Tag: revendications

  • [Entretien] « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte »

    [Entretien] « C’est un mépris à l’égard de la population de Mayotte »

    La Marseillaise : Vous avez passé la nuit au commissariat de Mamoudzou où vous étiez placé en garde-à-vue après un rassemblement intersyndical. Que s’est-il passé ?

    Rivomala Rakotondravelo : Les forces de l’ordre ne voulaient pas que le Premier ministre nous voit. Nous avions une audience prévue le lendemain avec ses conseillers mais rien n’interdit qu’il y ait des banderoles, des drapeaux ou un attroupement sur son passage. Nous avions fait les démarches, dans les règles et dans les temps. D’habitude, si ça ne convient pas, on nous appelle et on essaie de trouver une autre organisation, ça n’a pas été le cas. Ils nous ont déplacés une première fois, en nous soulevant. Quelques minutes après ils nous ont demandé que l’on se pousse à nouveau, on a refusé. J’ai dit aux copains « on ne recule pas ». À un moment j’ai entendu un ordre « lui, vous l’interpellez », j’ai été menotté et une fois arrivé au commissariat on m’a dit que j’avais agressé un policier. Je suis ressorti libre, j’attends de savoir si le gendarme en question a déposé plainte. Dès ma sortie, je suis reparti en manif’.

    Que dire sur ces méthodes ?

    R.R. : C’est ce gouvernement. Nous avions reçu élisabeth Borne, et si je n’ai aucune considération pour cette dame-là, elle était venue, il y avait un millier de personnes dans la rue et tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’escarmouches. D’autres ministres sont venus après et nous avions pu discuter, il n’y a pas eu de bousculades. Cette fois-ci, c’était très différent. M. Lecornu est venu avec son équipe de Paris et Mayotte avait l’obligation de suivre. Ou pas.

    De toute façon, ils n’ont rien à dire. Il vaut mieux pour eux qu’on se taise et donc ils ne sont pas obligés de répondre. Ce jeudi s’est tenue une audience avec des conseillers du Premier ministre. On a tout fait pour que ça n’ait pas lieu comme ils le souhaitaient. On avait demandé une audience avec Sébastien Lecornu ou, au moins, un des ministres, vu qu’ils étaient six, il y avait l’embarras du choix ! Mais on n’a vu personne.

    Quelles étaient vos revendications ?

    R.R. : On avait juste demandé qu’ils ouvrent des négociations pour l’augmentation de l’indexation des salaires et de renégocier la question de la convergence sociale. Mais ils n’avaient rien sous la dent. Le gouvernement pensait que nous applaudirions la foultitude de ministres en visite sur l’île…

    La rentrée des classes reste marquée par le passage du cyclone Chido en décembre 2024. Quel est l’état des écoles ?

    R.R. : Il n’y a pas eu beaucoup de réparations. Si on était tatillon, on dirait qu’a minima 40% des écoles devaient fermer, mais en réalité c’est toutes les écoles. Depuis le passage du cyclone, les normes de sécurité ne sont pas respectées. Quelques écoles n’ont toujours pas été réparées, si bien que ça génère des fonctionnements atypiques, comme, par exemple, un établissement qui accueille trois écoles. Avant Chido, on était à 50% de rotation. Là, on est actuellement entre 65 et 70%. Le système scolaire fonctionnait de façon dégradée avant ce drame. Nous avions beaucoup de retard. Le rectorat dit qu’il nous faudrait 1 700 nouvelles salles de classe pour pouvoir normaliser la situation. Nous ne contestons pas ces chiffres mais je pense que ça peut être bien plus.

    Sébastien Lecornu, Édouard Philippe et Marine Le Pen ciblent l’immigration clandestine à Mayotte et occultent le reste ?

    R.R. : Contrairement aux autres départements d’Outre-Mer, nous sommes un peu plus résilients, un peu plus accueillants et, un peu plus naïfs. Quand ils viennent ici, c’est pour redorer leur image. Sébastien Lecornu s’est rendu dans les Landes, ça a pété là-bas, et donc après ça, il vient à Mayotte. La question de l’immigration est tellement poussée ici que c’est du lait pour Marine Le Pen. Les gens ici ne sont pas foncièrement racistes, non. C’est qu’il y a des difficultés et des problèmes non gérés.

    Comment jugez-vous l’attitude
    du gouvernement vis-à-vis
    des syndicats et de la population mahoraise dans sa globalité ?

    R.R. : C’est un mépris à l’égard des Mahorais, de la population qui vit à Mayotte. Il y a toujours eu un autre regard, historique de la France sur les Outre-Mer, mais Mayotte a l’outrecuidance, on va dire, d’être à 90% musulmane.

  • La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    « Ce n’est que partie remise ! » Ce lundi, les salariés d’Haribo à Marseille accusent le coup.

    Et pour cause : ils ont voté la reprise du travail après un mouvement social marathon débuté le 25 juin dernier et alors qu’ils entraient dans leur huitième semaine de grève. Une reprise du travail qui n’équivaut pas à la fin définitive du mouvement. « Pour l’heure, le mouvement est stoppé, on est en stand-by. Nous avons fait un vote dont nous avons eu les résultats dimanche. Malheureusement, il n’y avait pas assez de monde pour continuer à suivre le mouvement et la majorité souhaitait arrêter la grève », expose, en toute transparence, Sofia Calabria déléguée syndicale CGT du site.

    Rappelons que FO, qui avait débuté le mouvement avec la CGT, a également suspendu son mouvement, la semaine précédente. Forcément, la syndicaliste n’a pas le sourire : « Les gens sont assez abattus et déçus… C’est compliqué de reprendre dans ces conditions, il y a un goût d’inachevé. »

    En effet, les dernières discussions entre son organisation syndicale et la direction n’ont abouti à rien de concret. La première réclamant une hausse de salaire de 2,5% quand la seconde proposait 1,8% (lire notre article du 13/08). Pour rappel, la proposition initiale dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO) était de 0,9%. Le déclenchement de la grève commune avec FO avait permis de remonter la proposition à 1,5% et la promesse de discussions au 28 septembre prochain. Autant de points sur lesquels la CGT affirme n’avoir aucune assurance ni visibilité. « On espère que la réunion du 28 septembre est bien maintenue. Pour l’instant, on n’a rien de plus que 0,9% d’augmentation », explique Sofia Calabria.

    Vers un retour

    des discussions ?

    Contactée, la direction du site « ne souhaite pas commenter » les montants évoqués par les syndicats et précise qu’ils « font l’objet de discussion en cours en interne ». Elle explique surtout que sa « volonté est bien de poursuivre un dialogue social » et que « la suspension de la grève à compter de ce jour rouvre l’opportunité de re-entamer des discussions ».

    De quoi vraiment apaiser les ex-grévistes ? En tout cas, ces derniers pas défaitistes : « Il y a aussi de la fierté : plus de 7 semaines de grève, on entrait dans notre huitième semaine, ce n’est pas rien non plus. Nous avons eu un impact énorme sur la production, on reprend le travail la tête haute. » D’autant que Sofia Calabria insiste sur le fait que l’arrêt du mouvement n’est que temporaire. « Le combat n’est pas fini. Ce n’est qu’une suspension, il n’y a pas d’abandon des revendications », conclut la syndicaliste.

  • Les sapeurs pompiers restent sur le pied de guerre

    Les sapeurs pompiers restent sur le pied de guerre

    Les sapeurs-pompiers professionnels sont à bout de souffle. La saison des feux, qui n’est toujours pas terminée, est d’une ampleur inédite. À l’heure où nous écrivons ces lignes, quelque 120 000 hectares ont été parcourus par les flammes en France. Et les moyens manquent. « Si la sécurité civile tient aujourd’hui c’est grâce à l’engagement exceptionnel des agents, mais elle ne peut plus reposer uniquement sur leur dévouement », alerte Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des sapeurs-pompiers professionnels. « Les interventions augmentent, les crises se multiplient, les risques et la société évoluent mais les moyens ne suivent pas », déplore-t-il entouré par les membres des neuf syndicats représentatifs des services d’incendie et de secours (Sdis), pointant l’« insuffisance d’un système arrivé à saturation ».

    Cette conférence de presse était donnée devant le ministère de l’Intérieur, où les soldats du feu ont été reçus ce jeudi 13 août pendant près de deux heures par Laurent Nuñez à qui ils ont exposé leurs revendications. En tête de liste figure l’adoption rapide d’un projet de loi de modernisation de la sécurité civile. « Le ministre n’est pas au rendez-vous, nous n’avons pas eu de réponse concrète. Nous n’avons aucune affirmation ni sur le financement, ni sur la stratégie de financement, ni sur le contenu du projet de loi », fustige Xavier Boy. Sur X, le locataire de la place Beauvau assure que le texte sera présenté « début septembre » par ses services au Premier ministre. Les sapeurs-pompiers seront eux, reçus le 8 septembre.

    Les syndicats réclament par ailleurs des recrutements massifs de sapeurs pompiers professionnels, à hauteur de 21 000 personnes – qui s’ajouteraient à l’effectif actuel de 44 000 -, et d’agents techniques et administratifs.

    « L’été que nous vivons doit tous nous interroger »

    Ils exigent également un budget « permettant de garantir la protection de la santé de nos agents », l’ouverture de négociations avec leur ministre de tutelle « sur les conditions d’exercice » et enfin « une loi de financement de la Sécurité sociale juste qui pourra intégrer enfin nos attentes historiques en matière de retraite ».

    Si le premier flic de France a loué sur le réseau social de « longs échanges très francs », les pompiers eux, se disent « déçus, on s’attendait à des réponses beaucoup plus fortes et concrètes », pousse Laurent Guilloteau, membre du collectif CGT des SDIS. « Face à l’immobilisme de l’État, on va augmenter le rapport de force », fait valoir le sous-officier des Sdis 13.

    « L’été que nous vivons doit tous nous interroger », abonde l’intersyndicale dans un communiqué commun publié à l’issue de la rencontre. Entre évacuations, habitations détruites, les sapeurs-pompiers déplorent quatre morts dans leurs rangs et des centaines de blessés. « Nous sommes arrivés à un point de rupture (…) Il y a urgence », alerte l’intersyndicale qui annonce une grande mobilisation nationale le 29 septembre prochain. Et entend, d’ici là, maintenir la pression sur l’exécutif, les départements dont proviennent leurs financements et les parlementaires.

  • Les salariés d’Haribo décidés à ne rien lâcher

    Les salariés d’Haribo décidés à ne rien lâcher

    « On est toujours lààà ! » Vers une sixième semaine de grève pour les salariés d’Haribo, qui occupent toujours, ce jeudi 30 juillet, le parvis de l’usine marseillaise. Pour assurer leur présence, plusieurs d’entre eux viennent même pendant leurs vacances. Une détermination sans faille après une nouvelle proposition, lundi, de la direction, jugée largement insuffisante par les organisations syndicales.

    « On réclame 100 euros de plus par mois et pour le moment rien n’a bougé, explique Sofia Calabria, déléguée CGT du site. à part une pseudo-proposition de passer de 0,9% à 1,5% [d’augmentation de salaire], mais les 0,6% supplémentaires seraient conditionnés à un rattrapage de nos cinq semaines de mobilisation. Ce n’est pas acceptable ».

    Car la production de bonbons pour la période d’Halloween, une des périodes de vente cruciale pour l’année, aurait dû démarrer fin juin, la grève ayant considérablement ralenti la production, estimée à 100 tonnes par jour. « Nous, on est dans l’embarras, mais ils le sont aussi, et ça, il ne faut pas l’oublier. C’est ce qui fait qu’on tient et qu’on va tenir », prévient Thierry Cambola, délégué syndical FO. Pour lui, il est pourtant urgent de « trouver un terrain d’entente », qui satisfasse l’intersyndicale.

    Avec 60% de grévistes, la dynamique reste forte, même au cœur de l’été. La veille, les salariés du site d’Uzès sont venus pour un barbecue de soutien, ainsi que l’Union départementale FO et des délégations interprofessionnelles de la CGT. Comme tous les jours, Fabien Trujillo, animateur régional pour la fédération nationale agroalimentaire et forestière CGT, est là. « Ce n’est pas avec quelques miettes, et encore sous conditions, qu’on va régler les problèmes, analyse-t-il. On ne fait pas plus de cinq semaines de grève par hasard. C’est le paiement de la force de travail qui pose souci chez Haribo. » Il insiste : « Des salaires à 2 100 euros [bruts], ce n’est pas non plus la panacée, quand on voit ne serait-ce que le coût du logement à Marseille ».

    Un marché en croissance

    Surtout, la croissance du marché français de la friandise profite au groupe allemand, avec une marge nette de 8,2% en 2024 contre 6,7% l’année précédente, pour un résultat net de 32 millions d’euros. Le montant distribué à la famille Riegel, actionnaire exclusif, reste confidentiel. « Aujourd’hui, qui permet à ces actionnaires de s’engraisser ?, interroge Fabien Trujillo. C’est quand même les salariés et leur savoir-faire. »

    Les soutiens sont aussi politiques. Les élus marseillais du PCF, présents sur le site dès le 8 juillet, ont pris la plume pour réclamer la reprise des négociations. Le sénateur Jérémy Bacchi a également interpellé le préfet par courrier. On retrouve aussi Hervé Street, coordinateur régional de Debout ! Paca. « Haribo, c’est finalement pour les grands et pas les petits », ironise-t-il, prônant une obligation, « de par la loi, de redistribution des richesses des entreprises ».

    Dans un long communiqué, la direction estime pour sa part que les revendications syndicales et ses propositions « étaient trop éloignées pour permettre la conclusion d’un accord. » Pour elle, « il est important de prendre en compte l’ensemble du dispositif de rémunération ». Et de sortir la calculette : des augmentations qui, en 4 ans, « ont dépassé l’inflation cumulée de 1,3 point », une « rémunération annuelle moyenne d’un ouvrier de production supérieure de 24% à la moyenne nationale », « une progression automatique de 30% du salaire au cours des trente premières années d’ancienneté ». La direction l’assure, elle reste « pleinement [engagée] en faveur d’un dialogue social constructif (…) avec [ses] salariés », mais les renvoie à une réunion prévue le 28 septembre.

  • Mobilisation finale au Festival d’Avignon pour une culture mieux financée

    Mobilisation finale au Festival d’Avignon pour une culture mieux financée

    Un peu plus de 300 personnes étaient réunies, ce mercredi 22 juillet devant l’Hôtel de Ville d’Avignon, pour manifester, une troisième fois en quatre semaines, contre les coupes budgétaires prévues par le gouvernement dans le secteur de la culture.

    Cette mobilisation, organisée par la CGT Spectacle, a été moins suivie que les précédentes (900 participants le jeudi 9 juillet et 500 le jeudi 16 juillet). Mais l’essentiel n’est pas là. « Il y a des premiers reculs sur les annonces et de premières victoires pour nous. Et c’est grâce à la mobilisation », s’exclame Maxime Sochaud, secrétaire général adjoint de la CGT Spectacle. La ministre de la Culture a effectivement annoncé, mardi 21 juillet, que les crédits destinés à 28 structures du spectacle vivant, initialement gelés, seraient finalement versés au cours du second semestre.

    Des négociations se poursuivent avec les autres organisations syndicales autour de plusieurs revendications communes, dont celle visant à consacrer 1 % du PIB à la culture.

    La mobilisation se poursuit

    Mais si le Festival d’Avignon touche à sa fin, la mobilisation, elle, est loin de s’arrêter. La CGT Spectacle a annoncé sa présence dans les principaux rendez-vous culturels de l’été. Dès ce samedi 25 juillet, un rassemblement est prévu à Chalon-sur-Saône, à l’occasion du festival Chalon dans la Rue. Une mobilisation plus large est également annoncée pour septembre. Des échanges sont notamment prévus autour du statut des intermittents du spectacle et de la réforme de l’assurance chômage, deux sujets qui ne passent pas. « Ce n’est pas une crise, c’est une hécatombe. La culture n’est pas une variable d’ajustement », réitère Maxime Sochaud. « On s’attend à des budgets calamiteux. Le combat est devant nous », confie Joris Mathieu, coprésident du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac).

    Ainsi se termine le Festival d’Avignon 2026, dans la colère et la crainte. Et d’ici un an, la colère risque encore de grandir et la précarité s’accentuer. « Mais le combat continue. Syndiquez-vous ! », conclut Maxime Sochaud.

  • La direction de Haribo reste intraitable, la grève reconduite

    La direction de Haribo reste intraitable, la grève reconduite

    « On lâche rien, on monte dans les bureaux ! » De bon matin devant l’usine Haribo, boulevard Capitaine-Gèze (14e), les salariés sont de nouveau mobilisés, ce lundi 20 juillet. Au cœur de leurs revendications depuis près d’un mois, des augmentations de salaire de 100 euros brut mensuels pour suivre l’inflation dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires) et être raccord avec les résultats de l’entreprise. À savoir un chiffre d’affaires établi à 388 millions d’euros, pour un résultat net de 32 millions en 2024.

    Une rencontre prévue ce jour-là avec la direction a motivé les troupes. Le délégué syndical central CGT chez Haribo, Guillaume Brante, a fait le déplacement depuis Uzès dans le Gard, le deuxième site du fabricant de bonbons en France. À l’appel de l’Union départementale CGT 13, des employés CGT de la boulangerie, des retraités de La Poste ou encore des membres de l’Union locale CGT de la Joliette ont fait le déplacement en soutien. « C’est inacceptable ! », s’indignent Martine, Danielle et Corinne, retraitées des services postaux, « les bonbons ça marche à fond, il n’y a pas de raison de ne pas prendre sur les bénéfices pour payer les salaires, d’autant que Haribo a besoin des travailleurs ».

    Encore une réunion

    qui achoppe

    Juliette, vendeuse à Decathlon Bouc-Bel-Air, syndiquée CGT, n’a pas hésité non plus à faire le déplacement avant d’aller travailler. « La question du pouvoir d’achat et des salaires qui ne suivent pas, on sait bien ce que c’est », explique-t-elle. La jeune femme s’était mobilisée, début juin, pour dénoncer une situation identique, avec un employeur qui engrange les bénéfices, reversant près d’un milliard d’euros de dividendes, fin 2024, aux 1 000 membres de la famille Mulliez, propriétaire du groupe. Sa présence ici, c’est aussi « prendre la mesure de notre force collective » dont elle rendra compte à ses collègues dans la foulée.

    Mais après une heure et demie de réunion, c’est la douche froide. « On nous a dit que les NAO étaient terminées, ils sont arrivés sans proposition et nous ont donné rendez-vous le 28 septembre », racontent Marc Mansano, délégué syndical CGT sur le site de Marseille, et Guillaume Brante. « On passe à la phase 3, qu’ils s’expliquent devant les salariés maintenant », exhorte Thierry Cambola, délégué syndical FO. Concrètement, les grévistes ont investi l’administration. La direction organisera finalement une réunion convoquant tous les salariés présents dans l’usine, à la cantine, sans convaincre. « On va adapter notre stratégie », promet le délégué central CGT. La reconduite de la grève sera votée à l’unanimité dans l’après-midi. Il faut dire que le moment est crucial : c’est en juillet et août qu’est lancée la production des bonbons pour Halloween.

    Contactée, la direction d’Haribo n’a pu donner suite à nos sollicitations.

  • Au cœur de la Pride, entre fête et revendications

    Au cœur de la Pride, entre fête et revendications

    Drapeaux LGBT, pancartes, paillettes… Des milliers de personnes se retrouvent sur la place Castellane, dans le 6e arrondissement, samedi après-midi, pour la Pride marseillaise. Organisée par un comité de pilotage inter-associatif réunissant une quarantaine de structures, elle a rassemblé plus de 40 000 personnes, selon les organisateurs.

    Sur la place, Mila, 17 ans, attend une amie, pancarte à la main. C’est la première fois qu’elle participe à une Marche des Fiertés. « Je suis lesbienne, c’est important pour moi de montrer qui je suis et de défendre mes droits », exprime la lycéenne. Un peu plus loin, Tatiana, une Finlandaise de 26 ans, est attentive au départ du cortège. « La Pride compte beaucoup pour moi, j’ai été victime de transphobie et d’homophobie. C’est ma famille. Tout le monde peut te rejeter, ta famille peut te rejeter, mais dans la communauté LGBTQIA+, personne va te rejeter. On s’aime », témoigne l’esthéticienne.

    « Un courant réactionnaire revient »

    Derrière Tatiana, Nicolas et Daniel, tous deux quinquagénaires, observent la foule. « C’est un moment important, surtout en ce moment. Un courant réactionnaire revient, c’est important de s’affirmer et de défendre nos droits », soutient Nicolas, informaticien.

    Quelques minutes plus tard, un fumigène éclate et des cris de joie retentissent. C’est le grand départ. Sur son long char, le collectif Cagole Nomade enchaîne les performances de drag-queens devant une foule enthousiaste. Entourée de ballons blancs et roses, une DJ donne le rythme.

    De son côté, l’association marseillaise de soul brésilienne, Bloco Da Lili, fait danser les participants. Entre les tambours et les musiciens, le célèbre danseur et chorégraphe brésilien Gustavo Siqueira se déhanche dans la rue de Rome, sous des yeux ébahis et un soleil brûlant.

  • Les salariés d’Adil Logistique inquiets d’un projet de reprise

    Les salariés d’Adil Logistique inquiets d’un projet de reprise

    La mobilisation a porté ses fruits. Ce jeudi 25 juin, 80% des quelque 110 salariés des entrepôts Adil Logistique, situés dans la zone d’activités Clesud à Miramas (qui stockent notamment les marchandises des magasins Gifi), étaient en grève. « La direction nous a convoqués hier lors d’un Comité social et économique extraordinaire pour nous annoncer une possible reprise par Katoen Natie », affirme le délégué syndical CGT Jean-Baptiste Guimard. La multinationale belge a récemment racheté Bils-Deroo, qui gérait déjà la logistique de Gifi dans le Nord.

    « D’ici le mois de juin 2027 maximum, les quatre dépôts pourraient être fermés et on serait obligés de partir dans ceux de Saint-Martin-de-Crau, à 30 minutes d’ici », poursuit le représentant CSE Mohammedi Hakli.

    Des négociations sur

    les transferts de contrats

    La CGT a immédiatement posé un préavis pour exiger l’ouverture de négociations autour des indemnités de départ et des transferts de contrats de travail. « Des avancées ont été obtenues sur le taux horaire, s’ils sont repris, rien ne garantit que ces acquis suivent, plaide Jérémy Zucchelli, secrétaire général de l’UL CGT de Miramas. Il faut que les salariés qui viennent de loin puissent avoir le choix de ne pas être envoyés à Saint-Martin-de-Crau. Une de nos revendications c’est par exemple une indemnité de trois mois de salaire par année d’ancienneté

    Les représentants des salariés ont été reçus par la direction dans la matinée. Elle devrait leur transmettre un calendrier de négociations incessamment. La grève n’est donc pas reconduite. De son côté, Adil Logistique assure que rien n’est signé. « C’est un projet de cession, rien ne change aujourd’hui. »

  • Des remaniements dans la petite enfance qui interrogent à Monteux

    Des remaniements dans la petite enfance qui interrogent à Monteux

    Les drapeaux rouges de la CGT flottaient devant l’entrée de la mairie de Monteux, ce lundi 22 juin, à l’occasion d’un rassemblement à l’appel des territoriaux de la commune contre des « conditions de travail de plus en plus difficiles », notamment dans le secteur de la petite enfance, assure le syndicat.

    Une cinquantaine de personnes étaient ainsi réunies en matinée. Un préavis de grève avait aussi été déposé par le syndicat. « On nous demande de plus en plus de choses », souffle Stéphanie Audibert, agente territoriale spécialisée des écoles maternelles (Atsem) à l’école Marcel-Pagnol. Elle pointe une réorganisation de son temps de travail afin de la faire intervenir également, lors des vacances scolaires, dans les centres aérés. Une demi-heure de travail par jour hors vacances a ainsi été levée pour être fléchée vers les périodes de congés. « Normalement, on s’occupait, à ces moments-là, de faire le ménage dans les écoles. Ça nous permettait un peu de couper aussi. Là, ça devient compliqué et cela va se ressentir dans notre travail. J’aime mon travail, mais plus comment je le pratique. On a presque une impression d’abattage », regrette-t-elle. Le syndicat demande entre autres une révision des 1 607 heures et une reconnaissance de la pénibilité de la fonction.

    Même constat pour trois des quatre directeurs des centres de loisirs associés à l’école (Clae) de Monteux, qui se sont également mobilisés, estimant ne « pas avoir été concertés » et que les modifications évoquées sont encore « très floues ». « On va nous demander à nous aussi de refaire à nouveau des fonctions d’animation alors que ce n’est pas censé être notre métier. On est en lien direct avec les familles sur de nombreux sujets. Nous ne sommes pas d’accord pour que l’on nous rajoute encore du temps de présence avec les enfants », déclarent Antony Saguet, Anaïs Raphanel et Barbara Barbet. Au total, 17 employés de la mairie étaient en grève.

    Négociations

    Les grévistes soulignent un manque de concertation avec les équipes municipales avant la prise de ces décisions. Un rendez-vous s’est bien tenu entre le secrétaire général CGT des territoriaux de Monteux, Stéphane de Castro, et le premier édile montilien, Patrice de Camaret (RN). Mais « le maire n’a pas voulu négocier nos revendications », assure le responsable syndical.

    De son côté, la municipalité assure que ce sont des « évolutions nécessaires ». Le maire souhaite que les employés des Clae et les Atsem, « des spécialistes de la petite enfance », participent aussi en milieu scolaire « pour rassurer après les scandales en mairie de Paris ». Et de lâcher qu’il s’agit d’« une grève surprenante », que la CGT « cherche à politiser l’affaire », et que les agents seraient « instrumentalisés ». D’autres discussions sont prévues dans les prochains jours.

  • « Les cheminots continuent le combat en région Sud-Paca »

    « Les cheminots continuent le combat en région Sud-Paca »

    La Marseillaise : Vous sortez d’une conférence pour le secteur CGT cheminots Paca avec un changement de secrétaire général. Quelles étaient les grandes lignes des discussions entre syndiqués ?

    François Tejedor : Cette conférence se tenait dans un contexte particulier. Il y a une montée des guerres partout dans le monde mais aussi de montée l’extrême droite, là encore à un niveau international. Côté entreprise, il y a l’ouverture à la concurrence, des réorganisations et des situations dramatiques avec un nombre important de suicides depuis le début de l’année. On a une trajectoire qui est au-delà de celle de France Télécom, un service public qui a subi un éclatement. Et c’est ce qu’on vit depuis 2018 mais on constate une accélération dans ce processus d’éclatement. Cette accélération a comme conséquence ces situations dramatiques pour la famille cheminote.

    Cédric Gimenez : En effet, la question de la montée des idées d’extrême droite a fait l’objet d’un certain nombre de débats dans notre conférence. Ce n’est pas par hasard que nous l’avons tenue dans le Var puisqu’elle est particulièrement présente dans ce territoire. Quelque part, cela fait le lien avec les décisions politiques qui touchent notre entreprise avec son éclatement. Dans la région, on est en avance par rapport à d’autres. Il y avait donc un réel besoin d’analyser le niveau d’attaques, les conséquences et la riposte que cela implique. Comme nous sommes la première région a réellement faire face à l’ouverture à la concurrence, la question de notre réaction se pose. On sort rassurés des débats de cette conférence.

    Rappelons aussi le 10 juin, qui a montré qu’on était toujours en capacité de mobiliser les cheminots. Plus que ça : quels que soient les cheminots et quelle que soit l’entreprise. Dans notre conférence, il y avait d’ailleurs naturellement les camarades de Transdev et ceux de la filiale SNCF Voyageurs Sud Azur (SVSA). Cela montre qu’on est capable de s’unir autour d’un même objectif : l’unification de l’entreprise. Et pour y arriver, il faudra franchir des marches tous ensemble, en s’organisant.

    La lutte contre l’extrême droite est un sujet au cœur de l’histoire des cheminots. Quel lien faites-vous entre sa montée et les politiques libérales que vous pointez ?

    F.T. : Nous avons un Conseil régional, pour notre région Sud, qui est dirigé par la droite et l’extrême droite en réalité. À chaque assemblée où il y avait des votes sur des questions d’ouverture à la concurrence et d’éclatement de l’entreprise, c’est la majorité de droite qui portait ces orientations mais avec un accompagnement et des votes favorables de l’extrême droite pour celles-ci. L’extrême droite a soutenu toutes les propositions qui ont conduit à cette ouverture à la concurrence.

    Plus globalement, le Medef reçoit le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, il banalise ses idées. Et ce n’est pas une coïncidence que Jordan Bardella annonce que l’âge de départ à la retraite n’est pas un totem pour lui dans le même laps de temps. On voit bien qu’il sourit au patronat pour accéder au pouvoir, en attaquant les droits des travailleurs.

    C.G. : La lutte contre l’extrême droite fait partie de notre ADN, elle est inscrite dans nos statuts, c’est non-négociable. Tout ce qui sera possible de faire pour la contrer, on le fera. Ce qu’on doit faire aussi, c’est porter nos revendications qui sont reprises par certaines organisations politiques et progressistes. On doit mettre en avant les idées reprises par des partis proches de nous. On doit donc mener un double combat : combattre ces idées de front tout en portant un projet de société. Il s’agit pour nous de parler du développement du service public ferroviaire. Prenons l’exemple des Jeux olympiques 2030 dans les Alpes françaises, beaucoup de choses ont été dites mais les premiers concernés, les cheminots, doivent se faire entendre.

    Ce projet de société que vous évoquez va-t-il évoluer entre le précédent mandat et le prochain ?

    C.G. : C’est un mandat qui sera dans la continuité de ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Il n’y a pas de volonté de rupture, c’est plutôt clair. Il y a aussi une volonté de peser dans le débat public. On s’aperçoit que beaucoup de gens parlent du ferroviaire, mais sans vraiment le connaître. On ne dit pas que les cheminots ont la science infuse, mais nous sommes les premiers concernés. Encore plus car la CGT est la première organisation syndicale. Il y a aussi plusieurs enjeux pour ce mandat. Par exemple, la jeunesse où il y a une attention particulière. On a d’ailleurs un collectif jeunes cheminots Paca établi de longue date. Une des annonces phares de notre conférence était d’ailleurs une « initiative jeune » à la rentrée. Autre élément, il y a les élections professionnelles qui arrivent à la fin de l’année. Et qui dit élections professionnelles, dit positionnement de la CGT vis-à-vis d’autres organisations syndicales parfois complaisantes avec le capital ou la direction. Et je dis cela sans dénigrer ces organisations, puisque quand on est unitaire sur un sujet, on a de bons résultats. Mais sur beaucoup de sujets, la CGT est bien seule. C’est un réel enjeu.

    Vous sortez d’une grosse journée de mobilisation, le 10 juin. Elle est le résultat
    d’une colère face à toutes les problématiques que vous évoquez
     ? Quelle suite ?

    F.T. : Cela fait un moment qu’on sent de la colère. Je pense aux contrôleurs en 2022. L’entreprise a lancé une série de chantiers sur les métiers mais sans aboutir. Dernièrement, dans SNCF Voyageurs, la direction voulait remettre en cause 5 jours de RTT, ce qui est une remise en cause déguisée des 35 heures. Les Négociations annuelles obligatoires [NAO] du début d’année n’ont rien arrangé puisque l’entreprise a peu donné alors qu’on a perdu 12% du pouvoir d’achat en 10 ans ! Cette accumulation a créé une colère qui avait du mal à s’exprimer jusqu’au 10 juin. Finalement, le niveau de mobilisation est historique car de même hauteur que lors de la lutte contre la réforme des retraites. Selon les métiers et les lieux, on avait des 80 % à 90 % de grévistes. Il s’est passé quelque chose lors de ce 10 juin. C’est une alerte qui doit être entendue par la direction. Si ce n’est pas le cas, la colère sera encore plus forte.

    C.G. : Il ne faut pas résumer le 10 juin à la date en elle-même. Il y a eu toute une phase de construction en amont, on a arraché l’unité syndicale malgré des intérêts divergents sur fond d’élections professionnelles. Il y aura certainement des suites, puisque le niveau de mobilisation était aussi fort que lors de la lutte contre la réforme des retraites en 2023. Sans présager de l’avenir, on sent que la direction va devoir agir car elle a reçu une alerte très forte. D’autant qu’une table ronde est prévue, le 23 juin. On ne s’interdit rien à l’issue de celle-ci.