Vague de soutien pour la CGT du port

Il n’est même pas huit heures du matin, ce mardi, que les fumigènes recouvrent déjà la place Monthyon qui fait face au palais de justice de Marseille, dans le 6e arrondissement de la ville. Des fumigènes qui dévoilent une marée de gilets rouges trépignant devant les grilles de l’institution.

Ce sont plusieurs centaines de militants CGT du département et au-delà qui sont venus apporter un « soutien indéfectible » à Pascal Galéoté, le secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Ce dernier est convoqué pour une audience au tribunal correctionnel, aux côtés de Bernard Cristalli, ancien trésorier du Comité d’entreprise (CE, ancien nom du Comité social et économique) du port. Les deux sont accusés « d’abus de confiance » dans le cadre de la gestion des comptes du CSE du GPMM. Des comptes dans lesquels la cour des comptes a fourré son nez en 2021, avant que le Parquet de Marseille pointe, en 2025, « plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise ».

De quoi provoquer une montée au créneau unanime d’une myriade d’organisations CGT de la région qui dénoncent une « répression judiciaire » qui s’abat sur une figure des luttes locales (lire notre article du 27/04). Rappelons que la CGT est historiquement majoritaire au port de Marseille, avec actuellement plus de 750 syndiqués, et logiquement largement majoritaire au CSE avec 17 des 24 sièges de titulaires et suppléants de l’instance représentative du personnel, dont Pascal Galéoté est secrétaire. Elle est surtout de tous les combats et régulièrement motrice des mobilisations dans le département. D’où les plusieurs dizaines d’appels à la mobilisation, de syndicats divers et variés, pour ce mardi. Même des agents portuaires du Havre, de Rouen ou de Dunkerque ont fait le déplacement.

Entre liste à la Prévert

et pêle-mêle

Manque de pot, ou pas, l’audience est reportée à 13 heures. Le comité de soutien fait le pied de grue. Et à ladite heure, débute une audience fleuve qui ne prendra fin qu’à 20 heures passées. Le Port n’est pas partie civile, le CSE non plus. Seuls les syndicats minoritaires FO, sept agents, et le syndicat des cadres sont dans le coup. In fine, le débat porte aussi sur le fait que les élus des dits syndicats n’ont pas, ou peu, bénéficié d’une partie des dépenses. La Cour a ainsi décortiqué les comptes du CE de 2014 à 2018, questionnant « 264 000 euros de dépenses » reprochés aux deux prévenus. Parmi elles, la présidente pointe notamment 98 000 euros de frais de restauration ou encore plus de 50 000 euros de frais de déplacement.

Elle s’attarde sur plusieurs cas largement repris par les avocats des syndicats concurrents : une facture de 75 euros dans un bar à cocktails à Paris à 1h20 du matin par-ci, une cinquantaine de billets de TGV pour un 1er mai à la capitale par-là… À la barre, Pascal Galéoté justifie point par point les faits : pour le premier cas, c’est une dépense dans le cadre d’une discussion qui s’est prolongée tardivement après une réunion, pour le deuxième un trajet pour une rencontre avec d’autres CE portuaires. Un stylo Montblanc supposément offert ? « Il est toujours dans le coffre du CE », assure le secrétaire général. En bref, il est fait « une liste à la Prévert », pendant laquelle Cour et partie civiles questionnent pêle-mêle la remise de colis à des agents, pratique somme toute classique d’un CE, jusqu’à des frais de bouche, dont des notes de restaurants de plusieurs milliers d’euros, supposément « sans justification ». Si les montants peuvent paraître élevés, Pascal Galéoté rappelle qu’on dénombrait plus de 80 délégués et élus dans les différentes commissions qui découlaient du CE. Forcément, ça monte vite dans les chiffres.

« Pas d’enrichissement personnel »

Malgré les explications des prévenus, il n’en faut pas plus pour que le procureur cible « un budget utilisé en dehors de l’intérêt et des activités du CE ». En clair, des dépenses qui outrepassent le cadre du fonctionnement de l’instance comme des « déplacements de nature syndicale ». Il requiert 18 mois de prison contre les deux, assorti d’un sursis, de 5 000 euros d’amende contre Pascal Galéoté et 3 000 pour Bernard Cristalli. Mais également d’une peine de 5 ans d’inéligibilité. « Rien n’est démontré dans cette affaire, la somme reprochée correspond à quasiment toutes les dépenses du CE », plaide Maître Tom Bonnifay. Il explique que la justice a « confondu rapport de la Cour des comptes et enquête pénale » et note que la présidente du port de l’époque n’a même pas été entendue. Ou que l’on reproche à des militants de ne plus savoir ce qu’ils faisaient tel jour telle heure, 11 ans après les faits. « Il n’y a pas une liste de dépenses qui est imputable à l’un ou à l’autre (…) il n’y a pas d’enrichissement personnel », appuie-t-il.

À la sortie de l’audience, Pascal Galéoté sort sous les applaudissements de ses camarades. Il résume la problématique : « On est tous les deux accusés d’avoir dépensé la même somme, pas au même moment et pas avec les mêmes dépenses mais la même somme quand même. » Avant de développer : « Il y a peut-être des dépenses, à la marge, où l’on a commis quelques erreurs. Par exemple des cocktails un soir, même si l’on explique que ça peut arriver de débattre tardivement de sujets, c’est pour eux difficile à entendre. On a essayé de répondre à toutes les factures. » Et se désole du fond de l’affaire : « C’est pour les syndicats minoritaires une opportunité de nous voir condamner. On aurait détourné 264 000 euros mais ils ne demandent rien à part l’inéligibilité ! C’est bien une attaque contre la CGT. »

La décision sera rendue le 1er juin prochain.

ILS DÉFENDENT L’ACTION SYNDICALE

Romane Massip Adjointe PCF à la mairie des 1-7

« Le capital est en crise. La CGT déplore 500 plans de suppression de poste dans l’industrie. Et ils souhaitent mettre à terre les travailleurs. Ce procès en est un exemple de plus. C’est un dossier de longue date avec des ré-accusations en chaîne d’abord parce que Pascal Galéoté est secrétaire de la CGT du Port. »

Didace Galéoté USR CGT 13

« Les syndicalistes, ici présents, viennent du Havre, de Dunkerque, et de Calais. Toutes les professions portuaires se sont mobilisées pour le soutenir. Le patronat n’a jamais supporté que les travailleurs s’unissent. Il tente aujourd’hui de briser les derniers maillons qu’il reste pour défendre la classe ouvrière. C’est un procès politique qui vise à évincer ceux qui gênent. »

Eddy Bartolini, CGT GPMM

« Ce procès fait suite aux accusations d’une plainte déposée par Force ouvrière en 2017, un syndicat moins représenté, qui nourrit une certaine rancœur envers nous. Nous sommes majoritaires dans les institutions et les commissions, ce qui les dérange. Ils tentent, par conséquent, de déstabiliser notre syndicat à travers un procès, même symbolique, c’est un peu extrême. »

Véronique Dolot, CGT Métropole

« Nous possédons des outils puissants, nous sommes présents forts et déterminés. Ils tremblent, et c’est ce qui fait notre force. Plus ils avanceront, plus la colère montera. Nous sommes les derniers debout. Les derniers qui ne cesseront de se battre pour l’ensemble de la classe ouvrière, les précaires, et les retraités sans jamais se satisfaire d’un simple compromis. »

Virginie Akliouat, FSU

« Ce n’est pas la première fois que nous sommes attaqués pour notre rôle de contre-pouvoir. Ces pratiques se multiplient, on le constate aussi au niveau des mouvements lycéens et la répression récurrente des forces de l’ordre sur les jeunes militants. Le pouvoir en place étouffe les voix des salariés et affaiblit celles des plus jeunes, afin de fragiliser les consciences politiques. »

Maoudj Bader, SAP-CGT

« Ces accusations sont diffamatoires. Le port est notre emblème, les portuaires nous ont toujours accompagnés, notamment lors d’agressions et de meurtres dans notre branche.

Ils nous ont permis d’acquérir davantage de droits, d’augmentations financières et parfois même pour certains de retrouver leur travail. »

Marie-Jo Cermolacce, PCF

« Les syndicalistes comme Pascal Galéoté, ont permis pendant 20 ans, de soutenir l’industrie, et les acteurs du grand port. Ensemble, nous avons défendu les salariés, et nous sommes battus contre les trafics illicites. La CGT est la seule organisation qui se bat contre le libéralisme à outrance sur le port. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aujourd’hui attaquée par le patronat. »

Rémy Hours, CGT Cheminots

« L’action que la justice entreprend est une criminalisation de l’action syndicale. Ce n’est pas un acte isolé. On constate ces mêmes méthodes de partout sur le territoire. Il est le quatrième haut responsable de notre organisation traîné devant les tribunaux pour des motifs fallacieux. Leur objectif est de discréditer l’organisation syndicale dans les consciences collectives.»

Nathalie Tessier, Adjointe PCF au maire de Marseille

« Je suis venue en soutien de notre camarade qui est mis en accusation et soutenir la CGT. Ce procès est injuste, Pascal Galéoté subit cet acharnement car c’est un grand représentant d’un grand syndicat. La CGT du port est une organisation puissante qui défend le droit du travail et la classe ouvrière de Marseille. »

Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

« Nous réclamons l’absence de condamnation, même symbolique, ainsi qu’une clôture définitive du dossier. Ces actes prouvent malgré tout que nos démarches dérangent, une motivation suffisante pour ne pas lâcher, redoubler d’efforts, notamment dans le département. »

Marc Pietrosino, secrétaire général UD CGT 13

« Le gouvernement tente d’éliminer la CGT du Port car c’est un lieu où les salariés ont des droits qu’ils ont acquis par la lutte. Aujourd’hui des accusations totalement fallacieuses sont prises à charge contre le premier dirigeant du syndicat du Port de Marseille. S’en prendre à nos camarades, c’est attenter à un bastion ouvrier, qui a toujours su résister. »

Thierry Camusso, CGT Filpac La Provence

« L’avenir s’annonce compliqué avec le RN aux portes du pouvoir. En tant que syndicat nous avons besoin de ces élans de solidarité. Certains canards dénoncent Pascal Galéoté pour des affaires qui n’ont pas encore été jugées, notamment sur des détournements de fonds du CSE, ces accusations ne respectent pas la présomption d’innocence. »

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