Tag: Région Occitanie

  • À Montpellier, Michaël Delafosse appelle à l’unité contre ce « racisme qui tue »

    À Montpellier, Michaël Delafosse appelle à l’unité contre ce « racisme qui tue »

    Ne laissons pas les ténèbres s’emparer de ce beau pays. Soyons unis pour combattre le racisme et l’antisémitisme. » Trois jours après l’attentat terroriste de Trappes qualifié de « raciste » par le Parquet, qui a coûté la vie à un jeune de 26 ans (Pengo Bossio Wangi) et blessé grièvement 5 personnes dont une fillette de 12 ans, c’est la gorge nouée que Michaël Delafosse s’est exprimé, lundi 26 octobre à midi.

    Devant plus de 200 citoyens, élus, associatifs… réunis pour cet appel républicain sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier, le maire socialiste a dit son ras-le-bol de cette violence, cette haine raciste qui se déchaîne trop souvent. « Hier tué car professeur enseignant la laïcité, ou citoyen parce que juif. Aujourd’hui parce que de couleur noire », a d’abord listé M. Delafosse en hommage aux précédentes victimes de la barbarie. « L’indignation, la colère, ne peuvent être sélectives. Nos silences peuvent devenir complices », insiste l’édile selon qui ne pas organiser ce rassemblement eut été « une faute ». Une marche de Plan Cabane jusqu’à la Comédie suivra le soir même en réunissant 2 000 personnes.

    Que des citoyens puissent être tués pour ce qu’ils sont est un « crime contre ce qui fonde la France ». De son côté, la présidente de Région, Carole Delga (PS), a dit son indignation. « Cette attaque a une origine et il faut la nommer. Elle s’inscrit dans un climat xénophobe que l’ultra droite et l’extrême droite entretiennent depuis des années, jour après jour, dans le débat public (…). Nous refusons que la peur de l’autre devienne un programme politique. »

    Inéligibilité réclamée

    En attendant que la qualification pénale de la tuerie de sang-froid soit établie, M. Delafosse avait lui aussi un message à faire passer. « Le racisme a tué, il tue. La parole raciste s’est trop libérée, scandaleusement propagée. Des chaînes d’info en continu laissent cours à des propos débridés qui arment les esprits. » Et le président de la Métropole de rappeler : « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. »

    Voilà pourquoi il souhaite que change la loi. « Quelqu’un condamné pour racisme doit être inéligible. » Quant au possible motif psychiatrique que pourrait faire valoir le suspect arrêté, là encore M. Delafosse affiche son désaccord avec la règle actuelle. « Je crois qu’on ne peut se soustraire à la justice des hommes. Si quelqu’un a des problèmes psychiatriques, c’est à un jury populaire d’apprécier ce motif », dira-t-il.

    Le 26 octobre, d’autres rassemblements républicains se sont tenus à Nîmes ou Béziers à l’appel de syndicats, assos et partis politiques de gauche.

  • 800 000 euros de la Région Occitanie pour soutenir les chalutiers

    800 000 euros de la Région Occitanie pour soutenir les chalutiers

    « Je connais les difficultés que vous traversez et je mesure votre inquiétude face au manque de visibilité sur votre avenir. Entre le prix du carburant, les contraintes réglementaires, la raréfaction de certaines ressources et les conséquences du changement climatique, c’est tout un secteur qui est aujourd’hui fragilisé », a déclaré la présidente de Région Carole Delga le 13 octobre, à l’occasion d’une rencontre organisée « avec une large représentation régionale de pêcheurs pour échanger sur leurs difficultés et construire avec eux des réponses concrètes ».

    En septembre, les pêcheurs de Méditerranée ont mené un mouvement de grève d’ampleur et bloqué plusieurs ports et dépôts pétroliers pour protester, notamment, contre la flambée du prix du gazole et les contraintes réglementaires. Face à ces difficultés immédiates, la Région a décidé de mobiliser « une nouvelle enveloppe d’urgence de 800 000 euros pour soutenir la flottille chalutière », indique la présidente socialiste. Répartie entre les navires « proportionnellement au nombre d’équivalents temps plein (ETP) à bord », cette aide sera soumise au vote des élus régionaux en novembre, « pour une mise en œuvre dès cette année ». Désireuse de « porter l’enveloppe totale de cette aide à 1,2M d’euros », la Région « sollicitera à ce titre les autres collectivités du littoral afin qu’elles contribuent à cet effort collectif pour maintenir l’emploi à bord des navires ».

    Un plan de résilience

    pour préparer l’avenir

    Cette annonce s’ajoute à une aide « exceptionnelle » de 500 000 euros débloquée par la Région et les collectivités partenaires à destination des pêcheurs en étangs, « particulièrement touchés par les effets de la canicule marine ». La Région a par ailleurs également prévu de renforcer les indemnités d’arrêt temporaire des chalutiers en 2027, en allouant 1M€d’euros de fonds européens FEAMPA, gérés par la collectivité. « Les aides pourront ainsi être bonifiées de 30% », assure-t-elle.

    Au-delà de ces mesures d’urgence, la Région prépare « un plan de résilience de la pêche en Occitanie », qui sera soumis au vote le 19 novembre. Il doit notamment soutenir la transition énergétique des navires, réduire leur consommation de carburant, accompagner la restructuration des criées et renforcer les connaissances scientifiques sur les écosystèmes et le changement climatique. La valorisation des produits de la pêche régionale et le renouvellement des générations sont également annoncés comme des priorités.

  • [Entretien] Pascal Rousson : « Prévue en 2026, la réouverture complète de la ligne de la rive droite du Rhône est décalée à 2031 ou 2032 »

    [Entretien] Pascal Rousson : « Prévue en 2026, la réouverture complète de la ligne de la rive droite du Rhône est décalée à 2031 ou 2032 »

    La Marseillaise : Rappelez-nous pourquoi la ligne est actuellement fermée en semaine ?

    PR : Elle est fermée depuis le 16 mars 2026 à cause de travaux de régénération de la voie, c’est-à-dire de gros travaux sur les rails et le ballast. Ce sont des travaux indépendants de la réouverture de la ligne qui se font tous les 40 ans. C’est un investissement réalisé par SNCF Réseau de 230 millions d’euros. La ligne sera fermée jusqu’au mois de juin 2027. Après plus d’un an de fermeture, nous craignons que la ligne soit à nouveau fermée parce qu’il faut réaliser des travaux d’aiguillage. Il semblerait qu’une fermeture partielle soit envisagée mais ce n’est pas encore sûr. Je ne comprends pas pourquoi ces travaux ne sont pas réalisés actuellement.

    Quand la ligne de la Rive droite du Rhône a rouvert, tous les travaux devaient se terminer en 2026. Comment a évolué le calendrier ?

    PR : Il a pris énormément de retard. On est passé d’une réouverture complète prévue en 2026 à une réouverture décalée à 2031 ou 2032. La mairie de Villeneuve-lez-Avignon vient de voter le budget pour son Pôle d’échanges multimodal (PEM). L’ouverture de cette gare est prévue pour décembre 2027, après des travaux sur les quais et les passerelles. En septembre 2027, les travaux de la gare de Roquemaure débutent pour une réouverture en décembre 2028. Des travaux ont également commencé ce mois-ci sur la gare du Teil (en Ardèche, Ndlr). Aujourd’hui, les trains montent au Teil à vide pour effectuer leur retournement. Ils transporteront des voyageurs dès l’an prochain. Une enquête publique environnementale a également débuté sur le bas de la ligne, entre Nîmes et Villeneuve-lez-Avignon, qui va durer deux ans. Celle-ci va valider la suite des travaux.

    Quels sont ces travaux prévus ?

    PR : Ce sont les travaux sur les gares de Marguerittes, Remoulins et Aramon pour créer des passerelles. L’enquête devrait se terminer en 2028 et j’espère que les travaux débuteront l’année suivante. Les réouvertures de ces gares devraient ensuite s’étaler à partir de 2030. L’ouverture de la dernière gare, celle de Laudun-L’Ardoise, est prévue en 2032. En 2029, Pont-Saint-Esprit devrait aussi être un terminus où les trains pourront se retourner, ce qui évitera de monter jusqu’au Teil. Ça va permettre de gagner du temps pour avoir des horaires intéressants pour les gens qui travaillent et pour les étudiants.

    Comment expliquez-vous que le calendrier ait pris autant de retard ?

    PR : Il y a plusieurs raisons. Il y a des contraintes de procédure administrative, qui sont très longues. Le cahier des charges a aussi changé entre-temps. Par exemple, il va y avoir des travaux sur tous les passages à niveau pour les sécuriser entre Nîmes et le Teil alors qu’initialement on espérait qu’il n’y ait des travaux que sur les passages à niveau près des gares. Il y a aussi eu les travaux de régénération de SNCF Réseau, qui ont été décalés dans le temps à plusieurs reprises et qui nécessitent, à un moment donné, d’être réalisés. Mais, le problème, c’est surtout le budget. Car je rappelle que le financement de la partie ferroviaire est assuré à 100% par la Région. Et la Région a eu, en trois ans, 400 millions d’euros de dotation de l’État en moins. Donc forcément, le budget est étalé sur plusieurs exercices.

    Votre regret, c’est surtout que ces travaux interrompent une dynamique, puisque la ligne enregistrait un nombre croissant de voyageurs depuis sa réouverture…

    PR : Oui, chaque année depuis trois ans, le nombre de voyageurs augmentait parce que cette ligne répond à un besoin sur un territoire industriel comme le Gard rhodanien. Elle répond aussi à la demande, parce qu’avec le prix de l’essence qui explose, c’est une manière de faire des économies. Face au dérèglement climatique, les gens veulent aussi de plus en plus de mobilités douces. Donc les chiffres augmentent alors que la dernière année, on a eu quasiment 20% de suppression de trains à cause du manque de conducteurs.

    L’augmentation de la fréquence de passage des trains reste l’autre combat que vous menez. Combien d’allers-retours à terme sont-ils prévus ?

    PR : Aujourd’hui, on n’a que cinq allers-retours. À terme, au moment de l’ouverture complète, il doit y avoir environ 10 allers-retours. Entre le PEM de Villeneuve-les-Avignons et les ouvertures de Marguerittes et Remoulins, les chiffres vont exploser. Marguerittes sera à 8 minutes de Nîmes et Remoulins à 12 minutes. Aujourd’hui, on demande surtout que les études soient compactées pour gagner du temps et qu’il y ait bien des conducteurs sur chaque train à la réouverture.

  • Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Occitanie : le mouvement social prend un coup de jeune

    Le mouvement lycéen, parti de région parisienne il y a près de trois semaines, est désormais massif, actif et déterminé dans tous les territoires de la métropole et en outremer. Dans l’Hérault et le Gard, la quasi-totalité des lycées publics, généraux mais aussi professionnels, est dans l’action pour exiger de bonnes conditions de travail, autant matérielles qu’éducatives.

    La maturité des lycéens, dont l’écrasante majorité sont des mineurs, est un motif de fierté pour leurs aînés. Si parents, professeurs ont décidé de les encadrer et de les protéger face à la répression ahurissante du gouvernement, le mouvement lycéen reçoit aussi le soutien et la participation des syndicats de salariés, au-delà de la seule communauté éducative. Ainsi, le syndicat CGT de l’Hérault de l’action sociale précisait, le 6 octobre dans un communiqué que « les revendications lycéennes, plus que légitimes, rejoignent les [leurs] », dont « un budget de l’Éducation nationale à la hauteur des besoins des élèves et des personnels de l’Éducation nationale, pour une augmentation des salaires, des embauches et des conditions de travail décentes dans le secteur social et médico-social ».

    Cette « convergence » entre lycéens et syndicats de salariés s’illustre aussi dans le Gard où les unions locales CGT, FSU et FO ont signé un appel commun de soutien aux adolescents en lutte et appelé à manifester le 6 octobre. « Lors du rassemblement du 29 septembre [journée de grèves et de manifestations dans la fonction publique] nous avons donné la parole à des jeunes mobilisés. Nous leur avons proposé notre solidarité et notre soutien tout en réaffirmant un principe essentiel : leur mobilisation leur appartient et nous ne déciderons jamais à leur place », précisent les trois unions locales. Ce jeudi 8 octobre, un nouvel acte de la mobilisation lycéenne a agrégé une nouvelle fois les syndicats de l’éducation nationale et de salariés.

    Les élus locaux d’Occitanie s’engagent également. Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a exprimé son soutien lors du conseil municipal, le 6 octobre : « La casse, la destruction de biens, n’est jamais la solution et doit être condamnée. Mais la violence contre la jeunesse ne peut pas être la réponse. La réponse doit être le dialogue, l’esprit de responsabilité. Nous sommes ouverts pour dialoguer. Si les lycéens souhaitent des lieux pour s’exprimer, ils seront grands ouverts. Les jeunes veulent que leurs profs soient remplacés, que l’épreuve au Bac et les emplois du temps soient lisibles, cohérents. Ils veulent sortir de l’angoisse de Parcoursup », résume l’élu, lui-même professeur d’histoire-géo. « Je tenais à faire part de mon soutien. On ne peut pas être dans une surenchère de violence et de réponses anormales », a déclaré le maire socialiste. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), a tenu aussi à « [s]’adresser directement aux lycéennes et aux lycéens. Votre colère, je l’entends. Vous avez raison de vous mobiliser, de demander de meilleures conditions d’études, des professeurs remplacés, davantage de moyens pour préparer votre avenir. Je sais votre inquiétude de voir les inégalités se creuser et votre sentiment de ne pas être assez écoutés ». Elle était d’ailleurs aux côtés du maire communiste de Nîmes Vincent Bouget cette semaine (lire aussi p. 7).

    Pour tous les partis de gauche, LFI, PS, EELV, NPA, PCF, il s’agit d’être aux côtés de la jeunesse dans ce mouvement à bien des égards historique. « C’est une génération entière qui aujourd’hui exprime sa colère, sa volonté de trouver dans la société la place qui lui revient. Ils et elles méritent des réponses à la hauteur de leurs attentes, de leurs espoirs et non des fins de non-recevoir quand ce n’est pas la répression et la violence policière », souligne Jacques Chabalier, secrétaire de la section de Nîmes du PCF. Pour la fédération du PCF de l’Hérault, dont la secrétaire générale est aussi élue de Montpellier, Clara Gimenez, « d’autres choix sont possibles » et « la baisse démographique (…) doit permettre de diminuer réellement le nombre d’élèves par classe, de recruter les enseignants et les personnels nécessaires et de donner davantage de temps à chacun pour apprendre et réussir ». Une visée exclue par les macronistes.

  • La Région Occitanie veut tenir le cap malgré les coupes

    La Région Occitanie veut tenir le cap malgré les coupes

    C’est un lieu qui dit déjà une partie du message. Vendredi 18 septembre, les élus régionaux gardois ont choisi le Centre d’art contemporain de Nîmes, au cœur de Pissevin, pour effectuer leur rentrée. Un équipement culturel implanté dans un quartier populaire, qui a accueilli 10 000 visiteurs en 2025 et auquel la Région vient de porter son soutien de 19 000 à 24 000 euros.

    Une façon d’ouvrir une matinée où les annonces concrètes ont côtoyé un refrain beaucoup moins réjouissant : celui des budgets qui se resserrent. Selon la Région, les décisions budgétaires nationales ont réduit ses ressources de 500 millions d’euros en trois ans. Les élus ont notamment réaffirmé leur volonté de maintenir la culture à 3% du budget de fonctionnement régional.

    L’effort affiché concerne d’abord les lycées. Pour les 231 000 élèves d’Occitanie, la collectivité mobilise 74 millions d’euros : manuels, LoRdi, premiers équipements professionnels ou transports scolaires gratuits, avec également une aide à la cantine renforcée pour les familles les plus précaires. « La rentrée reste la moins chère de France », revendique Fabrice Verdier, conseiller régional délégué aux ressources humaines et au dialogue avec les syndicats, reprenant le mot d’ordre de l’exécutif régional.

    Dans le Gard, 6 400 ordinateurs doivent notamment être distribués cette année et 18 000 élèves bénéficient de la gratuité des transports scolaires. Sur les mobilités, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région en charge de la question, met en avant la progression de la « gratuité par l’usage ». Selon l’élu, celle-ci est passée de 600 000 à 7 millions de tickets pour les moins de 27 ans entre 2019 et 2026. Dans le Gard, plus de 30 000 jeunes sont inscrits au dispositif « +=0 ». La Région accélère aussi sur le vélo : au lycée Lucie-Aubrac de Sommières, une trentaine de vélos à assistance électrique sont mis à disposition. Une expérimentation menée dans huit établissements d’Occitanie avant une possible extension.

    « Il va falloir que l’État soit à nos côtés »

    L’été a aussi rattrapé la rentrée politique. Après les épisodes caniculaires, une cartographie de la vulnérabilité thermique des lycées est en cours. Isolation, brasseurs d’air, protections solaires, végétalisation ou salles refuges doivent permettre de cibler les prochains investissements. « Face aux contraintes budgétaires, il va falloir que l’État soit à nos côtés », prévient Aurélie Génolher.

    Les inquiétudes sont plus franches sur la formation. Julie Delalonde alerte sur la baisse des financements nationaux de l’apprentissage : « Ça réduit considérablement l’offre disponible… Or, pour beaucoup de jeunes, c’est la seule formation possible ! » L’élue pointe également l’absence annoncée de nouveaux crédits de l’État en 2027 pour la formation des demandeurs d’emploi. La Région a, de son côté, adopté un plan régional de formation 2027-2030 doté de plus de 660 millions d’euros.

    À l’autre bout du tableau, plusieurs projets prennent forme dans le Gard. La Région doit participer à la future école de kinésithérapie portée par le CHU de Nîmes, tandis qu’une formation d’aide-soignant en apprentissage doit ouvrir au Vigan. Au Mas de Mingue, à Nîmes, un centre de santé est annoncé d’ici 2027, en partenariat avec la Ville.

    Reste l’économie. Jalil Benabdillah, vice-président de la Région chargé de l’économie, de l’emploi, de l’innovation et de la réindustrialisation, décrit « une rentrée économique très contrastée », entre entreprises fragilisées et secteurs industriels porteurs. Décarbonation, aéronautique ou spatial sont ciblés, tandis qu’un rapprochement avec Nîmes Métropole autour du développement économique est évoqué. Derrière le catalogue des annonces, une question traverse ainsi cette rentrée : combien de temps les collectivités pourront-elles maintenir leurs investissements alors que leurs marges budgétaires se resserrent ?

  • La maintenance des TER sur de bons rails ?

    La maintenance des TER sur de bons rails ?

    L’annonce, inattendue, a pris tout le monde de court. Tandis que la création d’un centre de maintenance des Trains express régionaux (TER) est à l’étude depuis des années en Occitanie, Carole Delga (PS) a tranché.

    Vendredi 16 septembre, la présidente de Région a dévoilé par communiqué le lieu du futur centre (qui sera raccordé à la ligne ferroviaire Colombiers-Maureilhan) que sa collectivité s’engage à construire et à financer à 100%, une première en France. Il s’agit d’un terrain appartenant à la Région situé sur la commune de Colombiers, au sud-ouest de Béziers. En complément des ateliers de Toulouse et Nîmes, « saturés », ou encore de Tarbes et Perpignan, ce futur centre accueillera, dès fin 2028 ou début 2029, les 18 nouvelles rames de TER liO Regio2N pour les opérations de maintenance lourde. « Nous souhaitons disposer d’un équipement performant et adapté à l’arrivée des Regio2N sur la ligne du littoral mais aussi anticiper l’augmentation du nombre de trains liO (…) », explique l’élue socialiste qui y voit la démonstration que « la transition vers des mobilités décarbonées appelle du courage politique, de l’innovation et un fort investissement ».

    Les rames accidentées sur le site du Capiscol ?

    Du côté de la CGT cheminots qui, via la Région, avait obtenu il y a quelques mois de la SNCF le lancement d’une étude de faisabilité pour le site du Capiscol à Béziers, on ne s’attendait pas à une telle annonce. « Face à la direction de la SNCF qui voulait tout mettre à Nîmes, on voulait un centre de maintenance à Béziers. Ce terrain de la Région près de Montady n’est pas le meilleur car on n’est pas en milieu ferroviaire et il s’agit d’une voie unique », regrette Éric Bringuier. Mais faute de grives, on mange des merles. Le secrétaire de la CGT cheminots tempère aussitôt. « Le choix d’implanter le centre entre Béziers et Narbonne, au milieu de la région, reste judicieux ».

    Le vice-président régional aux transports justifie l’implantation. « On a d’abord essuyé un refus du maire (DVD) de Narbonne. Notre terrain de Colombiers est constructible immédiatement car dérisqué, ce qui n’était pas le cas du site du Capiscol. Il y aurait eu des études environnementales à faire sur un an voire 18 mois. Et on ne passait pas dans le calendrier », explique Jean-Luc Gibelin (PCF).

    Il n’en reste pas moins que la CGT ne lâche pas l’affaire sur le Capiscol. « On va pousser pour en faire un centre de réparation pour les rames accidentées », rebondit Éric Bringuier, soulignant le potentiel en la matière. « Il n’en existe qu’un seul à Nevers, d’autres régions pourraient l’utiliser. À la SNCF de travailler au business plan. » Une option qui séduit la Région Occitanie. « Cela fait partie des accords de la convention TER. Et je partage l’idée que le site de Béziers est celui qui s’y prêterait le mieux », acquiesce Jean-Luc Gibelin. À une condition majeure : que l’État mette cette fois la main au portefeuille. « Ce n’est pas à la Région de payer en totalité, tels étaient nos accords dans la convention TER. »

    Dans l’attente d’un retour de la SNCF, une chose est acquise : à Colombiers, le centre de maintenance des TER emploiera entre 40 et 50 cheminots du bassin d’emploi de Béziers.

  • Un plan pour relancer Fibre Excellence

    Un plan pour relancer Fibre Excellence

    « Il y a un projet viable avec un investissement à hauteur de 30 millions d’euros pour le redémarrage car aujourd’hui l’outil est fonctionnel », défend François Batista, secrétaire général de l’UD CGT 13, sur le parking devant l’usine où une vingtaine de salariés et leurs syndicats CGT et FO étaient réunis en assemblée générale. « Mais il y a urgence à agir », insistent les salariés de plus en plus inquiets de voir chaque jour les employés de la société Realtec vider leur usine de toute sorte de matériels et convaincus que les liquidateurs « veulent rendre le site inutilisable ».

    Dans un 8e arrêté depuis début septembre, pris le 22 septembre, le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski précisait bien que les mandataires devaient avoir quitté le terrain pour laisser l’Ademe prendre le relais sur la mise en sécurité du site au 1er octobre. En attendant, ces derniers accélèrent la cadence. Ce mercredi 23 septembre, c’est le piquet de grève des salariés qui a été dégagé, les réfrigérateurs jetés dans l’herbe à l’entrée du site, alors que des ex-salariés de Fibre Excellence continuent gracieusement à veiller au bon fonctionnement de l’outil industriel pour éviter tout accident. « Les câblages en cuivre, l’outillage, on assiste chaque jour à un nouveau pillage, alors que leur mission c’était d’enlever les produits dangereux et les 18 000 tonnes de bois », dénonce le secrétaire général de l’UD CGT 13, qui ne se privera pas de déposer une plainte pour le vol du matériel du CSE, a priori sans danger ni pour l’environnement, ni pour la population.

    Déterminés à défendre leur projet pour la viabilité du site et de toute la filière bois et papeterie, les deux syndicats CGT et FO faisaient le point avec une poignée d’ouvriers. « Là où les autres projets ont pataugé, c’est qu’ils étaient suspendus au prix du kwh, alors qu’on n’en a pas besoin », plaide le syndicaliste. « Le nouveau projet s’appuie sur la réduction des coûts des matières premières et la qualité de la pâte, détaille Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT Fibre Excellence, moins de matière première et plus de tonnage car on travaille sur la valorisation des déchets. » Adrian Arcangeli, délégué syndical FO Fibre Excellence, précise : « Nous nous nous intégrons dans la filière du recyclage et comme la loi impose aux marchands de barquettes de changer de produits, nous proposons du made in France. »

    Un silence institutionnel

    Les salariés sont abasourdis par le « silence institutionnel » autour de l’avenir de Fibre Excellence à Tarascon. A contrario de la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, qui s’est engagée financièrement et dans la recherche de repreneurs pour le site de Saint-Gaudens, le président (Ren.) Renaud Muselier de la région Sud montre peu d’empressement à se porter au secours de l’usine de Tarascon, certes située aux confins de Paca. Interpellé par les salariés sur son niveau d’engagement, « il ne nous a pas encore fixé de rendez-vous, mais la Région aurait un projet sur le site, qui ne serait pas de la production de pâte à papier. Et on sait que la position stratégique de l’usine intéresse les groupes logistiques », craint Jean-Michel Bulinge.

    Leur tendre l’oreille serait pourtant intéressant. Alors que le nombre d’usines de production de papier en Europe est passé de 296 unités de production en 1991 à 129 aujourd’hui, un seuil critique est atteint. De quoi aggraver la dépendance aux importations. Un abandon du site de Tarascon menacerait une capacité stratégique dans la filière bois-papeterie, soit la mise en danger de près de 5 000 salariés induits. La filière du recyclage bois représente également un gisement de valorisation des déchets qui alimente 71% de l’industrie papetière. Et à Tarascon, les 180 millions d’euros d’investissements auraient juste été un coup d’épée dans l’eau ?

  • Les liquidateurs de Fibre Excellence ont gardé les clés de l’usine

    Les liquidateurs de Fibre Excellence ont gardé les clés de l’usine

    « On s’attendait ce matin à voir Realtec et les mandataires judiciaires quitter le terrain pour laisser place à l’Ademe [Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, ndlr], pour que soit enfin procédé à la mise en sécurité des installations », s’étonne Jean-Michel Bulinge. Le délégué syndical du site et trois autres ex-salariés restent en veille et s’inquiètent « de la lenteur de frappe du gouvernement alors qu’il y a urgence à agir et que des décisions ont été prises », par le ministre de la Transition écologique et le préfet des Bouches-du-Rhône.

    Depuis que la station d’épuration et les pompes qui alimentent le système incendie ont été remises en fonctionnement, le 17 septembre dernier par les anciens salariés, ils sont une poignée à se relayer « pour gérer le lessivage des eaux polluées », détaille Julien, technicien de maintenance. Dans l’usine, lundi matin, les salariés de Realtec, société « spécialisée dans la fermeture de site » missionnée par les administrateurs judiciaires, géraient toujours, quant à eux, les entrées et les sorties sur le site Seveso.

    Deux entreprises prestataires de Fibre Excellence s’y sont cassé le nez. La première, Chimirec, spécialisée dans le tri et traitement des produits chimiques, entendait récupérer ses conteneurs « toujours stockés dans l’usine et remplis », indiquait la salariée, un peu « inquiète d’être restée sans réponse des mandataires ». Le second prestataire, Soprovise échafaudages, venu récupérer son matériel dans le local où il l’entrepose s’est également vu refuser l’entrée. Jeudi, lors d’une visite du site, les ex-salariés, en présence de journalistes, avaient constaté que la grille du local de cette entreprise avait été forcée. « La situation est des plus préoccupantes, confirme l’UD CGT 13, les salariés présents assistent impuissants à des méthodes qui s’apparentent à du pillage de matériels, d’outillages et d’éléments divers dans l’usine. »

    Renaud Muselier « attentif »

    En fin de matinée, les agents de l’Ademe et de la Dreal Paca (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) sont entrés accompagnés d’un huissier et ont procédé à un tour du site. « On subit une vraie pression de la part des liquidateurs, témoigne Julien, alors qu’on s’évertue à éviter les catastrophes étant donné qu’ils ont tout stoppé n’importe comment ». Une nouvelle fuite serait survenue « depuis le retour de Realtec sur le site », précise l’UD CGT 13 qui demande « l’intervention de la préfecture, de la Dreal et des services compétents pour constater l’origine et l’étendue de la fuite, le prélèvement et l’analyse du réseau pluvial dans le Rhône, un inventaire des matériels présents » et « la suspension de tout démantèlement ».

    Car la CGT est convaincue qu’il y a un avenir pour la production de pâte à papier sur le site de Tarascon comme à Saint-Gaudens où la présidente (PS) de la Région Occitanie s’est engagée à la recherche d’un industriel et financièrement. Interpellé par le syndicat sur son niveau d’engagement en faveur de Fibre Excellence Provence dont 270 emplois directs et toute une filière dépendent, le président (Ren.) de la Région Sud, Renaud Muselier, « a bien reçu la demande d’audience de l’UD CGT 13 et le projet présenté par le syndicat fait actuellement l’objet d’une étude attentive ». Mais il y a urgence à agir.

    Licenciés et dans l’impasse

    Tous les contrats de travail ont été stoppé au 29 Août, selon le délégué syndical, « mais certains ont continué jusqu’au 1er septembre, voire jusqu’au 17 , et on a déjà un licencié dans ce cas que France Travail a prévenu que ce qui lui a été versé après le 29 août pourrait être un trop perçu car le mandataire est sensé le payer ». Un autre, qui a refusé le CSP et a créé son entreprise, est bloqué « parce qu’il n’obtient pas les documents administratifs nécessaires à son inscription à France Travail et il est en train de perdre ses futurs clients ».

  • Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Dans le Gard rhodanien, l’eau devient une urgence politique

    Le Rhône coule à quelques kilomètres. Et pourtant, dans une partie du Gard rhodanien, l’eau manque déjà ou menace de manquer demain. C’est tout le paradoxe que les élus, agriculteurs et acteurs de l’eau ont exposé à Carole Delga, vendredi 4 septembre à Laudun-l’Ardoise. Après une matinée consacrée aux perspectives industrielles et énergétiques, la présidente de la Région Occitanie a changé de sujet, mais pas d’horizon : comment préparer le territoire aux bouleversements qui viennent ?

    Autour de la table, les étés successifs ont laissé leurs traces. Canicules, sécheresses, incendies : autant de phénomènes qui bousculent les usages et rendent plus urgente la question du partage de la ressource. « Les canicules, les tensions sur la ressource en eau et le risque d’incendie ne sont plus des phénomènes exceptionnels », prévient Carole Delga, qui appelle à passer « d’une logique de réaction à une véritable culture de l’anticipation et de la prévention ».

    Car dans ce territoire où terres agricoles, vignes, forêts et espaces naturels se côtoient, l’eau ne sert pas seulement à irriguer. Elle conditionne l’accès à l’eau potable, le maintien des exploitations, la défense contre les incendies et l’avenir des paysages. « L’eau a été, est et sera vitale et transversale dans l’aménagement du territoire », résume Cédric Clémente, maire de Lirac et président des Communes forestières du Gard.

    L’avancée des friches inquiète aussi : plus de 2 300 hectares seraient aujourd’hui concernés. Avec, en toile de fond, un risque accru de propagation des feux. « Une terre cultivée est le meilleur pare-feu à la propagation de l’incendie », rappelle Carole Delga. À Laudun-l’Ardoise, le maire Ludovic Di Rollo insiste lui aussi : « Il va falloir que l’on ait les équipements, localement et nationalement, pour combattre le feu ».

    Partager la ressource

    Derrière le constat commence la bataille des infrastructures. Les acteurs locaux et la Chambre d’agriculture ont présenté leur projet de schéma d’eau brute à l’échelle du Gard rhodanien. Une réflexion partie en 2021 du monde viticole et de plusieurs appellations des Côtes-du-Rhône, avec l’idée de prélever de l’eau du Rhône pour sécuriser les cultures. Elle dépasse désormais largement la vigne : c’est toute la résilience du territoire qui est mise sur la table.

    Parmi les pistes avancées figurent le prolongement et l’interconnexion des réseaux. L’objectif : ne plus dépendre d’une ressource unique lorsqu’elle vient à manquer. « Un maillage permet d’avoir un plan B », résume Carole Delga. Le réseau régional exploité par BRL, largement alimenté par le Rhône, constitue déjà un outil essentiel pour sécuriser des territoires soumis à la sécheresse. Mais son président Fabrice Verdier prévient : « C’est une solution parmi d’autres ». Car aucun grand tuyau ne réglera seul la question. Économies, stockage, interconnexions, retenues collinaires, restauration des milieux, encore réutilisation des eaux usées traitées doivent, selon les participants, être combinés. « Il faut se battre pour avoir une réutilisation plus forte », insiste la présidente de Région.

    Carole Delga réclame pour cela davantage de latitude à l’État afin d’accélérer les projets, notamment sur la réutilisation des eaux usées et les petites retenues. « Nous avons besoin d’une plus grande souplesse réglementaire pour accélérer notre action et apporter des solutions adaptées aux habitants, à nos agriculteurs et viticulteurs, aux entreprises », plaide-t-elle. Dans ce sens, la Région a officiellement demandé fin août un régime spécifique permettant à l’Occitanie d’adapter plus rapidement ses politiques aux conséquences du changement climatique.

    Mais accélérer ne suffira pas si chacun continue à agir dans son périmètre. « Si on ne joue pas ensemble, on ne réussira pas », avertit le sénateur Denis Bouad. Collectivités, monde agricole, BRL, État : le Gard rhodanien cherche désormais à rattraper un temps précieux. À mesure que les sécheresses s’installent, anticiper la pénurie devient aussi une manière d’éviter que la rareté ne creuse davantage les inégalités.

  • [Entretien] Carole Delga : « Il faut une nouvelle politique de “l’attention” »

    [Entretien] Carole Delga : « Il faut une nouvelle politique de “l’attention” »

    Bram accueille samedi 19 septembre, la 6e édition des Rencontres de la gauche initiées par Carole Delga. L’élue socialiste, présidente de la Région Occitanie, y convie militants de tous horizons, personnalités de toutes disciplines, élus locaux, nationaux et européens. Une édition particulière comme elle l’explique à La Marseillaise dans cet entretien exclusif.

    La Marseillaise : Avant les rencontres de Bram, vous avez dit : «À 200 jours du premier tour de l’élection présidentielle, notre responsabilité collective est immense. » Au regard du nombre des candidatures à gauche, comment proposer un grand projet progressiste qui permette à la gauche de l’emporter ?

    Carole Delga : La France est un peuple politique, mais sur le terrain les Français n’ont franchement pas encore la tête à la présidentielle, préoccupés par la rentrée, le prix de l’essence et les difficultés à la fin du mois. Donc il est toujours temps de débattre à gauche et dans l’immédiat pour ma famille politique, ses militants, ses sympathisants de désigner notre candidat. J’appelle d’ailleurs tous les citoyens intéressés, particulièrement celles et ceux qui ont pu s’éloigner de la politique ces dernières années, à s’inscrire sur la plateforme Choisir 2027 avant le 5 octobre. D’autres partis ne prennent pas cette peine, sans aucun processus démocratique. Nous, même si j’ai conscience que rien n’est parfait, nous débattons. Et nous choisirons dans 20 jours celui ou celle qui, au lendemain de la primaire, devra rassembler le plus largement possible.

    Après bientôt 10 ans de présidence Macron qui ont tant abîmé notre société, je suis convaincue que les Français n’ont jamais eu autant besoin de la gauche. Et pour moi, celui qui a le projet le plus crédible, à la fois pour redresser la France, pour porter sa voix à l’international et battre le RN, c’est Raphaël Glucksmann.

    Bram est à la fois un moment convivial et de débats. Est-ce que justement ce n’est pas ce qui fait défaut à la gauche, ces temps de débats sur le fond ?

    C.D. : Dans l’histoire de la gauche, il y a toujours eu des débats engagés, parfois vifs, et tant mieux. Hélas, ces dernières années, le débat d’idées a trop souvent laissé sa place à la politique du spectacle, aux petites phrases médiocres, parfois aux invectives, à des mises en scène désastreuses sur les réseaux sociaux. C’est la triste représentation de responsables politiques qui ne parlent plus qu’à eux-mêmes. C’est cruel, mais c’est ce que j’entends tous les jours sur le terrain. C’est aussi pour cela que j’ai voulu lancer les Rencontres de la gauche, à Bram. Parce que nous avons besoin de parler à tous les Français. Je suis fière d’amener ces débats de fond dans un petit village, loin de Paris, et de permettre aux gens d’ici de débattre de l’avenir de la France avec des personnalités reconnues au niveau national.

    À Bram, on ne donne pas de grandes leçons. On construit ensemble. C’est comme ça qu’avec ma majorité à la Région, socialistes, communistes, radicaux, écologistes, place publique, citoyens, on propose depuis 10 ans, avec travail et humilité, des solutions pour les Occitans et les Catalans.

    La Nupes puis le NFP ont permis de susciter l’espoir à gauche et d’obtenir un nombre conséquent de députés. Le refus de tout accord électoral de Raphaël Glucksmann -que vous soutenez- avec Jean-Luc Mélenchon et LFI n’hypothèque-t-il pas les chances de la gauche aux législatives qui suivront la présidentielle ?

    C.D. : Ma conviction, c’est que ce type d’accord, en vérité plus technique que politique, ne fonctionne pas bien longtemps. Certes, cela permet à certains de sauver quelques circonscriptions. Mais à terme, on ne construit pas son parcours politique avec des alliances contre nature. Nous l’avons vu dans de nombreuses villes, lors des élections municipales. Pour ma part, je n’ai jamais transigé et je ne transigerai jamais. Il faut une rupture claire avec la direction de LFI, sans quoi nous perdons notre raison d’être. Le populisme, c’est non. Le communautarisme, c’est non. Les dérives antisémites, jamais de la vie. Sans clarté, comment voulez-vous que les gens nous fassent confiance ? La moindre des choses, quand on s’engage en politique et qu’on sollicite la confiance de nos compatriotes, c’est d’être sincère et cohérent.

    Nous célébrons les 90 ans du Front populaire. À l’époque, les gauches avaient d’énormes différents, des conceptions très clivantes. Mais face à la montée du fascisme, ces formations ont su s’unir. Ne peut on pas en tirer des leçons pour aujourd’hui quand les extrêmes droites menacent ?

    C.D. : L’an prochain, ce n’est pas une élection présidentielle comme les autres. Nous sommes à un moment de bascule pour la France et l’Europe. Dans ce monde dangereux, avec les bouleversements internationaux et la multiplication des conflits, l’urgence climatique qui nous prend à la gorge et le déclassement qui mine notre pays, les Français sont inquiets et parfois découragés. Les populistes, et en particulier l’extrême droite, sont les champions pour profiter de ces peurs et de ces colères. Et je le dis à tous ceux qui seraient tentés : le projet du RN est mortifère. Un programme de haine contre l’étranger, contre l’immigré, contre la femme voilée. Un programme qui s’assied sur la Justice et l’État de droit. Un programme qui nous mettrait au ban de l’Europe. Cela ajouterait du chaos au chaos. Mais je garde une conviction profonde, de mon expérience des dernières campagnes que j’ai gagnées largement contre le RN : on ne combat pas Marine Le Pen avec des tambouilles électorales. On la combat avec une candidature crédible, un récit positif et des solutions apportées aux Français.

    Vous avez consacré un ouvrage à Léon Blum intitulé « Quand Vichy jugeait le Front populaire ». C’est un des visages, si ce n’est l’incarnation du Front populaire. C’est un parcours qui vous inspire humainement et donc politiquement ?

    C.D. : Humainement et politiquement, ça a été toujours pour moi un repère, un exemple. Léon Blum, c’est la droiture d’un véritable homme d’État, pétri de courage, d’humilité, de sincérité et de volonté. Il était à la fois intellectuel et proche du peuple, aussi à l’aise dans les cercles littéraires parisiens que dans les vignes de sa circonscription à Narbonne.

    Blum est resté debout alors qu’il était une cible : tant pour sa politique de justice sociale qui a transformé le pays que parce qu’il était juif. J’ai voulu raconter le procès de Riom. Un procès fait non seulement à un homme, mais au Front populaire et surtout à la République que le régime de Vichy et les nazis voulaient abattre. En somme, un procès contre la démocratie et la souveraineté du peuple. C’est un moment décisif de notre histoire que doivent connaître les nouvelles générations.

    À travers le procès de Riom, j’ai voulu raconter la victoire de la conviction, de la force des faits face à l’injustice. C’est un formidable message d’espoir, la vérité peut triompher.

    Vous vous êtes engagée, avec votre majorité du conseil régional d’Occitanie, pour l’industrie et notamment pour que l’usine Fibre Excellence continue son activité en portant un projet de reprise. En quoi ce combat est essentiel ?

    C.D. : Fibre Excellence, c’est le dernier fabricant de pâte à papier en France. Concrètement, il produit de l’emballage papier – une alternative incontournable à l’emballage plastique – et aussi du matériel sanitaire – nous avons vu pendant le Covid combien il était primordial d’avoir une production française . C’est un combat à la fois économique, social et écologique, pour ne pas dépendre à 100 % des importations nord-américaines, chinoises ou brésiliennes.

    C’est aussi un combat politique que je mène face à ceux qui, parfois obnubilés par la start-up nation, délaissent la France des usines, des ouvriers, des territoires. Fibre Excellence, ce sont des salariés avec un savoir-faire unique. J’ai défendu jusqu’au bout auprès du tribunal la solution des deux sites. Aujourd’hui je pense aux salariés de Tarascon qui ont perdu leur emploi. On ne les laissera pas tomber : pour garantir la sécurité du site, pour empêcher son démantèlement et proposer un nouveau projet avec la Région Sud.

    À Saint-Gaudens, 270 salariés attendent toujours d’être fixés sur leur sort depuis plusieurs mois. Avec mes équipes, nous travaillons d’arrache-pied pour trouver des industriels en capacité de bâtir un modèle économique robuste. Les deux investisseurs intéressés doivent maintenant finaliser leur projet de reprise. Nous avons jusqu’au mois de décembre pour convaincre le tribunal de commerce.

    Les actions du conseil régional que vous présidez sont importantes pour la vie quotidienne des habitants. Les Régions ne devraient-elles pas avoir encore plus de leviers budgétaires ? Une fiscalité « de combat » ? Faut-il une nouvelle étape dans la décentralisation ?

    C.D. : Je suis convaincue qu’il faut renforcer les pouvoirs locaux et laisser l’État se concentrer sur le régalien. Les Français aussi, puisqu’ils sont 75% à demander plus de prérogatives pour les Régions. Ils sont même 2 sur 3 à être favorables au fédéralisme. Pourtant, Emmanuel Macron a clairement mené, avec mépris, une politique de recentralisation ces dix dernières années. Il a sciemment asséché les budgets des collectivités, et en particulier des Régions. En 2026, l’État les a ponctionnées d’un milliard d’euros. Je refuse la logique qui affaiblit les échelons de proximité, alors même qu’ils portent majoritairement l’investissement public et des politiques utiles au quotidien : école, transports, santé, etc.

    Demain, si on veut retisser du lien social et territorial, il faudra engager un nouvel acte de décentralisation, fondé sur une répartition claire des compétences, la confiance et l’efficacité de l’action publique. C’est une réponse nécessaire au sentiment d’abandon que ressent une partie de la population qui doit s’accompagner par une nouvelle politique de l’attention que je présenterai, dans le cadre des Rencontres de la Gauche, demain à Bram.

    Les Rencontres de la gauche 2026 : information et inscription sur caroledelga.fr