Tag: négociations

  • Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Des syndicats de Vaucluse unis face aux « intimidations »

    Ce jeudi 5 novembre, l’intersyndicale de Vaucluse sera dans la rue avec une manifestation prévue au départ de la cité administrative d’Avignon à 10h30. Avec un mot d’ordre commun, ils seront là « malgré les intimidations ».

    Ils évoquent tous les interdictions de se rassembler prononcées dans le centre-ville d’Avignon et autour des remparts lors des journées de mobilisation lancées par les lycéens et étudiants et des mouvements contre la vie chère des samedis 24 et 31 octobre. Deux journées pendant lesquelles des dizaines de manifestants ont été verbalisées, voire parfois arrêtés et placés en garde à vue. Aucune interdiction n’a été prononcée concernant ce jeudi. « Un arrêté d’interdiction ne nous fera pas taire. Et la jeunesse est la première à s’y opposer », lance en préambule Laurence de Villèle, secrétaire générale de la CGT de Vaucluse.

    Avant que chacun des représentants syndicaux n’abonde dans ce sens. « Alors que les rassemblements du 24 et du 31 octobre étaient pacifiques et festifs, le pouvoir cherche la provocation. Le 5, nous ne nous laisserons pas intimider et nous ferons entendre nos revendications. Ces politiques mortifères ne font que faire monter l’extrême droite, qui cherche à diviser le mouvement social et à récupérer les colères pour se renforcer. Nous refusons les discours de haine et les divisions entre jeunes, retraités, salariés, chômeurs ou immigrés », ajoute Alice Raimundo, secrétaire départementale de la FSU.

    Privé comme public

    « Une interdiction serait malvenue sachant qu’il n’y a jamais eu de problèmes aux manifestations syndicales en centre-ville. Le gouvernement tente de manœuvrer une sortie de crise à moindres frais. Mais la majorité des annonces sont des changements prévus pour 2028, quand le gouvernement sera parti. Ce que la jeunesse a très bien compris », poursuit Etienne Raoul, secrétaire départemental de FO. Tandis que pour Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa, il est « hors de question de laisser passer ces décisions liberticides ».

    Les revendications, elles, ne bougent pas. Eric Bultel, représentant de la CFDT de Vaucluse, illustre l’absence de réponse en sortant un communiqué de son syndicat émis au début du mois d’octobre dernier. « Je peux reprendre ce papier et le signer. Rien n’a bougé. On veut simplement vivre de notre travail », explique-t-il. Dans le public, la revalorisation du point d’indice est ainsi demandée. « Pour les agents publics, au 1er juin 2026, on a eu 862 000 agents publics bénéficiaires de l’indemnité différentielle. Donc les bénéficiaires de l’indemnité différentielle, c’est que leur salaire est inférieur au Smic. Donc ça, c’est quand même une donnée importante à prendre. Sachant qu’au 1er janvier 2026, ils n’étaient que 356 000. Donc là, on commence à se rapprocher assez fort du million. C’est assez inquiétant », pointe Etienne Raoul. Alors que les débats autour du budget 2027 sont en cours à l’Assemblée nationale, Alice Raimundo exige des moyens « permettant d’assurer la rénovation du bâti scolaire », mais aussi « des créations [de postes d’enseignant] en nombre suffisant pour diminuer le nombre d’élèves par classe, d’étudiants et d’étudiantes par groupe de TD et assurer la présence d’équipes pluridisciplinaires au complet ». Dans le privé, la fin de l’année civile rime aussi avec le début des négociations annuelles obligatoires. « C’est le moment que le patronat donne un signe fort. Il y a des choix politiques, il y a des choix patronaux qui sont aussi des choix politiques. Et répondre aux demandes d’augmentation de salaire par le biais des NAO, c’est pas donner 15 centimes d’euros d’augmentation », pointe Laurence de Villèle.

  • L’ultime bataille des salariés à la Cartonnerie Moderne

    L’ultime bataille des salariés à la Cartonnerie Moderne

    Devant les portes de l’antenne d’Entraigues de Wefold, ex-Cartonnerie Moderne, une vingtaine de salariés sont agglutinés autour de panneaux « en grève » et « fermeture définitive le 15.02.27 ». Comme les inscriptions l’évoquent, ils viennent d’apprendre que leur entreprise spécialisée dans les emballages carton de pâtisserie, forte de 120 ans d’histoire, va cesser définitivement son activité.

    Une grève soutenue par la CGT de Vaucluse a donc été lancée, ce jeudi 29 octobre, alors que des négociations se poursuivent entre la direction et les représentants des salariés. Pour l’heure, 29 personnes restent sur le carreau, dont 19 en Vaucluse, mais aussi une dizaine entre les sites de Saint-Étienne et Gap. « On veut nous donner le minimum et ça, on ne l’accepte pas. Plus de 60% d’entre nous ont plus de 50 ans et on ne retrouvera pas de boulot facilement. Surtout dans notre secteur, l’imprimerie et le carton, qui n’est pas le plus porteur », confie l’un des employés, qui souhaitent tous rester anonymes. Ils demandent donc de meilleures conditions de sortie, estimant que la fermeture est actée. « On est une ex-petite structure rachetée par une multinationale. Et on a l’impression qu’on nous propose les défauts des deux régimes, c’est-à-dire le strict minimum », glisse, exaspérée, une salariée.

    Le rachat pointé

    Au même moment, un comité social et économique (CSE) se tenait dans l’entreprise entre les représentants du personnel et la direction. « Mais ça n’a rien donné pour l’instant. L’information remonte plus haut, on n’aura pas de réponses de suite. Donc on continue la grève », confie un salarié en début d’après-midi.

    En 120 ans d’existence, l’entreprise a changé plusieurs fois de mains. Et c’est la dernière reprise qui est pointée du doigt unanimement par les personnes présentes. En effet, c’est le groupe Guillin, coté en Bourse et qui affiche un chiffre d’affaires de 885 millions d’euros, qui a racheté la Cartonnerie Moderne et ses antennes de Saint-Étienne et Gap, qui vont aussi fermer. Dans un communiqué de presse datant du 28 avril 2025, le groupe Guillin se targuait d’avoir racheté, via sa société Wefold Diffusion, les fonds de commerce des trois structures. Une acquisition qui, affirmait alors la multinationale, aurait permis à ses clients d’avoir « un écosystème unique encore plus performant, capable de répondre instantanément à l’ensemble de leurs besoins quel que soit le matériau, les usages et fonctionnalités demandés, jouant ainsi pleinement son rôle de leader français de la boîte pâtissière et du snacking ».

    « En un an et demi, il n’y a eu aucun investissement. Donc on se disait qu’il y avait une anguille sous roche. On pense qu’ils voulaient seulement récupérer nos clients », regrette une employée. Contacté, le groupe Guillin n’a pas répondu à nos sollicitations.

  • Les salariés de Boulangerie viennoiserie française en grève pour de meilleures indemnités

    Les salariés de Boulangerie viennoiserie française en grève pour de meilleures indemnités

    « Notre pain est frais, votre plan de sauvegarde de l’emploi est indigeste. » Voilà le message accroché aux grilles de l’usine Boulangerie viennoiserie française (BVF), à Tarascon, depuis vendredi dernier. En cause, l’annonce de la fermeture du site du Roubian par le groupe Invivo, propriétaire, à la fin septembre. Soit 54 travailleurs qui se retrouveraient ainsi privés d’emploi selon le syndicat FO de l’entreprise.

    Le conflit social a donc éclaté. La grève a été enclenchée le vendredi 23 octobre et reprendra ce vendredi 30. « Après des décennies de travail et d’engagement, les salariés ont aujourd’hui le sentiment d’être abandonnés », indique le syndicat de l’usine, dans son communiqué. Ce sentiment est provoqué non seulement par l’annonce de fermeture, mais aussi par l’indemnité de licenciement supra-légale de 150 euros par année d’ancienneté, proposée par le groupe dans le cadre des négociations du PSE. FO considère ces propositions « profondément insuffisantes au regard de l’ancienneté des salariés, des difficultés de reclassement et des conséquences d’une perte d’emploi sur leur vie personnelle et familiale », affirme le syndicat, pointant le fait que « la majorité des salariés compte plus de quinze années d’ancienneté ».

    « Comment justifier

    la fermeture ? »

    L’organisation demande au contraire la revalorisation « significative » des indemnités supra-légales, des mesures de reclassement « réellement adaptées aux situations individuelles », des « garanties concrètes pour les plus anciens », « des moyens renforcés pour la formation et la reconversion ».

    Invivo a fait part à La Provence qu’« au-delà de la fermeture, c’est un projet de réorganisation industrielle (…) dans un marché du pain en mutation profonde, marqué par le recul de la consommation traditionnelle et une pression en augmentation de la part de la grande distribution et de la concurrence européenne » soit « près de 34 millions d’euros de perte sur les trois derniers exercices » de BVF.

    Le syndicat pointe également le transfert de certaines productions dans d’autres usines du groupe Invivo, « notamment le site d’Aubignan » dans le Vaucluse, alors que « depuis près de quinze ans, FO dénonce le manque d’investissements structurants sur le site de Tarascon ». À cela, Invivo répond que « la réorganisation permet de réduire les coûts de production et de redevenir compétitifs ».

    Sollicité à nouveau, Invivo ne nous a pas répondu avant la clôture de cette édition.

  • [Passerelle Interculturelle] Préserver le multilatéralismeet accélérer l’action climatique

    [Passerelle Interculturelle] Préserver le multilatéralismeet accélérer l’action climatique

    Cette rencontre a réuni des responsables politiques, des négociateurs et des experts du climat venus de plus de vingt pays, afin de réfléchir à l’avenir de la coopération climatique internationale. Ce dialogue est coprésidé par Xie Zhenhua, ancien envoyé spécial de la Chine pour le changement climatique, et Laurence Tubiana, ancienne ambassadrice française chargée des négociations climatiques et l’une des principales architectes de l’Accord de Paris.

    Dans son discours d’ouverture, Xie Zhenhua est revenu sur les progrès significatifs réalisés en matière de gouvernance climatique mondiale et de transition verte et bas carbone depuis l’adoption de l’Accord de Paris. Il a souligné l’importance de défendre le multilatéralisme et le principe d’équité, de promouvoir une concurrence saine et une coopération pragmatique, ainsi que de concilier les impératifs du développement et les besoins des populations, tout en maintenant un dialogue franc et ouvert. Il a affirmé que, malgré les multiples défis, la Chine resterait fermement engagée dans la lutte contre le changement climatique et ne modifierait ni sa détermination stratégique ni ses objectifs de pic des émissions de carbone et de neutralité carbone.

    Dix ans après son entrée en vigueur, l’Accord de Paris reste le principal cadre international de lutte contre le changement climatique. Mais sa mise en œuvre se heurte à de nombreux obstacles : tensions géopolitiques, difficultés de financement et divergences entre pays développés et pays en développement.

    Pour les participants, la priorité est donc de préserver les acquis de cet accord historique, tout en accélérant la transformation des engagements politiques en actions concrètes.

    Échanges libres

    Les discussions ont notamment porté sur la transition énergétique, l’électrification des économies, le financement climatique et le soutien aux pays les plus vulnérables.

    Autre enjeu majeur : préparer la COP31, prévue en novembre en Turquie. Cette rencontre informelle a permis aux différents acteurs d’échanger librement sur leurs priorités, d’identifier les points de convergence et de réfléchir aux conditions nécessaires à la réussite de la prochaine conférence mondiale sur le climat.

    La coopération entre la Chine et l’Europe a également occupé une place importante dans les discussions. Face à l’ampleur des défis climatiques, le dialogue et la coopération technologique restent essentiels pour accélérer la transition écologique à l’échelle mondiale.

    Créé en 2019, le Dialogue de haut niveau des Amis de l’Accord de Paris est une plateforme informelle d’échanges sur la gouvernance climatique mondiale, organisée conjointement par l’Université Tsinghua et la Fondation européenne pour le climat. Il réunit chaque année des responsables politiques, des négociateurs et des experts internationaux. Contrairement aux négociations officielles, ce dialogue privilégie des échanges libres et approfondis, permettant de rapprocher les positions, de renforcer la confiance et de contribuer à la recherche de consensus sur les grands enjeux climatiques.

  • Les soignants de l’hôpital font bloc pour préserver leurs acquis

    Les soignants de l’hôpital font bloc pour préserver leurs acquis

    Troisième conseil de surveillance de l’année, troisième irruption de personnels en colère. En cause : les mesures d’économies étudiées par la direction suite aux observations de la Chambre régionale des comptes. Alors que les négociations sur la prise en compte de la pause méridienne dans le temps effectif de travail, la rémunération des astreintes et le dispositif de garde des infirmiers anesthésistes sont encore en cours, la suppression des heures supplémentaires pour les agents à temps partiel, effective depuis le 1er septembre, a mis le feu aux poudres. Ce vendredi, le bloc opératoire était en grève.

    Manon Breteau, infirmière au sein du service (Ibode), témoigne : « Jusqu’ici, nos astreintes étaient payées en heures supplémentaires et on avait une majoration quand on travaillait la nuit, les dimanches et les jours fériés. La direction les a supprimées. » La soignante sort son téléphone pour montrer les chiffres. « Sur un échelon 5, à l’heure, je suis à 21,66 euros. La nuit, je suis à 45,02 euros et les dimanches et jours fériés à 37,51 euros. Ce mois-ci, j’ai fait 30 heures d’astreinte qui vont donc être payées en heures complémentaires. Ça représente une grosse perte de salaire. »

    La direction explique avoir corrigé « une situation qui conduisait certains professionnels à temps partiel à compléter leur activité au moyen d’heures supplémentaires, bénéficiant ainsi, à quotité de travail identique, d’un régime de rémunération différent de celui applicable à un professionnel employé à temps plein ». Elle assure entendre « les conséquences que cette régularisation peut avoir pour certains professionnels qui s’étaient organisés sur la base du dispositif antérieur ». La direction dit avoir proposé des rendez-vous individuels aux agents concernés « afin d’étudier leur situation et les solutions pouvant être envisagées ». Le personnel demande la mise en place de compensations financières.

    Politique

    contre-productive

    Manon et sa collègue Élise, infirmière anesthésiste (Iade), préviennent : « Le risque est de nous voir partir vers le privé. Il n’y a plus d’intérêt à rester à l’hôpital pour ces salaires-là. » Nathan Cabiac, représentant syndical CGT, appuie : « Nous refusons que les difficultés financières de notre établissement servent systématiquement de prétexte à de nouveaux reculs sociaux. […] Cette politique est injuste, dangereuse et contre-productive. Dégrader les conditions de travail, c’est accélérer le départ de professionnels formés et expérimentés, accentuer les risques psychosociaux, les troubles musculosquelettiques, les arrêts de travail et les situations d’épuisement professionnel ».

    Sur ce point, le directeur Loïc Mondoloni affirme : « L’attractivité et la fidélisation de nos professionnels constituent évidemment un enjeu majeur. Mais cette attractivité doit reposer sur un système à la fois juste, équitable et juridiquement sécurisé. » Le bloc opératoire sera en grève reconductible illimitée, vendredi prochain.

  • Les salariés d’Arkema votent la fin de la grève

    Les salariés d’Arkema votent la fin de la grève

    « On a tenu tête et on a tenu bon face à notre direction », se félicite lundi Rémi Thuaire, délégué syndical CGT de l’usine Arkema située dans le 11e arrondissement de Marseille. Une centaine de salariés – sur les 300 que compte le site – se sont réunis plus tôt dans la journée et ont voté à 70% la fin du mouvement de grève reconductible débuté le 29 septembre. « Même les salariés qui étaient pour la poursuite du mouvement sont relativement satisfaits », assure le syndicaliste pour qui « il en ressort énormément de choses positives dans le combat syndical et la lutte collective ».

    Car dès le deuxième jour de mobilisation, qui réunissait plus de 80% des ouvriers, la direction générale de l’entreprise a annoncé lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire la mise en chômage technique sans aucune rémunération de l’ensemble du site à compter du 7 octobre. Une méthode fortement décriée, qualifiée d’« entrave au droit de grève » qui a déjà été utilisée par la direction en décembre dernier, suite à des négociations annuelles obligatoires (NAO) jugées « méprisantes ».

    Déterminés, les salariés ont voté vendredi pour reconduire la grève et durant le week-end, ils ont obtenu gain de cause. Les jours chômés seront payés. « On n’a pas pu avoir des hausses de rémunérations d’un seul coup sur l’ensemble du site mais on va pouvoir négocier service par service », indique Rémi Thuaire, « notre demande c’était du pouvoir d’achat sous n’importe quelle forme ».

    Ainsi, la direction leur a promis revalorisations de primes, des indemnités kilométriques revues à la hausse et l’augmentation des astreintes. Le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, qui était sur site ce lundi pour apporter son soutien aux travailleurs, salue leur combat. « C’est la démonstration supplémentaire que la lutte paie et que là où tout semblait impossible il y a quelques semaines dixit la direction, les choses se sont débloquées par miracle dès lors que les salariés ont démontré qu’ils voulaient poursuivre le mouvement ». Le rapport de force a payé.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • La CGT appelle à une grève de 24h sur les sites Total

    La CGT appelle à une grève de 24h sur les sites Total

    Les travailleurs de Total passent une « première vitesse », prévient Fabien Cros, secrétaire général CGT de La Mède. Ce jeudi 8 octobre, le syndicat appelle à la grève sur l’ensemble des sites du groupe en France et ses filiales, malgré l’annonce de la direction d’une avance de 1 000 euros sur la prime de partage de la valeur ajoutée.

    La CGT réclame de véritables négociations pour s’accorder sur une revalorisation salariale. « Sur la branche française de raffinage, on atteint déjà plus de 900 millions d’euros de résultat opérationnel, plaide Fabien Cros. Sur le site de La Mède, on est à 25 millions d’euros pour 300 personnes. C’est rapide de calculer ce qu’on rapporte par salarié. » Le syndicat demande a minima une augmentation de 5% des rémunérations : 3% pour l’indexation sur l’inflation calculée par l’Insee et 2% de « rattrapage pour les années précédentes ».

    Une semaine

    de déstabilisation

    Les grévistes revendiquent également l’embauche des intérimaires, la transformation des CDD en CDI, la sécurisation de leurs outils industriels et l’amélioration des conditions de travail. Fabien Cros rappelle : « En février dernier, on est allés aux Prud’hommes pour 180 requêtes individuelles qui ont été déposées par des salariés actuels ou retraités, intérimaires ou sous-traitants, pour obtenir l’indemnisation de leur préjudice d’anxiété concernant leur exposition au benzène. »

    En pleine période de tensions dans l’approvisionnement des stations Total, prises d’assaut en raison du plafonnement des prix, ce mouvement de 24h pourrait se traduire par une semaine de déstabilisations. Le site de La Mède est stratégique : « On est l’un des plus gros dépôts du département, quasiment équivalent aux Dépôts pétroliers de Fos. Notre zone d’achalandage s’étend sur tout le quart Sud-Est de la France. »

  • [Entretien] Frédéric Souillot, FO : « Pour Fibre Excellence, la bataille n’est pas finie »

    [Entretien] Frédéric Souillot, FO : « Pour Fibre Excellence, la bataille n’est pas finie »

    La Marseillaise : Comment appréciez-vous le niveau de mobilisation de ce 15 septembre ?

    Frédéric Souillot : C’est un excellent niveau de mobilisation dans les IEG (Industries électriques et gazières). Il y avait aussi les retraités. Car le tarif agent qui est remis en cause, c’est leur contrat social. Cet été, quand il y a eu des incendies partout, quand il y a eu la canicule dans les hôpitaux, ils sont venus d’astreinte pour remettre tout en route. Ils remplissent une mission de service public en étant sous convention collective. J’ai entendu le Premier ministre les féliciter, comme dans la santé. C’est une vraie richesse à chaque crise et après, sous l’angle économique, ça devient un coût.

    Ces métiers manquent d’attractivité. Quelle est la solution ?

    F.S. : à chaque fois qu’il y a un concours d’entrée dans la fonction publique, il manque un tiers des candidats. Or, dans la fonction publique c’est un investissement et ça garantit la cohésion sociale de la République. Comment va-t-on chercher les 1,3 million de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni à l’éducation nationale ? C’est une vraie perte pour la nation. Ils sont souvent récupérés par l’économie parallèle. Comment on les ramène ? Comment on leur propose une vraie carrière avec de l’évolution professionnelle ? On travaille dessus avec la négociation d’un accord national interpro. On a remis au goût du jour l’Arpe (Allocation de remplacement pour l’emploi) : le départ de deux anciens pour l’embauche d’un jeune et où on peut accepter des aides publiques. Et parallèlement, une retraite progressive dès 60 ans.

    Pensez-vous qu’il soit encore possible de dialoguer avec le gouvernement ?

    F.S. : Le gouvernement va présenter un budget au Parlement, on verra bien ce qu’il y a dedans. Depuis 2017, il repousse les corps intermédiaires. Mais même les organisations patronales disent qu’il faut redonner sa place à la démocratie sociale et à la négociation collective. C’est pour cela que nous les avons reçues à FO et que nous avons discuté d’un agenda social autonome. Le premier sujet sur lequel on veut discuter, c’est comment on se projette : comment on parle de modèle productif à vingt ans ?

    On parle beaucoup de réindustrialisation, mais des usines ferment. Quels sujets seront abordés lors de la Journée de l’industrie de FO, le 8 octobre ?

    F.S. : Les politiques en parlent comme un slogan juste avant les élections. Maintenant, pour revenir sur les déserts industriels, il faut passer aux actes. Notre projection pour la réindustrialisation, c’est commencer par se demander comment on revoit le Conseil national de l’industrie ? Il y a 20 ans, il a été créé pour mettre en place des filières de branche. Aujourd’hui, il n’est plus au goût du jour. Il faut repenser la politique industrielle, avec la transition énergétique, mais surtout, il faut en discuter avec les travailleurs pour mettre socialement les choses en place. Si on avait fait de la politique écologique dans les années 2000, on aurait peut-être avancé sur ces questions. Aujourd’hui, on nous parle de fermer des sites.

    Quel avenir pour Fibre Excellence à Saint-Gaudens et à Tarascon ?

    F.S. : à Tarascon, la seule organisation syndicale qui avait proposé la nationalisation temporaire le temps qu’on trouve un repreneur, de faire des investissements pour modifier les sites industriels pour faire de la pâte à papier plus valorisée, c’est FO. Aujourd’hui, il y a liquidation. à Saint-Gaudens, la Région Occitanie et d’autres organisations syndicales la demandent. On continue à suivre ce dossier. Ce qu’on dit au ministre de l’Industrie, c’est : trouvez un papetier et nous, avec la Région Paca, la CCI d’Arles, on trouvera des investisseurs. Ce sont 270 familles qui sont concernées. Et à Tarascon, retrouver un emploi… C’est déjà un désert industriel ! Nous sommes toujours dans les starting-blocks. Il n’y a pas plus tard que deux jours, nous avons interpellé le préfet. La bataille ne peut pas être finie. Il y a eu des investissements, si ça s’arrête, c’est de l’argent jeté par les fenêtres.

  • À Manosque, mobilisation devant Géométhane

    À Manosque, mobilisation devant Géométhane

    Les salariés de Géométhane, entreprise de stockage de gaz naturel dans des cavités souterraines, mais aussi d’Enedis, de GRDF ou encore de RTE, sont appelés à se mobiliser, ce mardi, devant le site de Manosque, pour protester contre les préconisations du rapport de la Cour des comptes. « Ses préconisations sont de réduire, voire rendre caduques, des dispositifs qui sont historiques, comme le tarif agent, qui fait partie de nos éléments de rémunération. On baisse votre salaire annuel de 20% parce que vous bénéficiez d’un tarif agent », explique Philippe Guimard, délégué syndical Géométhane pour FO, qui appelle à la mobilisation aux côtés de la CGT. « Ce n’est pas une loi, mais le rapport de la Cour des comptes donne des orientations, c’est une feuille de route pour les réformes. Et c’est là où on veut envoyer un message fort en disant que si vous touchez à ça, ça va mettre le feu », lance-t-il. Selon le syndicaliste, « en réalité, aucun changement qui interviendrait sur les éléments de rémunération des agents des industries électriques et gazières ne viendrait réduire la facture d’un consommateur ». L’objectif de la mobilisation est « de faire pression sur le gouvernement, avance Philippe Guimard. Ce qu’on veut protéger, c’est un modèle social commun, qui protège tout le monde. » Des délégations seront reçues à Bercy ce mardi. « En fonction des retours qu’ils nous feront, ça va conduire à des mouvements qui vont se renouveler », explique le syndicaliste.

    De son côté, la CGT élargit la mobilisation à d’autres revendications sur les heures supplémentaires et « l’attaque qui est portée depuis le printemps sur le financement de la caisse de retraite », avance Nicolas Davan, secrétaire général de la CGT Énergie Provence. « L’attaque sur le tarif agent est très symbolique, mais ce n’est pas financièrement aussi important que les autres attaques. Enedis met dans les caisses de l’État chaque année 1,3 milliard d’euros. Alors dire que nous, on coûte, c’est osé. Il n’y a pas grand monde qui rapporte autant que nous dans les caisses de l’État. »