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  • Au Pontet, les « échanges » entre mairie et inspection académique interrogent

    Au Pontet, les « échanges » entre mairie et inspection académique interrogent

    La ville du Pontet, dirigée par Joris Hébrard (RN), et l’inspection académique ont signé une convention portant sur « l’échange d’informations à des fins de prévention éducative et de prévention de la délinquance ». Un accord qui ne passe pas pour le Snes-FSU de Vaucluse.

    Dans le document, que La Marseillaise a pu consulter, il est précisé que les informations échangées entre les établissements du premier et du second degré implantés sur le territoire pontétien permettraient de mettre en place un « accompagnement éducatif des élèves » et un « soutien et accompagnement des familles ». Ce, sans préciser de quelle manière, évoquant seulement des « réponses coordonnées, proportionnées et adaptées aux situations rencontrées, dans le respect du périmètre de compétences de chaque institution ».

    Pas de garanties sur

    les contours du document

    Un document qui est « totalement flou » pour le Snes-FSU de Vaucluse. « On a été reçus par le secrétaire général de la direction académique qui était incapable de nous donner d’explications. Nous n’avons pas eu de garanties sur les contours du document, notamment quand la mairie dit qu’elle peut proposer des solutions éducatives sans que l’on sache ce que c’est. Dans tous les cas, ce n’est pas censé être leur compétence », regrette Salima Ouannaï, secrétaire départementale du syndicat. Qui précise qu’un accord similaire avait été signé en 2016 entre la Ville, déjà dirigée par Joris Hébrard, et un chef d’établissement du collège Jules-Verne. « Quasiment personne n’était au courant que cela existait », poursuit la responsable syndicale, qui demande l’annulation de l’accord.

    Contacté, le directeur académique assure que la convention « vise à mieux coordonner les réponses éducatives et actions de prévention dès lors qu’une réponse globale apparaît pertinente pour accompagner un jeune en situation d’absentéisme récurrent ou ayant commis des faits de violence ou d’incivilité au sein ou aux abords d’un établissement scolaire ». Dans sa réponse, elle assure que des conventions de même nature ont été signées à Avignon et Pertuis, tandis que la FSU affirme qu’elles « n’ont rien à voir ». Et de conclure que « son renouvellement périodique vise à en réinterroger le contenu pour un contrôle de conformité et pour un rappel explicite des périmètres de compétences et prérogatives de chacune des parties » et qu’« elle peut être dénoncée avant son échéance en cas de dysfonctionnement constaté ».

  • Dans la rue pour la liberté de manifester

    Dans la rue pour la liberté de manifester

    Les syndicats des Bouches-du-Rhône sont bien déterminés à défendre la liberté de manifester, ce samedi 24 octobre. Et à ne pas laisser le gouvernement dérouler son arsenal judiciairo-policier pour tenter d’éteindre la colère sociale.

    Après les scènes de chaos du samedi 17 octobre, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait prévu de mettre Marseille sous cloche, ce samedi, avec une interdiction de toutes les manifestations, un couvre-feu élargi aux majeurs et l’arrêt des transports en commun. Comme une traduction des annonces d’Emmanuel Macron qui entend interdire, ce week-end, les manifestations organisées par « des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela ».

    Finalement, les Marseillais pourront bien battre le pavé dans le cortège intersyndical qui va s’élancer des Réformés, en haut de la Canebière, à 14 heures, comme annoncé en exclusivité par La Marseillaise dès ce vendredi matin. La CGT étant montée au créneau auprès de la préfecture. « L’interdiction de manifester est une attaque claire contre les libertés. En tant qu’organisation syndicale, nous ne pouvions pas laisser faire, surtout vu le contexte social actuel. On ne pouvait pas les laisser mettre Marseille sous cloche », explique Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône.

    Si son organisation n’appelait pas, à l’origine, à descendre dans la rue ce samedi, ni le précédent, il assure que la CGT 13 a « pris ses responsabilités » face à cette « restriction des libertés ». « On a indiqué très fermement au préfet que, quoi qu’il arrive, on manifesterait pour permettre l’expression des revendications légitimes », relate le syndicaliste. Avant de développer : « Il y a une paupérisation de la population, il y a une colère sociale. Il faut qu’elle puisse s’exprimer de manière pacifique. Ce samedi va être une manière de canaliser les colères en vue de les faire converger pour le 5 novembre ». Et concernant de potentiels débordements similaires à ceux de la semaine dernière, l’UD CGT 13 est tout aussi ferme : « Nous encadrerons le cortège syndical. Et nous serons avec nos partenaires habituels : la FSU et Solidaires. » Dans le détail, le parcours est le suivant : Des Réformés à Gambetta, puis boulevard d’Athènes jusqu’à Saint-Charles, avant de prendre le boulevard Leclerc, d’arriver à la place Marceau puis d’emprunter l’avenue Camille-Pelletan et de finir Porte d’Aix.

    L’intersyndicale veut « amplifier la mobilisation »

    Il sera également possible de se rendre à la manifestation en transports en commun, le préfet ayant lui aussi fait volte-face sur ce sujet pour la cité phocéenne. « La FSU appelle à manifester demain et sera présente à Marseille », confirme Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13. Organisation qui est partie prenante d’une procédure judiciaire, un référé-liberté (lire article ci-contre) lancé pour contester l’arrêté interdisant les manifestations sur le département. Procédure qui réunit plusieurs autres organisations progressistes : Ligue des droits de l’homme, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la magistrature, CGT et Parti communiste français.

    Le PCF, justement, appelle également à faire grossir les rangs des manifestants ce samedi, à Marseille. « Ces limitations de droits individuels et collectifs renvoient aux heures les plus sombres de notre histoire. On ne peut pas accepter d’interdire à des centaines de milliers de personnes dans le pays de revendiquer dans le calme », explique Jérémy Bacchi, secrétaire fédéral du PCF 13 et sénateur des Bouches-du-Rhône. Il enjoint les militants communistes à « réaffirmer l’attachement à la liberté de revendiquer », avant de dénoncer « un gouvernement qui navigue à vue ». « La vraie solution est de répondre à l’inquiétude et la colère sociale », martèle-t-il. Dans cette lignée, LFI, par la voix du député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard, relaie également le rendez-vous marseillais. Quand le NPA juge que « la CGT a su prendre ses responsabilités en annonçant en son nom le maintien de la manifestation ».

    Notons que même « l’Union locale des syndicats CGT du Pays d’Aix appelle à la manifestation à Marseille ». Plus globalement, presque l’ensemble des syndicats des Bouches-du-Rhône (CGT, FSU, FO, CFDT, Unsa et Solidaires) appellent, dans un communiqué commun diffusé ce vendredi, à « amplifier la mobilisation », notamment « en s’engageant massivement dans la grève interprofessionnelle et les manifestations le jeudi 5 novembre  ».

  • [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    [Entretien] Marc Pietrosino, CGT 13 : « La grève du 5 novembre doit être inégalée »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les mobilisations de samedi dernier ?

    Marc Pietrosino : Il faut souligner qu’il y a eu beaucoup de monde dans les rues. Beaucoup de personnes présentes dans une continuité des mouvements lycéens, dans une optique de manifestation pacifique et avec des revendications que l’on partage : contre la vie chère, contre la paupérisation de la société. Ou que l’on porte : augmentation des salaires, retour à l’égalité des chances… Malheureusement, il y a eu des casseurs qui se sont introduits dans le mouvement. Et une stratégie policière qui interroge, a minima. On a eu la drôle d’impression qu’il y avait plus de policiers lors des manifestations syndicales que l’on organise que lors de la mobilisation de ce samedi. Et surtout, des techniques policières qui résident dans un affrontement systématique et un gazage des cortèges pacifiques. On est d’ailleurs largement pointés du doigt à l’international pour cette doctrine du maintien de l’ordre française. Je ne vais pas justifier, ni excuser les débordements qu’il y a eu, je pense aux salariés des différents commerces et services qui ont été exposés, mais il y a un enchaînement d’événements qui questionne… Le maire de Marseille a d’ailleurs posé les bonnes questions : quelles étaient les consignes ? Est-ce que c’était de gazer les manifestants et de laisser faire les autres ? Ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que les forces de l’ordre étaient plus violentes envers les lycéens qu’avec les casseurs, ce samedi.

    La colère sociale a-t-elle été sous-estimée ?

    M.P. : À l’image de l’allocution vide d’Emmanuel Macron, il y a un déni total de la colère sociale. Je note aussi que, lors des scènes de pillage, on s’est beaucoup attardé sur les vols de téléphones portables et d’articles de luxe, mais il y a eu aussi ceux qui en ont profité pour remplir le frigo, prendre des couches et du lait. Cela dit quelque chose de l’état du pays. Il y a un profond malaise, en France, après deux quinquennats qui ont essoré les couches populaires, qui ont paupérisé l’ensemble de la population. Voilà dix ans que la politique du gouvernement est calquée sur les volontés du patronat, avec la fameuse théorie du ruissellement. Emmanuel Macron fait mine de ne pas assumer les choix ultralibéraux qu’il a faits. Il ne veut pas faire de lien entre ses actions et les conséquences. Pourtant, le 17 est une de ces conséquences. Les organisations syndicales doivent offrir des perspectives d’avenir. Un avenir pour notre jeunesse notamment. Pour cette dernière, l’avenir, c’est la mise en concurrence avec Parcoursup, le chômage, les attaques contre les retraites, le dérèglement climatique, l’intelligence artificielle qui va prendre les emplois… Il faut donc qu’on propose des alternatives, à partir de nos revendications. Pour cela, on doit réveiller le monde du travail et donc que le 5 novembre soit d’une ampleur inégalée afin d’imposer notre cahier revendicatif de progrès social.

    L’ampleur de la mobilisation du 17 octobre peut-elle être un appui pour ce 5 novembre ?

    M.P. : Les revendications qui ont été portées samedi sont justes, mais la casse les a rendues inaudibles. Je rappelle quand même que le principal responsable de la casse sociale, c’est bien le gouvernement actuel. Le message qu’on passe dans ce contexte, c’est qu’il faut qu’on s’unisse pour porter d’autres choix de société, pour une autre répartition des richesses. Ce n’est plus possible de ne pas arriver à vivre de son travail dans un pays comme la France. Dans ce cadre, il n’y a qu’une force organisée qui peut être efficace dans le combat social, il n’y a qu’une force organisée qui pourra garantir la sécurité des manifestants. Parfois, on reproche à la CGT qu’une manifestation d’un point A à un point B ne sert à rien. Cette manifestation, elle peut sembler dérisoire pour certains, mais elle n’est pas dérisoire si tout le monde est en grève. La vraie arme pour faire vaciller le gouvernement, c’est la grève massive. Ce n’est qu’avec elle et ses conséquences sur l’économie qu’on peut amener gouvernement et patronat à répondre aux revendications. Samedi, il y a eu beaucoup de casse, la veille, Emmanuel Macron était au concert de Céline Dion… Même les actions violentes ne sont pas prises en compte par le gouvernement, donc la seule alternative, c’est la grève. L’économie doit être à l’arrêt le 5 novembre. Cette date, il faut la réussir, c’est un enjeu pour l’ensemble du monde du travail. Les lycéens ont montré la voie, à nous de poursuivre avec un blocage de l’économie.

    Appelez-vous à manifester ce samedi 24 ou celui du 31 octobre ?

    M.P. : Nous n’empêchons aucune structure de la CGT d’être dans la rue pour ces dates. La problématique est que si nous appelons officiellement, en tant qu’Union départementale, cela nous place à un certain niveau de responsabilité. Quand on est là, on attend de nous que nous assurions le service d’ordre de la manifestation et ce n’est pas possible dans certaines conditions. Et ce n’est pas notre job d’empêcher des débordements.

  • Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    « Je suis meurtri par ce que j’ai entendu. Je suis un enfant de l’hôpital public que j’ai toujours servi avec un degré de probité exceptionnel. À aucun moment je n’ai dérapé », a nié jusqu’au bout du procès Pierre Pinzelli, 63 ans, ancien secrétaire général des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), jugé lundi pour prise illégale d’intérêts avec sa compagne, la psychologue clinicienne Corinne Cuvello, accusée de recel. Elle a été recrutée en 2019 comme chargée de mission sur l’absentéisme puis sur la responsabilité sociétale, une fonction où elle ne brilla guère par sa présence.

    « Un emploi que j’estimais fictif »

    Pierre Pinzelli dirige désormais l’hôpital d’Avignon, où Le Canard enchaîné a révélé, en mars 2025, qu’il était encore visé par une procédure identique dépaysée au parquet de Montpellier pour la nouvelle embauche de sa compagne. À Marseille, les rumeurs avaient enflé et c’est une syndicaliste de la CGT de l’AP-HM qui adressait un signalement au parquet de Marseille, lasse de ne jamais voir cette psychologue recrutée en décembre 2019 en CDI pour 3 500 euros par mois pour une mission sur l’absentéisme – un sujet majeur à l’APHM où plus de 10% des agents étaient en arrêt maladie. Même avant la crise du Covid, personne ne la voyait dans son bureau. « J’étais très agacée de ne jamais pouvoir la rencontrer entre 2019 et 2021. Ça m’énervait de payer des impôts pour un emploi que j’estimais fictif. J’ai décidé de faire un tract et de menacer la DRH », a témoigné Colette Biscaldi, constituée partie civile, estimant avoir été victime de représailles. En février 2021, le tract intitulé « Baise, baise, baise à l’AP-HM ! » avait piqué bien des yeux.

    « Je n’ai pas décidé seul dans un coin, ça a été validé par le directeur général. Cette mission avait du sens. C’est un jury de 4 personnes qui a décidé » se défend M. Pinzelli pas dérangé d’avoir siégé dans ce jury. « On était assez proche, mais on ne couchait pas ensemble. Nous avons commencé à faire vie commune bien après que j’ai quitté l’AP-HM » assure-t-il.

    Des photos de 2020 le démentent, extraites du rapport d’enquête d’un détective privé payé par l’ancien mari de Corinne Cuvello qui la soupçonne alors d’adultère. Elle est vue au domicile de fonction de M. Pinzelli sur la Corniche Kennedy. « Cela m’est arrivé de passer la nuit chez lui. Il m’a tendu la main quand j’étais en difficulté » admet Mme Cuvello. La relation extraconjugale avait en réalité débuté en 2007, puis s’était interrompue. Devant les dénégations persistantes, la présidente lit un mail de 2016 de Mme Cuvello à M. Pinzelli : « Si tu savais la chaleur qui entoure l’image que j’ai de toi ».

    L’enquête a dénombré plus de 3 200 contacts téléphoniques avec Pierre Pinzelli entre décembre 2021 et juin 2022. « Vous l’appelez tout le temps » dit la présidente qui pointe ensuite son « activité professionnelle faible ». « Vos ordinateurs sont si peu utilisés qu’on n’a pas l’impression que vous travaillez alors que vous êtes à temps plein. Sans être désobligeante, il est quand même très vide votre rapport d’activité. » Mme Cuvello rame à la barre : « J’étais à fond dans ma mission. L’absentéisme est un dossier crucial. Pour changer de paradigme, j’ai amené une vision différente. » Et si elle boude ses ordinateurs, c’est qu’« il y avait beaucoup de lecture et de réflexion ».

    « Qu’on en finisse

    avec cette mascarade »

    La procureure Patricia Ferreira Morais lit un échange énervé de la DRH de l’époque qui dénonce la perte de lucidité du secrétaire général : « Je voudrais que le DG tape une fois pour toutes sur la table et qu’on en finisse avec cette mascarade qui nuit à tout le monde ». Le parquet a requis la condamnation du couple. Lui en tant que chargé de mission d’un service public qui « a compromis son indépendance, son impartialité en intervenant sans cesse et en outrepassant ses fonctions. Sans ce lien personnel et intime, elle n’aurait jamais pu être recrutée car madame ne correspondait pas au profil ». De réclamer 12 mois avec sursis, 30 000 euros d’amende, deux ans d’inéligibilité et un an d’interdiction d’exercer dans la fonction publique. Contre Corinne Cuvello, 10 mois avec sursis sont requis, 15 000 euros d’amende, 2 ans d’inéligibilité et un an d’interdiction de la fonction publique mais aussi d’expertise, car la psychologue est aussi experte judiciaire près la cour d’appel de Nîmes.

    Délibéré le 10 novembre.

  • [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    Policier de terrain, le syndicaliste dénonce depuis le début une doctrine répressive menée par le gouvernement à l’encontre des lycéens et étudiants, avec des effets désastreux, entre éborgnages et mains arrachées. Les événements de ce week-end confortent ses craintes.

    La Marseillaise : Comment en est-on arrivé là ? Peut-on parler d’amateurisme ?

    Anthony Caillé : Tout laisse à penser qu’il y a eu un gros souci dans la gestion de la foule. Je ne me l’explique pas. Je sais que beaucoup de policiers sont extrêmement fatigués. Ce serait intéressant d’avoir les chiffres sur le nombre de policiers en arrêt de travail, pour savoir si ça a déshabillé les compagnies de CRS ou de gendarmerie mobile. Moins on aura d’effectifs, plus on aura de LBD et on aura tendance à vouloir s’en servir pour se protéger. Et impossible de le faire quand il y a des mouvements de foule, les conditions ne sont pas bonnes, on atteint difficilement sa cible. Cela ajoute au danger. Il va y avoir un drame.

    Le ministre de l’Intérieur
    évoque une sous-estimation
    du mouvement de samedi par
    le renseignement.
    A-t-il été défaillant
     ?

    A.C. : On est censé avoir un renseignement assez opérant. La collecte de l’information reste, en règle générale, plutôt bonne. Reste que depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, les renseignements territoriaux doivent suivre plusieurs secteurs quand ils n’en avaient qu’un auparavant. À partir du moment où on a plus de matière à travailler, on est moins performant, on connaît moins les gens. Après, il faut que l’institution policière ou gendarmesque travaille cette information, qu’elle en prenne la mesure, que le corps préfectoral y travaille aussi. Cela demande du temps et de l’expertise.

    En attendant, les manifestants témoignent de « gazage » tandis que des pilleurs s’en prenaient aux commerces, impunément…

    A.C. : C’est clairement un choix politique, celui du préfet de département. C’est lui qui décide de l’usage et de l’emploi de la force.

    Même s’il assure que la doctrine est décidée au niveau national ?

    A.C. : La doctrine actuellement, c’est nous contre les autres. C’est la posture qu’on demande à la police d’avoir. Cela ne peut pas durer. Mais tant qu’on aura un Macron qui préfère aller voir le concert de Céline Dion plutôt que d’aller en cellule de crise et de discuter avec les différents corps sociaux et les lycéens… La police ne peut pas régler le problème. Nous sommes, en tant que service public, le dernier rempart avec les pompiers. Et on est complètement désorganisés. Au moins un tiers, voire la moitié du maintien d’ordre est assuré par des policiers dont ce n’est pas le métier. Un manque de formation, mais aussi d’effectifs. Là encore, rappelons que Nicolas Sarkozy voulait supprimer les CRS et les gardes mobiles. Ils ont été dégraissés.

    D’aucuns évoquent également une mobilisation sans organisation, illisible pour les forces de l’ordre…

    A.C. : Oui, il y a 20 ans, on avait un service d’ordre dans les manifestations parce qu’il y avait des syndicats forts. Là, ils sont affaiblis, le rapport de force est moindre. Avant, les autonomes et autres « énervés » étaient en queue de cortège, aujourd’hui, ils sont devant le carré de tête.

    Quelles solutions alors ? Changer de doctrine avec la désescalade ?

    A.C. : La désescalade, c’est savoir laisser casser un abribus pour ne pas faire monter la violence d’un cran. Mais c’est l’autorité civile qui doit mesurer ça. Par exemple, j’ai vu, à Belfort, un jeune commissaire de police qui a demandé à ses effectifs d’enlever casques et boucliers. C’est courageux, surtout vis-à-vis de sa hiérarchie, cela peut être mal vu. Mais on pourrait avoir les policiers les mieux formés du monde avec le meilleur équipement du monde, et à un moment, ça ne marchera pas. Il faut une parole politique. Elle ne peut venir que du chef du gouvernement, du président de la République. Qu’ils disent « ok, on vous a entendu, on va mettre tout le monde autour de la table ». Mais pour l’instant, ce n’est que mépris. Quand on a la chefferie policière et préfectorale qui nous dit, à propos d’un corps social qui manifeste : « Qui est disponible ce week-end pour aller voir ce qui se passe dans le zoo social ? » Ces gens sont des monarques, n’ont aucun sentiment, cela va mal finir. Je sens arriver l’état d’urgence…

  • En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    En déplacement à Toulon, Sophie Binet invite travailleurs, retraités et étudiants à descendre dans la rue le 5 novembre

    Si la venue de Sophie Binet dans le Var était programmée depuis plusieurs mois, elle s’est avérée plus à propos que prévue : « On ne pensait pas se retrouver dans cette situation », a-t-elle confié lors d’un meeting toulonnais suivi par de nombreux syndiqués de toutes les congrégations du département, mercredi.

    Un moment que Richard Roméo-Giberti, le secrétaire général de l’UD CGT du Var, a introduit, au vu du contexte, par un rappel historique : « Nous ne sommes pas dans la Bourse du travail historique, dont nous avons été exclus par l’extrême droite en 1995. Mais partout où cela arrivera, nous résisterons. » À travers ses mots, la volonté de « riposte », dans un des départements les plus marqués par le fer du RN. Cette résistance se construit aussi dans l’avenir, tel que l’ont montré Camille, César et Denis, trois des leaders du mouvement lycéen toulonnais, venus apporter un vent de fraîcheur salué par les vivats des travailleurs.

    Le débat budgétaire

    dans le viseur

    Après les multiples mobilisations de la rentrée (contre les violences sexuelles, grèves des pompiers, du secteur de l’énergie, de la fonction publique…), la secrétaire générale de la CGT voit dans celle des jeunes « la cerise sur le gâteau ». Et son succès un enjeu politique qui « lancera une dynamique et mettra l’extrême droite en difficulté pour l’échéance électorale à venir. Ils portent des revendications précises, mais aussi un message plus large : quel avenir nous préparez-vous ? »

    Cet avenir, les retraités, mobilisés mercredi, ont un rôle à y jouer : « Le gouvernement oppose les générations en faisant croire que, pour améliorer la situation des jeunes, il faut prendre aux retraités, alors qu’ils prennent aux deux pour donner au capital. Il faut montrer que retraités, jeunes et actifs sont main dans la main ! »

    C’est à ce titre que Sophie Binet appelle travailleurs du privé, fonctionnaires, retraités et jeunes à se rassembler le jeudi 5 novembre, après des vacances qui vont « ralentir les mobilisations étudiantes ». Pour peser, aussi, sur un débat budgétaire qui fait craindre des coupes drastiques dans les dépenses publiques. « Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », clame Sophie Binet, rappelant par ailleurs que le RN, veut, quant à lui, « procéder à 150 milliards d’euros de coupe ». Une idée loin de déplaire au Medef, selon elle : « Ils font beaucoup de politique. Patrick Martin [président du Medef, Ndlr.] a dit qu’il serait le premier à fuir si LFI arrivait au pouvoir. On ne le retient pas ! »

    Autre échéance à venir en décembre : les élections professionnelles dans la fonction publique, motif initial de sa venue dans le Var. « Voter CGT, c’est protéger le statut de la fonction publique, mais certainement pas le statu quo. ça commence par régulariser l’ensemble des contractuels et des précaires », soutient la secrétaire générale de la CGT.

  • À Avignon, le cri d’alarme du monde culturel

    À Avignon, le cri d’alarme du monde culturel

    Au sein du long cortège de plus de 2 000 personnes ce mardi 29 septembre, à l’occasion de la manifestation des agents du service public à Avignon, il était difficile de manquer les pancartes rappelant que la culture, elle aussi, doit « être accessible à tous ». Pourtant, elle figure souvent parmi les premiers secteurs à pâtir des restrictions budgétaires. Et dans la ville du Festival d’Avignon, où Jean Vilar défendait l’idée d’un théâtre au service de l’intérêt général et assumant des missions de service public, le symbole est fort.

    « Le problème est le même que dans l’ensemble des services publics. Comme les enseignants artistiques qui sont confrontés au gel du point d’indice ou encore les attaques permanentes contre le système d’intermittence du spectacle, alors que beaucoup de collègues galèrent à boucler leurs heures », rappelle au sein du cortège Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle.

    Comme chaque été ces dernières années, le syndicat a organisé des mobilisations à Avignon pendant le Festival pour alerter sur le sujet. Plusieurs personnalités politiques nationales et locales s’y sont rendues, parmi lesquelles François Ruffin (Debout !), Alexis Corbière (L’Après), Olivier Faure (PS) ou encore Jean-Luc Mélenchon (LFI). Des débats avec les candidats à la présidentielle avaient d’ailleurs été organisés par le Off sur la place de la culture dans leurs programmes. « Pour l’instant, très peu se sont emparés du sujet », regrette Ghislain Gauthier.

    L’extrême droite visée

    À ses côtés, Fabrice Durand, alto solo à l’Orchestre national Avignon Provence et membre de la Snam CGT, fulmine. « Là, la culture est une variable d’ajustement pour éponger les dettes créées par le gouvernement actuel, alors que c’est une part essentielle dans la communication et dans les relations entre les individus, notamment pour se battre contre la xénophobie et toutes les exclusions », souligne-t-il, entouré de plusieurs membres de l’orchestre.

    Lors du concert d’ouverture, il y a quatre jours à la FabricA d’Avignon, une prise de parole a d’ailleurs permis d’alerter le public sur la situation. Notamment à propos de la baisse de la part du budget alloué à la culture par l’État, qui est passée du 1% symbolique à 0,7%. Une diminution qui se traduit également dans les collectivités locales. « Ici, les associations, dont les associations culturelles, ont perdu en moyenne 5% de leurs aides. Alors qu’Avignon, sans culture, n’existe pas. C’est se tirer une balle dans le pied. Non seulement c’est faire fi de tout ce qui est l’histoire, les gènes de la ville, mais c’est en même temps nier les besoins de la population et augmenter les clivages, et donc pousser au corporatisme, aux enfermements, plutôt que d’avoir un lien pour enrichir les cultures diverses qui font ce qu’est la France. Une nation qui est capable d’intégrer toutes les cultures et de relier les gens au bonheur », poursuit avec passion Fabrice Durand.

    Un combat partagé par l’intersyndicale (hors FO), qui s’est exprimée en fin de manifestation sur la place du Palais des Papes. Le discours, prononcé par Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU, alerte que la « logique d’abandon est aggravée par les choix de l’extrême droite et des droites extrêmes. » « À Carpentras, Monteux ou encore Avignon, la gestion des municipalités RN ou affiliées montre ce que signifie concrètement leur politique », insiste-t-elle, en pointant les diverses suppressions de subventions aux associations décidées par les édiles lepénistes.

    Pour Étienne Raoul, secrétaire départemental FO, qui s’est ensuite exprimé à part, la culture est également « essentielle ». « Le fait de précariser encore les professions dans la culture, comme on le voit pour les intermittents du spectacle mais pas que, c’est toucher à un secteur qui permet l’émancipation. C’est encore plus vrai à Avignon avec son Festival, mais pas uniquement, avec un grand nombre de musées et d’actions qui s’en retrouvent fragilisés », poursuit-il.

  • Force Ouvrière motive ses troupes mais part divisé

    Force Ouvrière motive ses troupes mais part divisé

    Force ouvrière montre les muscles avant la journée de grève et d’actions de ce mardi 29 septembre. « Pour les secteurs comme les écoles, les crèches, les cimetières, les bureaux municipaux, la grève va être très suivie », se félicite Patrick Rué, l’indéboulonnable secrétaire général du syndicat FO des agents territoriaux de la Ville de Marseille et de la Métropole.

    Ce lundi, sur le parvis du Mucem, son syndicat entend faire une démonstration de force avec la visite spéciale d’un bus deux étages de la Fédération des services publics FO et la présence de son secrétaire général, Laurent Mateu. « Le bus est là dans le cadre d’un tour de France en vue des élections professionnelles mais aussi pour informer la population soit sensible aux problèmes des fonctionnaires », développe Patrick Rué. Son secrétaire général abonde : « On arrive dans une période où une grande partie des agents de la fonction publique territoriale touche moins que le Smic. Il est temps de bouger, le mécontentement doit se faire entendre. »

    Des tensions

    avant les élections

    Problème : Avant la visite au Mucem, ce bus FO a fait un tour auprès de Franck Bergamini, le secrétaire général de l’UD FO 13 (lire encadré ci-contre). Une UD qui ne reconnaît pas comme légitime le syndicat des territoriaux de la Ville de Marseille et de la Métropole tenu par Patrick Rué, depuis l’émergence d’un autre syndicat dissident, uniquement sur le champ métropolitain, dirigé par Carine Pinet (lire notre article du 06/03). En effet, Franck Bergamini jugeait le syndicat historique de Patrick Rué « en dehors des statuts confédéraux ». Et ce, alors que la fédération a pris parti pour Patrick Rué. En bref, des dissensions qui ressurgissent avant les élections professionnelles, en décembre prochain, où FO joue sa place de première organisation dans les deux collectivités. « On n’a pas reconnu le syndicat de Carine Pinet. Notre secrétaire confédéral, Frédéric Souillot, a préconisé une assemblée générale. Quoi qu’il arrive, il y aura des listes déposées, et l’on verra quelle liste sera retenue. Il faut gérer ça au mieux », explique Laurent Mateu. Cette espérance de résolution du conflit par le haut est partagée par Franck Bergamini, mais avec une nuance. Car dans le cas où deux listes seraient bien déposées, il prévient : « La confédération tranchera. » D’ici là, les territoriaux fidèles à Patrick Rué se rassemblent devant leur local du boulevard d’Athènes pour cette grève du 29.

  • L’UD CGT du Var lance sa campagne pour les élections professionnelles de la fonction publique

    L’UD CGT du Var lance sa campagne pour les élections professionnelles de la fonction publique

    « Ce n’est plus un eldorado d’être dans la fonction publique. » Le constat établi par Richard Roméo-Giberti, secrétaire générale de l’UD CGT du Var, est presque unanimement partagé au sein des différentes branches du secteur à l’aube d’élections professionnelles qui se tiendront du 3 au 10 décembre. Pour lancer sa campagne, le syndicat avait réuni les responsables syndicaux de la fonction publique du département, pour balayer un paysage dont les perspectives ne cessent de s’obscurcir. « Notre rôle est de montrer ce que devrait être la norme et à quel point on en est éloigné sur tous les points, du statut aux conditions de travail. Depuis 25 ans, on a trop pris l’habitude que les choses se dégradent », pointe Olivier Gérard, secrétaire général CGT Éduc’action du Var.

    Pour « la titularisation

    des contractuels »

    Principal écueil : celui de la précarité. « Notre secteur est celui qui recueille le plus de fonctionnaires en catégorie C », note Laurence Bazzucchi, animatrice départementale CGT de la fonction publique territoriale. « Ils entrent en dessous du Smic, avec une allocation différentielle pour l’atteindre et être dans la légalité. Ils sont rémunérés sur une partie salariale et sur une partie primes, qui dépend des collectivités. Et toutes n’en versent pas. Le point d’indice est gelé depuis 2010. Il faut 18 ans pour dépasser le Smic. »

    Le nombre de titularisations se veut, qui plus est, toujours plus faible. « On crée de nouveaux établissements, mais sans créer d’emplois, uniquement sur la base du redéploiement, en transférant du personnel. En complément, on prend des contractuels », dénonce Eric Moretti, responsable Var CGT conseiller régional. Et cela, même pour remplacer des titulaires, « ce qui est illégal, un poste de titulaire ne pouvant être remplacé par un poste de contractuel sur le long terme », rappelle Laurence Bazzuchi.

    Un procédé dont les directions des Ehpads publics, « dans lesquels nous devrions tous être fonctionnaires », soutient Eric Roque, cosecrétaire général de l’union syndicale santé action sociale du Var, abusent « avec l’accord de l’ARS. On a en moyenne 50% de contractuels. L’ARS prétend que la bientraitance est son objectif, avec du personnel dont on ne sait pas combien de temps il va rester. Ça nuit à la continuité du soin ». Dans les hôpitaux publics, le manque de personnel conduit à des situations indignes : « Les ASH font les toilettes des patients alors que c’est illégal, les aides-soignants donnent des médicaments sans être formés… Cela les met eux-mêmes en danger vis-à-vis de la loi. »

    « On est sur du nivellement par le bas. Nous revendiquons la titularisation des contractuels », clame Olivier Gérard. « Et des équipes mobiles de titulaires remplaçants pour compléter », ajoute Eric Moretti. « La CGT veut changer ça. Notre plus grande force, c’est qu’on discute entre secteurs, on fait les mêmes constats, c’est pourquoi il faut voter pour nous », conclut Richard Roméo-Giberti, qui a par ailleurs annoncé la venue de Sophie Binet dans le département les 14 et 15 octobre.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : combattre pour le pain et pour la paix

    La situation économique et sociale commande la réplique ouvrière. Les prix montaient en dépit des promesses de baisse du gouvernement. L’indice des prix de détail fut multiplié par trois en 1948. Le « cartel » de la baisse des prix animé par FO et la CFTC était impuissant à enrayer la hausse des prix qui affectait le pouvoir d’achat des salaires. Dès février 1948, la CGT demanda l’augmentation de 20% des salaires, l’alignement automatique des salaires sur les prix et la révision des zones de salaire subie par la province. Nous soutenions aussi les multiples revendications des travailleurs agricoles. À ces appels, les luttes se développèrent, parfois partielles, à partir de juillet. Les actions prirent une plus grande envergure, en particulier les grèves des dockers, des inscrits maritimes, des douaniers, y compris des fonctionnaires. Octobre et novembre marquèrent le point culminant des grandes luttes, surtout pour les mineurs. Cette grève dura huit semaines au cours desquelles, avec courage, ils ont résisté à la répression, aux CRS et aux arrestations, en occupant les mines. Le bureau syndical, avec Giribone et moi-même, avons passé des nuits avec les mineurs qui nous faisaient confiance. Cette confiance fut confirmée par les élections aux délégués du personnel où la CGT obtint 75% des sièges. Le gouvernement dut faire des concessions dans de nombreux secteurs, augmenter les salaires et les retraites.

    « Cette guerre qui nous ruine »

    Au cours de cette année de lutte, la CGT apparut à nouveau comme la force syndicale première et décisive. Les statistiques officielles, bien qu’incomplètes, reconnaissaient pour l’année 6 561 176 grévistes et 13 133 313 jours de grève menée par les syndicalistes CGT.

    J’assistai aux travaux du 27e congrès confédéral, en octobre 1948, qui étaient consacrés pour une grande part aux menaces contre la paix et à la guerre du Vietnam. Alain Le Leap, secrétaire général de la CGT, souligna dans son rapport : « Le Vietnam résiste farouchement malgré la supériorité numérique et technique des troupes françaises et malgré les manœuvres de division du gouvernement français. » Il ajouta : « Les Américains regardent vers ces régions et procèdent à un véritable inventaire des richesses de ce pays. Le peuple français veut que se termine cette guerre qui nous ruine et fait couler le sang des soldats français comme celui des Vietnamiens. » Il félicita les dockers qui donnaient l’exemple et présenta un manifeste qui recueillit l’unanimité, invitant les travailleurs « à l’action contre les fauteurs de guerre et pour une paix solide et durable ». « Sous la direction des expansionnistes américains, dit-il, les forces réactionnaires mènent une politique de provocation à la guerre comme avant la 2de Guerre mondiale, elles préparent cette guerre par une campagne anticommuniste, antisoviétique et contre les démocraties populaires. »

    à suivre la semaine prochaine…