Tag: enseignants

  • En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    Avant qu’un quelconque blocus ne soit décidé, qu’une mobilisation ne soit organisée ou qu’une communication ne soit publiée, un vote doit avoir lieu. Ce fonctionnement démocratique est désormais bien installé chez les lycéens et les étudiants qui, en coulisses des cortèges, se réunissent en assemblées générales. Celles-ci peuvent être interlycéennes, réservées aux étudiants d’un même campus ou encore ouvertes au plus grand nombre.

    « Élever » les voix

    À l’image de l’assemblée générale tenue, mardi après-midi, sur les marches d’un parc de la ville. La plupart des lycées et des sites universitaires étant fermés, une mesure largement contestée par les étudiants mobilisés, les participants se replient sur des lieux publics pour se rencontrer. Parmi la soixantaine de personnes présentes figuraient des lycéens, des étudiants, mais aussi plusieurs enseignants et représentants de syndicats de l’éducation.

    Un peu plus tôt dans la matinée, alors qu’un cortège de 1 200 personnes, selon la police, battait le pavé aixois pour soutenir les revendications lycéennes, un tract circulait dans la foule. Le dépliant indiquait : « AG interprofessionnelle, ouvertes à tous. Élèves, étudiants, enseignants, parents, gestionnaires, éboueurs, maçons… tous sont conviés pour faire des blocus lycéens un mouvement encore plus grand ! ». Suivaient un rappel des revendications et une conclusion : « Cette assemblée générale est aussi organisée pour nous permettre à tous d’élever nos voix ».

    « Il y a des assemblées une à plusieurs fois par jour. Ça nous permet de maintenir une feuille de route, de structurer notre mouvement pour qu’il dure dans le temps », confie une étudiante. Pendant une heure et demie, des temps de parole sont accordés à chacun : propositions d’actions, évaluation du taux de mobilisation dans les lycées, encouragements mutuels, solutions pour communiquer d’un établissement à l’autre, élection de porte-parole, conditions d’enseignement… Pêle-mêle, revendications, ressentis et retours d’expérience s’enchaînent, tandis que les représentants syndicaux prennent des notes.

    « Un des problèmes centraux que nous avons, aujourd’hui, est la structuration et la centralisation des informations », estime, par exemple, l’un des étudiants prenant la parole. À l’issue des débats, les votes sont lancés. La suite des actions se déroulera en fonction.

  • À Aubagne, la détention provisoire requise contre le collégien

    À Aubagne, la détention provisoire requise contre le collégien

    La garde à vue du mineur a pris fin mercredi, en milieu de matinée. Ce dossier est supervisé par le Parquet national antiterroriste (Pnat). Celui-ci a ouvert, mercredi, une information judiciaire pour les chefs suivants : tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, en l’espèce ayant visé des enseignants ou des membres des personnels de collège ; association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes contre les personnes ; port et transport sans motif légitime d’armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C et D.

    Le placement en détention provisoire du mineur a été requis. Les investigations vont se poursuivre « sous la direction de trois juges d’instruction antiterroristes du tribunal judiciaire de Paris co-saisis ».

    Préméditation

    Dans un communiqué, le Pnat éclaire le parcours du collégien au sein de l’établissement, ainsi que l’arme qu’il a utilisée, « un fusil de chasse à canons superposés de marque Integra, modèle Slug, calibre 12 » avec « 14 munitions dont quatre percutées et un couteau pliable ».

    D’après le parquet, le jeune a pénétré lundi dans son collège, vers 9h20, « intégralement vêtu de noir et ganté ». Il a blessé par balles le proviseur et une enseignante. Puis, à l’étage, il a tiré au sol « devant une enseignante ». Dans une autre classe, il tirait « au-dessus » d’une professeure, « sans la blesser ». L’attaque a pris fin grâce à l’intervention du conseiller principal d’éducation.

    L’adolescent « reconnaît la matérialité des faits » et admet « avoir mûri son projet depuis plusieurs mois ». Il conteste « avoir voulu tuer des personnes ciblées ». Il explique que son acte aurait été motivé par « une volonté de vengeance en raison d’un harcèlement par ses professeurs et ses camarades », version qui « n’apparaît pas corroborée » à ce stade de l’enquête, selon le Pnat.

    Sur le profil, le jeune n’avait aucun antécédent judiciaire. L’examen psychologique réalisé « ne concluait pas à l’existence d’une pathologie psychique ». Il reconnaît avoir été « influencé » par la mouvance numérique True Crime Community, réseau virtuel dont les membres sont fascinés par les tueries de masse et leurs auteurs. Mais il conteste « avoir inscrit son action au nom de la True Crime Community ».

    Le parquet a donné des nouvelles des blessés. Le proviseur, lourdement touché, est toujours hospitalisé. Son ITT est fixée à 45 jours. La professeure est sortie de l’hôpital avec un ITT de 10 jours. L’établissement n’a toujours pas rouvert pour les élèves. Leur retour se fera progressivement à partir de jeudi, pour des temps d’échanges et d’écoute. Les cours reprendront après les vacances de la Toussaint.

    Le CPE distingué ?

    Alors que l’assaillant poursuivait son périple après avoir tiré plusieurs balles dans l’enceinte de l’établissement, c’est le CPE qui a réussi à désarmer et immobiliser l’élève de 14 ans, pendant qu’il descendait les escaliers. « Un acte héroïque », sans lequel « il aurait pu avoir beaucoup plus de victimes », d’après des élèves du collège. « Il y a une médaille de la ville qui est décernée, à qui le mérite. Je pense qu’il a de bonnes chances de l’avoir », confiait mardi le maire. Jean-Pierre Squillari (DVG), qui précise malgré tout que le CPE « n’aimerait pas qu’on le considère comme un héros ». S.V.

  • Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    « On est venus trop tôt. Une équipe de deux camions de policiers est arrivée et a tout enlevé. Ils ont même confisqué mon mégaphone. Je trouve ça inadmissible », témoigne Denis, regrettant également que les caméras des policiers n’aient, selon lui, pas été activées malgré sa demande. Il est 7h30 devant le lycée Bonaparte et malgré l’action des pandores, tout est prêt pour une nouvelle journée de manifestation.

    « On est tous mobilisés aujourd’hui. On va continuer », affirme le lycéen, convaincu que le nombre sera déterminant pour faire aboutir les revendications. Et de poursuivre : « Ça pourrait même prendre de l’ampleur dans les prochains jours, et le 17 ça va être monstrueux. »

    Ce qui est certain c’est que la colère est en train de monter. Un autre lycéen interroge : « On a fait les choses correctement. On a manifesté pacifiquement. Et au final, le préfet et le directeur académique se sont moqués de nous. Vers qui doit-on se tourner ? C’est la question que je vous pose et que tout le monde se pose. » Venue encore une fois soutenir et protéger les jeunes, l’intersyndicale est présente et veille au grain afin que tout se passe correctement. « On partage quasiment les mêmes revendications que les lycéens. Et nous, on va rajouter les salaires », explique Alain Tournay le secrétaire général de la FSU dans le Var. Cécile, une militante de la CGT, vient d’être bousculée par les policiers dans les escaliers. Ce qui confirme une certaine tension de la part des forces de l’ordre face à une manifestation pourtant tout à fait pacifiste. « On est là, Pour défendre les jeunes, c’est insupportable qu’on ait un gouvernement qui se permette d’être aussi violent et méprisant », commente Brigitte Cheinet (CGT). Alors que les problèmes existent, et sont dénoncés depuis des années par les syndicats, s’indigne-t-elle. Et de conclure : « Les lycéens ont raison de contester, ils ont raison de vouloir une vie meilleure, c’est l’essentiel. »

    « Les lycéens sont là pour leur avenir »

    Même son de cloche pour Sylvie Vinceneux, la secrétaire de la fédération du PCF dans le Var qui dénonce les politiques austéritaires et la casse des services publics. Et de poursuivre : « Ces jeunes nous donnent aussi une leçon, ça fait du bien aussi de voir qu’ils sont là. Ils sont là pour leur avenir. » Ce que confirme un peu plus tard Manon Magagnosc (CGT) : « Je suis hyper fière de voir cette jeunesse se soulever. Ils ont les moyens de faire lâcher le gouvernement. » Un peu en retrait, Alice, qui prépare sa thèse à La Garde, explique « être là uniquement en appui, pour montrer qu’ils ne se battent pas tous seuls, que c’est quelque chose d’intergénérationnel et d’interclasse. »

    Plus loin, Aïcha confie : « Dans ma classe, on est 35 et nos professeurs absents ne sont pas remplacés : je n’ai pas eu de cours de SVT depuis le début de l’année. » En tout cas, elle ne veut pas que ses enfants grandissent dans une société aussi méprisante envers sa jeunesse. Et elle en est convaincue : « Les blocages dureront tant qu’on n’aura pas été entendus ! ». Le cortège s’est maintenant élancé sur la place de la Liberté. En chemin, le secrétaire général de l’Union départementale CGT Richard Roméo-Giberti analyse : « Les jeunes donnent l’exemple au mouvement social parce qu’ils partent des besoins immédiats et qu’ils veulent changer le monde, changer leur avenir comme nous voulons changer la société. » Et de préciser : « Ils ont compris que le chronomètre a démarré et qu’il n’y a pas d’avenir sans progrès social, sans paix dans le monde. »

    Après le passage par la faculté de droit et le lycée Dumont D’Urville, la manifestation est forte de plus de 2 000 âmes lorsqu’elle entame le boulevard Maréchal Joffre pour rejoindre le lycée du Parc Saint-Jean.

    Zoé Desmoulins (Solidaires) déplore que la semaine dernière, « quand les lycéens ont rencontré le préfet et le Directeur académique des services de l’Éducation nationale [Dasen], ils ont surtout rencontré du mépris et du sarcasme ».

    En revanche comme Marion à ses côtés, enseignante également, elle trouve encourageant de voir des jeunes qui se politisent et prennent leur destin en main.

  • Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    Parents d’élèves, enseignants et travailleurs aux côtés des jeunes

    « Ils nous donnent une belle leçon. Quand je vois les lycéens, les étudiants et les adultes qui sont là aujourd’hui, ça promet des jours heureux ». Gilet blanc de la Ligue des Droits de l’Homme sur le dos, Bernard Eynaud, co-président de l’organisation pour les Bouches-du-Rhône a plus que l’habitude de battre le pavé et en a vu des défilés sur la Canebière. Pourtant, ce mardi, il a des étoiles dans les yeux devant la fougue et la ténacité de la jeunesse : « Ils portent des revendications importantes qu’il faut prendre au sérieux. Si j’étais jeune aujourd’hui, je serais également très inquiet ». Leurs revendications le concernent malgré l’écart générationnel : « Au-delà des questions factuelles, comme l’état des établissements, c’est l’inquiétude autour du dérèglement climatique, c’est le fascisme qui n’est pas loin ».

    Avis partagé par Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union Départementale CGT 13 qui juge le soutien des travailleurs au mouvement lycéen plus que nécessaire : « On doit leur permettre de porter leurs revendications qu’on trouve justes ». Et sur le fond, il juge que les syndicats des travailleurs « ont les mêmes revendications » que la jeunesse. « Pas besoin d’être syndicaliste pour vouloir la fin de Parcoursup : c’est une usine à inégalités, c’est du stress pour les enfants comme pour les parents », martèle-t-il. Justement, les syndicats d’enseignants étaient encore de la partie ce mardi avec des appels à la grève. « La FSU appelle à la grève car les revendications des lycéens et étudiants sont également celles que nous portons : rénovation du bâti scolaire, des moyens humains en nombre dans tous les métiers, fin de Parcoursup… », développe Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13.

    « C’est notre place »

    Plus que les enseignants, c’est tout un pan du monde du travail qui a défilé aux côtés de la jeunesse, à l’image de plusieurs agents hospitaliers marseillais aux blouses blanches colorées d’un badge rouge de la CGT AP-HM et aux pancartes limpides : « Arrêtez de mutiler les enfants, on a déjà assez de travail ! ». Même des élus locaux ont apporté leur pierre à l’édifice, à l’image de Marie Batoux (DVG), adjointe au maire de Marseille (DVG) en charge de la lutte contre les discriminations : « Je défends le service public comme projet de société fondamental. On doit converger largement dans cet objectif-là ». Et certains travailleurs viennent aussi, et surtout, avec la casquette de parent. « C’est évidemment notre place d’être dans les manifs ! On soutient les revendications des lycéens car on les porte depuis des années », conclut Christophe Merlino, président de la FCPE 13.

  • Trois ministres au chevet du collège Lakanal d’Aubagne

    Trois ministres au chevet du collège Lakanal d’Aubagne

    « Un fait grave qui a créé une grosse émotion au sein de la ville, du pays tout entier et de la communauté éducative ». Devant les grilles du collège Lakanal à Aubagne, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur pèse ses mots et veut « témoigner du soutien de l’ensemble du gouvernement au personnel éducatif du collège et signaler la gravité de ces faits ». Accompagné par Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale et Sabrina Roubache, ministre déléguée à l’enseignement et l’apprentissage, le gouvernement a réagi au quart de tour suite aux évènements survenus dans la matinée dans le collège et les tirs d’un jeune de 14 ans qui a blessé deux fonctionnaires de l’établissement. « C’est la brigade criminelle qui a été saisie, c’est dire la gravité de ce fait », martèle le ministre de l’Intérieur. Quand Sabrina Roubache loue « le courage remarquable de la communauté éducative ». Son homologue de l’éducation va dans le même sens : « Il faut mesurer ce que ça fait quand un de vos élèves commet un acte criminel ».

    Édouard Geffray note surtout que : « Cet acte a une résonance particulière, dans la semaine de commémoration des assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard. Ce contexte n’a rien à voir mais cela résonne particulièrement. Et cela s’inscrit dans un phénomène sociétal de violence globale, singulièrement à l’encontre de l’institution scolaire ». Plus tôt dans la journée, Martine Vassal (DVD), présidente du département a annoncé élargir le dispositif « 100% sécurité » dans tous les collèges de sa collectivité comme réponse aux évènements de Lakanal, « avec des tourniquets à l’entrée et de la vidéoprotection ».

    « Une réponse collective »

    « La principale précédente avait refusé le dispositif. Maintenant, nous avons décidé de le faire pour tous, quel que soit l’avis du conseil d’administration des établissements », a-t-elle développé. Elle s’est aussi lancée dans une diatribe contre « certains corps enseignants qui refusent cette sécurité par idéologie ». Justement questionné sur la sécurité de l’établissement, Édouard Geffray lui répond indirectement : « L’école repose sur une confiance réciproque, c’est un refuge. On ne peut pas demander à un chef d’établissement de surveiller tous les sacs tous les jours ». Et tacle : « Les portiques sont faits pour empêcher les intrusions extérieures, pas les entrées régulières des élèves ». Avant de conclure : « Nous devons avoir une réponse collective ».

  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    [Lycéens] Malgré les coups, Enzo ne veut pas baisser la tête

    Le choc et son bruit sourd entendu sur les vidéos qui circulent, lui ont laissé « six points de sutures » et un gros « mal à la tête », mais ils n’ont pas entamé sa détermination. « C’est inadmissible d’en arriver là parce qu’on revendique nos droits. Ça me motive encore plus. J’ai envie de dire à mes camarades, c’est malheureux de voir des cas comme le mien, mais on doit continuer ». Trois jours après avoir reçu un coup de matraque sur le crâne, Enzo, lycéen de Marie Curie (4e) a été entendu, vendredi, par l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

    Cet élève plutôt sans histoire de l’avis de ses parents, a été violenté sur le blocus de son lycée mardi. « Nous prenions la température auprès des élèves qui bloquaient l’établissement de manière pacifique lorsque les CRS se sont mis en travers de la route avec une attitude menaçante », raconte Pierre, professeur d’anglais à Marie Curie.

    Sur le boulevard Jeanne-d’Arc bloqué par le camion de CRS, les enseignants forment alors « un cordon de sécurité entre les forces de l’ordre et nos élèves » et s’assoient sur le bitume. « Il n’y a eu qu’une seule sommation et aucun tir de mortier, contrairement à ce qu’a dit la Préfecture. Ils se sont mis face à nous et ont commencé à nous taper, nous piétiner et nous tirer pour s’en prendre aux élèves derrière », poursuit Pierre, « choqué » comme toute la communauté éducative. Lui est traîné au sol. Un collègue est blessé aux côtes. Enzo s’écroule à terre. La tête en sang.

    « Aucune justification »

    Jeudi, les enseignants de Marie-Curie, réunis en AG, ont décidé d’apporter leur soutien aux élèves et à la mobilisation lycéenne. Ils étaient d’ailleurs quelques-uns à attendre Enzo à la sortie de la Préfecture de police. « L’enjeu aujourd’hui est de se tenir aux côtés de lycéens qui mènent une lutte qui répond à l’intégralité des revendications des personnels de l’éducation qui sont restées lettre morte depuis maintenant dix ans », explique Samuel, enseignant d’histoire-géographie, lui aussi violenté mardi.

    « Le procureur de la République n’avait pas d’autre choix que d’ouvrir une enquête tant la vidéo qui circule est accablante », estime Valentin Loret, un des deux avocats d’Enzo, rappelant que le délit est constitué à partir de deux sommations. « Il n’avait rien sur lui qui laissait penser qu’il était en train de commettre ou préparer une infraction. Il est attrapé par un CRS, frappé une première fois puis amené au sol où il reçoit encore plusieurs coups ».

    Vendredi, Enzo qui doit être vu par un médecin légiste pour se faire établir un nombre de jours d’ITT a pu livrer sa version. Mais la deuxième partie de l’audition par la police des polices a été plus « suspicieuse », note encore l’avocat, les enquêteurs cherchant à savoir s’il n’avait pas commis quelque chose justifiant l’intervention. « Mais il n’y a aucune justification possible à donner ce genre de coups », insiste l’avocat.

    Est-ce que les CRS portaient visiblement leur numéro RIO (Relevé d’Identité Opérateur) et leur caméra était-elle allumée ? Plusieurs témoignages rapportent que non selon la partie civile. « Si aucune caméra n’était allumée, il y a effectivement une volonté de cacher au magistrat la façon dont s’est déroulée l’intervention », estime Valentin Loret.

    « Ce n’est pas un cas isolé », reprend sa consœur Mathilde Lanté. « On a vu depuis le début énormément de violences policières avec des centaines de lycéens blessés sans ouverture d’enquête. M. Nunez minimise ces violences mais il ne faut pas tomber dans ce piège. Chaque fois, il faut porter plainte et témoigner. Ces violences extrêmement choquantes visent à traumatiser toute une génération mais le pari à ce stade est perdant. Au contraire, les lycéens continuent à se mobiliser et sont rejoints par leurs profs. »

  • À Miramas, le dialogue jugé insuffisant

    À Miramas, le dialogue jugé insuffisant

    Des pancartes sont glissées entre les grilles de l’établissement. Sur l’esplanade, des centaines de lycéennes et de lycéens occupent l’espace public. Au lycée Jean-Cocteau, le mouvement a démarré le 28 septembre. Depuis, rien ne semble apaiser la colère de cette jeunesse qui se sent « abandonnée ». Pas même l’entrevue entre une délégation d’élèves, des enseignants, des parents et le proviseur, organisée mercredi. Un « simulacre » de dialogue, selon Mathieu, en terminale. « On a parlé de nos revendications au niveau local, régional et national. Après, comme le chef d’établissement l’a dit et comme tout le monde le sait, il n’a pas de baguette magique. Les choses n’avancent pas. »

    En parallèle de ces réunions demandées par le ministre Édouard Geffray, le gouvernement a lancé une consultation en ligne pour recenser les « attentes » et les « propositions » des lycéens. Un dispositif non sans rappeler les cahiers de doléances ouverts après les Gilets jaunes, versés ensuite au Grand débat, qui n’ont débouché sur aucun changement concret. Pour Martial, élève de première, « l’écoute, c’est pas la compréhension ». Et de prévenir : « Quand les parlementaires voteront le budget, ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas qu’il y avait une jeunesse en souffrance ». Mathieu et ses camarades appellent à poursuivre les actions et à « essayer de rassembler le plus de monde possible » pour « faire monter la pression ».

    Ce 8 octobre, plus d’une dizaine d’enseignants sont à leurs côtés. Cécile Braca, professeure d’anglais et syndiquée Snes-FSU, explique : « On les soutient parce qu’on a les mêmes revendications depuis des années : plus de profs, plus de moyens, des locaux dignes… Est-ce que le dialogue que propose le gouvernement va donner quelque chose ? Je n’en sais rien, je pense que c’est plutôt une tentative pour les calmer, pour gagner du temps, mais ça ne fonctionne pas ».

  • « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    « Méprisés », les lycéens ripostent à Toulon

    Deux jours après, la colère n’est pas retombée à Toulon. 400 personnes, élèves de différents lycées de la ville, professeurs, syndicalistes, mais aussi simples citoyens, étaient encore mobilisées devant le lycée Bonaparte, jeudi, à partir de 9h. Pour clamer, une fois de plus, leurs revendications, mais aussi et surtout en réaction à la réunion qui s’est déroulée, mardi, avec le préfet du Var et le Directeur académique des services de l’Éducation Nationale (Dasen).

    « On leur a demandé de nous écouter, de nous ouvrir une porte pour discuter avec les institutions. Il n’y a eu que du mépris », regrette Denis Sincu, leader du mouvement de protestation au lycée Bonaparte. Sa camarade Léonine Fouquet, élève au lycée Dumont-d’Urville, ne décolère pas. « Ils étaient tous sur leur téléphone, ils nous ont ri au nez », affirme-t-elle.

    Marc Laugier, enseignant (syndiqué FO) en mathématiques à Bonaparte, partage l’indignation des élèves, qui disent ne pas avoir été écoutés sur des questions telles que celles des sanitaires de l’établissement : « Avoir des toilettes qui fonctionnent, c’est de l’hygiène. Ils n’en tiennent même pas compte. Cela fait 10 ans que j’enseigne ici, rien n’a été fait. » Il demande que chacun assume ses responsabilités : « L’État et la Région se renvoient la balle. Le préfet est représentant de l’État dans le Var. C’est à lui d’assurer la conformité des locaux. »

    « Ils ont raison de ne pas accepter ce qu’on se lasse de demander »

    Pour permettre aux enseignants et à la direction de dialoguer, les cours avaient été banalisés jusqu’à 10h. Tout le monde semble tirer dans le même sens, à en croire Olivier Gérard, secrétaire départemental de la CGT Éduc’Action et enseignant à Bonaparte : « Les collègues se disent qu’ils ont raison de ne pas accepter ce que nous nous lassons de demander. La direction essaye de faire les choses vraiment bien, toujours avec de bonnes intentions. » La proviseure du lycée a en tout cas semblé vouloir joindre la parole aux actes en allant discuter avec les élèves devant l’établissement. « Nous avons fait une assemblée générale lundi, je les entends. On doit essayer de trouver des solutions ensemble, sur les problèmes immédiats, le matériel, les actions santé, la démocratie…, affirme-t-elle. Il y a des choses qui dépendent de moi, mais d’autres pas, donc je reste modestement de leur côté. »

    La mobilisation s’est terminée dans le calme aux alentours de midi. Le dialogue devait se poursuivre dans l’après-midi, puisque les directions des lycées Bonaparte et Dumont-d’Urville devaient recevoir des représentants des élèves, à la veille des élections des conseils de vie lycéens (CVL), qui désigneront les représentants des élèves, du corps enseignant, des parents et du personnel administratif au sein des établissements.

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.