La Marseillaise : Vous vous êtes rendue à Matignon dans quelle optique ?
Caroline Chevé : Le courrier d’invitation portait sur deux points : des questions sur l’organisation des manifestations et des questions sur les revendications de la jeunesse. Sur ces deux sujets, nous sommes venus dire qu’évidemment nous ne voulions pas discuter de ça ! Sur les manifestations, la FSU n’a aucune leçon à recevoir de qui que ce soit. Nous n’avons pas attendu que Macron le demande pour condamner toutes les violences. Mais cela fait des semaines que nous sommes au plus près des jeunes, devant les établissements scolaires. Nous avons donc contribué à faire descendre la tension partout où l’on était. Par ailleurs, chacun ses responsabilités : nous assumons les nôtres, à l’État d’assurer la possibilité de manifester en toute sécurité. Et sur les revendications des jeunes : nous n’étions pas là pour parler à leur place. Nous avions demandé à ce qu’ils soient présents ou qu’ils soient reçus d’urgence dans leur cadre, nous ne comprenons pas pourquoi ils ne l’ont toujours pas été.
Au niveau revendicatif, que portiez-vous à ce rendez-vous ?
C.C. : Les revendications des personnels de l’Éducation nationale font directement écho à celles des lycéens. C’est le même principe pour les enseignants dans le supérieur avec les étudiants. Nous avons donc rappelé que plusieurs revendications n’ont toujours pas eu de réponses : la revendication salariale des fonctionnaires qu’on porte depuis bien longtemps, et elle fait le lien avec la problématique générale du pouvoir d’achat qui se pose aujourd’hui. Je ne vais pas faire une liste de courses mais je pense aussi aux enjeux de bâti scolaire, Ce que nous venions donc entendre, ce sont des réponses concrètes du gouvernement qui seraient visibles pour le budget 2027.
Et quelles réponses avez-vous eues ?
C.C. : Nous avons eu un discours de la méthode, une ébauche de calendrier. Mais nous n’avons eu aucun engagement qui pourrait figurer dans le budget de 2027. La seule annonce concrète qu’il y a eu, c’est la tenue d’une réunion au ministère de l’éducation nationale avec l’ensemble de la communauté éducative (représentants des personnels, des lycéens, organisations des parents d’élèves et les Régions). À l’occasion de cette réunion, des annonces seraient faites. Mais quand on creuse, ce dont il est question, ce sont des réponses à la plateforme lancée pour récolter les revendications des lycéens. Et les revendications présentes sur cette plateforme sont les mêmes que celles portées dans le mouvement : emploi du temps, accès aux études supérieures, conditions matérielles d’études… Donc il annonce des réponses et des chantiers ouverts sur ces sujets-là. Mais c’est ce que nous aurions dû entendre il y a 3 semaines ! Ils sont complètement en décalage avec le tempo qui s’est accéléré depuis fin septembre. Il y a une colère sociale qui s’exprime en permanence mais on a un gouvernement qui en est encore au point de réunir les organisations syndicales pour dire qu’il va y avoir des réunions dans lesquelles il y aura des annonces. Vu la situation, si le gouvernement reçoit les syndicats à Matignon, on aurait pu espérer autre chose qu’un calendrier.
Quelle réaction de votre part ?
C.C. : Notre priorité est de réussir une très grosse journée de grève le 5 novembre. Notre réponse doit être la grève. On appelle à ce qu’elle soit particulièrement massive dans la fonction publique. Il va falloir contraindre ce gouvernement à répondre aux revendications. On ne peut pas se contenter d’un renvoi à un hypothétique débat parlementaire, dont on voit bien ce qu’il est. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et revoir sa copie pour le prochain budget. Il faut monter d’un cran, et pas seulement en mettant plus de gens dans la rue. On a vu samedi dernier que le nombre de manifestants était plus qu’important et dans les mobilisations de la jeunesse il y a aussi eu des cortèges très fournis. Là, l’enjeu est d’arrêter le travail et de construire un rapport de force. Nous sommes pleinement impliqués dans les mobilisations qui ont lieu depuis un mois mais là, nous sommes dans une autre dimension : grève interprofessionnelle, public-privé. Et avec des revendications très unifiantes puisqu’on est sur le pouvoir d’achat notamment. D’ores et déjà, cette journée appellera des réflexions pour les suites.
Comment analysez-vous cette absence de réponse ?
C.C. : Le gouvernement a plus qu’un train de retard. Ce qu’il se passe depuis 3 semaines dans le pays, ce n’est que la manifestation très forte de ce dont on leur parle depuis des mois et des années. Il se rappelle soudainement, en situation de crise, qu’il y a des corps intermédiaires. Alors que cela fait 10 ans que la démocratie sociale est piétinée par Emmanuel Macron. On le dénonce depuis la loi sur la représentation syndicale de 2019 mais il y a des dizaines d’exemples : Ce qui est resté de la convention citoyenne du climat, les cahiers de doléances des Gilets jaunes qui sont encore dans les sous-sols des préfectures. Il faut qu’ils entendent la défiance à l’égard de ceux qui exercent le pouvoir, à force d’avoir des gouvernements qui ne répondent pas aux revendications, qui considèrent que la démocratie se limite aux résultats d’élections.

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