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  • Des dossiers chauds sur le bureau du préfet

    Des dossiers chauds sur le bureau du préfet

    Mouvement lycéen, avenir de Fibre Excellence à Tarascon, ligne THT… Le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a fait le point, ce mercredi 14 octobre, sur les grands sujets en cours et à venir sur le territoire.

    La doctrine inchangée sur le mouvement lycéen

    Fixée au niveau national, rappelle le préfet, la doctrine reste inchangée sur le déploiement des forces de police pour « accompagner le mouvement ». Et de s’adresser plus officiellement aux lycéens qui manifestent : « Faites attention, une manifestation peut susciter des tensions, de l’enthousiasme et des effets de foule, cela peut entraîner parfois des gens à faire des choses qu’ils n’auraient pas eu l’idée de faire. Ce qui met en danger beaucoup de monde. » Revenant sur la manifestation de la veille, mardi, qui s’est « bien passée », Jacques Witkowski alerte sur un contexte qui peut dégénérer : « Tout le monde arrive à un point de fatigue, on est sur le fil du rasoir des deux côtés. » Il se félicite également que des mobilisations aient été encadrées par des syndicats, « ce qui facilite » les choses avec « un parcours notamment ».

    Le préfet revient sur les derniers faits de violence, comme ce policier à Saint-Charles, mardi, qui s’est pris un coup de marteau sur la tête. Soit « 58 policiers ayant été blessés depuis le début du mouvement ». On compte aussi 900 interpellations sur la zone Sud, 336 dans le département « essentiellement des mineurs ». « Un jeune a été arrêté cette nuit à Martigues en possession de quatre bouteilles incendiaires », annonce-t-il. Quant à la journée du 17 octobre, « nous n’avons aucun renseignement et aucune déclaration de manifestation déposée », assure-t-il.

    Bientôt du neuf

    sur la ligne THT ?

    Le projet de ligne à très haute tension, 65 km à 400 000 volts, porté par RTE (Réseau de transport d’électricité) pour alimenter les bassins Ouest du Grand port maritime et qui suscite de nombreuses contestations sur son trajet, suit son cours. La logique voudrait qu’une enquête publique ne tarde pas à être déclarée pour que chacun donne son avis et que la question soit tranchée avec la présidentielle en 2027.

    Le risque « géré » à Fibre excellence Tarascon

    Sur la situation du site de Fibre excellence à Tarascon, la liquidation « se poursuit avec hélas un comportement incompréhensible du liquidateur », déplore Jacques Witkowski, « ce qui nous a amenés à faire des choses inédites ». Pour mémoire, le syndicat CGT a dénoncé la contamination des eaux du Rhône après l’arrêt de l’usine de pâte à papier et de sa station d’épuration. Faute d’avoir « réussi à convaincre », les services de l’État ont dû contraindre puis faire deux articles 40 avant de se substituer, rappelle le préfet. L’Ademe a pris la main pour piloter les opérations de sécurisation, et après un appel d’offres d’urgent, elles ont été sous-traitées à Suez. Le tout à la charge du liquidateur. « Le risque, on le gère, mais je n’en resterai pas là », prévient le préfet.

    Quant à la vente puis à la reprise du site, elles ne seront possibles que lorsque la pollution aura été clairement évaluée et validée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). « On a des repreneurs avec des candidatures sérieuses », révèle-t-il en partie pour « des activités industrielles », mais visiblement pas de papetier.

    Un centre d’accueil

    pour les consommateurs de crack

    Sur la consommation de crack exponentielle dans certains quartiers, « un véritable problème sanitaire et social, on n’a pas mal progressé », estime le préfet. Un troisième Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) temporaire de 17 places va ouvrir ses portes, la semaine prochaine et jusqu’en janvier, sur un terrain de la SNCF, aux alentours de la gare Saint-Charles. De quoi compenser aussi la fermeture de l’autre Caruud, le Sleep In, le 26 mai, pour insalubrité, et dont les « travaux sont en bonne voie », en attendant de « trouver une solution plus pérenne ».

    Le procureur de la République a aussi mis en place un Groupe local de traitement de la délinquance, précise le préfet. Une première opération, le 29 septembre, a permis de mettre de jeunes femmes à l’abri avec injonctions thérapeutiques, « elles restent dans les structures qu’on a et s’engagent dans un accompagnement ». Tous les hommes étant eux repartis. « Je souhaiterais agrandir le périmètre de l’hébergement temporaire pour les plus fragiles, destiné aux consommateurs de stup’, sans impacter financièrement la mise à l’abri classique », ajoute Jacques Witkowski, espérant obtenir gain de cause auprès du gouvernement. Quant à la halte soins addiction pour laquelle plaident la Ville de Marseille et des associations, le préfet se met à disposition de qui lui trouvera un local, « et on essaiera de faire quelque chose ». Une position invariée depuis dix mois, assène-t-il.

    Un budget métropolitain compliqué

    Alors que la décision modificative du budget de la Métropole va être soumise au vote ce jeudi 15 octobre, le préfet ayant dû saisir la Chambre régionale des comptes en avril dernier, les élus de la collectivité refusant d’entériner la baisse des dotations de l’État, Jacques Witkowski se félicite qu’elle ait repris « sa ligne budgétaire ». Pour faire face à un « déséquilibre » de 144 millions d’euros, ce dernier avait proposé de tailler 53 millions dans les attributions de compensation faites aux communes, au grand dam des maires. La Métropole a depuis trouvé une « solution comptable » avec cette décision modificative, assure-t-elle dans un communiqué mardi. « J’espère que le budget 2026 trouvera un point final d’exécution, il est temps », souhaite-t-il, augurant d’un budget 2027 tout aussi compliqué, sur fond d’austérité.

  • [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    Le choc et son bruit sourd entendu sur les vidéos qui circulent, lui ont laissé « six points de sutures » et un gros « mal à la tête », mais ils n’ont pas entamé sa détermination. « C’est inadmissible d’en arriver là parce qu’on revendique nos droits. Ça me motive encore plus. J’ai envie de dire à mes camarades, c’est malheureux de voir des cas comme le mien, mais on doit continuer ». Trois jours après avoir reçu un coup de matraque sur le crâne, Enzo, lycéen de Marie Curie (4e) a été entendu, vendredi, par l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

    Cet élève plutôt sans histoire de l’avis de ses parents, a été violenté sur le blocus de son lycée mardi. « Nous prenions la température auprès des élèves qui bloquaient l’établissement de manière pacifique lorsque les CRS se sont mis en travers de la route avec une attitude menaçante », raconte Pierre, professeur d’anglais à Marie Curie.

    Sur le boulevard Jeanne-d’Arc bloqué par le camion de CRS, les enseignants forment alors « un cordon de sécurité entre les forces de l’ordre et nos élèves » et s’assoient sur le bitume. « Il n’y a eu qu’une seule sommation et aucun tir de mortier, contrairement à ce qu’a dit la Préfecture. Ils se sont mis face à nous et ont commencé à nous taper, nous piétiner et nous tirer pour s’en prendre aux élèves derrière », poursuit Pierre, « choqué » comme toute la communauté éducative. Lui est traîné au sol. Un collègue est blessé aux côtes. Enzo s’écroule à terre. La tête en sang.

    « Aucune justification »

    Jeudi, les enseignants de Marie-Curie, réunis en AG, ont décidé d’apporter leur soutien aux élèves et à la mobilisation lycéenne. Ils étaient d’ailleurs quelques-uns à attendre Enzo à la sortie de la Préfecture de police. « L’enjeu aujourd’hui est de se tenir aux côtés de lycéens qui mènent une lutte qui répond à l’intégralité des revendications des personnels de l’éducation qui sont restées lettre morte depuis maintenant dix ans », explique Samuel, enseignant d’histoire-géographie, lui aussi violenté mardi.

    « Le procureur de la République n’avait pas d’autre choix que d’ouvrir une enquête tant la vidéo qui circule est accablante », estime Valentin Loret, un des deux avocats d’Enzo, rappelant que le délit est constitué à partir de deux sommations. « Il n’avait rien sur lui qui laissait penser qu’il était en train de commettre ou préparer une infraction. Il est attrapé par un CRS, frappé une première fois puis amené au sol où il reçoit encore plusieurs coups ».

    Vendredi, Enzo qui doit être vu par un médecin légiste pour se faire établir un nombre de jours d’ITT a pu livrer sa version. Mais la deuxième partie de l’audition par la police des polices a été plus « suspicieuse », note encore l’avocat, les enquêteurs cherchant à savoir s’il n’avait pas commis quelque chose justifiant l’intervention. « Mais il n’y a aucune justification possible à donner ce genre de coups », insiste l’avocat.

    Est-ce que les CRS portaient visiblement leur numéro RIO (Relevé d’Identité Opérateur) et leur caméra était-elle allumée ? Plusieurs témoignages rapportent que non selon la partie civile. « Si aucune caméra n’était allumée, il y a effectivement une volonté de cacher au magistrat la façon dont s’est déroulée l’intervention », estime Valentin Loret.

    « Ce n’est pas un cas isolé », reprend sa consœur Mathilde Lanté. « On a vu depuis le début énormément de violences policières avec des centaines de lycéens blessés sans ouverture d’enquête. M. Nunez minimise ces violences mais il ne faut pas tomber dans ce piège. Chaque fois, il faut porter plainte et témoigner. Ces violences extrêmement choquantes visent à traumatiser toute une génération mais le pari à ce stade est perdant. Au contraire, les lycéens continuent à se mobiliser et sont rejoints par leurs profs. »

  • Le maire de Manosque veut interdire les aides pour les casseurs

    Le maire de Manosque veut interdire les aides pour les casseurs

    Après avoir annulé la soirée rap du festival gratuit Musiks à Manosque pour punir les lycéens suite aux dégradations de jeudi, le maire Camille Galtier a annoncé, mercredi, vouloir interdire les aides de la commune et de la communauté d’agglomération pour les jeunes qui seront condamnés pour dégradations, dans le cadre de la mobilisation lycéenne, et pour leurs parents.

    « Ça m’apparaît compliqué de récompenser ou d’aider des parents quand on n’est pas capable de garder ses gosses à la maison », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse. « Ceux qui ont manqué à leurs devoirs n’ont pas le droit à avoir des droits supplémentaires. »

    Les aides concernées sont l’aide à l’acquisition d’un vélo, les 5 000 euros donnés aux moins de 40 ans pour acheter un logement, les bons essence, électricité, les bourses sportives pour les enfants, les aides aux entreprises, aux commerçants et aux agriculteurs. « Je proposerai au conseil communautaire et au conseil municipal qu’en fonction de la gravité de la sanction qui aura été donnée aux jeunes condamnés, on fera un panel d’interdictions de ces aides et on verra la durée. C’est les conseils communautaires et municipaux qui décideront la graduation », a précisé Camille Galtier. Concrètement, l’édile souhaite ajouter au règlement et aux critères de ces aides que « telle personne dont l’enfant a été condamné ne puisse pas bénéficier de cette aide pendant telle durée ».

    Le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, a affirmé à La Marseillaise qu’il ne « transmettra pas de liste de condamnés mineurs ». Aucune poursuite pour dégradation n’est engagée, a-t-il précisé, mais seulement pour des faits de violence.

    « Il veut renforcer les difficultés des familles qui sont déjà en grande difficulté. Si sa réponse est celle-là, c’est lamentable », a réagi Patrick Rousset, conseiller municipal d’opposition (PCF) du Regain Manosquin, liste d’union de la gauche. Il demande « une réponse concrète aux problématiques » plutôt que des sanctions, et accuse le maire d’être « toujours dans la provocation, sans contact avec les lycéens ».

    « Punition par procuration »

    Le secrétaire départemental du PCF, Bertrand Perrin, s’est lui aussi dit « opposé à la punition par procuration visant les fratries qui ne sont pas responsables ». Cet « effet d’annonce » est « la marque d’un maire en difficulté après une séquence des sénatoriales catastrophique pour sa candidate, qui cherche à redorer son blason en confondant autoritarisme et responsabilité », a-t-il estimé, doutant de la légalité de la mesure. Le Conseil d’État avait retoqué en 2022 une décision municipale similaire privant les délinquants d’aides versées par la commune de Caudry (Nord).

    « Si j’étais lui, j’essaierais d’apaiser les choses, l’inverse de ce qu’il fait. Il ajoute du mépris et de la répression à la colère des lycéens », déplore de son côté Jean-Claude Cauvin, de la section de Manosque du PCF, tout en condamnant les dégradations.

    « Le maire de Manosque sombre dans l’extrême-droitisation. Coupé de la jeunesse dont il ne comprend pas les motivations, il foule aux pieds l’État de droit en se livrant à une nouvelle opération de communication concernant des mesures dont il sait parfaitement qu’il ne pourra pas les appliquer, ce qui lui permettra de se victimiser », a réagi la FSU.

    « C’est une nouvelle erreur politique prise dans la précipitation. Les actes délictueux doivent être traités dans le cadre de l’état de droit, par la justice et les magistrats, a avancé Claire Henriroux, élue écologiste du Regain Manosquin. Une collectivité ne peut pas sanctionner des familles. Elle n’a pas vocation à infliger une double peine. M. le maire n’est pas un juge et la mairie n’est pas un tribunal. »

    23 gardes à vue ont eu lieu, la semaine dernière, dans le cadre de la mobilisation lycéenne dans le département, avec « un certain nombre de classements sans suite, deux majeurs déferrés et jugés dans le cadre du plaider coupable et cinq mineurs présentés à un juge des enfants qui seront jugés ultérieurement », a indiqué mercredi à La Marseillaise le procureur. Aucune garde à vue n’a eu lieu cette semaine.

    Le groupe RN-UDR-I à la Région Sud avait déjà annoncé, mardi, déposer une motion visant à priver les lycéens sanctionnés en conseil de discipline « de toutes les aides de la Région ».

  • À Digne, un tribunal renouvelé mais qui manque de moyens

    À Digne, un tribunal renouvelé mais qui manque de moyens

    Le tribunal judiciaire de Digne a présenté, lundi, une nouvelle promotion 100% féminine d’arrivantes, qui fait suite à une « vague de départs » : six magistrats ont quitté la juridiction cet été, soit plus d’un tiers des effectifs, et certains postes demeurent vacants. Un tiers des magistrats du siège est absent. « C’est un important renouvellement. Il n’est pas fréquent de voir 6 magistrats sur 15 partir », a relevé le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme. Une deuxième juge des enfants a été affectée, ce qui permet au tribunal d’augmenter ses effectifs. Une nouvelle directrice du greffe a également été nommée, et a déjà entrepris « des réorganisations », a expliqué le procureur. Il a rappelé l’importance de prendre en compte les « moyens restreints » dont dispose le tribunal.

    La nouvelle présidente du tribunal, Alexandra Mattioli, a évoqué les « nombreuses contraintes avec lesquelles composer ». « Il faut prioriser, s’adapter aux moyens disponibles, on ne peut pas tout faire », a-t-elle constaté. « Le recrutement est plus difficile en milieu rural, et les vacances de postes pèsent sur ceux qui restent », a regretté la présidente. Les locaux du tribunal de Digne sont « devenus bien trop exigus pour accueillir l’ensemble de notre activité », et un chantier achevé fin août a divisé le tribunal en deux sites distincts.

  • Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Détournements de fichiers, violation du secret professionnel, révélation d’informations sur une enquête, exercice d’activité commerciale extraprofessionnelle. Ce combo d’infractions a valu à un enquêteur en police judiciaire affecté dans un commissariat de Paris de comparaître la semaine dernière à Marseille. Il s’est vu requérir deux ans de prison avec sursis et l’interdiction définitive d’exercer. Au vu de la gravité des faits, il a été révoqué en mai 2025 sur avis unanime du conseil de discipline.

    À l’origine de la procédure, la plainte en mars 2023 d’une infirmière contactée par son ex qui se vante de tenir des infos sur sa vie privée d’une connaissance policière. Ce « mauvais plan drague » d’un individu condamné pour stup, vol et agression sexuelle allait entraîner la chute de Lotfi T., 33 ans, un policier à la dérive.

    À la barre, l’ex-policier dit avoir « agi avec discernement pour un échange d’informations » avec une connaissance de parties de cartes. « Il m’a dit qu’il cherchait à recontacter son ex. En contrepartie, j’allais avoir une information importante pour la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] », assure le prévenu qui espérait en retour une mutation dans le renseignement territorial. Si l’information a permis d’élucider une affaire d’extorsion de restaurateurs, son recueil échappe au cadre légal. « J’ai été dépassé par ma vocation de policier. Je reconnais que c’est assez grave. Je présente mes excuses à la victime », dit-il.

    L’ex-flic décrit comme peu fiable multiplie les incidents. En mai 2022, il est signalé cité des Aygalades, jouant à la pétanque avec son arme de service sous son t-shirt. Il est régulièrement en maladie. « 1 250 jours d’arrêt de travail en 6 ans » compte le président Pascal Gand. « J’ai eu deux accidents de moto et une triple fracture de vertèbres. » – « Et l’achat d’une moto électrique, c’est compatible avec vos vertèbres ? » cingle le juge. En février 2024, en arrêt maladie, il est impliqué dans une rixe à 3h30 dans une boîte de nuit marseillaise et n’informe pas sa hiérarchie du vol dans son sac à dos de son terminal Neo.

    L’enquête révèle que la nuit il consultait les fichiers. « Des consultations problématiques pendant vos arrêts maladie et sur des délinquants marseillais… » – « On nous apprend à être policier H24. J’ai grandi entre la Busserine et Fontvert. Entre le sport et la musique, j’ai connu beaucoup de monde. C’est compliqué en tant que policier mais je ne vais pas les ignorer » glisse le prévenu qui dit avoir agi « sans contrepartie ». Il lui est aussi reproché d’avoir géré un snack, une société de sécurité en dépit d’une interdiction du tribunal de commerce suite à une faillite.

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « c’est le portrait d’un policier en roue libre qui a un sentiment de toute-puissance. Il s’est affranchi de tous les cadres. S’il peut jeter cette femme sous le bus dans son intérêt il le fera ».

    Délibéré le 5 octobre.

  • Une « reconnaissance historique » pour le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943

    Une « reconnaissance historique » pour le collectif Saint-Jean 24 janvier 1943

    « C’est un moment longtemps espéré qui a fini par aboutir » résume Gérard Agresti au sortir de près de deux heures de réunion avec le Procureur national. Son père, Roger Agresti, était revenu du camp de Sachsenhausen. « On va s’appuyer sur cette reconnaissance pour que cette rafle oubliée ou éludée soit enseignée dans les livres scolaires. C’est un fait qui entre dans l’Histoire de France. » Il souhaite que le Président de la République vienne reconnaître publiquement qu’un crime contre l’Humanité a été commis par les Allemands et malheureusement des Français.

    « C’est une délivrance »

    « C’est un moment exceptionnel aujourd’hui, une délivrance je le dis. Pour moi, aujourd’hui, c’est la fin d’une quête, la reconnaissance de ce que 20 000 Marseillais chassés ont subi. » Rose-Marie Roger, 72 ans, bouleversée, serre fort dans ses mains la photographie encadrée de son grand-père, Vincenzo Ottaviano qu’elle n’a pas connu, mort le 12 avril 1943 au camp d’internement de Royallieu. « Il habitait rue des Honneurs. La Gestapo est venue le chercher. Ma grand-mère ne l’a jamais revu. Depuis toujours, je cherchais sa trace et grâce au collectif, j’ai pu voir son nom sur la stèle de Compiègne. »

    « C’est beaucoup d’émotion. C’est extraordinaire ! Je n’en ai pas dormi tellement je savais l’importance de ce que j’allais vivre » confie Antoine Mignemi, le président du Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, un des derniers survivants de la rafle. « Il a fallu attendre 83 ans pour que la souffrance des victimes puisse être reconnue. Je pense à mes parents et aux 20 000 personnes qui sont parties, la souffrance dans le ventre. »

    Antoine Mignemi espère maintenant qu’une nouvelle étape soit franchie. « Il faut que le président de la République française Emmanuel Macron, comme l’a fait Jacques Chirac pour la rafle du Vél d’Hiv, vienne reconnaître qu’à Marseille il y a eu cette tragédie et que cette mémoire soit transmise dans les écoles pour que cela ne se reproduise pas. Cette reconnaissance a absolument une portée politique. Car la vigilance est nécessaire face aux forces réactionnaires fascistes qui reviennent en France et entrent dans les gouvernements en Europe. »

    « Cette reconnaissance est un premier pas. J’avais 6 ans, ma mère enceinte pleurait. Un gendarme l’a vue et a eu un geste d’humanité en nous mettant dans le ferry-boat pour passer sur l’autre rive. Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu un gendarme pour nous sauver » tient à dire Guy Nassi, 89 ans. « On va se battre pour que l’État crée un fonds d’indemnisation » réclame Me Michel Pautot, avocat d’Antoinette et Gilbert Castagno qui avait respectivement 9 ans et 11 ans le jour de la rafle. « Ça fait plaisir mais un classement sans suite vraiment ça me choque » grimace Antoinette.

  • Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    « La rafle menée à Marseille dans le quartier Saint-Jean les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l’humanité au sens de la charte du tribunal militaire international de Nuremberg applicable aux crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale » a solennellement exprimé mercredi le Procureur national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen, devant plus de 70 victimes et descendants de victimes réunis au Palais Monthyon avec le collectif Saint-Jean et les avocats, Me Pascal Luongo et Me Michel Pautot.

    Le Procureur national a été accueilli par Olivier Leurent, le président du tribunal judiciaire qui a présidé en 2014 le premier procès à Paris du génocide des Tutsi au Rwanda. « La reconnaissance des crimes est essentielle et l’attente des victimes est légitime d’une justice intemporelle et surtout imprescriptible. Le devoir de mémoire est plus que nécessaire car l’oubli et l’ignorance sont la porte ouverte au renouvellement des crimes contre l’humanité. » Marseillais de naissance au sein d’une famille italienne, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a dit combien il était important « que la vérité soit établie sur ces faits terribles commis à Marseille. »

    Une reconnaissance, un classement sans suite

    Il y avait une dimension symbolique forte pour le PNAT à venir ici-même énoncer solennellement que « des persécutions, déportations et autres actes inhumains ont été commis à Marseille à l’encontre d’un groupe de population civile expressément ciblé pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Qu’en outre cette tragédie a été perpétrée « dans le cadre d’un plan concerté au nom d’un état pratiquant une politique hégémonique idéologique, la rafle ayant été menée conjointement par les forces allemandes et françaises à l’instigation des plus hautes autorités SS. »

    Olivier Christen a salué le travail d’investigation notamment archivistique mené par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH) dirigé par le colonel Nicolas Philippotin, présent mercredi. 22 victimes de 20 familles ont été entendues. 17 personnes ont souhaité porter plainte pour crime contre l’humanité.

    Les enquêteurs ont identifié les 12 000 membres des forces de police et de gendarmerie françaises mobilisés pour la rafle et ont identifié 150 noms dans la liste des 100 000 collaborationnistes. « Pour celles encore vivante, il n’a pas été possible d’établir leur implication précise » a dit Olivier Christen. Les recherches en Allemagne pour retrouver des personnes n’ont pas abouti. Si la juste qualification juridique des crimes est posée, « la procédure a été classée sans suite, en l’absence de responsables pénalement poursuivables identifiés 83 ans après les faits » n’a pu que conclure le Procureur national.

    Pour autant les responsables sont connus. Heinrich Himmler, le ministre de l’Intérieur du IIIe Reich qui a donné l’ordre. Karl Olberg, le chef de la SS en France, qui écrit que « l’autorité allemande veut nettoyer de tous les indésirables les vieux quartiers et les détruire par la mine et le feu. » Sont aussi responsables Bernhard Griese, le chef des SS, Rolf Müller, le chef de la Gestapo à Marseille, René Bousquet, le chef de la police de Vichy, Antoine Lemoine, le préfet de Région, Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de Marseille sous tutelle. Tous posent sur le même cliché pris à l’Hôtel de Ville le 23 janvier 1943 au terme de la dernière conférence préparatoire à l’Opération Sultan.

    Le maire de Marseille, Benoit Payan, voit dans cette reconnaissance « le résultat de décennies de lutte pour la mémoire de Marseille. Merci à l’ensemble des familles et associations mobilisées dans ce combat pour la Justice et la mémoire des victimes trop longtemps oubliées. Marseille se souvient. »

    « Ce travail de mémoire résonne avec une force particulière auourd’hui. À l’heure où l’extrême droite progresse et où le Rassemblement national cherche à se détacher de l’histoire du Front national, nous ne pouvons pas effacer d’où vient ce parti, fondé notamment avec d’anciens Waffen-SS », souligne pour sa part le sénateur communiste Jérémy Bacchi.

    Après deux heures de restitutions pédagogiques des 7 années d’enquête pénale et d’échanges avec quelques rescapés et de nombreux descendants de victimes, le Procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a pris la parole vers midi pour annoncer officiellement la reconnaissance par la justice du crime contre l’humanité. PHOTO D.C.

  • Un policier accusé d’aviser un rooftop d’une descente

    Un policier accusé d’aviser un rooftop d’une descente

    Un policier de la BAC Sud de Marseille comparaissait mardi pour violation du secret professionnel, détournement de fichier à des fins privées et une poursuite rarement utilisée de prise de mesure suivie d’effet pour faire échec à la loi. Le parquet a requis 15 mois de prison avec sursis, 5 ans d’interdiction d’exercer toute fonction dans la police.

    Alexis C., 47 ans, brigadier-chef à la BAC Sud de Marseille, nie avoir informé son ami Loïc D., 45 ans, responsable de la sécurité du rooftop le Limone à La Ciotat, de l’arrivée le 26 juillet 2025 d’inspecteurs de l’Urssaf et de policiers pour contrôler les contrats de travail des employés de l’établissement de nuit ouvert sur le toit terrasse du cinéma CGR.

    Ce n’était pas le premier contrôle de l’Urssaf ainsi planté. En juin, des opérations avaient été mises en échec à Marseille par des fuites. Le Pop Club à Vaufrèges où travaille aussi Loïc D. avait fermé 30 minutes avant l’arrivée de la patrouille. L’enquête de l’IGPN a révélé des échanges nourris entre les deux prévenus, très amis. Tatoués sur les doigts et jusque sur le crâne, ils fréquentent le même club de motards.

    Sur les téléphones saisis, les messages s’enchaînent : 22h23, le policier qui est en repos envoie un texto « répond urgent » car Loïc n’a pas décroché à l’appel WhatsApp. 22h24, les deux amis se parlent 20 secondes. 22h25, le chef de la sécurité envoie deux textos à ses patrons : « Urssaf part de Marseille pour contrôle Limone » – « Tu es sûr ? » – « Mon pote m’a appelé pour m’avertir » – « Il faut mettre les agents de sécu à l’abri. Que ceux qui n’ont pas de contrats se mettent à couvert » ordonne le patron. Loïc contacte aussi des potes militaires « ils vous ont pas grillé en videurs ? »

    « Je ne suis pas avisé de ce contrôle et je ne vois pas par quel moyen je peux l’être. Je suis ciblé particulièrement car je suis l’ami de Loïc, mais cette année, plusieurs policiers ont été contrôlés travaillant dans des établissements de nuit », réfute le policier muté en police secours. Pour lui, la concomitance du contrôle et des SMS, « c’est un concours de malchance ».

    « C’est une fille sur le parking qui m’a prévenu » assure Loïc D., très défavorablement connu avec 7 mentions au casier et contre lequel 9 mois ferme sous bracelet sont requis. L’ambulancier ultra-tatoué était sorti d’un an de prison en août 2024 pour des violences conjugales en récidive. Il admet avoir « beaucoup de contacts policiers dans [s]on téléphone ». Pour l’ambiance, c’est l’ex-leader de Blood and Honour Hexagone (BHH), un groupuscule néonazi dissout par Emmanuel Macron en juillet 2019.

    « Tous les deux, vous échangez régulièrement sur un contrôle de police pouvant avoir lieu. Le 14 février 2025, il y a ce SMS d’Alexis qui vous écrit “fais gaffe ce week-end je ne bosse pas” » note la juge. Le policier avance une autre explication, protectrice : « Avec les règlements de compte au Miami [4 morts en mai et août 2023, à la Valentine], j’ai des raisons de l’avertir. J’assure la sécurité de tout le monde, des boîtes, des commerces de nuit, des prostituées aussi. Je sais, ça peut faire un peu Batman d’avertir un ami que je ne travaille pas ».

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « la chronologie est imparable sur l’origine de la fuite même si on n’a pas identifié d’où le policier tenait l’info. Cette téléphonie indiscutable est corroborée par une source anonyme du commissaire divisionnaire de La Ciotat ».

    « C’est un bon policier qui a toujours été exemplaire. Il a quelques fois fait passer son amitié en premier. Les fuites pourraient venir d’autres policiers pouvant faire des gâches dans ce genre d’établissement » a plaidé Me Pierre Gassend. Sur le fouinage dans un fichier d’État, « il y a pléthore de policiers qui abusent. Ne soyons pas hypocrites c’est une pratique courante ». Délibéré le 16 octobre.

  • [Entretien] « On a des enfants présentant des fragilités psychiques de plus en plus importantes »

    [Entretien] « On a des enfants présentant des fragilités psychiques de plus en plus importantes »

    La Marseillaise : Pouvez-vous présenter votre association ?

    Jérôme Leneveu : Notre association est née en 1936. Son ADN est de protéger les enfants du département du Vaucluse. On a d’abord des maisons d’enfants à caractère social, des centres d’accueil. On en a trois sur le département, dont deux à Montfavet et une sur Mazan avec en tout 300 salariés. On accueille une centaine d’enfants qui sont protégés parce qu’il y a eu effectivement des traumatismes. Après, on a des services qui interviennent avec les deux, l’Aide sociale à l’enfance et les magistrats pour éviter d’aller dans ces établissements, pour essayer de rétablir le lien avec les parents.

    Que va-t-on retrouver pendant cette journée ?

    J.L. : La journée de ce samedi, c’est ni plus ni moins la rencontre entre les enfants qu’on accueille aujourd’hui, avec les anciens jeunes accueillis et les anciens salariés de l’association. Avec un moment très festif autour du cirque que les jeunes ont pu préparer. On a préparé les mouchoirs ! Une journée très festive, très simple, avec beaucoup d’activités, d’animations centrées sur les enfants.

    Comment cette action a-t-elle évolué depuis 1936 ?

    J.L. : Moi, je n’ai que 50 ans, je ne suis pas jeune, je ne suis pas vieux. Mais je vois qu’aujourd’hui, on a des enfants qui ont à la fois besoin de protection, mais qui sont aussi psychologiquement très défaillants. Il y a des évolutions du public. Ce qu’on constate, c’est un rajeunissement de la prise en charge des enfants. La moyenne d’âge diminue. On a des problématiques de prostitution de mineurs. Chose que moi, qui suis dedans depuis 30 ans, je n’avais pas vue avant ces cinq dernières années. Donc, il faut travailler avec ces établissements sanitaires et la justice. Pour la petite anecdote, l’association a été créée par le procureur de la République d’Avignon car les juges faisaient des mesures de placement, mais n’avaient pas d’endroit où placer. Et après-guerre, du coup, on a eu des conseils d’administration qui sont devenus beaucoup plus paritaires avec des personnes de la société civile.

    Comment voyez-vous l’avenir ?

    J.L. : Aujourd’hui, on a une relation qui est très sereine avec le Département. On est dans des projets communs, collaboratifs. Donc l’avenir, ce n’est pas forcément de nous développer à tout prix. C’est plutôt de venir essayer d’améliorer l’accompagnement de ces jeunes en Vaucluse.

  • Incendie au Marché du Soleil à Marseille

    Incendie au Marché du Soleil à Marseille

    « Le feu sur le marché du Soleil est fixé », annonce Sylvie Odier, procureure adjointe au parquet de Marseille, peu avant 10 h 30. Après le départ de l’incendie aux alentours de 2 h 20 du matin, elle annonce qu’environ 2 300 m² du marché du Soleil « sont détruits », c’est-à-dire « quasiment l’entièreté du marché ».« Un homme vêtu de blanc a été aperçu en train d’escalader le marché. Peu après, l’incendie s’est déclaré. Attisé par le vent, le feu s’est rapidement propagé », développe-t-elle, sur place. D’où l’ouverture d’une enquête « en flagrant délit » avec comme chef d’accusation celui de « destruction par moyen dangereux ». C’est la division de la criminalité territoriale qui est saisie de l’enquête. Les opérations de mise en sécurité sont en cours mais il n’y aurait plus de danger en lien avec l’incendie. « 80 personnes ont été évacuées mais il n’y a pas de blessés à ce stade », précise-t-elle.