Premier port militaire d’Europe, Toulon s’impose depuis des décennies comme l’un des piliers de l’appareil de Défense nationale. Dans le Var, la filière revendique quelque 30 000 emplois directs, 13 000 emplois induits et près de 2 500 entreprises liées à la Défense. Toulon constitue un enjeu stratégique majeur pour le secteur à l’échelle nationale. Un territoire appelé à jouer un rôle central dans la montée en puissance affichée par le gouvernement. Car cette dynamique locale s’inscrit dans un cadre national et international précis.
Les effectifs sont appelés à être encore renforcés dans le cadre de l’actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030. Votée en 2023, celle-ci prévoyait déjà 413 milliards d’euros de dépenses sur six ans. Mais dans la lignée des engagements pris par la France lors du sommet de l’Otan à La Haye, en juin 2025, et au regard d’un contexte international explosif, marqué par le bellicisme de plusieurs gouvernements d’extrême droite (États‑Unis, Israël et Russie en tête), Emmanuel Macron a annoncé, en juillet, que l’effort de Défense serait porté à 2,5% du Produit intérieur brut (PIB) à l’horizon 2030, soit environ 76,3 milliards d’euros. Conséquence directe : une augmentation du budget de la Défense de 6,7 milliards d’euros en 2026, pour atteindre 57,1 milliards. Ce budget est soumis depuis mardi à l’examen de la commission Défense de l’Assemblée nationale, avant d’être débattu en séance plénière dès le 4 mai.
Pour traduire cette orientation sur le plan industriel, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, s’est rendu dans le bassin toulonnais le 17 janvier, sur deux sites liés à la Défense, Naval Group et Acti. Il y a annoncé la création d’une « organisation particulière au sein de France Travail », « sous les ordres du ministère de la Défense », pour « aider les entreprises à trouver les compétences et ressources dont elles ont besoin ».
Une semaine plus tard, la ministre de la Défense, Catherine Vautrin, s’est à son tour déplacée dans le département, en visitant la Direction générale de l’armement (DGA) à Toulon. Elle y a notamment suivi l’évolution du projet Drone de surface autonome naval à capacité d’armement embarqué (Danae), destiné à la protection des ports et à l’escorte de navires militaires. La ministre y a également affirmé la nécessité d’être « plus européen dans notre stratégie industrielle, avec des équipements capables d’agir de concert », appelant à une Europe de la défense « pour mieux peser sur l’Otan ». Catherine Vautrin a insisté sur le renforcement de la Base industrielle et technologique de défense (BITD), présenté comme « une condition de survie industrielle et un outil de puissance. Car là ou nos équipements sont déployés, notre influence stratégique s’enracine », avait-elle déclaré, rappelant que la France était le deuxième exportateur d’armes au monde, au terme d’une année 2025 au cours de laquelle les conflits armés ont fait des centaines de milliers de victimes.
Ces positions complémentaires trouvent écho dans le Toulon Défense Event, où Jean-Pierre Farandou sera présent, ce jeudi. L’événement, porté par France Travail et le Centre d’information et de recrutement des forces armées (Cirfa), présentera, à travers 80 exposants, plus de 200 métiers liés à la Défense.
De nombreuses animations
-échanges avec des professionnels, simulateurs de vol et d’aérocombat, démonstrations de drones, dispositifs des forces navales- seront proposées pour permettre aux visiteurs de découvrir métiers et équipements, « mais aussi de se projeter » et « susciter des vocations ». Car l’objectif principal de la journée sera de promouvoir plus de 5 000 offres d’emploi à pourvoir dans le secteur, l’augmentation des capacités défensives ne pouvant se faire sans main-d’œuvre.
Pragmatique ? Nécessaire ? L’opération, éminemment politique, s’inscrit en tout cas pleinement dans les orientations budgétaires du gouvernement. Et induit des coupes budgétaires dans des domaines essentiels précarisés, de la santé à l’éducation, en passant par la culture.

Leave a Reply