Tag: Cour des comptes

  • Vers une rentrée sociale de haute volée

    Vers une rentrée sociale de haute volée

    C’est le mouvement féministe qui va débuter les hostilités face au pouvoir en place avec le retour des rassemblements devant les tribunaux dès le 7 septembre. S’ensuivra une journée de grève et de manifestation concernant plusieurs secteurs sensibles : les travailleurs de la santé, des industries électriques et gazières, de l’enseignement supérieur avec le soutien des étudiants, le 15 septembre. Et le rythme
    va monter crescendo jusqu’à la fin du mois avec
    la date du 26 septembre dans le viseur. Avant une journée qui va faire office de point d’orgue avec
    un appel intersyndical dans la fonction publique
    et une grande manifestation des sapeurs-pompiers à Paris, le 29. Septembre s’annonce chaud !

    7 septembre

    Retour féministe devant les tribunaux

    La mobilisation pour avoir une loi-cadre contre les violences sexuelles et sexistes sur les femmes et les enfants a été suspendue pour l’été, le 7 juillet, on va donc reprendre dès ce 7 septembre », explique Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille.

    Un appel lancé par « l’ensemble des forces qui constituent la coalition ». Coalition qui rassemble 150 organisations et associations féministes à l’origine de la mobilisation devant les tribunaux notamment lancée suite à l’affaire Lyhanna. « On veut maintenir la pression et relancer la mobilisation au plus tôt ! C’est à partir de là que la loi peut être discutée au Parlement », développe la militante féministe. En clair, la coalition espère que la pression sur le terrain appuie ses revendications et permette ainsi qu’elles soient reprises par le Parlement. « On réclame 3 milliards d’euros par an, on propose 140 recommandations, la balle est dans le camp du gouvernement. Et vu les mobilisations qu’il y a eues entre le féminicide de Lyhanna et début juillet, le gouvernement a été obligé de nous entendre », insiste Annick Karsenty. D’où l’intérêt de poursuivre la mise sous pression.

    15 septembre

    Un mouvement électrique et une grève massive dans le secteur de l’énergie

    On s’attend à des taux de grévistes jamais vus dans le secteur. » Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, est plus que confiant sur l’ampleur de la mobilisation à venir chez les travailleurs du secteur de l’énergie.

    L’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, CFDT…) des agents des industries électriques et gazières (IEG) appelle à une journée de grève ce 15 septembre et elle promet d’être suivie. « On fait face à une attaque généralisée, avec en ligne de mire la fin du «tarif agents« suite à un rapport de la Cour des comptes », explique le syndicaliste marseillais.

    Concrètement, le gouvernement veut rompre avec ce tarif préférentiel sur l’électricité et le gaz pour les travailleurs du secteur et prévoit tout un panel de mesures austéritaires pour les petites mains de l’énergie en France. « On est dans la poursuite de la doctrine de ce gouvernement : appauvrir les travailleurs et enrichir le capital », résume Renaud Henry. Autant dire que cela ne passe pas. Et cela passe encore moins lorsqu’on sait que cette même profession était déjà mobilisée pour des augmentations salariales, l’an dernier à la même époque.

    Leur mouvement avait lancé la riposte sociale de la CGT en 2025, les électriciens et gaziers sont donc bien partis pour redevenir la locomotive du monde du travail en 2026. « C’est insupportable pour les agents : l’année passée nous avons fait grève car notre grille de salaires débute en dessous du Smic et aujourd’hui on a la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, une ancienne ministre qui a participé aux 1 000 milliards de dettes qui vient donner des leçons à des travailleurs qui ont du mal à finir le mois. »

    De quoi surtout reposer dans le débat public la question du pouvoir d’achat et des augmentations salariales qui ne suivent pas l’inflation. « Cela fait 15 ans qu’on a des augmentations salariales entre 0,5% et 1,5%, voire 2% les grandes années où l’on faisait des grèves pour avoir un peu plus… Mais la Cour des comptes demande l’arrêt des augmentations pour le secteur », dénonce Renaud Henry. Preuve que la colère est réelle, ce sont les quatre organisations représentatives du secteur qui sont dans le coup. « Même les cadres poussent à la mobilisation », assure Renaud Henry. Avant de glisser : « La question de la reconduction de la grève se pose déjà. » Les agents comptent envoyer un message limpide au patronat et au gouvernement.

    15 septembre

    Étudiants, enseignement supérieur et santé dans la bataille

    Si ce sont les agents de l’énergie qui montent au créneau en premier lieu ce 15 septembre, ils sont loin d’être les seuls travailleurs à se mobiliser à cette date. Plusieurs autres fédérations de la CGT appellent à la grève le même jour, à l’instar de la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic-CGT).

    Cette dernière entend pousser pour des augmentations salariales à la hauteur de l’inflation et s’opposer plus globalement au projet de budget austéritaire que prépare le gouvernement : « Sans riposte d’envergure, nous serons condamnés à vivre ou à revivre les heures les plus sombres de notre histoire sociale. » Même analyse pour la Fédération CGT de la santé et de l’action sociale qui dénonce les mesures à venir avec un appel à la grève également, qui concerne toutes les structures du secteur de la santé et du médico-social : « De nouvelles dégradations s’annoncent pour les budgets de l’État et de la Sécurité sociale : restriction d’accès aux soins, suppression de personnels, augmentation du reste à charge pour les patients… »

    Ajoutons à cela l’intersyndicale de l’enseignement supérieur (CGT, CFDT, Unsa, Solidaires…) qui prévoit aussi une large mobilisation, là encore contre le budget à venir. Les travailleurs de la recherche pourront aussi compter sur le soutien des étudiants puisque plusieurs organisations de jeunesse appellent aussi à la riposte. De quoi faire du 15 septembre un moment de convergence.

    26 septembre

    Culture, climat et paix au programme

    La CGT Spectacle et plusieurs organisations progressistes du monde de la culture, appellent à « une semaine d’actions à partir du 21 septembre avec comme point fort le 26 septembre » avec le mot d’ordre : « Organisons une rentrée sociale. »

    Au programme : toujours la défense des droits des intermittents notamment, avec en ligne de mire les négociations autour de l’assurance chômage. Mais aussi l’opposition aux baisses de dotations des collectivités locales qui impliquent une baisse des subventions pour les structures artistiques. Ce timing tombe à pic puisque deux dates encadrent cette semaine d’actions. Dont le 21 septembre qui marque la journée mondiale pour la paix. « Il va y avoir une série d’initiatives dans plusieurs villes. On réfléchit à un rassemblement à Istres où se trouvent des armes nucléaires », explique Michel Dolot, pour le Mouvement de la paix des Bouches-du-Rhône. Son organisation a aussi dans le viseur son congrès national à Port-de-Bouc, en octobre.

    Et le 26 septembre s’annonce aussi comme un temps fort avec l’organisation de « marches pour le climat, la paix et les solidarités » dans plus de 50 villes en France.

    29 septembre

    La fonction publique contre le budget

    La date du 29 septembre s’annonce comme l’autre temps fort de cette rentrée sociale avec un appel à la grève de l’intersyndicale de la fonction publique au complet (CGT, FSU, FO, Unsa, Solidaires, CFDT et syndicats autonomes). « Les agents de la fonction publique que nous représentons ont toutes les raisons de se mettre en grève et de pouvoir exiger justement un autre budget puisque le lendemain le 30, Sébastien Lecornu fera ses annonces budgétaires », explique Virginie Akliouat, secrétaire de la FSU 13. Des manifestations vont avoir lieu dans plusieurs villes de la région Sud avec toujours l’objectif de faire plier le gouvernement. « Cette mobilisation est là pour influer sur les arbitrages qui vont être rendus et peser sur le débat qui va s’ouvrir pour obtenir un nouveau budget », développe la syndicaliste.

    Outre la large unité syndicale sur le sujet, qui englobe d’ailleurs les trois pans de la fonction publique, plusieurs organisations de la CGT entendent faire convergence avec les fonctionnaires, comme l’Union syndicale des retraités CGT des Bouches-du-Rhône. Cette dernière relaie la dernière communication du Comité confédéral national (CCN) de la CGT, l’une des instances décisionnaires de la centrale syndicale : « Rejoignons-les et faisons du 29 septembre une grande journée de grèves et de manifestations pour les services publics et l’augmentation des salaires. »

    Une manière d’enfoncer le clou après le 15 septembre et peut-être de préparer de nouvelles dates de mobilisations interprofessionnelles en octobre ? En tout cas, tous les mouvements sociaux de septembre s’accordent sur un fil rouge : l’opposition au budget austéritaire en préparation.

    29 septembre

    Les pompiers montent à Paris

    Plus qu’un symbole, l’ensemble des syndicats de pompiers appelle à une manifestation à la capitale ce 29 septembre après un été plus que rude pour leur profession. « Il va y avoir du monde à Paris, des sapeurs-pompiers de toute la France et des personnels administratifs », assure Laurent Guilloteau, pour la CGT Sdis et pompier des Bouches-du-Rhône. Pour faire monter la pression en amont, l’intersyndicale a justement déposé un préavis de grève dès le 8 septembre jusqu’au 20 octobre.

    Et aussi

    8 septembre. Grève dans les librairies à l’appel de la CGT et SUD de la profession à l’occasion de négociations dans le secteur sur les salaires.

    10 septembre. Marylise Léon, la secrétaire générale de la CFDT va être dans le Var, le 10 septembre. Une visite pour préparer les élections professionnelles dans la fonction publique mais pas uniquement puisqu’un passage à l’arsenal de Toulon est aussi au programme.

    7 au 11 septembre. La Confédération nationale des buralistes annonce des mobilisations du 7 au 11 septembre avec un rendez-vous à Salon-de-Provence, le 9 septembre.

    15 septembre. Le secrétaire général de Force ouvrière, Frédéric Souillot, sera à Marseille, ce 15 septembre, pour un meeting de rentrée de l’Union départementale FO des Bouches-du-Rhône.

    20 septembre. Manifestations prévues dans plusieurs villes contre la loi dites du « permis de tuer ».

    28 septembre. De nombreuses associations féministes appellent à la mobilisation dans le cadre de la journée mondiale pour le droit à l’avortement.

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.

  • À La Grande-Motte, la nébuleuse de l’office de tourisme percée à jour

    À La Grande-Motte, la nébuleuse de l’office de tourisme percée à jour

    À l’office de tourisme de La Grande-Motte, pas grand-chose ne se fait dans les règles. Voilà l’impression qui prédomine à la lecture du rapport définitif de la Chambre régionale des comptes (CRC). En mettant le nez dans les finances de ce satellite de la station balnéaire, l’organisme qui veille à la bonne utilisation des deniers publics est allé de surprises en surprises. Au point de parler d’une « gestion dénuée de contrôle interne, ayant conduit à l’installation de situations de conflits d’intérêts ».

    Nombreuses, les irrégularités constatées depuis 2020 sont regroupées dans 3 catégories par les magistrats financiers qui formulent 7 recommandations. Les deux premières ont trait aux recettes de l’Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) qui a vocation à promouvoir et développer le tourisme sur son territoire. Son budget annuel moyen tourne autour de 3,7 millions d’euros alimenté à 90% par des recettes publiques de deux principales sortes : la taxe de séjour et les subventions de la Ville (entre 1 et 1,3 million d’euros).

    La CRC pointe d’abord le fait que l’Office ne respecte pas sa mission de contrôler le versement par les hébergeurs de la taxe de séjour. Deuxièmement, il apparaît que les recettes liées à cette taxe ont explosé entre 2018 et 2024 (+75%) pour atteindre 1,5 million d’euros en raison de plafonds hauts appliqués et d’une hausse des nuitées touristiques (+76% entre 2019 et 2024). Un point qui pourrait laisser penser que l’action de l’Office est efficace. « Le dynamisme touristique existe (6 millions de nuitées), d’où l’intérêt de contrôler », glisse Émilie Almero, première conseillère de la CRC. Autre souci, le fait que dans le même temps, la commune a augmenté ses subventions (sauf en 2025 : -250 000 euros) « en raison d’une hausse des charges » (animations, feux d’artifice…), plutôt que les réduire. « Depuis 2020, 4,9 millions d’euros ont été versés à l’office en plus des 6,6 millions perçus au titre de la taxe de séjour », calcule Valérie Renet, présidente de la CRC. Par ailleurs, la Ville n’était pas informée (elle ne cherchait pas vraiment à l’être) de l’utilisation de cet argent public. « Ce n’est pas vérifiable dans les comptes, toutes les recettes sont mêlées ». Isabelle Houvenaghel, 2e présidente de la CRC, ajoute que « le rapport financier de l’Epic n’était pas soumis au conseil municipal ». La CRC réclame que ce soit fait.

    Les 3e et 4e recommandations sont liées à la gouvernance. La CRC épingle l’Office de tourisme pour ne pas avoir appliqué la grille tarifaire adoptée par le comité directeur. « Des réductions importantes étaient accordées à certains clients », illustre la présidente. Elle pointe aussi des « modalités floues » de désignation des membres du comité directeur. Des « règles de nomination » doivent être instaurées afin d’éviter les « conflits d’intérêts ».

    D’étroits liens familiaux

    Les trois dernières recommandations concernent le personnel. D’une part, les conditions de rémunération du directeur [Jérôme Arnaud, Ndlr] s’avèrent « non conformes à son statut d’agent contractuel de droit public ». « Le président de l’Office [Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte, Ndlr] a décidé entre 2020 et 2024 d’accroître de 30% la rémunération du directeur avec une indemnité de départ à la retraite à laquelle il n’a pas droit », recadre Valérie Renet. D’autre part, les procédures internes de recrutement n’étaient pas respectées. Entre 2021 et 2023, 9 ruptures conventionnelles « sans motif » ont été effectuées (coût : 277 000 euros), soit près de la moitié de l’effectif. Dans la foulée, 11 nouveaux agents ont été recrutés en dehors de la procédure prévue. « On n’a trouvé trace d’aucune annonce d’offre d’emploi, aucun CV, ni lettre de motivation », précise Émilie Almero. En revanche, le profil des recrutés a été facile à identifier. 7 d’entre eux ont des liens familiaux étroits (fils, fille, frère, genre, ex-mari, cousin) avec des membres haut placés de l’Office de tourisme. Ce qui ressemble fort à du copinage. Enfin, la CRC demande que soit assuré le contrôle effectif du temps de travail de tous les salariés.

    Si dans ses réponses l’Office tente de faire amende honorable en promettant de mettre en place les 7 recommandations, l’affaire pourrait avoir des suites judiciaires. Si elle estime les fautes lourdes, la CRC peut faire un déféré à la Cour des comptes. Laquelle jugerait les faits et pourrait prononcer des sanctions. En cas de soupçons de fraudes, les magistrats de la CRC peuvent aussi effectuer une transmission pénale au procureur de la République.

  • La gestion des finances de la ville agite le conseil municipal de Gap

    La gestion des finances de la ville agite le conseil municipal de Gap

    La minute de recueillement en hommage à Jean-Claude Maigre, ex-élu gapençais ayant occupé plusieurs responsabilités dont à l’office municipal des sports, aura été un des rares moments de concorde de la séance de ce mercredi au conseil municipal de Gap. Pendant plus de deux heures, les débats ont porté sur le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes, paru ce mercredi même, laquelle s’est montrée sévère avec la gestion de Roger Didier. « Ce que ce rapport exprime, c’est que vous êtes de mauvais gestionnaires, a pointé Elie Cordier, élu municipal d’opposition. La CRC relève de nombreuses insuffisances, irrégularités et faiblesses, dans des domaines essentiels de la gestion municipale. » Des propos « déformants », a répondu Roger Didier, qui a défendu « un mode de gestion d’une équipe qui a énormément travaillé pour embellir cette ville » et qui n’a « pas rencontré d’avis négatifs des citoyens puisque nous sommes réélus depuis 2007. »

    Point crucial du rapport, qui a suscité des échanges intenses, la chambre affirme que « la commune inscrit d’importantes dépenses nouvelles, afin d’équilibrer son budget (…), qui ne sont que très partiellement consommées. Ce faisant, la commune peut être regardée comme inscrivant des dépenses fictives, entachant la sincérité de son budget. » Les magistrats pointent des recettes de fonctionnement systématiquement sous-estimées alors que celles-ci sont régulièrement revues à la hausse par des taux de taxes à Gap « très supérieures » aux communes de la même strate. Enfin, ils pointent un taux d’exécution des dépenses de fonctionnement à 69%, jugé insuffisant. Pour Charlotte Kuentz, élue d’opposition, il existe « un gouffre abyssal entre ce qui est prévu au budget primitif et ce qu’on constate des dépenses qui sont réellement exécutées, je rappelle que tout au long du mandat vous avez prévu des budgets qui allaient de 21 à 33 millions d’euros, qui font tourner le quotidien de la commune et en réalité, on constate dans le compte financier unique que vous n’en dépensez que huit millions. » Une méthode de gestion que Roger Didier a assumée et défendue. « Vous proposez de basculer une grande partie de ce que le maire ne bascule pas pour les dépenses de fonctionnement alors qu’aujourd’hui qu’Y a-t-il à revoir dans le fonctionnement de la commune ? a répondu Roger Didier. Je n’entends aucune critique de mes concitoyens ni de mes salariés. La ville est superbe, la ville est propre, les services sont bien tenus et l’activité est au top. » Malgré les remontrances du rapport, l’édile a confirmé qu’il ne comptait « rien changer » à sa gestion financière de la commune et a fustigé un rapport rédigé, selon lui, par des personnes n’ayant jamais eu la responsabilité de gérer une collectivité…

  • Nouveau rassemblement pour défendre la gratuité des transports

    Nouveau rassemblement pour défendre la gratuité des transports

    « C’est la suite logique de notre première réunion. On veut continuer à appuyer nos élus et faire la lumière sur cette question de la gratuité », souligne Maurice Marsiglia, président de l’Association se déplacer en liberté (Asdel), qui appelle au rassemblement samedi, à partir de 10h au Pôle d’échanges d’Aubagne.

    L’objectif : défendre le maintien de la gratuité des transports en commun dans les 12 communes du Pays d’Aubagne et de l’Étoile*, en place depuis 2009 et menacée par le budget de la Métropole, en déficit de 123 millions d’euros. En effet, après que les élus de la collectivité ont refusé de voter leur budget, jugé unanimement « intenable », sa gestion a été déléguée à la préfecture qui a, dans la foulée, saisi la Cour régionale des comptes (CRC) pour son élaboration (lire page 2 à 4). Une situation qui inquiète les défenseurs de la gratuité, l’institution portant un regard critique sur le système. « La gratuité (..) entraîne, pour les réseaux importants et étendus, des effets négatifs sur le plan financier, tout en ne s’accompagnant que d’un report modal des automobilistes très limité », lit-on dans un de ses rapports, rendu public en septembre 2025.

    « Un bien commun »

    Mais, pour l’Asdel, comme pour de nombreux élus et citoyens locaux, un retour en arrière est inenvisageable. L’association avait d’ailleurs déjà appelé à la mobilisation à la fin du mois de mai, lors d’une réunion publique qui avait rassemblé 450 personnes. L’occasion, pour Maurice Marsiglia et ses soutiens, de revenir sur l’impact financier du système : « La gratuité correspond à un déficit de 2 millions d’euros par an, et représente 0,04% du budget total de la Métropole, ce qui est totalement anodin sur une dette de 123 millions d’euros », avait-il alors défendu. Jean-Pierre Squillari, maire (DVG) d’Aubagne, avait lui aussi rappelé son attachement à cet acquis social vieux de 17 ans : « La gratuité est notre bien commun. Elle fait partie de notre paysage et de notre fierté. On ne parle pas d’une utopie mais d’un acquis qui passera bientôt l’âge adulte. » Au-delà du bouclier financier qu’elle peut constituer pour les ménages, la gratuité est aussi défendue pour ses impacts positifs sur la santé publique et l’environnement.

    *Aubagne, Auriol, Belcodène, Cadolive, Cuges-les-Pins, La Bouilladisse, La Destrousse, La Penne-sur-Huveaune, Peypin, Roquevaire, Saint-Savournin et Saint-Zacharie.

  • Vague de soutien pour la CGT du port

    Vague de soutien pour la CGT du port

    Il n’est même pas huit heures du matin, ce mardi, que les fumigènes recouvrent déjà la place Monthyon qui fait face au palais de justice de Marseille, dans le 6e arrondissement de la ville. Des fumigènes qui dévoilent une marée de gilets rouges trépignant devant les grilles de l’institution.

    Ce sont plusieurs centaines de militants CGT du département et au-delà qui sont venus apporter un « soutien indéfectible » à Pascal Galéoté, le secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Ce dernier est convoqué pour une audience au tribunal correctionnel, aux côtés de Bernard Cristalli, ancien trésorier du Comité d’entreprise (CE, ancien nom du Comité social et économique) du port. Les deux sont accusés « d’abus de confiance » dans le cadre de la gestion des comptes du CSE du GPMM. Des comptes dans lesquels la cour des comptes a fourré son nez en 2021, avant que le Parquet de Marseille pointe, en 2025, « plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise ».

    De quoi provoquer une montée au créneau unanime d’une myriade d’organisations CGT de la région qui dénoncent une « répression judiciaire » qui s’abat sur une figure des luttes locales (lire notre article du 27/04). Rappelons que la CGT est historiquement majoritaire au port de Marseille, avec actuellement plus de 750 syndiqués, et logiquement largement majoritaire au CSE avec 17 des 24 sièges de titulaires et suppléants de l’instance représentative du personnel, dont Pascal Galéoté est secrétaire. Elle est surtout de tous les combats et régulièrement motrice des mobilisations dans le département. D’où les plusieurs dizaines d’appels à la mobilisation, de syndicats divers et variés, pour ce mardi. Même des agents portuaires du Havre, de Rouen ou de Dunkerque ont fait le déplacement.

    Entre liste à la Prévert

    et pêle-mêle

    Manque de pot, ou pas, l’audience est reportée à 13 heures. Le comité de soutien fait le pied de grue. Et à ladite heure, débute une audience fleuve qui ne prendra fin qu’à 20 heures passées. Le Port n’est pas partie civile, le CSE non plus. Seuls les syndicats minoritaires FO, sept agents, et le syndicat des cadres sont dans le coup. In fine, le débat porte aussi sur le fait que les élus des dits syndicats n’ont pas, ou peu, bénéficié d’une partie des dépenses. La Cour a ainsi décortiqué les comptes du CE de 2014 à 2018, questionnant « 264 000 euros de dépenses » reprochés aux deux prévenus. Parmi elles, la présidente pointe notamment 98 000 euros de frais de restauration ou encore plus de 50 000 euros de frais de déplacement.

    Elle s’attarde sur plusieurs cas largement repris par les avocats des syndicats concurrents : une facture de 75 euros dans un bar à cocktails à Paris à 1h20 du matin par-ci, une cinquantaine de billets de TGV pour un 1er mai à la capitale par-là… À la barre, Pascal Galéoté justifie point par point les faits : pour le premier cas, c’est une dépense dans le cadre d’une discussion qui s’est prolongée tardivement après une réunion, pour le deuxième un trajet pour une rencontre avec d’autres CE portuaires. Un stylo Montblanc supposément offert ? « Il est toujours dans le coffre du CE », assure le secrétaire général. En bref, il est fait « une liste à la Prévert », pendant laquelle Cour et partie civiles questionnent pêle-mêle la remise de colis à des agents, pratique somme toute classique d’un CE, jusqu’à des frais de bouche, dont des notes de restaurants de plusieurs milliers d’euros, supposément « sans justification ». Si les montants peuvent paraître élevés, Pascal Galéoté rappelle qu’on dénombrait plus de 80 délégués et élus dans les différentes commissions qui découlaient du CE. Forcément, ça monte vite dans les chiffres.

    « Pas d’enrichissement personnel »

    Malgré les explications des prévenus, il n’en faut pas plus pour que le procureur cible « un budget utilisé en dehors de l’intérêt et des activités du CE ». En clair, des dépenses qui outrepassent le cadre du fonctionnement de l’instance comme des « déplacements de nature syndicale ». Il requiert 18 mois de prison contre les deux, assorti d’un sursis, de 5 000 euros d’amende contre Pascal Galéoté et 3 000 pour Bernard Cristalli. Mais également d’une peine de 5 ans d’inéligibilité. « Rien n’est démontré dans cette affaire, la somme reprochée correspond à quasiment toutes les dépenses du CE », plaide Maître Tom Bonnifay. Il explique que la justice a « confondu rapport de la Cour des comptes et enquête pénale » et note que la présidente du port de l’époque n’a même pas été entendue. Ou que l’on reproche à des militants de ne plus savoir ce qu’ils faisaient tel jour telle heure, 11 ans après les faits. « Il n’y a pas une liste de dépenses qui est imputable à l’un ou à l’autre (…) il n’y a pas d’enrichissement personnel », appuie-t-il.

    À la sortie de l’audience, Pascal Galéoté sort sous les applaudissements de ses camarades. Il résume la problématique : « On est tous les deux accusés d’avoir dépensé la même somme, pas au même moment et pas avec les mêmes dépenses mais la même somme quand même. » Avant de développer : « Il y a peut-être des dépenses, à la marge, où l’on a commis quelques erreurs. Par exemple des cocktails un soir, même si l’on explique que ça peut arriver de débattre tardivement de sujets, c’est pour eux difficile à entendre. On a essayé de répondre à toutes les factures. » Et se désole du fond de l’affaire : « C’est pour les syndicats minoritaires une opportunité de nous voir condamner. On aurait détourné 264 000 euros mais ils ne demandent rien à part l’inéligibilité ! C’est bien une attaque contre la CGT. »

    La décision sera rendue le 1er juin prochain.

    ILS DÉFENDENT L’ACTION SYNDICALE

    Romane Massip Adjointe PCF à la mairie des 1-7

    « Le capital est en crise. La CGT déplore 500 plans de suppression de poste dans l’industrie. Et ils souhaitent mettre à terre les travailleurs. Ce procès en est un exemple de plus. C’est un dossier de longue date avec des ré-accusations en chaîne d’abord parce que Pascal Galéoté est secrétaire de la CGT du Port. »

    Didace Galéoté USR CGT 13

    « Les syndicalistes, ici présents, viennent du Havre, de Dunkerque, et de Calais. Toutes les professions portuaires se sont mobilisées pour le soutenir. Le patronat n’a jamais supporté que les travailleurs s’unissent. Il tente aujourd’hui de briser les derniers maillons qu’il reste pour défendre la classe ouvrière. C’est un procès politique qui vise à évincer ceux qui gênent. »

    Eddy Bartolini, CGT GPMM

    « Ce procès fait suite aux accusations d’une plainte déposée par Force ouvrière en 2017, un syndicat moins représenté, qui nourrit une certaine rancœur envers nous. Nous sommes majoritaires dans les institutions et les commissions, ce qui les dérange. Ils tentent, par conséquent, de déstabiliser notre syndicat à travers un procès, même symbolique, c’est un peu extrême. »

    Véronique Dolot, CGT Métropole

    « Nous possédons des outils puissants, nous sommes présents forts et déterminés. Ils tremblent, et c’est ce qui fait notre force. Plus ils avanceront, plus la colère montera. Nous sommes les derniers debout. Les derniers qui ne cesseront de se battre pour l’ensemble de la classe ouvrière, les précaires, et les retraités sans jamais se satisfaire d’un simple compromis. »

    Virginie Akliouat, FSU

    « Ce n’est pas la première fois que nous sommes attaqués pour notre rôle de contre-pouvoir. Ces pratiques se multiplient, on le constate aussi au niveau des mouvements lycéens et la répression récurrente des forces de l’ordre sur les jeunes militants. Le pouvoir en place étouffe les voix des salariés et affaiblit celles des plus jeunes, afin de fragiliser les consciences politiques. »

    Maoudj Bader, SAP-CGT

    « Ces accusations sont diffamatoires. Le port est notre emblème, les portuaires nous ont toujours accompagnés, notamment lors d’agressions et de meurtres dans notre branche.

    Ils nous ont permis d’acquérir davantage de droits, d’augmentations financières et parfois même pour certains de retrouver leur travail. »

    Marie-Jo Cermolacce, PCF

    « Les syndicalistes comme Pascal Galéoté, ont permis pendant 20 ans, de soutenir l’industrie, et les acteurs du grand port. Ensemble, nous avons défendu les salariés, et nous sommes battus contre les trafics illicites. La CGT est la seule organisation qui se bat contre le libéralisme à outrance sur le port. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aujourd’hui attaquée par le patronat. »

    Rémy Hours, CGT Cheminots

    « L’action que la justice entreprend est une criminalisation de l’action syndicale. Ce n’est pas un acte isolé. On constate ces mêmes méthodes de partout sur le territoire. Il est le quatrième haut responsable de notre organisation traîné devant les tribunaux pour des motifs fallacieux. Leur objectif est de discréditer l’organisation syndicale dans les consciences collectives.»

    Nathalie Tessier, Adjointe PCF au maire de Marseille

    « Je suis venue en soutien de notre camarade qui est mis en accusation et soutenir la CGT. Ce procès est injuste, Pascal Galéoté subit cet acharnement car c’est un grand représentant d’un grand syndicat. La CGT du port est une organisation puissante qui défend le droit du travail et la classe ouvrière de Marseille. »

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    « Nous réclamons l’absence de condamnation, même symbolique, ainsi qu’une clôture définitive du dossier. Ces actes prouvent malgré tout que nos démarches dérangent, une motivation suffisante pour ne pas lâcher, redoubler d’efforts, notamment dans le département. »

    Marc Pietrosino, secrétaire général UD CGT 13

    « Le gouvernement tente d’éliminer la CGT du Port car c’est un lieu où les salariés ont des droits qu’ils ont acquis par la lutte. Aujourd’hui des accusations totalement fallacieuses sont prises à charge contre le premier dirigeant du syndicat du Port de Marseille. S’en prendre à nos camarades, c’est attenter à un bastion ouvrier, qui a toujours su résister. »

    Thierry Camusso, CGT Filpac La Provence

    « L’avenir s’annonce compliqué avec le RN aux portes du pouvoir. En tant que syndicat nous avons besoin de ces élans de solidarité. Certains canards dénoncent Pascal Galéoté pour des affaires qui n’ont pas encore été jugées, notamment sur des détournements de fonds du CSE, ces accusations ne respectent pas la présomption d’innocence. »

  • La Cour des comptes s’attaque à la centrale de Gardanne

    La Cour des comptes s’attaque à la centrale de Gardanne

    La très libérale Cour des comptes (CRC) s’est penchée sur le cas de l’arrêt des centrales à charbon dans un rapport publié ce mercredi 25 février. Forcément, elle s’est largement attardée sur le cas de la centrale thermique de Gardanne et n’y va pas de main morte dans ses observations. Elle explique entre autres que l’installation a « un bilan carbone critiquable et un impact environnemental contesté ». Mais pointe surtout que « le soutien public important accordé au producteur en fin d’année 2024 présente un risque élevé pour les finances publiques ». Et sort du chapeau, sans développer le calcul, le montant potentiel d’1,5 milliard d’euros comme « coût aux finances publiques dans certaines hypothèses étudiées par l’administration ».

    Elle cible ici le contrat de revente d’électricité entre GazelEnergie et l’État à 800 millions signé en 2024. Un contrat qui a « d’importantes fragilités juridiques, pour une installation dont la justification technique n’est pas avérée » selon la CRC. Outre ses traditionnelles errances méthodologiques, elle fait à peine état des mouvements sociaux sur le site et du combat des salariés pour la survie de l’écosystème économique du bassin minier. Justement, la CGT du site «  ne souhaite pas commenter pour l’heure » le rapport mais « reste vigilante sur le sujet ». Et GazelEnergie balaie d’un revers de main les dires du rapport de la CRC. « On conteste fermement le chiffre d’1,5 milliard. Les négociations avec l’État avaient justement pour but de réduire le montant du contrat », répond Camille Jaffrelo, porte-parole du groupe. Et d’assurer : « On se tient à disposition de la CRE [Commission de régulation de l’énergie, Ndlr.] qui confirmera que le contrat est bien de l’ordre d’une centaine de millions par an. »

  • L’accueil des femmes victimes

    L’accueil des femmes victimes

    Partir est une chose, encore faut-il savoir où aller. Les femmes victimes de violence sont particulièrement précarisées par leur condition, notamment lorsqu’elles réussissent à quitter le domicile conjugal. En matière d’hébergement, le champ de compétence est normalement étatique, compétence pleine permise par des lois de décentralisation. Une prise en charge à titre supplétif est cependant permise par l’article L222.5 alinéa 4 du Code Social, pour les femmes avec enfants de moins de 3 ans. Un moratoire de 2017 disposait qu’en l’absence de solution dans un contexte d’embolisation pour l’État, le Département s’engageait à héberger les femmes et ce même avec des enfants de + de 3 ans sur une durée maximale de 2 mois.

    Des manquements multiples

    Cet accord reposait notamment sur l’engagement de l’État censé prendre le relais à la fin de ladite période. Promesse non tenue. Étranglé, le Département a été contraint de remettre en question l’accord passé et de se rabattre sur une durée de prise en charge plus courte. Ainsi, dès le 1er février 2025 le Conseil départemental a continué d’assurer une prise en charge à titre subsidiaire de 15 jours non renouvelables s’il était avéré que le 115 ne pouvait être en capacité de proposer une mise à l’abri. Alors, désengagement étatique ou réelles restrictions budgétaires ? Le rapport sénatorial sur l’évolution des financements de la lutte contre les violences faites aux femmes du 3 juillet 2025 déplore des financements qui, quoiqu’en augmentation, restent morcelés. La Cour des comptes l’avait déjà relevé dans son rapport de 2023, les manquements sont multiples : absence de politique globale, services chargés du pilotage peinant à assurer leur fonction, moyens budgétaires peu lisibles. L’État a cependant mis en place des actions concrètes telles que le protocole portant gratuité des transports sur tout l’Hérault pour les femmes victimes de violence.Cela permet ainsi aux femmes isolées notamment d’un point de vue géographique de se déplacer vers les dispositifs mis en place. Il existe uniquement deux structures en Hérault destinées à l’accueil des femmes victimes de violence : le Centre Bouissonnade et l’Amicale du Nid. Suite à un diagnostic commandé par la DDETS (direction départementale de l’emploi du travail et des solidarités), des places supplémentaires ont été ouvertes par l’Amicale du Nid. D’autres associations d’hébergement qui ne reçoivent habituellement pas ce genre de public ont également ouvert leurs portes afin de pouvoir pallier au maximum aux défaillances étatiques. Autant mettre un pansement sur une plaie béante.

    Les politiques publiques se doivent d’évaluer afin de répondre aux besoins de ces femmes et permettre une prise en charge effective qui ne continue pas de tirer sur un système déjà essoufflé.

    Par Inès Trambouze, SAF Montpellier

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  • La FSU veut une enquête sur le financement du privé

    La FSU veut une enquête sur le financement du privé

    « En général, la mixité scolaire n’est pas dans le privé. » C’est le constat de Franck Balliot, cosecrétaire de la FSU 13. Il s’appuie notamment sur « l’Indice de Position Sociale (IPS) des établissements scolaires dans le département ». Une donnée statistique qui « résume les conditions socio-économiques et culturelles des familles des élèves accueillis » et dont les résultats sont parlants : « Dans les Bouches-du-Rhône, 15 écoles primaires privées sur 90 ont un IPS supérieur à 140, donc relativement haut. Quand 5 écoles publiques sur 586 dépassent 140 ». Et cela se retrouve aussi pour les collèges et lycées. « Prenons l’exemple du collège Loyola [établissement jésuite dans le 15e arrondissement de Marseille qui a ouvert en septembre 2025] : l’engagement est d’avoir 30% d’élèves boursiers, alors que les pourcentages sont largement supérieurs dans les établissements alentour », développe le syndicaliste. De quoi pointer une mixité sociale au rabais mais surtout faire le lien avec un financement à deux vitesses du public et du privé. « Beaucoup de collectivités, vont au-delà des obligations légales dans le financement du privé », déplore-t-il. Et reprend le même exemple : « le conseil départemental a financé 10% de la construction du collège Loyola ». Un comble alors même que « les trois quarts du financement d’un établissement privé sont payés par le contribuable : les personnels sont payés par l’État ou les collectivités territoriales, le pédagogique aussi ».

    D’où la demande « d’une enquête à la cour régionale des comptes sur le financement des établissements privés » suite au rapport de la Cour des comptes de juin 2023 où « elle expliquait qu’il n’y avait pas assez de contrôles ».

  • COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    Alors que deux semaines de négociations s’ouvrent ce lundi 10 novembre à l’occasion de la COP30, à Belém, au Brésil, le « sommet des leaders » organisé en amont, où ont défilé des dizaines de ministres et quelques chefs d’État et de gouvernement, laisse déjà entrevoir des points d’achoppement. Le tout sur fond de climatoscepticisme assumé par certaines puissances parmi les plus gros pollueurs, comme les États-Unis de Trump qui a ouvertement boycotté le rendez-vous. Mais les chiffres sont têtus…

    Les décideurs ont été forcés de réconcilier leurs discours avec le fait que les onze dernières années sont les onze plus chaudes jamais mesurées, selon un rapport de l’ONU publié le 29 octobre. Et pour l’année 2025, de janvier à août, la moyenne était déjà de 1,42 degré au-dessus de la température pré-industrielle, ce qui devrait en faire la 2e ou 3e année la plus chaude de notre histoire, derrière 2024. Une chaleur dont on meurt.

    Selon The Lancet Coutdown 2025, publié également le 29 octobre par la revue médicale britannique éponyme, depuis les années 1990, le nombre de décès liés à la température a grimpé de 63%, atteignant en moyenne 546 000 morts par an entre 2012 et 2021, cite le Réseau action climat France. Soit une hausse de 23% si l’on tient compte de la croissance démographique mondiale. Les événements météorologiques extrêmes, canicules, inondations, tempêtes, et surtout le manque d’adaptation à ces derniers, ont causé au moins 16 000 morts et déplacé plus de 800 000 personnes en 2024.

    L’année 2025 marque aussi les dix ans de l’Accord de Paris, signé par 195 pays, qui posait des objectifs clairs et visiblement partagés, comme le maintien du réchauffement sous la barre des 1,5 degré. Tout le monde s’étant engagé à mettre en œuvre des plans climat plus ambitieux, au plus tard cette année, pour y parvenir.

    Une France pas

    très exemplaire

    Si les dirigeants ont aujourd’hui admis que le monde n’y parviendrait pas, sans pour autant se résigner à 2 degrés, l’autre limite négociée alors, selon les scénarios les plus pessimistes, le réchauffement serait contenu entre 2,6 et 2,8 degrés, contre 4 annoncés avant l’adoption de l’Accord, note néanmoins le réseau action climat France. L’accord « ne suffit pas encore mais il fonctionne », estime l’association Oxfam qui liste également des avancées juridiques comme la reconnaissance du principe de justice climatique ou une certaine prise de conscience ou pour le moins une réorientation du monde de la finance. Avec « des marchés désormais contraints d’intégrer les risques climatiques », qui « réorientent progressivement les investissements vers les énergies renouvelables et les solutions bas carbone ».

    Mais pour le reste, rien n’a vraiment été respecté, relevant d’autant les enjeux de cette COP30. Notamment en termes de financement. Les pays du Nord avaient accepté de mettre au pot 1 300 milliards supplémentaires lors de la COP29 à Bakou, pour convaincre les pays du Sud de mettre aussi la main à la poche. De quoi dégager 300 milliards de dollars par an, en théorie. La France, dont le président Emmanuel Macron s’est plu à positionner en véritable leader climatique, appelant encore ce 6 novembre à « l’action face au fatalisme », a vu stagner ses émissions depuis 2024. « Ses budgets verts sont en baisse et son gouvernement a reculé sur 43 mesures climatiques », pointe Oxfam. Alors que l’examen parlementaire du projet de loi de finances (PLF) 2026 a démarré, le budget du ministère de l’Écologie, de 24 milliards d’euros, s’affiche comme un parent pauvre quand les magistrats de la Cour des comptes ont estimé dans un rapport rendu public en septembre qu’« atteindre la neutralité carbone en 2050 suppose de doubler les investissements actuels d’ici 2030 », soit 110 milliards d’euros supplémentaires.

    Bien qu’emmenée par un Lula volontariste, le président brésilien se pose comme un pont entre Nord et Sud, cette COP30 s’inscrit aussi dans un contexte de fortes tensions entre guerre en Ukraine, éradication du peuple palestinien ou conflits sur les tarifs douaniers. Une atmosphère de crise que les nations vont devoir dépasser…

    Les objectifs de la COP régionale

    Un an après son lancement, les principaux acteurs s’étaient donné rendez-vous à l’hôtel de Région, fin octobre, pour un premier point d’avancement afin de bâtir « un plan régional de transformation énergétique et écologique ambitieux » et « atteignable ». Outre le diagnostic, les protagonistes ont fixé plusieurs enjeux visant à s’adapter au changement climatique : la baisse de la consommation énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une baisse de 10% de la consommation d’eau, le développement d’une économie circulaire ou encore la protection forte d’espaces naturels.

    REPÈRES

    540000

    morts par an entre 2012
    et 2021, victimes d’effets du réchauffement climatique ont été recensés par la revue médicale « The Lancet ».

    2,3%

    d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre… Le monde continue à brûler avec toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon en 2024, selon l’ONU.