La colère, elle restera là tant qu’il y aura pas de réponse ». Pour Luc Bensa, délégué fédéral du Mouvement National Lycéen (MNL) dans le département des Bouches-du-Rhône, scolarisé au lycée Saint-Charles de Marseille, pas question de lâcher quand le gouvernement n’a octroyé aux manifestants « que des miettes ». Eux veulent tout le gâteau et surtout qu’on les écoute. Après avoir bloqué Thiers, Victor Hugo ou encore Marseilleveyre face aux CRS, les lycéens se sont donné rendez-vous en fin de matinée aux Réformés.
« On fait des manifestations, des blocus, des regroupements, des lâchés de banderoles, on essaie de parler à la préfecture, à la mairie, on envoie des lettres, des messages, on fait tout notre possible », explique Alice, elle aussi élève de Première à Saint-Charles. Si dans son établissement, « on est bien moins en difficulté que dans beaucoup de lycées excentrés », reconnaît la jeune fille, « on a tout de même des classes surchargées, beaucoup de profs absents, les bâtiments qui ne sont pas adaptés à la crise climatique », décrit-elle.
Dans le cortège qui défile en chantant sur la Canebière, on retrouve des étudiants de la faculté de droit qui ont bloqué eux aussi l’entrée de l’université avec des poubelles depuis 6h30, ne laissant passer que les administratifs. « D’abord nous sommes aux côtés des lycéens avant tout » expliquent Pierre*, Sasha* et Shérine, « on réclame de vraies avancées budgétaires notamment, des économistes ont évalué les besoins à 10 milliards et là on nous a lâché peut-être 530 millions ».
Ce qui a déclenché leur mobilisation, c’est aussi la loi « bienvenue en France » de 2019, qui a instauré des frais d’inscription différenciés, plus élevés pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure « raciste et anticonstitutionnelle, c’est de la préférence nationale » taclent-ils. Ils racontent aussi les files d’attente de plus d’une heure au restaurant du Crous faute de personnel, la bibliothèque universitaire dont le 2e étage est en travaux depuis 2020, les logements universitaires bondés, « quand on arrive à en avoir un ».
Et encore, « nous, on a la chance de pouvoir être à la fac », le but c’est « de montrer aussi qu’on est aux côtés des travailleurs qui n’ont pas les moyens de vivre dignement » ajoute Pierre. Pour tous, la question est réglée : la violence vient d’abord de l’État. « Évidemment quand tu vois ton père et ta mère galérer, se priver pour te nourrir, tu es en colère » analyse une de ses camarades. Shérine refuse pour cette raison de dissocier casseurs et manifestants, « ils font partie du mouvement, c’est sociologique ». Pour Sasha, « on fait même preuve de retenue ».
Des drapeaux FSU et CGT se mêlent aux pancartes. « On est là pour accompagner » précise Marion Chopinet, prof d’histoire-géo et secrétaire académique du Snes-FSU de l’académie d’Aix-Marseille. Pour elle aussi, une certitude : « les réponses du gouvernement sont très en dessous de tout ce qu’on attend, ce sont des mesures à la marge en fait, qui ne remettent pas du tout en cause la structure même de ce qui pose problème. On ne s’arrêtera pas là, c’est clair ». Aurélien David, prof d’espagnol au lycée Saint-Exupéry y voit même « une opportunité historique » rappelant que les revendications des jeunes recoupent celles de leurs enseignants et des travailleurs de l’Éducation. À ses côtés, Martine retraitée CGT de l’UL Saint-Lazare embraye. « Ces jeunes c’est notre avenir » martèle-t-elle.
Tous ont en ligne de mire la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre. Et celle d’encore après préviennent les manifestants avant de se disperser sans heurts place Castellane.
* Les prénoms ont été changés

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