassembler prononcées dans le centre-ville d’Avignon et autour des remparts lors des journées de mobilisation lancées par les lycéens et étudiants et des mouvements contre la vie chère des samedis 24 et 31 octobre. Deux journées pendant lesquelles des dizaines de manifestants ont été verbalisées, voire parfois arrêtés et placés en garde à vue. Aucune interdiction n’a été prononcée concernant ce jeudi. « Un arrêté d’interdiction ne nous fera pas taire. Et la jeunesse est la première à s’y opposer », lance en préambule Laurence de Villèle, secrétaire générale de la CGT de Vaucluse.

    Avant que chacun des représentants syndicaux n’abonde dans ce sens. « Alors que les rassemblements du 24 et du 31 octobre étaient pacifiques et festifs, le pouvoir cherche la provocation. Le 5, nous ne nous laisserons pas intimider et nous ferons entendre nos revendications. Ces politiques mortifères ne font que faire monter l’extrême droite, qui cherche à diviser le mouvement social et à récupérer les colères pour se renforcer. Nous refusons les discours de haine et les divisions entre jeunes, retraités, salariés, chômeurs ou immigrés », ajoute Alice Raimundo, secrétaire départementale de la FSU.

    Privé comme public

    « Une interdiction serait malvenue sachant qu’il n’y a jamais eu de problèmes aux manifestations syndicales en centre-ville. Le gouvernement tente de manœuvrer une sortie de crise à moindres frais. Mais la majorité des annonces sont des changements prévus pour 2028, quand le gouvernement sera parti. Ce que la jeunesse a très bien compris », poursuit Etienne Raoul, secrétaire départemental de FO. Tandis que pour Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa, il est « hors de question de laisser passer ces décisions liberticides ».

    Les revendications, elles, ne bougent pas. Eric Bultel, représentant de la CFDT de Vaucluse, illustre l’absence de réponse en sortant un communiqué de son syndicat émis au début du mois d’octobre dernier. « Je peux reprendre ce papier et le signer. Rien n’a bougé. On veut simplement vivre de notre travail », explique-t-il. Dans le public, la revalorisation du point d’indice est ainsi demandée. « Pour les agents publics, au 1er juin 2026, on a eu 862 000 agents publics bénéficiaires de l’indemnité différentielle. Donc les bénéficiaires de l’indemnité différentielle, c’est que leur salaire est inférieur au Smic. Donc ça, c’est quand même une donnée importante à prendre. Sachant qu’au 1er janvier 2026, ils n’étaient que 356 000. Donc là, on commence à se rapprocher assez fort du million. C’est assez inquiétant », pointe Etienne Raoul. Alors que les débats autour du budget 2027 sont en cours à l’Assemblée nationale, Alice Raimundo exige des moyens « permettant d’assurer la rénovation du bâti scolaire », mais aussi « des créations [de postes d’enseignant] en nombre suffisant pour diminuer le nombre d’élèves par classe, d’étudiants et d’étudiantes par groupe de TD et assurer la présence d’équipes pluridisciplinaires au complet ». Dans le privé, la fin de l’année civile rime aussi avec le début des négociations annuelles obligatoires. « C’est le moment que le patronat donne un signe fort. Il y a des choix politiques, il y a des choix patronaux qui sont aussi des choix politiques. Et répondre aux demandes d’augmentation de salaire par le biais des NAO, c’est pas donner 15 centimes d’euros d’augmentation », pointe Laurence de Villèle.

  • Les syndicats aixois appellent à la grève le 5 novembre

    Les syndicats aixois appellent à la grève le 5 novembre

    Après une heure de réunion, la décision semble faire consensus au sein de l’intersyndicale (CGT, FO, FSU et UE). « Pour le 5 novembre, on appelle à la grève, sans écarter l’idée qu’elle puisse être reconductible », avance Aurélie Zanutto, secrétaire de l’Union locale CGT. Devant elle, les tracts distribués plus tôt dans la matinée, aux Milles, rappellent les principales revendications des organisations syndicales. Parmi elles : l’augmentation des salaires, l’amélioration des services publics et la défense de l’emploi et de l’industrie.

    Des revendications qui font écho à celles portées par les étudiants et lycéens. Le syndicat Union étudiante (UE), était également représenté lors de cette réunion. Son secrétaire général à Aix-Marseille, Younes Dufresnes, dénonce des « réponses insuffisantes » de la part du gouvernement. Parmi elles, la création de 10 000 places dans l’enseignement supérieur, contre les 30 000 réclamées initialement. Si ces réponses restent insatisfaisantes à ses yeux, Younes Dufresnes estime que les annonces répétées du président de la République, à quelques mois de l’élection présidentielle, démontrent « un gouvernement qui tremble face à ces mobilisations ».

    Pour Aïsha, représentante de Force ouvrière (FO), « les revendications entre travailleurs, citoyens et étudiants ont de nombreux points en commun […]. C’est pour ça qu’on accorde un soutien inconditionnel aux étudiants ». Céline, membre de la Fédération syndicale unitaire (FSU), complète : « L’idée, c’est de sortir de là avec des mesures concrètes. » « On ne veut pas de réforme, on est dans l’urgence là », conclut Aïsha.

    « Restructuration

    des dépenses du budget »

    Alors que le débat budgétaire national se poursuit à l’Assemblée, les syndicats réclament une « restructuration des dépenses et de la répartition du budget national ». Aurélie Zanutto dénonce notamment « les exonérations de charges des entreprises qui sont un scandale ». Au nom de la CGT, elle plaide pour « un budget socialement plus juste et compatible avec nos revendications ». Pour elle, « de l’argent, il y en a ! » . Mais « il faut déplacer les dépenses et les mettre au bon endroit », précise la secrétaire de l’union locale CGT.

    Le rassemblement du 5 novembre, prévu à 10h30 à la Rotonde, devrait ensuite se diriger vers la sous-préfecture, puis le rectorat, avant de remonter par la gare TER et revenir à son point de départ. Pour cette journée de mobilisation, le mot d’ordre commun est clair : « Tout le monde est invité à descendre dans les rues. »

  • Rencontre entre lycéens des deux rives de la Méditerranée

    Rencontre entre lycéens des deux rives de la Méditerranée

    Il est 10 heures au sein du café librairie Le Poisson Lune, situé boulevard Baille dans le 5e arrondissement de Marseille. Dans la salle du fond, autour d’un petit-déjeuner composé de viennoiseries, de café, de thé, de jus de fruits, la discussion se lance. « Le système scolaire ne nous plaît pas, il y a trop d’injustices. On se révolte, on manifeste pour essayer de faire changer cela », lâche Nour, appelée à expliquer les revendications portées par le mouvement lycéen en France. Alternant entre français et arabe, elle liste les raisons de la colère : « Certains ont un patrimoine culturel beaucoup plus important. Parcoursup dépend du statut social. » Assis face à elle, ses camarades du lycée Antonin-Artaud (13e) et les élèves du lycée secondaire de Tajerouine en Tunisie, arrivés la veille, l’écoutent attentivement.

    « Le mouvement lycéen a été rejoint par le mouvement étudiant puis tous ceux qui étaient contre le gouvernement se sont greffés. En ce moment, en France, on a un problème sur l’essence, l’inflation, la vie chère, Vous arrivez dans un moment super intéressant de la démocratie française », s’enthousiasme Raphaëlle, l’une des professeurs du lycée marseillais. À l’écoute des doléances, ses homologues tunisiens Nadia, professeur de Français, et Fadhel, professeur d’histoire-géographie, acquiescent et font le parallèle avec son établissement. « On a un problème d’effectif, il y a un manque d’enseignants, on a 36 voire 40 élèves par classe », soulèvent-ils.

    Cette discussion s’est déroulée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 et du dispositif Averroès Junior, qui met en place des actions d’éducation artistique et culturelle dans le sillage des Nouvelles Rencontres d’Averroès. À l’issue de leur voyage en Tunisie au printemps dernier, les élèves marseillais ont réalisé un podcast disponible à l’écoute sur le site du festival.

    Franchir, s’affranchir

    et se rencontrerr

    Après ce temps d’échange, les lycéens se réunissent en trois groupes de travail pour aborder le thème du festival : franchir, s’affranchir
    ainsi que se rencontrer. Sur la terrasse, un groupe s’attaque à la première notion et y accole des idées inspirées par le séjour au Maghreb : « Franchir la Méditerranée, les frontières qui nous séparent, les barrières de la langue et de la culture. » Mounir, professeur de mathématiques au sein de l’établissement marseillais, donne la définition de ce mot en arabe, « dépasser » et « outrepasser ». Au sens propre, comme figuré.

    « Nous, la politique, on en parle souvent, même dans les écoles alors que vous, c’est un peu tabou. Comment vous ressentez ça ? C’est quoi pour vous la politique ? », interroge Lisa. Nour, renchérit : « Nous, on est très impliqués politiquement, on s’est révoltés contre notre gouvernement, on a fait des gros blocus. Vous avez le droit de manifester vous ? » La jeune lycéenne aide Yasmine à formuler sa réponse en traduisant ses mots. « Oui, on a le droit de manifester, mais on n’ose pas le faire. C’est plutôt pour les grands la politique, pas pour les petits », pousse la jeune tunisienne. Quelques mots qui mettent en évidence deux réalités politiques très différentes.

    Dans une autre salle, assis sur des tapis, les élèves s’attaquent au verbe « s’affranchir ». « Tout d’abord, nous devons définir ce mot », insiste Adem. Les silences et rires gênés remplissent l’espace tandis qu’une feuille posée sur le sol reste blanche. Shahd lâche, dans un anglais parfait : « On est ultra-sociables comparés aux Français qui sont très timides. » Et Stanislas, du lycée Arthaud, de s’atteler à la traduction pour ses camarades. Finalement, une question centrale ressort de ces échanges : « Est-ce que les frontières empêchent l’affranchissement ? » Marc, professeur de philosophie, propose une piste de réflexion : « Peut-être insister sur ce que le voyage permet, en termes d’affranchissement en particulier. Et, peut-être, distinguer l’affranchissement comme indépendance, devenir indépendant d’une tutelle, d’une domination et l’idée d’autonomie. C’est-à-dire devenir vraiment l’auteur de sa propre vie, de sa propre pensée. »

    Pour « se rencontrer », les lycéens se questionnent sur ce qui les rassemble. « La mer », notent-ils en premier lieu. Et insistent sur l’hospitalité de leurs hôtes lors de leur visite. « On a eu l’impression d’être des gens importants », se remémore Yassine. Si Maram n’est pour l’instant pas convaincue par la gastronomie marseillaise, Imen a, au contraire trouvé le repas de la veille « délicieux ». Reste à savoir si le reste du séjour lui fera changer d’avis.

    Mounir se réjouit. « Ils avaient parfois des préjugés les uns sur les autres, véhiculés par les médias ou leurs familles et finalement, ce projet donne lieu à des moments extraordinaires », fait valoir l’enseignant. Et pourtant, sans la participation financière d’entreprises et de donateurs privés, l’écriture et vente d’un livre ainsi que de petits gâteaux, « ce voyage n’aurait jamais pu avoir lieu », martèle Raphaëlle, pointant une Éducation nationale en crise.

    COMMENT VOYEZ-VOUS L’AVENIR?

    Roujda, 18 ans, élève au lycée Antonin-Artaud, Marseille

    « Dans l’avenir, je me vois à l’étranger parce qu’ici je ne me vois pas trop. Je me vois en tant que psychologue, psychanalyste ou criminologue. Mais en tout cas, pas en France parce que honnêtement, ce n’est pas trop sérieux. Le métier de criminologue, il n’existe même pas : il y a des formations mais tu n’as pas de diplôme à la fin. Psychanalyste aussi, c’est pareil. Je pense aller étudier à l’étranger ça sera moins cher. »

    Imen, 18 ans, élève au lycée Tajerouine, Tunisie

    « Je voudrais devenir médecin, mais la médecine est très difficile et ce sont des études très longues. Or, je veux rapidement travailler et avoir de l’argent. Moi, je préfère avoir beaucoup de ressources pour avoir de l’argent. Je pense que je vais m’inscrire dans un institut d’ingénierie en Tunisie dans la section science expérimentale. Je suis obsédée par la mode, les vêtements. Je veux utiliser les vêtements et je pense travailler dans ce domaine après avoir fini mes études. »

    Shahd, élève au lycée, Tajerouine, Tunisie

    « Je n’ai pas vraiment d’idée précise sur ce que j’aimerais devenir plus tard. Mais j’aimerais avoir un avenir radieux, réaliser mes rêves et mettre un terme à toute cette situation que nous vivons en Tunisie. Je veux voyager, avoir une famille, des enfants, m’adonner à une activité artistique ou faire du sport. Mais, là… j’ai juste un peu peur donc quand je parle aux gens, ils ont du mal à comprendre ce que je veux faire passer. »

    Adem, 18 ans, élève au lycée, Tajerouine, Tunisie

    « Personnellement, je me vois pilote d’avion parce que c’est mon rêve. J’aime aussi beaucoup voyager, découvrir plusieurs pays, des mentalités et des modes de vie pour élargir mon horizon. Je veux juste connaître beaucoup de personnes pour avoir beaucoup d’amitiés. »

    Maram, 17 ans, élève au lycée Tajerouine, Tunisie

    « Je veux vraiment devenir psychologue en faisant des études supérieures, c’est mon métier dans le futur. Mais, j’espère aussi qu’on pourra s’entraider, prendre davantage soin les uns des autres et donner davantage. Et c’est vraiment comme ça qu’on doit voir les choses. Et j’espère qu’on va s’unir pour aider les pauvres et aider à sauver les animaux et à sauver le monde de ce virus de l’égoïsme. »

    Yassine, 18 ans, élève au lycée Antonin-Artaud, Marseille

    « Je me vois déjà finir mes études de droit. Après, j’aimerais bien ouvrir un cabinet d’avocat. Ouvrir un cabinet d’avocat, c’est mon objectif. »

    Propos recueillis par Natasha Monno

  • Les grands défis de Loïc Linarès dans le bassin de Thau

    Les grands défis de Loïc Linarès dans le bassin de Thau

    Des violences condamnables mais qui ne tombent pas du ciel. Tout en ayant une pensée pour les commerçants vandalisés, Loïc Linarès appelle le gouvernement à un autre niveau de relations avec les citoyens. « Il faut avoir le même niveau d’exigence pour faire régner l’ordre que pour répondre aux attentes légitimes des jeunes qui font écho à celles des pêcheurs, viticulteurs et des Gilets jaunes dès 2018. »

    Pour mener à bien son mandat à la tête de Sète Agglopôle, il attend de l’État autre chose qu’une nouvelle cure d’austérité contre les collectivités. « Elles sont le dernier amortisseur social pour panser les maux de la société. Là, on perdrait 2 millions d’euros en 2027. Le gouvernement nous demande de renoncer à des investissements (-10% prévus), il fait fausse route. Notre territoire subit la crise industrielle, climatique (…). On a besoin d’agir et préparer l’avenir. »

    Voilà pour le contexte un peu morose. Mais Loïc Linarès ne se résigne pas. La preuve ? Il vient de lancer une grande concertation pour faire émerger des idées auprès des professionnels, citoyens, associations… 7 réunions publiques sont prévues jusqu’à décembre suivies d’une première synthèse en février puis d’une restitution à la rentrée 2027. « Pour retrouver la confiance des habitants, il faut de l’écoute et de l’audace pour donner des perspectives, de l’espoir. »

    Bientôt des régies ?

    D’ici là, le président et son équipe continuent de gérer les dossiers et les urgences. 6 millions ont été investis face à la crise conchylicole (face aux eaux pluviales, travaux à Sète sur les réseaux et le quai du Bosc…). Un mas destiné à mettre à l’abri les coquillages a été acheté à Frontignan, il sera opérationnel l’hiver 2027-2028. « On travaille aussi avec Suez sur des process de recherche-développement sur la gestion du norovirus et sa meilleure filtration dans le réseau d’assainissement. » À ce sujet, un travail a été engagé pour la réutilisation des eaux usées à usage agricole. Sur l’eau potable, une discussion va s’engager avec les communes pour un éventuel passage en régie en 2028.

    Au sujet des déchets, exit Nicollin, place dès 2027 à Urbaser, qui a remporté l’appel d’offres. Le marché de collecte (sur 8 ans pour 65 millions d’euros) concerne Sète, Frontignan, Vic-la-Gardiole, Mireval, Gigean et Balaruc-le-Vieux. Avec un « système de bonus/malus », le but est « d’améliorer la gestion du tri et des déchets professionnels ». Sera aussi construit un bâtiment voué à devenir public pour « créer les conditions d’un passage en régie publique ». En attendant que la chaudière CSR soit construite, Sète Agglopôle accepte durant 4 ans de brûler 40 000 tonnes annuelles de déchets de la Métropole de Montpellier qui prend ses biodéchets en contrepartie.

    Soutien affiché à la LGV

    Face à une « tension foncière réelle » dans un « territoire attractif », Loïc Linarès lance une révision du Plan local de l’habitat. « On a la chance d’avoir des friches industrielles (30 ha mobilisables dans les 20 ans) portuaires, à l’entrée Est de Sète, sur l’ex-site dépollué Lafarge à Frontignan (…) et des opérations de renouvellement urbain dans les centres anciens ». Face à la pression d’Airbnb et aux besoins de toits, « on doit rester maître, préserver l’équilibre ».

    Côté développement économique aussi, l’élu PS souhaite « saisir les opportunités ». Et parfois savoir dire non. « Par le passé, des activités ne se sont pas installées au bon endroit. » Au contraire, il veut créer des « conditions d’échanges avec les entreprises à potentialités », par exemple sur l’éolien en mer. « Pour dynamiser l’emploi, on doit travailler avec le port de Sète-Frontignan, la Région et l’État sur la formation des métiers d’avenir. » À côté, il souhaite revoir le schéma de cohérence territoriale (SCoT), notamment pour penser un « tourisme 4 saisons » face à la nouvelle donne climatique.

    Concernant le projet de LGV Montpellier-Béziers contesté par des collectifs dans le bassin de Thau, Loïc Linarès rappelle que « des avancées concrètes » ont été obtenues. « Cette ligne aura des impacts, il faut préserver au mieux. » Les forages prévus à Issanka n’ont pas encore débuté. Des réunions sont prévues après la Toussaint. Pour le bassin de Thau, l’enjeu en matière de transports est de conserver des TGV en gare de Sète, d’obtenir davantage de fret – « une nécessité pour développer le port » – et plus de trains du quotidien (une centaine de TER quotidiens contre 65). « Cette LGV est nécessaire, il nous faut des garanties. »

  • Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    De quoi Parcoursup est-il le nom ? D’abord d’une grande opacité : depuis sa mise en place, l’avenir de nos enfants est confié à un algorithme obscur qui gère la pénurie des places dans l’enseignement supérieur. Ensuite, c’est aussi le nom d’une grande angoisse parmi les jeunes et dans les familles liée au sentiment de ne pas avoir de prise sur son destin quels que soient les efforts produits. Enfin, Parcoursup, c’est le nom d’une interface numérique qui masque le problème du manque de moyens dans l’enseignement supérieur français alors qu’on estime qu’entre 2004 et 2024, le nombre d’étudiants a augmenté de 33%, tandis que celui des enseignants titulaires du supérieur a diminué de 8%.

    Sous la pression du mouvement lycéen, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé que cette plateforme d’orientation post-bac sera remplacée en 2028, après une « évolution forte » vers plus de transparence l’an prochain.

    La jeunesse mérite mieux

    C’est le sens du débat sans-vote qui est programmé, ce mercredi, à l’Assemblée nationale.

    Les lycéens mobilisés comme les parlementaires ne doivent pas lâcher la proie pour l’ombre : si le gouvernement semble prêt à jeter symboliquement Parcoursup par-dessus bord pour tenter de trouver l’apaisement, c’est bien la politique qui est derrière cette plateforme qu’il faut abandonner. Une politique d’austérité et de gestion de la pénurie.

    La réalité est là : en plus des insatisfactions et des injustices produites par ce système, 126 500 candidats sont restés sans affectation cette année et 150 000 jeunes sont contraints de se tourner vers le privé, au prix de frais exorbitants et de l’endettement de leurs familles.

    La jeunesse mérite mieux.

  • [Entretien] Législatives en Israël, « une question de vie ou de mort »

    [Entretien] Législatives en Israël, « une question de vie ou de mort »

    Ce mardi, 7,3 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes pour élire
    les 120
     députés de la Knesset. Ce scrutin, en un seul tour, est présenté comme un référendum pour ou contre Benjamin Netanyahu, le Premier ministre sortant. Ce dernier est donné au coude-à-coude
    avec le camp formé autour de son principal rival, le centriste de droite Gadi Eisenkot, ancien chef d’État-major. La Liste arabe unie, composée du parti communiste Hadash, le parti laïc Taal et du parti nationaliste Balad, peut faire pencher la majorité d’un côté ou de l’autre et ainsi empêcher Netanyahu de former un gouvernement.

    La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette campagne durant laquelle on a tenté de vous mettre hors de course ?

    Ofer Cassif : Personne ne peut savoir quels seront les résultats, mais nous sommes optimistes. Nous avons fait de notre mieux, en parcourant le pays de long en large. Nous espérons que nombreux seront ceux qui iront voter pour la Liste commune, tant au sein de la population arabe que de la population juive démocratique. Tout le monde comprend que nous sommes à un carrefour, qu’il ne s’agit en réalité pas d’un carrefour en X mais en E : soit nous allons droit en enfer, soit nous commençons le changement. Nous en avons vraiment besoin, c’est plus urgent que jamais. Les fascistes et leurs collaborateurs ont tenté de nous empêcher de nous présenter. Nous n’abandonnons jamais. Nous poursuivons notre combat, la justice est de notre côté, nous continuons à lutter contre le fascisme et le racisme.

    « Aller droit en enfer », c’est maintenir Netanyahu au pouvoir ?

    O.C. : Un gouvernement dirigé par Netanyahu, poursuivra l’extermination du peuple palestinien. Au moment où l’on se parle, le génocide continue à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie s’aggrave d’heure en heure. Et, avec cela, la persécution au sein même d’Israël, des citoyens palestiniens et, plus généralement, de ceux qui font entendre une voix alternative et critique à l’égard du gouvernement. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour nous interdire d’agir, pour nous réduire au silence. Il est donc évident que s’ils reprennent le pouvoir, ils achèveront leur œuvre, pour ainsi dire. Cela signifie un nettoyage ethnique total et l’extermination des Palestiniens, y compris au sein de l’État souverain d’Israël. Je n’exagère pas quand je dis que c’est une question de vie ou de mort. De toute évidence, nous avons besoin d’un changement de toute urgence. Le prochain gouvernement, même s’il est dirigé par Gadi Eisenkot, ne mettra pas fin à l’occupation, aux guerres et à la colonisation de la Syrie ou du Liban. Mais si nous sommes assez forts et que nous parvenons à exercer davantage de pression, alors il est certain que certains crimes vont cesser. Commençons par mettre fin au génocide à Gaza, par nous retirer de là-bas et démanteler les nids du terrorisme, à savoir les soi-disant « avant-postes ». Et bien sûr, mettre fin à l’assaut fasciste contre la société israélienne sur le plan intérieur. Ces mesures, le prochain gouvernement, s’il n’est pas dirigé par Netanyahu, pourrait les prendre.

    Le président américain Donald Trump lui a apporté son soutien.

    O.C. : Je trouve tout à fait normal qu’une merde trouve une autre merde à son goût (sic). Il a soutenu Milei, il a soutenu Bolsonaro, il a soutenu Orbán. Il a toujours soutenu la lie de l’humanité. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il le fasse encore une fois.

    Le coût de la vie est également l’un des enjeux de ce scrutin ?

    O.C. : Le coût de la vie en Israël est extrêmement élevé. Les prix des biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, l’éducation et les soins de santé, sont sans commune mesure avec ceux de la plupart des autres pays de l’OCDE, et même de certains qui n’en font pas partie. Cela inquiète beaucoup la population. Alors, pourquoi les gens en Israël, contrairement à ce qui se passe actuellement en Espagne, en France, et ailleurs, ne descendent-ils pas dans la rue ? Parce qu’ils sont totalement absorbés par les soi-disant questions de sécurité, du danger venant du Hamas et du Hezbollah. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce gouvernement, qui a toujours servi les capitalistes et les classes dirigeantes, souhaite entretenir cette situation de peur, de rage et de frustration, car cela détourne l’attention des masses des questions de classe liées au coût de la vie. Et ce, afin de la recentrer sur la survie élémentaire face au risque réel, telle que définit par le gouvernement et la plupart des partis d’opposition, à savoir les Palestiniens et les pays arabes voisins.

    Le système éducatif aussi est
    en déclin. Comment l’expliquer
     ?

    O.C. : Le système éducatif n’existe littéralement pas. C’est une combinaison de deux choses. Tout d’abord, dans la pratique, même si ce n’est pas toujours légal, les parents payent de plus en plus cher pour l’éducation de leurs enfants dès leur plus jeune âge. L’autre, c’est que l’État, s’implique de plus en plus dans le contenu de l’enseignement. Au lieu de rendre les jeunes Israéliens plus ouverts d’esprit et plus sceptiques, on leur fait un lavage de cerveau avec des absurdités nationalistes, racistes et colonialistes. Les jeunes Israéliens d’aujourd’hui comptent parmi les plus ignorants du soi-disant « monde occidental ». Ce n’était pas comme ça il y a 30 ans ou 40 ans. C’est beaucoup plus facile pour un dictateur de gouverner ses sujets s’ils sont ignorants.

  • Un millier de personnes ont bravé l’interdiction à Avignon

    Un millier de personnes ont bravé l’interdiction à Avignon

    La manifestation étudiante et contre la vie chère à Avignon, pourtant interdite, a été suivie par un millier de personnes au fil de la journée ce samedi 24 octobre. Le tout sans aucune casse et globalement dans le calme.

    Une journée de mobilisation quelque peu rocambolesque, car la préfecture était entourée d’un important dispositif policier dès 9h du matin. « Ils sont là contre la casse. Mais la vraie casse, c’est celle qu’il y a dans nos lycées où il y a des plafonds qui s’effondrent car il n’y a pas de moyens mis dedans », confie Sandrine, aide-soignante dont le fils est scolarisé au lycée Philippe de Girard. Le rassemblement de la matinée s’est donc tenu dans le calme quelques centaines de mètres plus loin, à proximité de la porte Saint-Lazare. Un référé contre l’interdiction avait été déposé par la CGT, mais il a été rejeté en début de matinée par le tribunal administratif de Nîmes. Ceux s’aventurant à proximité du bâtiment préfectoral se voient contrôlés et fouillés quasi systématiquement. Tandis que FO Enseignement avait de son côté déposé une déclaration de rassemblement, mais l’a retirée en fin de soirée ce vendredi 23 octobre pour ne pas exposer ses membres à une forte amende et une peine d’emprisonnement. « On a voulu les protéger après la communication de la préfecture. Mais il fallait être là car ce qui se passe dans le pays et à Avignon est scandaleux, car c’est un droit fondamental de pouvoir se rassembler et manifester afin de porter les revendications des jeunes. Que le préfet prenne un arrêté de la sorte à Avignon, je n’ai jamais vu ça, même pendant la guerre d’Algérie », regrette Tanguy Langlet, secrétaire départemental FO Enseignement. « Pas besoin d’être juriste pour s’apercevoir qu’il y a un problème de droit. C’est honteux. Rien ne va dans ce pays et la seule réponse que l’on reçoit, c’est une interdiction de manifester », abonde Nadia El Bouroumi, juriste présente dans les rangs des manifestants. « Le gouvernement, plutôt que de répondre, choisit la répression et tente aujourd’hui de criminaliser toute contestation qui ne passe pas par les canaux qu’il contrôle », ajoute la CGT de Vaucluse. Venue en matinée, Marie-Anne Bertrand, élue municipale d’opposition (L’Après), regrette qu’une partie de la classe politique « mette la même valeur entre le bien matériel et la vie humaine », tout en rappelant que « les observateurs étrangers qualifient la situation démocratique en France de dégradée ».

    Dans un esprit festif, les manifestants ont chanté, dansé et même réalisé une « chenille contre l’extrême droite » et une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat de Trappes. Tandis qu’en début d’après-midi, la manifestation s’est transformée en jeu du chat et de la souris entre manifestants, surtout des étudiants et lycéens, et les forces de l’ordre. Tout se déroulait dans le calme, d’abord place de l’Horloge, où se trouvait d’ailleurs en terrasse le maire de la ville Olivier Galzi (DVD), puis dans les rues de la Cité des Papes avant de se retrouver à nouveau à proximité de la préfecture. Des gaz lacrymogènes ont été tirés, déclenchant un mouvement de foule qui ne s’est arrêté qu’en début de soirée. Repoussés du côté de la route de Lyon, des manifestants sont montés sur la voie ferrée, suivis par des policiers. La préfecture de Vaucluse fait d’ailleurs état de « deux intrusions sur les voies ferrées » qui « ont occasionné une interruption temporaire du trafic ferroviaire ».

    En fin de journée, la préfecture de Vaucluse annonce que « les forces de l’ordre ont procédé à 57 interpellations liées aux violences qui se sont déclenchées pendant les manifestations ». Mais aussi qu’« aucune dégradation de bien public ou de commerce n’est à déplorer à la fin de cette journée ». En soirée, aucun heurt n’a été constaté, hormis un groupuscule d’extrême droite qui « patrouillait » dans les rues, prenant à partie des groupes de jeunes sans aucun rapport avec les manifestations.

    Poursuite du mouvement

    Un mouvement qui est voué à continuer au vu du mutisme du gouvernement, mais surtout de sa réponse répressive. Thierry Juny, du syndicat Solidaires, le confirme, « on sera là la semaine prochaine et le jeudi 5 novembre ». Et pointe à la fois les contradictions du préfet et l’attitude de la droite et de l’extrême droite vis-à-vis du mouvement social en cours. « On nous parle de pillages qui ont eu lieu le dimanche soir, sans lien avec les manifestations du samedi. Quand Macron dit que seuls les syndicats peuvent déposer une manifestation, c’est anticonstitutionnel. Mais surtout, c’est stupéfiant de voir comment certains courants politiques de droite et d’extrême droite étaient silencieux et sont sortis de leurs tanières pour se présenter comme des partis de l’ordre. On voit bien où elle se situe, et ce n’est absolument pas du côté des travailleurs. Le silence du RN pendant le mouvement des lycéens était assourdissant », poursuit-il. À ses côtés, Philippe Riehl, co-secrétaire de Sud Éducation 84, ajoute qu’il « n’est pas question de lâcher ». « C’est hors de question d’accepter une réduction de nos droits les plus élémentaires. On ne nous empêchera pas de nous rassembler et de manifester », poursuit-il. Avec en tête, une « semaine noire » pour la rentrée.

  • 1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    Samedi matin, s’il demeurait certain qu’en dépit des nombreux arrêtés émis par le préfet du Var, de nombreux Toulonnais bâteraient une nouvelle fois le pavé dans l’après-midi, les modalités, elles, l’étaient beaucoup moins. Et elles sont restées floues jusqu’à 13h45, soit un petit quart d’heure avant l’heure de rendez-vous donnée pour le départ de la manifestation. En cause : l’attente de la décision du tribunal administratif concernant le référé liberté déposé vendredi par l’Union syndicale Solidaires du Var et l’association Résistance Handi Droits, au sujet de l’interdiction de manifester. Si celle-ci a été maintenue dans le périmètre du centre-ville, en vertu des arrêtés préfectoraux, un tracé alternatif a été autorisé, sur une distance d’à peine 1,5 km, dans le quartier du Pont-du-Las, avec un aller-retour de la place Martin Bidoure au rond-point de Bon Rencontre.

    Un parcours pourtant refusé la veille par l’Union syndicale Solidaires du Var, qui avait déposé une demande de manifestation en préfecture, au cours des négociations avec cette dernière. Mais qu’elle s’est résolue, faute de mieux, à accepter. « Ce n’est pas une vraie victoire car on voulait manifester en centre-ville », avouait Olivier Rosay, secrétaire Solidaires du Var, le verre à moitié vide avant le départ du cortège : « Il y a du monde, mais le déferlement médiatique a été dissuasif. Le gouvernement a réussi son coup en montrant en boucle des images de violence ».

    Mais c’est aussi cette organisation incertaine jusqu’à la dernière minute – bien indépendante de la volonté des organisateurs, qui avaient proposé de se retrouver à la Bourse du travail avant le départ, sans que cela ne parvienne aux oreilles de tout le monde –, et des informations contradictoires sur le lieu de rendez-vous (la gare était annoncée depuis le début de semaine), qui n’ont pas facilité l’acheminement des manifestants vers un lieu qui plus est peu identifiable. « Ça a été super compliqué de trouver le rassemblement », affirme Camille, qui s’est d’abord rendue porte d’Italie, à la gare, et place d’Armes, et avoue qu’elle et ses amies sont « tombées sur les manifestants par hasard ».

    20 gardes à vue, la police réprime des soignants

    Le cortège a donc grossi à vue d’œil au cours du kilomètre qui sépare la Bourse du travail de la place Martin Bidoure, où des manifestants sont ensuite arrivés par petits groupes, tandis que d’autres se sont joints à la foule une fois celle-ci engagée dans les rues du Pont du Las. 1 200 personnes ont alors défilé dans le calme, mais non sans revendications. Guélaud et Isabelle, qui n’avaient « même pas entendu parler des arrêtés », comptaient « être là quoi qu’il en soit ». Sur leur pancarte, on lit « Si nous ne sommes rien pour eux, soyons tout face à eux ». Une manière de dire que « nous sommes 80 millions. Qu’est-ce que vous allez faire si on se révolte vraiment ? », demandent-ils. Pour ces Varois, il est d’autant plus « important de manifester dans une région très à droite. La ville n’est pas dotée d’une grande force en termes de population comme de conviction, mais il est important que des voix s’élèvent partout, pas qu’à Paris ».

    « On continue notre mobilisation, et on appellera à l’amplifier car il y a une profonde colère sociale dans le pays », promet Olivier Rosay, qui donne déjà rendez-vous « pour la grève du 5 novembre, car ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie. Les salariés, les couches populaires, n’arrivent pas à joindre les deux bouts ».

    Mais une fois le cortège revenu à son point de départ, l’après-midi a pris une autre tournure. Un groupe d’environ 150 personnes, pour la plupart d’un âge peu avancé, a pris la direction du centre-ville. Il a été stoppé à hauteur du lycée Bonaparte, sur le boulevard de Strasbourg, par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre. La tension est montée et a définitivement franchi un cap après des lancés de feux d’artifice de manifestants dans leur direction. Sous les coups des charges policières couplées à l’usage des grenades lacrymogènes et de quelques tirs de flash-ball répondant aux jets de pierre, le groupe de manifestants restant, qui s’est étiolé au fur et à mesure, au contraire du dispositif policier, a reculé jusqu’au Pont du Las, dans un tango où chaque pas en avant en précédait deux en arrière. Encerclé sur l’avenue du XVe Corps, jonchée de feux de poubelle, il a fini par se disperser aux alentours de 19h.

    Aucune casse majeure n’est à déplorer. 64 personnes ont été interpellées, dont 20 placées en garde à vue. La préfecture dénombre deux blessés parmi les manifestants, autant chez les policiers. Un bilan heureusement modéré, ces derniers ayant « enlevé le matériel médical de certains collègues », relate Jody, une soignante bénévole. Cela, avant le début de la manifestation, au prétendu motif qu’elle n’était alors pas encore autorisée. Pas de quoi freiner la motivation de la jeune aide-soignante et militante, qui s’est mobilisée, comme d’autres, après avoir vu « les images des blessés et de soignants ciblés la semaine dernière ». Mais il faut croire que les pansements et le désinfectant peuvent troubler l’ordre public.

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Serbie, « contre la corruption »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Serbie, « contre la corruption »

    Les élections législatives anticipées de ce 25 octobre pourraient modifier le paysage politique du pays. Face au président démissionnaire Aleksandar Vucic, dont le Parti progressiste serbe (SNS) est au pouvoir depuis 14 ans, s’est constituée une liste électorale soutenue par les étudiants, qui compte remporter le scrutin.

    Nikola Čuturić, soutien de la Liste Étudiante, étudiant en mathématiques à Belgrade.

    « Les manifestations contre la corruption systémique ont débuté à l’hiver 2024, en réaction à l’effondrement d’un auvent de la gare de Novi Sad qui a tué 16 personnes. On avait quatre revendications, à l’issue de larges protestations. Nous voulons la publication de tous les documents relatifs à la construction du quai et la poursuite des coupables. L’arrestation de tous ceux liés au gouvernement ou institutions locales qui ont attaqué les étudiants, professeurs et manifestants pacifiques, ainsi que la libération de ces protestataires. Et, enfin, on exige l’augmentation du budget de l’éducation de 20%. Je soutiens la « Liste étudiante – Les étudiants gagnent », choisie par les jeunes, dont le but est de démocratiser notre société et de faire en sorte que chaque voix compte. »